Maboula Soumahoro, née le à Paris, est une angliciste franco-ivoirienne. Maître de conférences en civilisation américaine à l'université de Tours, elle inscrit son champ de recherche dans le cadre des « French diaspora studies ». Elle travaille notamment sur les diasporas africaines aux États-Unis et est engagée dans les causes antiraciste et afroféministe.

Biographie Origine familiale et jeunesse Maboula Soumahoro naît dans une famille dioula ivoirienne.. Ses parents sont arrivés de Côte d’Ivoire à la fin des années 1960 pour étudier et travailler en France..

Elle grandit dans un quartier populaire du Kremlin-Bicêtre., dans une fratrie de six frères et sœurs, élevée par sa mère célibataire. S'identifiant d'abord comme ivoirienne, sa découverte de la culture afro-américaine et ses affinités avec ses camarades des Antilles et d'Afrique lui fait choisir une autonomination noire.

Études Elle fait des études d'anglais, d'abord à l'université de Créteil, où elle passe quatre ansCf son interview par Warda Mohamed « La question raciale structure tout », sur le site EHKO : « Je suis allée à Créteil assez déçue, en me disant que c’était dégueulasse, loin, une fac de banlieue alors que je voulais une fac prestigieuse… Finalement, je m’y suis fait et les facs de banlieue sont souvent plus ouvertes intellectuellement, moins classiques que les parisiennes. J’y ai passé 4 ans. ». En 1999, elle y obtient une maîtrise, son mémoire s'intitulant The Creation of the State of LiberiaCf. notice SUDOC.

Elle part ensuite à l'université de Jussieu, mais fait aussi plusieurs séjours aux États-Unis, où elle étudie à l'université Columbia à New York ; elle y est d'ailleurs recrutée comme chercheuse invitée (2002, 2003) et comme enseignante (2008-2009Cf. interview Africultures.). Lors de son échange universitaire aux États-Unis, elle prend conscience de son attachement à la France et à Paris, alors qu'elle pensait jusqu'alors que son origine ivoirienne signifiait qu'elle devait forcément un jour retourner en Côte d'Ivoire.

Son premier DEA, qui porte sur le nationalisme noir, est retoqué, car accusé d'être raciste et communautariste. Elle change d'université pour le soutenir. Elle s'inscrit en doctorat à l'université François-Rabelais de Tours, sous la direction de la professeure Claudine Raynaud. En 2008, elle soutient sa thèseIl s'agit d'une thèse pour « obtenir le grade de : Docteur de l'université François-Rabelais », comme indiqué sur la première page intitulée La couleur de Dieu ? Regards croisés sur Nation of Islam et le Rastafarisme, 1930-1950.. Elle hésite à s'installer de nouveau aux États-Unis, avant de retourner en France.

Vers cette périodeCf interview EHKO : « À la fin de ma thèse, j’ai passé le CAPES, sachant que d’un point de vue légal, je n’avais pas besoin d’être titulaire du CAPES ou de l’Agrégation pour devenir maîtresse de conférences, mais pour être recrutée, il vaut mieux être au moins certifiée, agrégée. », elle est également reçue au CAPES d'anglais. avant d'être nommée maître de conférences à l'université de Tours..

Recherches Ses travaux portent sur l'immigration, l'identité, la double culture et la double appartenance, la race, la domination et la résistance, notamment afro-américaine. Ses expériences aux États-Unis lui font prendre pleinement conscience de son appartenance à la diaspora noire et modifier l'orientation de ses recherches, pour les concentrer sur cette diaspora.

En 2013, elle est nommée par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault membre du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage.. Elle est aussi membre du laboratoire Interactions Culturelles et Discursives ainsi que du Cercle d’Études Afro-Américaines et de la Diaspora.

Le Triangle et l'Hexagone En 2020, elle publie Le Triangle et l’Hexagone, dans lequel elle s'intéresse à .. L'ouvrage qui se situe entre l'essai et l'autobiographie, est le récit d’une chercheuse qui déclare vouloir remettre en question « la distance dite critique et l’illusion de l’objectivité scientifique », faisant d’elle-même son propre objet d’étudeSéverine Kodjo-Grandvaux, Livre : Maboula Soumahoro explore la « charge raciale », lemonde.fr, 2 février 2020. Le choix de l'autobiographie lui permet d'exprimer sa difficulté d'être une chercheuse noire, en particulier travaillant sur la culture noire et plus largement d'explorer sa socialisation de femme noire.

Fardeau racial Elle théorise dans cet ouvrage le concept de charge raciale, qui est ; qui débouche sur la .

En 2025, le Parlement européen avait prévu d'inviter Maboula Soumahoro, en tant qu'universitaire et antiraciste, à un événement interne, une table ronde prévue le , organisée par le Parlement, pour la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU (selon l'e-mail envoyé au personnel de l'institution par l' Unité chargée de l'égalité, de l'inclusion et de la diversité, il s'agissait d'un temps permettant d'explorer des « solutions pour promouvoir l'égalité et l'inclusion au travail ». Sur le réseau social X, le vendredi , Marion Maréchal (du groupe Conservateurs et réformistes européens, ECR), a jugé cette « conférence scandaleuse »., suivie par Mathilde Androuët. L'événement a été annulé en moins de 24 heures, et non précisée, et l'extrême droite a revendiqué ce report comme une .. Ces deux eurodéputées ont accusé Soumahoro de racisme anti-blanc, d'idées radicales (comme le concept de « charge raciale » et la notion de « privilège blanc »), et d'avoir près de 10 ans plus tôt (en 2016) participé à camp d’été, raciste (consacré au décolonialisme et destiné à des personnes ayant été personnellement confrontées au racisme), ce qui selon M. Androuët et M. Maréchal, ferait douter de son expertise.

Ces accusations par Soumahoro qui voit dans cette attaque une « violation » de ses arguments intellectuels et une distorsion du sens même du racisme. Des médias (comme et Politis., notamment) également.

Réception Séverine Kodjo-Grandvaux du Monde, tout en reconnaissant que l'ouvrage « est riche d’enseignements et amène à réflexion sur le processus de racialisation », dit « regretter parfois une argumentation fragile, des formules provocatrices ou un manque d’explicitations pour qui ne connaît pas dans le détail les événements évoqués », par exemple lorsque Maboula Soumahoro « affirme sans autre explication qu’en France, pour les hommes musulmans "qui portent trop grande atteinte à la sûreté de l’État, la peine de mort est presque automatiquement prononcée en dehors de tout tribunal" ».

Géraldine Mosna-Savoye se demande quant à elle : « Maboula Soumahoro a-t-elle voulu être juste du côté de l'anecdote ? Ça, c'est un peu la limite. Non, on voit bien qu'il y a quelque chose qui, en creux, se dessine très fort : c'est le rapport à l'autre »..

Pour Joseph Confavreux, « c'est un livre sérieux qui a même des moments assez drôles (...), qui ne s'interdit pas l'ironie et la légèreté. On est sur des questions très personnelles, très dures parfois, et des questions très politiques. Mais il y a un ton qui parfois tombe très juste ».

Résidences En 2022, elle obtient une bourse de 25 000 euros de la Villa Albertine pour réaliser un séjour de recherche à Atlanta ; s'il s'agit pour elle d'approfondir sa compréhension des États-Unis en y intégrant une dimension Nord/Sud.

Engagements et militantisme Se définissant un temps comme « afropéenne »., elle défend l'usage de ce terme qui permet de révéler « une réalité aujourd’hui souvent invisibilisée »., avant de s'en distancier. Elle défend un antiracisme incarné par les personnes racisées elles-mêmes et non pas par les personnes blanches, Propos situés à 42:30. En particulier, elle s'inscrit en opposition à l'universalisme français, qu'elle juge incapable de rendre compte de certaines appartenances culturelles.. Elle s'inscrit dans une approche intersectionnelle, soulignant l'importance de ne pas s'arrêter à l'identité noire pour prendre aussi en compte les oppressions liées au sexe, au genre, au handicap, ou à la religion.

En 2016, elle participe au camp d'été décolonial organisé par Fania Noël et Sihame AssbagueMarie-Estelle Pech, « Quand un antiracisme dévoyé s'immisce dans l'éducation », Le Figaro, samedi 25/dimanche 26 novembre 2017, page 11.. Elle fait une brève apparition l'année suivante dans le film afroféministe Ouvrir la voix réalisé par Amandine Gay.. Elle soutient le collectif Mwasi et est proche du comité Adama Traoré. Elle signe en 2016, une tribune en soutien de Houria Bouteldja, dénonçant un « lynchage médiatique » démesuré et appelant à se limiter à des critiques de fond.

Elle est très critique du mouvement antiraciste porté par SOS Racisme, qui a selon elle occulté la question du racisme systémique. Elle dénonce l'invisibilisation, d'après elle, des cultures noires, citant en exemple, la révolution haïtienne, exclue selon elle du panthéon des grandes révolutions qui ne retiendrait que l'américaine et la française.

En 2012, elle co-fonde l'association , qui organise les Journées Africana dont le but est de promouvoir . Avec l’association, elle défend la nécessité de valoriser l'histoire des Noirs de France. et de .. Selon elle, un festival consacré à «l'histoire noire» permet de faire exister Le festival est reproduit chaque année jusqu'en 2016..

Scénariste En 2024, elle est sollicitée par Cédric Ido et Antoine Chevrollier pour participer à l'adaptation en série télévisée de Ségou de Maryse Condé.

Influences Elle cite comme source d'influence la culture hip-hop, qu'elle crédite d'avoir été la première à briser le silence concernant le racisme en France. Elle cite en particulier la pochette de Le combat continue, montrant la main de Kerry James serrant le drapeau français

Positions Selon Franc-Tireur, Soumahoro se définit comme féministe et antiraciste, mais plusieurs de ses associations et actions sont contestées pour leurs liens avec des groupes accusés de racialisme. Par exemple, elle a été critiquée son implication dans des activités du collectif afro-féministe Mwasi, qui organise des réunions non mixtes, excluant certaines femmes sur la base de leur origine ethnique. Elle a été critiquée pour sa proximité avec Taha Bouhafs, militant condamné pour injure raciste, ce qui a alimenté la controverse autour de ses engagementsJérémy Sebbane et Fabrice d'Andréa, Maboula Soumahoro : sang pour sang identitaire, franc-tireur.fr, 14 juin 2023

Dans son ouvrage Le Triangle et l’Hexagone, elle déclare ne pas être attachée à la France, une position qui, selon ses détracteurs, pourrait être perçue comme une remise en question des honneurs et distinctions qu’elle a reçus, comme sa nomination au Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage, puis son éviction en 2014.

Dans sa thèse de 2008, La couleur de Dieu ?, Soumahoro aborde des mouvements racialistes et suprémacistes noirs, ce qui a été interprété par certains comme une justification implicite de théories racialiste. Par exemple, elle exprime de l'admiration pour Marcus Garvey, un militant qui a défendu la « pureté de la race noire » et qui a entretenu des liens avec des groupes racistes comme le Ku Klux Klan, sans commenter la gravité de ces rapprochements. Sa position sur la Nation of Islam, une organisation critiquée pour son antisémitisme et son rejet du métissage, est également source de polémique à propos d'un biais racialiste. En 2016, lors d'une émission télévisée, elle déclare que « l'homme blanc ne peut pas incarner l'antiracisme » et qu'il ne peut « avoir raison contre une femme noire ou une Arabe »Kevin Tanguy, «L'Homme blanc ne peut pas incarner l’antiracisme» : une universitaire invitée au Parlement européen suscite l'indignation de certains eurodéputés, cnews.fr, 15 novembre 2024

Publications .

Participations [Postface] C.L.R. James, Sur la question noire aux États-Unis (1935-1948), Syllepse, 2017

Traduction