Lucie Dreyfus-Hadamard, née à Chatou le et morte à Paris le , était l'épouse d'Alfred Dreyfus et son principal et indéfectible soutien durant l'affaire qui ébranla le couple de 1894 à 1906. Multipliant les démarches, elle n'eut de cesse de laver l'honneur bafoué de son mariPhilippe Bourdrel, Histoire des juifs de France, Vol. 1, Albin Michel, 7 janvier 2004, 464p..

Biographie Famille La famille Hadamard est originaire de Coblence, en Allemagne ; elle essaime à Metz pour s'installer ensuite, aux premières heures du , à Paris. David Hadamard, le père de Lucie, est négociant en diamant à Paris. Lucie est la petite cousine du mathématicien Jacques Hadamard et la grand-tante d'Yves Duteil.

Mariage Les parents de Lucie organisent de nombreuses réceptions. Lors de l'une d'elles, Lucie rencontre Alfred Dreyfus, camarade de promotion de son petit cousin, Paul Hadamard.. Le couple se fiance durant l'hiver 1889-1890. Ils se marient à Paris, le . Le mariage religieux est célébré à la grande synagogue de Paris le par le grand-rabbin de France Zadoc Kahn, qui prendra position pour les dreyfusards par la suite. Le couple s'installe à deux pas des Champs-Élysées, rue François-Au 24 de la rue François- in Jean-Pierre Poussou, Isabelle Robin-Romero, Histoire des familles, de la démographie et des comportements : en hommage à Jean-Pierre Bardet, Presses Paris Sorbonne, 2007, 1080 p.. Ils partent en voyage de noces en Italie puis en Suisse avant de rentrer en faisant une halte à Mulhouse.. Le couple aura deux enfants, Pierre-Léon (1891-1946) et Jeanne (1893-1981). Lucie s'intéresse à la littérature, joue du piano et ne cesse de relire son historien favori : Numa Denis Fustel de Coulanges.

Affaire Dreyfus Le , son mari est arrêté, l'affaire Dreyfus éclate. Lucie s'investit corps et âme dans la lutte pour recouvrer l'honneur perdu de son mari bafoué, jugé et bientôt exilé. Elle adresse une pétition à la Chambre et une supplique au pape, le . Elle est citée comme témoin par Émile Zola, mais le président Delegorgue refuse qu'elle soit entendue. Elle voit sa demande en révision du acceptéeOeuvres de Jean Jaurès, L'Affaire Dreyfus, Fayard, 13 juin 2001, 902 p..

Lucie visite quotidiennenment son mari dans les prisons parisiennes à partir du puis à l’île de Ré. Elle entretient avec son mari, même lorsqu'il sera exilé à l’île du Diable, une importante correspondance. Il dira d'elle dans ses mémoires de captivité : Alfred Dreyfus, Cinq années de ma vie, 1894-1899, Library of Alexandria, 1962, 291 p.. Il l'invite à accomplir des démarches : 200px|gauche|vignette|Alfred, Lucie, Pierre Léon et Jeanne.

Le , le journal L'Aurore publie le J'accuse…! d'Émile Zola. Le , tandis que ce dernier passe devant les Assises de la Seine, elle lui écrit :

Elle publie des lettres pour sensibiliser l'opinion publique quant à l'innocence de son mari. Elle est à Rennes et l'y attend pour sa comparution lors de son second procès en cassation du premier, le . Il est à nouveau condamné à dix années de réclusion.

Lors du procès de Rennes, Alfred exprime publiquement sa gratitude :

Le , Émile Loubet octroie une grâce présidentielle à Alfred.

Le , Émile Zola écrit dans L'Aurore une lettre ouverte à Madame Alfred Dreyfus :

Il faudra attendre le pour que le jugement de Rennes soit cassé sans renvoi. Le mari de Lucie Dreyfus est enfin réhabilité ; il réintègre l'armée et sera fait chevalier de la Légion d'honneur le de la même année. Durant toute la procédure, femme de son siècle, elle a toujours cependant laissé la conduite de la défense de son mari à son beau-frère, Mathieu Dreyfus.

Dans sa correspondance avec son amie, Hélène Naville, avec humilité, elle l'interpelle :

Lors de la Première Guerre mondiale, sa fibre caritative s'affirme et lui fera passer, en 1933, un brevet d'état d'infirmière.

Madame veuve Alfred Dreyfus Alfred Dreyfus meurt à Paris d'une crise cardiaque, le . Elle lui survit plus de dix ans. Durant la Seconde Guerre mondiale, Lucie Dreyfus est hébergée dans un couvent à Valence sous le nom de Madame Duteil. ; seule la mère supérieure connait sa véritable identité. Lucie ne sera pas inquiétée durant toute la guerre. Sa petite fille, Madeleine LévyNée le , morte à Auschwitz en , elle était assistante sociale. Membre actif dans la Résistance, elle avait renoncé à rejoindre les États-Unis., la fille de Jeanne, connait un sort plus funeste, elle est arrêtée par des miliciens français à Toulouse. Déportée vers l'Est, elle meurt du typhus à Auschwitz en , âgée de 25 ansMarc Knobel (CRIF), « Interview de Jean-Louis Levy », juin 2006, consultée le 2 novembre 2017..

Lucie Dreyfus meurt à Paris, le et repose au côté de son mari au cimetière du Montparnasse (division 28).

Postérité Au cinéma Dans le film J'accuse (2019) de Roman Polanski, son rôle est joué par Swan Starosta.

Voirie La place Maurice-Barrès à Paris change de nom en place Lucie-Dreyfus en 2026A Paris, contre la haine de l’autre, la place Lucie-Dreyfus remplacera la place Maurice-Barrès, Libération, Emmanuel Grégoire, Laurence Patrice et Ariel Weil, 12 juillet 2026.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie Alfred et Lucie Dreyfus, Écris-moi souvent, écris-moi longuement… édition établie par Vincent Duclert ; Avant-propos de Michelle Perrot, Paris, Mille et Une Nuits, 2005, 570 p. .

Articles connexes Rose Warfman

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