La Zibeline (Martes zibellina) est une espèce de mammifère carnivore de la famille des mustélidés. Étroitement apparentée à la Martre des pins (dans le genre Martes) présente en Europe centrale, elle est un habitant emblématique de la forêt boréale eurasienne.

Son aire de répartition actuelle s'étend principalement sur l'ensemble de la taïga de la Russie, depuis les montagnes de l'Oural jusqu'à l'extrémité de la Sibérie, ainsi que dans le Nord de la Mongolie. Son habitat borde également l'Est du Kazakhstan, le Nord-Est de la Chine, la Corée du Nord et l'île de Hokkaidō au JaponHarrison, D. J., Martens and Fishers (Martes) in Human-Altered Environments: An International Perspective, Springer-Verlag, 2004, ..

Sur le plan morphologique, la zibeline possède une tête allongée pourvue de grandes oreilles, et arbore un pelage dont la coloration varie du brun très clair presque jaunâtre au brun foncé presque noir. C'est un prédateur agile, habile à l'escalade, qui repère et chasse principalement ses proies grâce à ses sens de l'ouïe et de l'odorat, particulièrement développés. La saison des amours a lieu entre juin et août, et les portées comptent généralement deux ou trois petits.

La zibeline est historiquement célèbre pour sa fourrure, considérée depuis le début du Moyen Âge comme l'une des plus précieuses et des plus recherchées au monde. Cette immense popularité commerciale a longtemps alimenté une chasse intensive et non réglementée qui a provoqué un déclin dramatique de ses effectifs. Des mesures de conservation strictes et le développement d'élevages au XXe siècle ont permis à l'espèce de reconstituer ses populations sauvages. Aujourd'hui, sa fourrure reste un produit de luxe utilisé dans la confection et la décoration de vêtements, et l'espèce est classée en « préoccupation mineure » (Least Concern) sur la Liste rouge de l'UICN. Dénominations

Nom scientifique valide : Martes zibellina (Linnaeus, 1758) selon ; Nom typique en français : Zibeline ; Autre nom vulgaire (vulgarisation scientifique) : Martre zibeline ; Noms vernaculaires (langage courant), pouvant désigner éventuellement d'autres espèces : Souris de Moscovie ( désuet, erroné).

Étymologie et autres dénominations Le substantif féminin zibeline apparaît sous sa forme moderne au siècle, attesté pour la première fois au sens de substantif en 1534 chez Rabelais, puis comme adjectif (« martes zubelines ») en 1572 chez François de Belleforest. Le terme résulte d'une altération, sous l'influence de l'italien du Nord zibellino (attesté au siècle et déjà présent chez Marco Polo en 1298 sous la forme gibelline), de l'ancien et moyen français sabelin, sebelin (adjectif vers 1100 dans la Chanson de Roland) ou sabeline, sebeline (substantif vers 1160 dans le roman d'Eneas). Ces formes anciennes sont issues du bas latin sabellum (martre) et empruntées au russe (sobol), qui désigne le même animal et partage la même origine slave que le mot sable. L'orthographe du mot a oscillé au cours des siècles : si Émile Littré rappelle des variantes régionales ou anciennes comme le provençal sembelin ou l'espagnol cebellina, la deuxième édition du dictionnaire de l'Académie française en 1718 enregistrait quant à elle les graphies zybeline ou zebeline.

En langue aïnoue, elle est désignée sous le nom de kasupekira, signifiant « qui s'enfuit avec une louche ». Ce nom provient de l’habitude de ce petit mustélidé de s'introduire dans les villages pour voler des objets ou attaquer la volaille.

Systématique vignette|Illustration de Mustela zibellina sur une planche de 1780 par Schreber dans Histoire naturelle des quadrupèdes représentés d´après nature, tome III, 1780.|gauche Carl von Linné décrit initialement la zibeline en 1758 dans son ouvrage Systema Naturae sous le nom scientifique de Mustela zibellina. Son intégration au sein du genre Martes est ensuite formalisée par le zoologiste Lockhart Muirhead en 1819.

Plusieurs auteurs ont parfois contesté le statut d'espèce distincte de la zibeline, la considérant comme conspécifique avec la Martre des pins, la Martre d'Amérique ou la Martre à pieds noirs. Cette dernière était d'ailleurs encore parfois classée par certains spécialistes comme une simple sous-espèce de la zibeline.

De nombreuses tentatives de division de la zibeline en différentes sous-espèces ont été menées, aboutissant à des classifications variant de deux à plus de trente sous-espèces selon les auteurs. Cette catégorisation est grandement complexifiée par le fait que de nombreux individus ont historiquement été déplacés et relâchés de manière arbitraire dans diverses régions à des fins de réintroduction. De plus, la variabilité morphologique au sein d'une même population est telle qu'il s'avère difficile d'établir des critères distinctifs constants d'un groupe à l'autre. Les seules tendances géographiques clairement observables indiquent que les individus de plus grande taille se rencontrent au Kamtchatka, dans l'Altaï et dans l'Oural, tandis que les plus petits habitent en moyenne les régions de l'Oussouri et de l'Amour. Sur le plan du pelage, les spécimens les plus sombres se trouvent fréquemment autour du lac Baïkal, en Iakoutie et le long de l'Amour, alors que la région de Transouralie abrite des populations à la fourrure particulièrement claire.

En raison des variations morphologiques constatées selon ces localités géographiques, le nombre exact de sous-espèces identifiables fait l'objet de discussions scientifiques. Différentes études académiques proposaient une classification oscillant entre sept et trente sous-espèces différentes. L'ouvrage de référence Mammal Species of the World en validait dix-sept :

Finalement, les bases de données actuelles tendent plutôt à dire que l’espèce est monotypique selon . Phylogénie Le cladogramme suivant présente les relations de parenté au sein du genre Martes. Il montre que la zibeline est en réalité, très étroitement apparentée à la marte des pins au sein du groupe Holartique, la martre à pieds noirs formant une branche distincte :

Description

Morphologie générale et ostéologie Comme chez de nombreux autres mustélidés, la morphologie de la zibeline est caractérisée par un corps particulièrement allongé, svelte et souple, soutenu par des membres relativement courts et robustes. Elle ressemble beaucoup à la Martre des pins en taille et en apparence générale, mais s'en distingue par une tête plus allongée, un museau étroit, de plus grandes oreilles et une queue particulièrement touffue qui équivaut approximativement au tiers de la longueur de son corps. Ses yeux noirs sont également très saillants. Sur le plan ostéologique, son crâne est similaire à celui de la martre des pins, mais se montre plus grand, plus robuste et présente des arcades zygomatiques nettement plus arquées. De plus, contrairement à la majorité des autres espèces du genre Martes, le baculum (os pénien) des mâles présente la particularité d'être presque entièrement droit.

Dimensions et dimorphisme sexuel La zibeline est soumise à un dimorphisme sexuel morphologique visible, les mâles étant en moyenne 9 % plus grands que les femelles. La longueur tête-corps des mâles varie de 32 à 56 cm, avec des mesures se concentrant généralement entre 38 et 53 cm, tandis que leur queue s'étend de 12 à 19 cm. Le poids des individus mâles oscille entre 880 et 1 850 g, la moyenne basse se situant parfois autour de 1 150 g. Les femelles présentent quant à elles une longueur tête-corps s'étendant de 30 à 51 cm, le plus souvent entre 35 et 51 cm, pour une queue mesurant de 7,2 à 17 cm, avec une moyenne courante entre 11 et 17 cm. Le poids des femelles varie de 650 à 1 600 g. On note par ailleurs que pendant la saison hivernale, une augmentation générale de la masse corporelle de l'ordre de 7 à 10 % est observée chez l'ensemble des individus, quel que soit leur sexeMonakhov 2011, p. 80..

Un adulte mesure environ 40 à 50 cm de long, avec une queue de 10 à 15 cm et des oreilles de 3,0 à 3,5 cm. Le poids varie entre 1,0 et 1,3 kg. . L'os pénien mesure environ 3 cm de long et 1,5 mm de diamètre, avec une extrémité en forme de Y. La dentition comprend 38 dents, et il y a 6 mamelles.

Fourrure La fourrure de la zibeline est mondialement réputée pour être plus douce et soyeuse que celle de la Martre d'Amérique ou de la martre des pinsMonakhov 2011, p. 77.. Le pelage subit d'importantes variations saisonnières : la fourrure d'hiver est remarquablement longue, dense et luxueuse, alors que la fourrure d'été devient nettement plus courte, rêche et sombre. La mue s'opère deux fois par an, une première fois entre mars et mai, et une seconde fois entre août et novembreMonakhov 2011, p. 79..

La coloration de la robe s'avère extrêmement changeante d'un individu à l'autre et selon les sous-espèces géographiques, s'étendant du brun clair ou jaune-brunâtre jusqu'au noir de jais. De manière générale, la couleur est plus claire sur la face ventrale et s'assombrit sur le dos ainsi que sur les membres. Les zibelines vivant sur l’île d’Hokkaidô au Japon, se distinguent notamment par un pelage d’hiver plus claire ainsi que des parties noires très marquées sur les pattes, les faisant ressembler à la martre à pieds noirs (Martes melampus). La tête et les oreilles sont habituellement plus claires que le reste du tronc. La poitrine et la gorge sont fréquemment ornées d'une tache bien visible, dont la couleur varie selon les individus du gris au blanc, ou du jaune pâle à l'orange vif. Il arrive parfois que le pelage soit parsemé de poils isolés aux pointes blanches ou blanchâtres, donnant un aspect grisonnant. Dans des cas plus rares, on rencontre des individus à la robe dorée, tachetée, bleutée ou entièrement blanche. Dans le commerce et le tri historique des peaux, ces variations de teintes sont classées selon des catégories bien précises.

Écologie et comportement

Répartition et habitat

Répartition géographique Le domaine d'origine de la zibeline englobait autrefois de vastes pans du nord de l'Eurasie, s'étendant à l'ouest jusqu'à la Scandinavie. Des documents historiques indiquent qu'au XVIIe siècle, l'espèce était encore présente en Finlande, ainsi que dans le cours supérieur de la Viatka et de la Kama, et sur la rive droite de la Dvina septentrionale. Jusqu'au XIXe siècle, certaines sources avancent sa présence en Carélie, dans les pays baltes et dans l'ouest de la Pologne, bien que l'absence de preuves paléontologiques formelles dans ces zones ainsi qu'en Biélorussie laisse cette limite historique sujette à débat.

De nos jours, bien que l'espèce ait reculé et ne se rencontre plus naturellement à l'ouest des montagnes de l'Oural, son aire de répartition actuelle s'est stabilisée et s'étend sur toute la zone de la taïga russe, depuis l'Oural jusqu'au littoral de l'océan Pacifique, trouvant sa limite boréale là où s'arrête la végétation forestière. En Russie, cette distribution moderne découle en grande partie d'un effort massif de réintroduction mené entre 1940 et 1965, au cours duquel près de 19 000 animaux ont été relâchés. Sa limite septentrionale rejoint la ligne des arbres, tandis qu'elle descend au sud vers les 55–60° de latitude en Sibérie occidentale, et jusqu'à 42° dans les zones montagneuses d'Asie orientale, englobant également l'île de Sakhaline. Dans la partie orientale de l'Oural, sa zone de distribution est sympatrique avec celle de la Martre des pins, donnant parfois lieu à des hybridations naturelles connues sous le nom de kidus.