Le traité de paix entre la Finlande et l'Allemagne est signé à Berlin le par les plénipotentiaires de ces deux pays ; à l'instar d'autres États, le Reich allemandEntre la proclamation de l'Empire allemand en 1871 et sa dissolution, en 1945, le nom officiel de l'État allemand est le . Par la suite, l'Empire allemand est désigné par le terme légal de . y reconnaît notamment l'indépendance du royaume de Finlande. Bien que reconnue par les Allemands, l'indépendance du royaume est cependant battue en brèche par les initiatives allemandes dans la région : bénéficiant d'une situation intérieure troublée en Finlande, les négociateurs mandatés par le gouvernement du Reich imposent au Premier ministre finlandais, Pehr Evind SvinhufvudLe grand-duché de Finlande rompt ses liens avec la République russe, mais la diète ne proclame pas la république, permettant ainsi la perpétuation du régime monarchique : le , Pehr Evind Svinhufvud est proclamé régent du royaume., une tutelle allemande, plaçant la Finlande sous un triple contrôle politique, économique et militaire, renforçant et pérennisant l'influence économique du Reich dans le paysLe Reich est, avant le déclenchement du conflit en 1914, le principal investisseur en Finlande..
Contexte La Finlande au sein de l'Empire russe, de l'autonomie à l'indépendance
Lié à la couronne russe par une union personnelle, le grand-duché de Finlande dispose d'une certaine autonomie au sein de l'Empire russe ; le tsar de Russie, grand-duc de Finlande, est représenté sur place par un gouverneur général, responsable devant le secrétaire d'État aux affaires finlandaises. Autonome, le grand-duché possède ses institutions, sa monnaie, le mark finlandais, et, à partir de 1869, son armée, engagée aux côtés de l'armée impériale russe dans les conflits auxquels participe l'empire des tsars.
Cependant, cette autonomie est contestée par le pouvoir russe : Piotr Stolypine mène en effet une intense politique de russification dont les effets se font sentir dans le grand-duché ; cette action, renforcée après la révolution de 1905, s'avère rapidement vouée à l'échec. Pour appuyer cette politique, le pouvoir central de Saint-Pétersbourg met en place au fil des années du règne de Nicolas II une politique d'uniformisation législative entre le grand-duché et le reste de la Russie, tout en réprimant les libertés finlandaises, octroyées lors de l'annexion du territoire finlandais à la Russie, en 1809 : la loi du redéfinit les liens entre les deux monarchies, plaçant le grand-duché sous une forte tutelle du gouvernement de Saint-Pétersbourg, inaugurant une crise politique majeure en FinlandeCette loi n'est pas ratifiée par l'Assemblée législative finlandaise, inaugurant ainsi une sourde rivalité entre cette assemblée et le pouvoir impérial..
Cette politique est rapidement remise en cause par le gouvernement issu de la révolution de Février : en effet, dès le , le gouvernement provisoire annonce la fin de la politique de russification, la convocation d'une assemblée constituante et la garantie de l'autonomie de la Finlande au sein de la République russe. Durant l'été, anticipant la chute du gouvernement provisoire, les élus de la diète finlandaise adoptent une loi proclamant la souveraineté des institutions finlandaises.
Au cours de l'année 1917, la diète finlandaise décide rapidement de maintenir ses liens avec la Russie, dans le cadre de la nouvelle politique de minorités mise en œuvre après la révolution de Février ; cependant, les élections qui se tiennent en Russie en En , la Finlande fait partie de la République russe. donnent la majorité aux conservateurs, partisans de la rupture des liens séculaires avec la Russie. Cette nouvelle majorité affiche son indépendantisme : le chef de la majorité conservatrice, Pehr Evind Svinhufvud, remet en cause la participation du gouvernement finlandais aux travaux de l'assemblée constituante russe le , deux jours avant le vote par la diète d'une loi proclamant l'indépendance ; cette indépendance est immédiatement reconnue par le gouvernement russe nouvellement installé, suivi par la République française, l'Empire allemand et le royaume de Suède le .
Enfin, conformément aux dispositions imposées aux négociateurs russes à Brest-Litovsk, le gouvernement bolchevik renonce à toute souveraineté sur le territoire du grand-duché et doit ordonner l'évacuation de la Finlande, laissant ainsi le champ libre à une intervention militaire allemande.
Guerre civile finlandaise thumb|Pehr Evind Svinhufvud s'appuie sur le pour écraser les révolutionnaires finlandais.|alt=portrait d'homme
Parallèlement à l'indépendance du pays, différents partis se disputent le pouvoir, les socialistes, soutenus par le gouvernement révolutionnaire de Petrograd, et les conservateurs, dont le gouvernement, réduit, se retire à Vaasa, pour organiser la contre-offensive. Divisés, les conservateurs, à l'initiative de Pehr Svinhufvud, demandent l'intervention des troupes allemandes, faisant peu de cas des exigences de Mannerheim : ce dernier estime pouvoir défaire le gouvernement socialiste finlandais en levant des paysans organisés au sein d'unités de gardes blancs. Appelé en renfort, le gouvernement allemand saisit alors l'opportunité pour étendre l'influence du Reich au nord de la Baltique, en déployant sur place une unité prussienne jusqu'alors déployée dans les pays baltes occupés par le Reich.
Appuyés par des unités allemandes déployées sur place, le gouvernement retiré à Vaasa emporte facilement la décision face à des gardes rouges mal organisés et sous-équipés en vivres et en matériel.
La Finlande et le
thumb|Batterie allemande déployée dans la région d'Helsinski le .|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'une batterie d'artillerie Fortement implantés dans l'Empire russe avant le déclenchement des hostilités, les hommes d'affaires allemands contrôlent également une large part de l'économie finlandaise ; de plus, les conservateurs finlandais, privés de soutien populaire et conscients de leur isolement parmi la population du grand-duché, sont à la recherche de soutiens extérieurs capables de remplacer le pouvoir impérial russe comme étai de leur mainmise sur la société finlandaise.
Ainsi placée dans une situation équivoque, la noblesse du grand-duché de Finlande se divise durant le conflit : Carl Gustaf Mannerheim commande des unités finlandaises de l'armée russe déployées dans les Carpates, tandis que , appartenant au mouvement , comptant sur le soutien du Reich pour conforter l'indépendance finlandaise, se rendent à Berlin durant l'année 1915 : instruits dans l'Armée impériale allemande, ils sont regroupés au sein du royal prussien de chasseurs (). Ce soutien est destiné à préparer l'absorption de la Finlande dans la zone d'influence que le Reich aspire à se tailler à l'Est depuis 1914.
Cependant, avant le déclenchement de la révolution d'Octobre, le gouvernement du Reich se montre irrésolu et imprécis sur la nature et l'ampleur de l’intégration de la Finlande à la Mitteleuropa. Mais cette imprécision n'empêche pas les appétits des partisans de la constitution d'un vaste ensemble européen sous direction allemande de s'aiguiser après la prise du pouvoir par les Bolcheviks. En Finlande, comme dans le reste des territoires anciennement russes, il apparaît préférable à Richard von Kühlmann, alors secrétaire d'État aux Affaires étrangères, de privilégier une tutelle économique réelle à une tutelle politique et militaire, même si cette dernière se trouve garantie par des traités valables sur une longue durée. Le secrétaire d'État considère cette seconde option avec circonspection, cette position constituant un facteur supplémentaire de friction avec les dioscures, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, partisans de la signature de traités d'alliance politique et militaire avec les nouveaux États créés à la suite des pertes territoriales russes définies à Brest-Litovsk.
Durant le mois de , Edward Hjelt, membre de l'université finlandaise, se rend à Bad Kreuznach, alors siège de l'OHL, pour fixer avec Erich Ludendorff les conditions d'une indépendance finlandaise garantie par le Reich. Ainsi, dès le , pour garantir l'indépendance finlandaise, le de chasseurs, composé de Finlandais, est déployé sur place, bénéficiant d'un soutien logistique de l'Armée allemande : cette unité, officiellement déployée à la demande du gouvernement finlandais, doit à la fois bloquer l'avance du contingent britannique installé à Mourmansk et contrer les velléités expansionnistes du nouveau gouvernement russe en direction de la Baltique.
Parallèlement à ces pourparlers, le gouvernement du , notamment Richard von Kühlmann, aspire à voir le Reich contrôler étroitement la Finlande, alors érigée en tremplin destiné à faciliter la pénétration de l'influence du Reich en Russie.
Clauses Le traité du est en réalité composé de trois traités distincts, un traité politique, un traité de commerce entre le nouvel État indépendant et le et un traité additionnel, destiné à rester secret ; cependant, ces trois traités contiennent des clauses qui imbriquent ces accords les uns dans les autres.
Le traité politique Le traité politique reconnaît officiellement l'indépendance de la FinlandeLa question du régime politique en Finlande n'est alors toujours pas définitivement tranchée., mais lie la politique étrangère du nouvel État indépendant à l'accord de Berlin : les échanges entre le gouvernement finlandais et le gouvernement d'un État tiers doivent recevoir l'aval de la diplomatie allemande avant toute prise de contact.
Chacun des signataires renonce également à exiger de l'autre le versement d'indemnités de guerre, tout en s'accordant sur le règlement des coûts générés par l'intervention allemande dans le conflit intérieur finlandais. Ces coûts sont supportés pour trois quarts par le royaume de Finlande, le reste demeure à la charge du ; le nouveau royaume n'étant pas en mesure d'y faire face, ces coûts sont financés par des emprunts à court, moyen et long terme placés auprès de banques allemandes et par la mise en place d'accords de compensation entre les deux États.
Enfin, la Finlande ne peut céder aucune portion de son territoire sans l'accord du chancelier du Reich, alors que la situation politique en Russie rend incertaines les frontières du nouvel État. Dans les faits, cette disposition donne au gouvernement allemand un rôle essentiel dans la délimitation des frontières finlandaises, celles-ci pouvant être l'enjeu d'une transaction future entre le Reich et le gouvernement russe reconnu par le ReichLe gouvernement allemand a certes reconnu le gouvernement russe issu de la révolution d'Octobre, mais les frontières de la nouvelle Russie ne sont pas encore définitivement fixées..
Le traité de commerce Le conclu entre le et la Finlande reconnaît à chacun des deux États la réciprocité des droits, dans le cadre d'un accord de libre échange.
Le et la Finlande doivent donc mettre en place des relations commerciales comparables à celles entre deux pays en paix, le traité proscrivant de manière explicite toute forme de guerre économique entre les deux signataires. Les hommes d'affaires allemands et finlandais disposent ainsi de la possibilité de s'établir en Finlande et dans le avec les mêmes droits et obligations.
Ensuite, la guerre économique étant proscrite entre les deux partenaires, les Allemands parviennent à imposer aux négociateurs finlandais la mise en œuvre de la clause de la nation la plus favorisée ; en effet, ils font stipuler dans le traité de commerce le principe de non-discrimination, autorisant de la façon la plus large possible le commerce finlandais avec des pays tiers : cette clause donne ainsi aux producteurs finlandais un libre accès au marché allemand.