Le siège de Godesberg, qui se déroule entre le et le , est le premier siège majeur de la guerre de Cologne, qui ravagea l'électorat de Cologne de 1583 à 1588, et s'étendit aux provinces voisines.

La forteresse de Godesburg est défendue par les partisans de Gerhard Truchsess de Waldbourg, prince-électeur et archevêque de Cologne, qui est à la tête de l'électorat de Cologne, l'une des principautés ecclésiastiques du Saint-Empire romain germanique, et qui s'est converti au protestantisme. Gerhard, qui s'est marié, cherche à transformer la principauté ecclésiastique en une principauté civile et héréditaire, et a été excommunié par le pape Grégoire XIII. Un autre archevêque a été nommé, Ernest de Bavière, prince-évêque de Liège, qui cherche à éliminer Gerhard et à rétablir le pouvoir de l'Église catholique dans la principauté.

Réputée inexpugnable, la forteresse est établie sur un éperon rocheux escarpé, le Godesberg. Sa construction a commencé au et il s'agit donc d'un château fort de type médiéval. Au fil du temps, l'Électorat renforce les murs de la forteresse et réaménage ses tours. Au , il y construit une petite résidence privée et un puissant donjon où sont conservées notamment les archives électorales. L'intérêt que porte l'Électorat à cette forteresse est compréhensible : elle occupe un emplacement stratégique, dominant la vallée du Rhin, et commande la route reliant Bonn, capitale politique de la principauté, et Cologne, sa capitale économique. Ce rôle stratégique, et l'importance et la puissance de la construction, en font l'un des symboles du pouvoir des princes-électeurs et archevêques de Cologne.

Toutes ces raisons expliquent que la forteresse soit convoitée par Ernest de Bavière et le camp catholique : la prise de la place forte serait un coup fatal porté à Gerhard et au camp protestant. En , les soldats et mercenaires bavarois encerclent l'escarpement rocheux au sommet duquel se dresse le Godesburg, et prennent le contrôle du village situé en contrebas, qui porte le même nom que l'escarpement rocheux, Godesberg.

La seule tactique utilisable par les assaillants est d'employer l'artillerie, dans des conditions défavorables et sans grand résultat. Alors que les défenseurs résistent tant bien que mal aux canonnades et qu'un assaut direct de la forteresse reste impossible, les Bavarois creusent une sape et font sauter les fondations du mur oriental. L'explosion tue sur le coup une dizaine d'hommes parmi les défenseurs du fort mais, paradoxalement, les décombres qui en résultent entravent la progression des assaillants, ce qui encourage la garnison à intensifier la défense du château. Les Bavarois prennent cependant le contrôle du fort après que quelques soldats aient réussi à pénétrer dans la cour intérieure du château par les latrines. Le commandant du Godesburg et quelques survivants se réfugient alors dans le donjon et menacent de s'en prendre aux prisonniers bavarois détenus dans les cachots. Le commandant obtient ainsi un sauf-conduit pour lui-même, sa femme et son lieutenant, tandis que les autres défenseurs du fort sont massacrés. Le mois suivant, Bonn tombe sous le contrôle des Bavarois.

À l'emplacement du village de Godesberg se trouve de nos jours la ville de Bad Godesberg, toujours dominée par l'imposant donjon du Godesburg qui a résisté au siège.

Contexte historique

Généralité vignette|alt=Carte montrant le fleuve Rhin et les villes qu'il traverse.|Les possessions séculières de l'électorat s'étendent sur soixante kilomètres le long du Rhin. Les lignes grises montrent les frontières modernes de l'Allemagne, de la Belgique et des Pays-Bas. Les circonstances qui ont abouti à la guerre de Cologne sont d'une part la conversion au calvinisme du prince-électeur de l'électorat de Cologne, Gerhard Truchsess de Waldbourg, et d'autre part le mariage de ce dernier avec Agnes de Mansfeld-Eisleben en 1583. Lorsqu'il refuse plus tard de renoncer à l'évêché, une faction du clergé issue du chapitre des chanoines élit un nouvel archevêque, Ernest de Bavière, de la Maison de Wittelsbach.

Dans un premier temps, les troupes en lice pour l'archevêché de Cologne s'affrontent pour le contrôle du clergé et, en quelques mois, la querelle s'étend jusqu'à inclure les partisans du palatinat du Rhin du côté des protestants et du duché de Bavière dans les rangs des catholiques. Ces derniers engagent des mercenaires italiens ayant reçu l'aval du pape pour étoffer leurs rangs. En 1586, le conflit se généralise après l'implication directe des Pays-Bas méridionaux qui rejoignent le camp catholique, en plus de l'engagement d' et de la reine au côté des protestants.

Alors que le conflit n'est au début qu'une querelle locale entre deux dynasties ayant acquis des connotations religieuses, les sénéchaux () de la maison de Waldbourg et les ducs de la maison de Wittelsbach, il provoque rapidement de vastes répercussions sur l'équilibre politique, social et dynastique du Saint-Empire romain germanique. Il met également en évidence les limites du principe de réserve ecclésiastique établi lors de la Paix d'Augsbourg de 1555 car, dans un territoire ecclésiastique établi, si le prélat change de religion, ses sujets ne sont pas obligés de faire de même, et lui-même doit alors démissionner de son poste, bien que l'accord de 1555 ne l'impose pas.

Controverse sur le mariage et la conversion de Gerhard Truchsess de Waldbourg Agnes de Mansfeld-Eisleben est chanoinesse protestante du couvent de Gerresheim (actuellement un quartier de Düsseldorf).

vignette|gauche|redresse|alt=Gravure illustrant le portrait d'un homme à moustache au visage maigre.|Ernest de Bavière.

À partir de 1579, elle entretient une liaison amoureuse avec l'archevêque de Cologne, Gerhard Truchsess de Waldbourg. Pour défendre son honneur, deux des frères de Gerhard parviennent à le convaincre d'épouser Agnès. Profondément amoureux, il irait même jusqu'à se convertir au calvinisme pour elle. Des rumeurs se répandent alors dans tout l'électorat selon lesquelles Gerhard se serait converti à une autre religion mais refuserait de renoncer à sa position de prince-électeur de l'Électorat de Cologne. Un cas similaire s'est cependant déjà produit, lorsque Hermann de Wied s'était converti au protestantisme et avait démissionné en 1547.. Salentin d'Isembourg-Grenzau, le prédécesseur de Gerhard, avait quant à lui renoncé à son mariage afin de bénéficier du siège de prince-électeur. En , Gerhard annonce officiellement sa conversion au calvinisme et étend l'égalité des droits religieux aux protestants de l'électorat. En février, il épouse Agnes et vers la fin du mois de , il est excommunié par le pape, après quoi le chapitre cathédral s'empresse d'élire un archevêque en la personne d'Ernest de Bavière. Les partisans des deux archevêques commencent alors à rassembler leurs troupes en vue d'un inévitable affrontement, étant donné les circonstances. Les troupes d'Ernest sont cependant supérieures en nombre, surtout après que le pape a entrepris d'engager de la famille Farnèse pour les soutenir. Le frère d'Ernest, le duc de Bavière, lui fournit une armée puis il s'arrange pour que les troupes de Ferdinand prennent possession de l', le territoire méridional de l'électorat. Il envoie ensuite ses hommes piller et saccager les villages environnants.

Avec le soutien d'Adolf de Neuenahr et du comte Solms, Gerhard est assuré d'obtenir les territoires du nord et de l'est de l'électorat, où il détient un avantage géographique certain à cause de sa proximité avec les provinces rebelles néerlandaises. Dans le sud, cependant, les troupes de Ferdinand chassent les soldats de Gerhard postés dans les villages de Bad Neuenahr-Ahrweiler et Linz, et ceux qui ne parviennent pas à s'échapper sont capturés. À l'automne 1583, la majeure partie de l' tombe aux mains de l'armée de Ferdinand et bon nombre des partisans de Gerhard regagnent leur foyer. Il s'agit pour certains d'honorer la promesse faite après leur capture : leur libération contre leur désengagement du conflit. Jean-Casimir du Palatinat, le frère de , retourne sur ses terres après la mort de son frère. Entre-temps, les partisans de Gerhard commencent à critiquer son incapacité chronique à payer ses troupes, et les intimidations et menaces perpétrées par n'arrangent pas les choses. Vers la fin du mois d', la majeure partie de l' tombe aux mains des envahisseurs bavarois, et seules résistent encore les forteresses de Godesburg et de Bonn, ainsi que la cité fortifiée de Poppelsdorf.

La forteresse de Godesburg

Édification

La première pierre de la forteresse de Godesburg est posée le sur ordre de Dietrich d'Hengebach, archevêque de Cologne. À l'époque, sa position à la tête de l'électorat est vivement controversée et il n'a de cesse de se battre pour conserver son titre. Ses adversaires ont cependant raison de lui et il est démis de ses fonctions en 1212. Après sa mort, ses successeurs continuent l'édification de la forteresse, qui est citée dans les chroniques des siècles suivants comme un symbole de la puissance de l'archevêque de Cologne, dans le domaine tant séculier qu'ecclésiastique. Le château de Godesburg est édifié au sommet d'une colline escarpée, à environ au-dessus du Rhin, ce qui rend difficile un siège éventuel. La route qui mène à son entrée comporte des virages en lacet, de façon à rendre presque impossible l'utilisation d'un bélier. Ces virages sont surplombés par le mur du château, ce qui expose directement les assaillants aux tirs depuis la forteresse. Vers la fin du , la forteresse devient le dépôt officiel des objets de valeur et des archives de l'électorat. Au milieu du , après la construction d'appartements, le château devient une demeure très appréciée des électeurs, communément appelée le .

Style architectural alt=Vitrail représentant une forteresse.|vignette|La forteresse de Godesburg avant sa destruction, représentée sur un vitrail, vers 1500. Cette illustration est considérée comme la seule image détaillée du château tel qu'il était avant sa destruction. L'image montre la structure vue du nord, et la chapelle Saint-Michel est visible à droite, au premier plan.

La forteresse est construite à l'origine dans un style médiéval. Sous le règne de Siegfried II de Westerburg (1275–1295), le château a résisté victorieusement à un siège de cinq semaines mené par le comte de Clèves. Les archevêques qui se sont succédé ont par ailleurs continué à améliorer les fortifications du château, en construisant des murs plus résistants et en ajoutant des niveaux supplémentaires au donjon, qui a la particularité d'avoir une section cylindrique, se distinguant des autres forts médiévaux généralement de forme carrée. Outre l'ajout d'un logis, les archevêques ont agrandi les ouvrages intérieurs pour y inclure des cachots et une chapelle. Ils ont aussi fortifié les murs avec des tours et créneaux, ajouté une courtine et réaménagé la route qui mène à l'entrée par une série de virages en lacet. Durant les , le château de Godesburg devient la résidence privilégiée du prince-électeur. Tout en gardant certains traits médiévaux, le château intègre progressivement les nouveaux standards de la fortification moderne, promus par les architectes militaires italiens. Son emplacement ne permet cependant pas la mise en œuvre du tracé à l'italienne, mais ses cordons de murs épais et arrondis ainsi que ses portes massives en fer forgé le classent parmi les plus sûrs des châteaux forts de l'époque.

Aspect stratégique