L'abbaye royale de Saint-Vincent-aux-Bois était située à 21 lieues de Paris, dans le diocèse de Chartres, au nord-ouest de Châteauneuf-en-Thymerais en plein milieu des bois, ce qui lui a valu son nom. C'était une abbaye d'hommes qui obéissait à la règle de saint Augustin et qui regroupait des chanoines réguliers, dits génovéfains ou chanoines de Sainte-Geneviève.

Le fondateur et les bienfaiteurs de l'abbaye sont les membres de la puissante famille féodale des seigneurs de Châteauneuf et de Brezolles.

L'origine de l'abbaye remonte au milieu du , époque où Gervais, seigneur de Châteauneuf, fait édifier dans les bois un oratoire dédié à saint Vincent que l'évêque de Chartres confie à des ermites. Ce modeste oratoire cède la place à une abbaye florissante. Mais deux incendies vont mettre fin à son essor: un premier incendie au début de la guerre de Cent Ans et un second pendant les guerres de Religion en 1562. Elle reste en ruines pendant un siècle avant d'être reconstruite sous l'égide de l'abbé Léon de Loynes, nommé abbé de Saint-Vincent le . Suit une période de relative prospérité puis de déclin.

À la Révolution, le , elle est vendue comme bien national à François-Marie-Simon de Pâris de Mainvilliers qui a alors 27 ans. Il transforme la demeure abbatiale en château. Celui-ci sera démoli et remplacé en 1884 par un château dans le goût de l'époque qui sera à nouveau démoli, cette fois par l'actuelle propriétaire du domaine.

De nos jours, il ne subsiste de l'ancien domaine monastique que la grande allée qui y menait ainsi que les grilles et piliers de briques qui enserrent dorénavant la ferme de Saint-Vincent, sise dans la commune de Saint-Maixme-Hauterive dans le département d'Eure-et-Loir, entre la D 138 et la D 939.

Débuts difficiles de l'abbaye De la fondation à sa destruction Vers le milieu du quelques ermites s'établissent dans les bois du Thimerais et c'est tout naturellement à eux que l'évêque de Chartres confie en 1066 l'oratoire dédié au martyr saint Vincent que GervaisGervais ayant comme femme Mabile est donc le gendre de Hugues ., seigneur de Châteauneuf, a fait édifier.

Vers 1130, son fils Hugues IIDans la deuxième charte, Hugues, fondateur de l'abbaye, est dit être le fils de Gervais, ce qui est confirmé par le prénom de sa femme Alberede et celui de ses enfants Hugues, Gervais et Valvanet. Il s'agit donc bien de Hugues II (voir le dictionnaire de la noblesse contenant la généalogie à la page de Châteauneuf) se charge d'ériger une abbaye en y faisant venir abbé et chanoines réguliers. Dans les dernières années de sa vie, il veut sans doute se racheter devant Dieu de ses péchés et brigandages, ce qui était usuel à l'époque. En 1212, à son retour de croisade, son petit-fils, Gervais II, rapporte de Terre Sainte un certain nombre de reliques dont il fait don à l'abbaye : un doigt de saint Nicolas, la main droite de saint Jacques, un morceau de bois de la vraie croix et la tête de saint Christophe.

L'abbaye de Saint-Vincent-aux-Bois ne cesse de s'enrichir grâce aux libéralités des seigneurs de Châteauneuf et de leurs vassaux. En 1222, Hervé, seigneur de Brezolles, frère du seigneur de Châteauneuf, offre une rente annuelle à l'abbaye, contre des prières au jour d'anniversaire et pour l'âme de son frère, évêque de NeversInventaire des titres de Nevers, livre X, tome VI page 127, Saint-Vincent-aux-Bois.. En 1327, Étienne de la Roche cède à l'abbaye de bois d'un seul tenant.

La communauté des chanoines s'agrandit et partout, leurs services sont demandés. En 1212, Robert III, comte de Dreux, demande et obtient de l'abbé de Saint-Vincent deux chanoines pour desservir l'autel qu'il a fondé à Dreux en l'honneur de la bienheureuse Marie-Madeleine. En échange, il donne pour le service de l'église et la nourriture des chanoines les vignes du Valgelé. Plus tard, l'abbé Pierre des Pavillons propose au bailli de Breteuil de recevoir Nicolas du Coudray comme prieur et chapelain de la chapelle du château de Breteuil.

Mais deux incendies vont mettre fin à cette période de prospérité en ravageant l'église: celui du début de la guerre de Cent Ans, qui force l'abbé à se réfugier à l'abbaye Saint-Jean à Chartres et celui de 1562, pendant les guerres de religion, qui force l'abbé et les religieux de Saint-Vincent à se retrancher à DreuxArchives départementales H3908. La paix ne ramène pas la prospérité et pendant un siècle, l'église reste en ruines jusqu'à la nomination de l'abbé Léon de Loynes, fils de Jules de Loynes, secrétaire du roi.

Reconstruction au alt=L'abbaye de Saint-Vincent-aux-Bois en vue cavalière. Détail du plan de la forêt de Châteauneuf en Thymerais (Archives départementales d'Eure-et-Loir)|gauche|vignette|L'abbaye de Saint-Vincent-aux-Bois en vue cavalière. Détail du plan de la forêt de Châteauneuf-en-Thymerais, Archives départementales d'Eure-et-Loir.

Léon de Loynes, religieux profès de Sainte-Geneviève du Mont ( reçoit le titre d'abbé de Saint-Vincent par brevet royal, le . Il meurt à l'abbaye après avoir consacré quarante années à tout rebâtir, la maison conventuelle comme l'église de 100 pieds de longueur sur cinquante de largeur, y compris les deux bas-côtés de dix pieds chacun et à donner forme aux jardins.

Sur son tombeau est gravée une épitaphe latine dont la traduction en français. est la suivante:

Possessions de l'abbaye Revenus L'abbaye de Saint-Vincent obéit à la règle de saint Augustin, elle rassemble une communauté de chanoines liés par les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Contrairement aux moines, les chanoines ne sont pas cloîtrés, ils assument la charge pastorale d'âmes au sein des cures vacantes et portent le titre de prieur. Leur prieuré se trouve sur le domaine foncier de Saint-Vincent. Les religieux, issus de l'abbaye, gèrent le prieuré sur place et envoient en contrepartie les revenus à l'abbaye.

Dépendent de Saint-Vincent de multiples prieurés : Saint-Blaise des Chaises, Courdemanche, Saint-Rémy de Feuilleuse, Lamblore, Saint-Nicolas de la Ferté-Vidame, Saint-Léger de Louvilliers-en-Drouais, Saint-Laurent de Mainterne, Notre-Dame de Marville-les-Bois, Saint-Martin de Montigny-sur-Avre, Notre-Dame de La Mulotière, Neufville, Saint-Rémy de Revercourt, Saint-Jean-de-Rebervilliers, Saint-Ursin (paroisse de Saint-Rémy-sur-Avre), Sainte-Anne de La Saucelle et Saint-Maurice de Tardais.

L'abbaye touche donc les dîmes versées par ces diverses paroisses et un grand nombre de rentes viagères. En outre elle dispose des droits seigneuriaux de haute et basse justice d'où découlent les redevances seigneuriales. Elle possède des maisons, des fermes, des moulins, des briqueteries, des prés, des bois, elle a le droit de chasse, de forage sur son fief, droits qu'elle sait défendre même contre Éléonor, la dame de Châteauneuf. Enfin, elle touche le cens en argent et les dîmes en muids de blé sur toutes les pièces de terre qui lui ont été cédées et dont faisaient partie Le Boullay-les-Deux-Églises, Saint-Sauveur et Levasville, Boutaincourt, Saulnières mais étrangement, pas Marville-les-Bois.

Différend entre l'abbaye et la paroisse de Marville-les-Bois La raison en est le conflit qui l'oppose au seigneur de Marville, Bernard de Montigny. Celui-ci s'appuie sur l'acte de 1252 pour réclamer la nomination d'un vicaire attaché à la chapelle du château. Or l'abbaye s'y refuse, prétextant le délabrement de la chapelle et l'insuffisance des revenus de la paroisse pour faire vivre deux religieux, l'un au prieuré, l'autre au château. Bernard de Montigny menace de présenter à l'évêque de Chartres deux prêtres séculiers qui auront tous les droits et revenus portés dans l'acte de fondation d'. Le procès qu'il entame contre les abbésArchives départementales d'Eure-et-Loir H 3982, 1 J 453. lui donne finalement raison.

En 1744-1745, ils sont déboutés faute de pouvoir produire des titres établissant leurs droits. La sentence est validée par l'abbé de Sainte-Geneviève le . Il semblerait que les rapports avec le prieuré de Marville aient toujours été tendus et que les religieux de Saint-Vincent n'aient pas hésité à recourir à la violence. En 1719Archives départementales d'Eure-et-Loir, B 7105. ils se faufilent dans le prieuré de Marville, à onze heures du soir, accompagnés de deux hommes armés d'un fusil et le curé, affolé, crie si fort que les habitants viennent à sa rescousse. Le , le curé de Marville, François Desomme, leur réclame les papiers de la fabrique, les soupçonnant de s'en être emparés.

Descriptif de l'abbaye au Extérieur vignette|Plan ancien de l'abbaye aux Bois, Archives départementales d'Eure-et-Loir. vignette|La grille actuelle du domaine de Saint-Vincent.

Une description minutieuse de l'abbaye et des réparations à y faire a été effectuée en 1759 par Claude Chambord, architecte à Chartres, et René Jacob Brisard, architecte à MaintenonLe "procès-verbal du rapport de la visite des réparations des biens de l'abbaye" en date, au commencement du 28 mai 1759 et se terminant le 16 septembre 1759, a été déposé au rang des minutes de Maître Pichot, notaire à Chartres, le 27 août 1772, consultable aux Archives départementales d'Eure-et-Loir sous la cote 2 E 51 661..

Un inventaire des biens de la maison abbatiale dressé le Archives départementales 1Q supplément art.21 biens nationaux. fournit la disposition des lieux et de l'étendue du domaine :

L'église a sa nef séparée du chœur par des grilles et portes de fer. Le logement abbatial a environ 150 pieds de longueur et 30 de largeur, il est situé entre cour et jardin et occupe avec l'église et le cimetière deux arpents et demi. Dans le cimetière sont enterrés Claude Rousseau, garçon de basse-cour décédé à l'âge de 24 ans et François Frou, garde-chasse décédé à 32 ans. Les religieux sont quant à eux inhumés dans le chœur de l'église, ainsi l'abbé Aimé Jean Solu de Villeraul, décédé à 80 ans en 1758 ou le chanoine Claude-Pierre-François Buttin en 1763. alt=Allée menant à l'abbaye ( Archives départementales Eure-et-Loir) |vignette|Dessin de l'allée menant à l'abbaye. Dans la cour servant de basse-cour, au nord de l'église, se dressent le colombier, une grange avec une voiture à quatre roues et un vieux cabriolet, des écuries et étables avec deux chevaux et quatre vaches, quelques chambres de domestiques. La cour d'entrée, dite la cour du puits, est fermée de murs de pierres. La porte en bois donnant sur l'extérieur est à deux vantaux, moitié pleine, moitié grille, placée entre des grilles de fer, elles-mêmes séparées par des pilastres en briques. De chaque côté, il y a un pavillon, l'un attenant à la ferme, l'autre propre à l'abbé qui a ainsi un passage dans la cour du puits. L'avenue en face de l'abbaye est plantée de charmes, l'avant-cour non fermée sert de pâturage aux bestiaux du fermier. Seul le profit des arbres revient aux chanoines.

L'abbaye dispose en tout de 351 arpents de bois, de 335 arpents et 33 perches de terre labourable et de 20 arpents de landes. Les terres sont affermées moyennant payables à Noël et à la Saint-Jean. Le fermier est tenu de faire les charrois de bois et de vin nécessaires à la consommation de la maison, de charroyer les foins et les matériaux indispensables aux réparations de l'église, de la maison et de la ferme. En échange, il reçoit annuellement 18 couples de pigeons, leur fiente ainsi que le surplus de fumier de la basse-cour.