, né vers 1183 et mort le , est seigneur de Chacenay dans le comté de Champagne à la fin du et au début du . Il est le fils aîné d' et de son épouse Mathilde de Donzy. Il succède à son père vers 1191, lorsque celui-ci meurt lors du siège de Saint-Jean-d'Acre durant la troisième croisade. Mais, trop jeune pour lui succéder, il est probablement placé sous la tutelle de la deuxième épouse paternelle ainsi que de son cousin Jacques de Durnay jusqu'à sa majorité.
Au début du , il réalise un mariage prestigieux en épousant Émeline de Broyes, d'origine capétienne, car arrière-petite-fille du roi , avec qui il aura par la suite cinq enfants. Puis, en 1214, il est appelé dans l'ost royal, avec lequel il combat à la bataille de Bouvines dans le contingent du comté de Champagne.
Lors de la guerre de succession de Champagne, il apporte son soutien à son cousin Érard de Brienne et son épouse Philippa de Champagne contre la comtesse régente de Champagne, Blanche de Navarre, et son fils, le futur . Ceci lui vaut d'être excommunié par le pape alors qu'il est vaincu par les armées coalisées de cette dernière et du duc . Toutefois, il refuse de se soumettre.
Afin d'éviter les sentences ecclésiastiques, il rejoint alors la cinquième croisade et participe au siège de Damiette aux côtés de son cousin Jean de Brienne, désormais roi de Jérusalem, et de son oncle dont il devient le sénéchal. De retour en Champagne, il est de nouveau sommé de jurer allégeance à la comtesse de Champagne et finit par céder après plusieurs mois de résistance.
Il se retrouve par la suite en proie à des problèmes financiers et vend aux Templiers des terres appartenant à son épouse, à la grande colère de celle-ci qui le menace alors de divorcer et fait réaliser un contrat de séparation de biens. Par la suite, il démasque un ancien trouvère qui avait usurpé l'identité du comte de Flandre, mort plusieurs années auparavant, et le livre au roi de France.
meurt en 1236 et est inhumé à l'abbaye de Clairvaux. Ses deux fils, puis sa plus jeune fille, lui succèdent tour à tour à la tête de la seigneurie de Chacenay.
Biographie
Origines vignette|droite|alt=Dessin en noir et blanc représentant deux tours médiévales encadrant une porte avec un château plus moderne en arrière-plan.|Les tours Sainte-Parisse et le château de Chacenay en arrière-plan, par A. Bertherand.
est né vers 1183, probablement au château de Chacenay. Il est le fils aîné d' et de son épouse Mathilde de Donzy..
La famille de Chacenay est l'une des plus anciennes et puissantes familles du comté de Champagne, dont elle est vassale, mais, est issue d'une branche cadette de la famille de Montréal dans le duché de Bourgogne.
Par le jeu des alliances matrimoniales, la famille de Chacenay est apparentée aux ducs de Bourgogne, ainsi qu'aux comtes palatins de Bourgogne, mais également aux puissantes familles de Brienne, de Toucy ou encore de Donzy.
Début de carrière vignette|gauche|200px|alt=Dessin en noir et blanc d'un sceau médiéval représentant un chevalier en armure sur un destrier et portant épée et bouclier.|Sceau d' datant de 1209.
Vers 1189, son père s'engage pour la troisième croisade, lors de laquelle il trouve la mort durant le siège de Saint-Jean-d'Acre en 1191. Pendant l'absence paternelle, la seigneurie de Chacenay est probablement placée sous la garde de la deuxième épouse de son père, Ermengarde, dont le nom de famille est inconnu, probablement avec le soutien de son cousin Jacques de Durnay. Ce dernier règle par exemple un différend avec l'évêque de Langres en 1190, en engageant la parole d', dans le cas où celui-ci reviendrait de croisade.
Bien qu'encore mineur, Érard apparait toutefois dès 1200 ou 1201 comme homme lige du comte de Champagne dans le registre des grands vassaux de l'ouvrage Feoda Campanie.. En 1203, il réalise une charte en faveur de l'abbaye de Longuay mais, étant toujours mineur, il ne possède pas encore de sceau et demande donc à l'évêque de Langres Hilduin de Vendeuvre d'y apposer le sien. Cependant, dès 1204, il signe de son propre sceau dans des chartes de ses voisins Pierre de Fontette et Lambert de Bar, seigneur de Jaucourt, ce qui prouve qu'il est alors majeur, et probablement chevalier, et donc âgé de vingt-et-un ans.
Mariage vignette|droite|150px|alt=Miniature médiévale représentant le buste du comte de Dreux.|Miniature de , grand-père de l'épouse d'Érard de Chacenay, enluminure anonyme du .
En 1205, il épouse, en tant que second mari, Émeline de Broyes, veuve d' qui a trouvé la mort lors du siège de Constantinople de 1204 pendant la quatrième croisade. Elle est la fille d', seigneur de Broyes, et d'Élisabeth de Dreux, Dame de Baudement. Par sa mère, elle est donc d'origine capétienne, car petite-fille de , comte de Dreux, lui-même cinquième fils du roi des Francs, , et d'Adélaïde de Savoie.
Avec ce mariage, devient le beau-frère de , seigneur de Broyes et de Commercy, et de , dit « le Jeune », seigneur de Châteauvillain, et renforce ainsi ses alliances au sein du comté de Champagne.
Le jeune couple a au moins cinq enfants et vit paisiblement pendant près d'une décennie, ne laissant de traces que dans diverses libéralités, notamment auprès des différentes abbayes voisines.
Le temps des guerres
Bataille de Bouvines vignette|gauche|150px|alt=Enluminure représentant un guerrier couronné à cheval et en armure au milieu d'une bataille.|Le roi Philippe Auguste à la bataille de BouvinesEnluminure des Grandes Chroniques de France, vers 1330. Bibliothèque municipale de Chartres, BM 0003, ..
En 1214, il est cité parmi les nombreux chevaliers bannerets provenant du comté de Champagne et présents dans l'ost de Philippe Auguste lors de la bataille de Bouvines contre une coalition constituée de princes et seigneurs flamands, allemands et français renforcés de contingents anglais, équivalant à environ combattants, menée par l’empereur du Saint-Empire ...
Il combat très probablement aux côtés de son roi et de ses beaux-frères et , mais ses faits d'armes n'ont pas été rapportés.
Guerre de succession de Champagne vignette|droite|upright|alt=Lettrine médiévale représentant un chevalier en armure sur son destrier.|Le comte de Champagne .
Au début de l'année 1216 éclate la guerre de succession de Champagne dans laquelle il fait partie des partisans d'Érard de Brienne, dont il est le cousin au deuxième degré, et de sa femme Philippa de Champagne, contre la comtesse régente Blanche de Navarre et son fils Thibaut.
Le conflit connaît beaucoup de trêves et les actions d'Érard sont d'abord plus proches du brigandage que de la guerre. La comtesse Blanche demande expressément l'aide du roi, mais celui-ci n'a que peu d'appuis à lui accorder. Elle en appelle ensuite au pape qui prononce une première fois le l'excommunication d'Érard et de son épouse, mais celle-ci n'est pas appliquée par tous les prélats. Afin d’affermir sa volonté, le pape prononce lui-même le la sentence d'excommunication contre le jeune couple et désigne nominativement vingt-cinq de ses alliés.
Une paix est alors instaurée, pendant laquelle la comtesse Blanche rassemble ses armées afin de réduire un par un les soutiens d'Érard de Brienne. Dès la trêve achevée le , elle ravage le Bassigny avec l'aide du duc de Bourgogne . C'est probablement avant ces événements qu'elle fait le siège du château de Chacenay, afin d'obtenir un point stratégique face aux armées d'Érard de Brienne. Alerté de la situation, , seigneur de Sexfontaines, également partisan d'Érard de Brienne et ami du sire de Chacenay, coordonne une attaque de l'arrière-garde de l'armée champenoise pendant que les soldats de Chacenay mènent une sortie. Les Champenois sont mis en déroute et contraints de prendre la fuite en abandonnant leur campement et leurs engins de siège. Selon certains historiens, aurait déjà été présent au château de Chacenay au début du siège et aurait causé de grands ravages lors d'une sortie..
vignette|droite|alt=Dessin en noir et blanc représentant un sceau médiéval montrant un homme en armes brandissant épée et bouclier et montant un cheval au galop.|Sceau du duc . Une fois remobilisés, les Champenois reprennent le siège mais, ayant besoin de son armée contre Érard de Brienne, Blanche propose des pourparlers afin de signer une trêve. Se rendant au lieu de l'entrevue, Érard de Chacenay est alors trahi et, est fait prisonnier par des cavaliers champenois. Blanche veut alors en profiter pour prendre rapidement le château de Chacenay, mais celui-ci est désormais tenu par Simon de Sexfontaines qui est venu s'y enfermer avec ses soldats et des vivres afin de continuer à résister au siège. Prise par le temps, Blanche se voit donc obligée de lever le siège pour faire la jonction avec le duc de Bourgogne.
Érard de Chacenay parvient à s'échapper avec la complicité d'un ancien serviteur attaché au service de la comtesse de Champagne et rejoint Simon de Sexfontaines. Ensemble, ils poursuivent les restes de l'armée champenoise et reprennent successivement Chervey, Landreville, Merrey, Villeneuve et enfin Bar-sur-Seine, avant d'en être chassés par une autre armée qui avait pour but de venir au secours de Blanche et de faire la jonction avec ses troupes. Ces forces coalisées parviennent par la suite à réduire un par un les soutiens d'Érard de Brienne, le contraignant à accepter une nouvelle trêve le . Seul le sire de Chacenay semble décidé à continuer à se battre.
Mais le , la guerre est sur le point de recommencer mais Érard de Chacenay est forcé de traiter avec la comtesse le . Les termes de cet accord nous sont inconnus car il refuse toujours de lui prêter hommage. Après avoir été de nouveau excommunié, sa terre en interdit, il écrit le même jour au pape afin de se mettre à son service et ainsi obtenir la levée des censures. Voyant ses alliés vaincus les uns après les autres, Érard de Brienne signe avec Blanche le une trêve de , sous réserve de plusieurs conditions, dont l'une, toute particulière, mentionne que la comtesse et son fils Thibaut, interviendront auprès du pape afin d'obtenir l'absolution d'Érard et de tous ses partisans. Mais le , le pape menace de nouveau Érard de Chacenay d'excommunication s'il ne fait pas hommage à la comtesse et à son fils Thibaut. Il lui donne un dernier délai pour s'exécuter, la date du .
Cinquième croisade vignette|gauche|alt=Tableau représentant une bataille navale lors du siège de Damiette pendant la cinquième croisade.|Navire brisant la chaîne de Damiette lors de la cinquième croisade.Peinture d'histoire de Cornelis Claesz van Wieringen, musée Frans Hals, vers 1625. Très probablement afin d'éviter l'excommunication papale, Érard tient sa promesse en se mettant à la disposition du pontife et prend part à la cinquième croisade. En , il est ainsi présent au siège de Damiette lors duquel sa présence est attestée par le don d'une rente de qu'il fait aux chevaliers teutoniques.
Il y combat aux côtés de ses cousins Jean de Brienne, roi de Jérusalem, , comte de Bar-sur-Seine, Jean d'Arcis et Guy d'Arcis, ainsi que de son oncle par alliance Hervé de Donzy, comte de Nevers. Au cours de ces affrontements, il voit ce dernier provoquer le scandale chez les croisés en prenant la fuite tandis que son cousin Milon du Puiset et son fils Gaucher tombent glorieusement les armes à la main.
La ville est finalement prise le , mais Jean de Brienne abandonne la croisade en à la suite des différends entre Français et Italiens et surtout en raison de querelles avec le légat du pape, Pélage.. C'est très probablement au printemps de cette année-là qu'Érard de Chacenay rentre en Champagne.
Reprise des hostilités en Champagne vignette|droite|alt=Miniature médiévale représentant le buste de la comtesse Blanche de Navarre.|La comtesse Blanche de Navarre.