Pierre-Félix DucasseSelon les actes d'État civil (naissance, mariage, naissance de ses enfants, etc.) on trouve, ou pas, un tiret entre les deux prénoms, et un accent sur le e du nom., dit Félix Ducasse, né le à Saverdun en Ariège et mort le à Camarès dans l'Aveyron, est un journaliste, orateur populaire des réunions publiques sous la fin du Second Empire, écrivain, capitaine d'État-major de la Garde nationale et protagoniste de la Commune révolutionnaire éphémère de Toulouse.
Jusqu'à ses trente ans, il défend et professe avec force des idées radicales proches du communisme et de la libre-pensée dans le cadre du mouvement des réunions publiques, notamment dans les salles agitées de Belleville et de Toulouse.
Après plusieurs séjours en prison, dont un dernier de quinze mois pour bris de presse en , il reprend les études de théologie qu'il avait abandonnées plus jeune et devient pasteur protestant. Il exerce cette fonction les trente dernières années de sa vie en Suisse, en Belgique où il est nommé président du consistoire de l'Église chrétienne évangélique de Bruxelles, puis en France, notamment à Camarès dans l'Aveyron où il meurt à l'âge de 59 ans.
Il demeure une figure emblématique des tribuns opiniâtres et hauts en couleur des réunions publiques parisiennes de 1868-70 qui ont ouvert la voie à l'avènement de la Commune de Paris quelques mois plus tard.
Biographie Berceau familial dans le sud-ouest
Joseph Ducasse, père de Félix, est né le à Feugarolles en Lot-et-Garonne comme son père et son grand-père avant lui.
Le , il épouse Déonide Elizabeth Dupesan à Nérac en Lot-et-Garonne où il devient pasteur protestantLe Figaro, du , instituteur communalActe de décès de Déonide Dupesan, puis chef de l'institutionActe de mariage de Félix Ducasse de jeunes filles Jeanne d'AlbretAussi connue sous le nom de pension Ducasse dans la , aujourd'hui l'École primaire Jean Rostand.
Ce mariage porte rapidement ses fruits et Félix Ducasse naît à Saverdun en Ariège le . Sa mère Déonide meurt des suites de l'accouchement le ; en l'espace de neuf mois, elle aura donc connu le mariage, l'enfantement et la mort.
Jeunes années A 16 ans, Félix Ducasse est renvoyé du collège de Montauban. Vers 17 ans, il est expulsé du lycée impérial de Nîmes (aujourd'hui Lycée Alphonse-Daudet) pour ses opinions républicainesdans son ouvrage Félix Ducasse À ses Insulteurs, p. 17. Il se retrouve alors à Bordeaux sans un liard en poche et entre à la Guienne, journal du parti clérical et légitimiste où il est responsable des Faits divers et des Revues théâtrales.
Il écrit Les Rois de Navarre à Nérac dont la première édition paraît dans le Journal de Nérac en septembre et Bibliographie générale de l'Agenais et des parties du Condomois et du Bazadais, 1886, .
En 1863, il est emprisonné pour la première fois au motif de tapage nocturne et injurieux pour avoir sifflé au théâtre la pièce Les vins de Bordeaux de Gabriel Hugelmann à qui il reproche de soutenir la candidature officielle du sieur Gustave Curé contre André Lavertujondans son ouvrage Félix Ducasse À ses Insulteurs, p. 22
En difficulté d'argent, Félix Ducasse se rend à Lyon où, comme Justin Massicault qu'il y rencontre, il se fait pion au Lycée de Lyon (aujourd'hui Lycée Ampère).
En 1864, il part s'installer à Genève où James Fazy, fondateur du parti radical genèvois, lui confie la rédaction en chef de La Nation suisse, organe communiste du parti radical helvétique dans lequel il affûtera ses armes de tribun aux idées fermement ancrées à gauche; il s'écriera par exemple un jour: Prenez garde, bourgeois, un jour, la faim fait sortir le loup du bois!.
En 1865, il écrit Rome, Genève et la liberté ; lettre à MF Bungener, ministre du Saint Évangile à propos de sa brochure sur l’encyclopédie .
La Nation suisse ne vécut pas longtemps: il y eut un soir une grosse émeute où les radicaux et les conservateurs se battirent à coups de bâtons et de couteaux. Félix Ducasse ne peut en échapper qu'en se sauvant par un soupirail. Il décide alors de s'installer à Paris vers 1866.
À Paris Installation Arrivé à Paris Félix Ducasse redevient pion, d'abord à l'institution Massin, puis à l'institution Favart (212 rue Saint-Antoine) où il rencontre Frédéric Morin. Celui-ci le présente à Pierre Larousse qui travaille alors sur son Grand Dictionnaire du siècle. Félix gagne la confiance de M. Larousse qui bientôt l'emploie et le charge d'accepter ou de refuser le travail des rédacteurs du dictionnaire. Il aurait alors mis au point un stratagème qui consistait à recopier les articles qu'on lui apportait, à les refuser et à les faire payer comme étant siens.
Affaire du Cri séditieux Dans la soirée du , sur l'avenue Victoria et aux abords de l'Hôtel de Ville de Paris, au passage de l'empereur Napoléon III et de l'empereur d'Autriche, retentit un cri.
Alphonse Humbert revient sur cette affaire dans Le Petit Journalhttps://gallica.bnf.fr/ark:/121 48/bpt6k620437m/f1.item.r=duca sse.zoom :
À la suite de cette arrestation, Félix Ducasse dénonce à la presse ses conditions de détention ("Ce n'est point au nom des prisonniers politiques que nous protestons, mais au nom de l'humanité, qui ne permet pas d'enfermer dans des cachots malpropres des hommes dont la justice n'a pas reconnu la culpabilité") et poursuit en justice l'agent qui l'a arrêté. Il tente avec sa défense de faire récuser le juge qui les a qualifiés de "braillards".
Affaire Baudin Le , Félix Ducasse est arrêté à proximité du cimetière Montmartre où le pouvoir effectue un coup de filet massif de peur de voir un rassemblement se former autour de la tombe d'Alphonse Baudin, assassiné le , 17 ans plus tôt, sur une barricade alors qu'il s'opposait au coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte.
Les Réunions publiques
La loi sur les réunions publiques du assouplit un peu la liberté de réunion et d'expression dans l'empire; il est à présent admis que le peuple puisse s'assembler et discuter lors de réunions publiques pouvant réunir plusieurs milliers de personnes. En revanche le texte prévoit des limites importantes: les sujets politiques ne peuvent être abordés (ce qui amènera Félix Ducasse à questionner où finit l'histoire et où commence la politique), et un commissaire de police est tenu d'assister à chaque réunion publique, ce dernier pouvant faire appel à la force publique pour dissoudre l'assemblée s'il estime que les débats dérapent.
Félix Ducasse participe dans ce cadre à des dizaines de ces réunions publiques dont on connait relativement bien le contenu puisque souvent relatées dans la presse de l'époque.
Il siège fréquemment en tant que président de séance dans les réunions se tenant dans la salle des Folies-Belleville où il fera quelques coups d'éclat en réclamant l'abolition du droit de propriété, ou en déclamant des punchlines telles que: Je pense qu'il faudrait suspendre tous les huissiers, et encore suspendre est un mot un peu trop long à mon goût.
Félix Ducasse, se croyant recherché, et l'étant peut-être, quitte Paris en 1870 avant la guerre, et se réfugie à Périgueux, où il sera rédacteur-gérant de La République de la Dordogne, puis à Toulouse.
À Toulouse À Toulouse Félix Ducasse reprend ses habitudes parisiennes d'organisation et de participation à des réunions publiques; il participe régulièrement à celles qui se tiennent au Club du Cirque.
Gambetta le nomme capitaine d'état major de la Garde nationale.
Il est également positionné comme rédacteur en chef du journal L'Émancipation.
Dans ce journal il publiera de nombreux articles en soutien de la Commune de Paris. Il participera à la Commune éphémère de Toulouse qui ne dura que quelques heures. Il sera poursuivi puis relâché à ce sujet.
En revanche, il est poursuivi en pour « bris de presse », autrement dit pour avoir mis à sac le local et les équipements de son concurrent et néanmoins confrère La Gazette du Languedoc à qui il reprochait ses positions trop conservatrices. Il écopera pour ce faits de 15 mois de prison ferme.
Deuxième vie : Félix Ducasse pasteur De sortie de prison fin 1872, il s'installe à Nîmes où il quitte toute activité politique.
Son dossier de police contient d'ailleurs une note éclairante des renseignements généraux à ce propos :
Félix prend femme à Nîmes, y a sa première fille Déonide, puis part reprendre ses études de théologie en Suisse.
En 1876, il devient pasteur puis professeur agrégé à la Faculté des Lettres de Lausanne. Il est également membre de l'Institue national de Genève.
En 1877, il est pasteur à l'église de la rue Belliard à Bruxelles, puis nommé président du consistoire de l'Église chrétienne évangélique de Bruxelles.
En 1894, il est nommé pasteur à Camarès dans l'Aveyron où il meurt dix ans plus tard à l'âge de 59 ans.
Ouvrages publiés , 41 pages, , 23 pages , 7 pages , 16 pages dont 4 pages d'introduction rédigées par Félix Ducasse, , , 48 pages , 128 pages, , 177 pages,
Journaux avec lesquels Félix Ducasse a collaboré Félix Ducasse mentionnedans son ouvrage Félix Ducasse à ses insulteurs, p. 21 & 22 en 1870 : 1861 : La Guienne de Bordeaux 1864-65 : La Nation suisse (renommée La Suisse radicale par la suite) à Genève 1866 : Rédacteur à L'Avenir national 1867 : Fondateur de La Fraternité de Bruxelles, avec Louis Ariste 1868 : Rédacteur au Courrier français 1870 : Rédacteur à La Réforme 1870 : Rédacteur à La République de la Dordogne
Nous connaissons par ailleurs les collaborations suivantes : 1870 : Rédacteur à L'Émancipation, journal de Duportal où il rentre recommandé par Delescluze
Sa collaboration avec La Guienne de Bordeaux, journal légitimiste, alors qu'il n'avait que 16 ans lui sera reprochée par la suite.
Mentions dans la presse Félix Ducasse est mentionné dans des dizaines d'articles, notamment pour son activité en 1868-70 dans les réunions publiques de Belleville. Le Figaro en donne souvent une image mordante d'autant plus savoureuse aujourd'hui.
Par exemple sa biographie à charge présentée dans l'article suivant : Le Figaro du
Mentions dans des ouvrages , 396 pages, , 104 pages, , 376 pages, ,
, 154 pages, ,
Liens externes
Caricature de Félix Ducasse par Paul Klenck sur le site de la bibliothèque de l'université de Houston
Notes et références Notes
Références
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