La formule « École de Lille » est utilisée dans deux disciplines différentes : la philologie et la recherche en littérature, dont les travaux se sont souvent croisés.

Histoire

En philologie, l'École de Lille désigne le Centre de recherches philologiques fondé à l’Université de Lille par le philologue dissident Jean Bollack (1923-2012), qui y enseigne de 1958 à 1992. Il réunissait autour de lui sa femme Mayotte Bollack, Heinz Wismann, André Laks, Pierre Judet de la Combe, Fabienne Blaise, Philippe Rousseau et Jean-François Balaudé. Ce groupe a largement contribué à la relecture des œuvres antiques : Euripide, Sophocle, Héraclite, Parménide, Eschyle. La notoriété internationale de cette École bénéficie des invitations de Jean Bollack à l'Institute for Advanced Studies de Princeton, à l'Université libre de Berlin, à la Faculté des Lettres de Genève.

Proche du sociologue Pierre Bourdieu, qui enseigne à l’université de Lille jusqu’en 1964, Jean Bollack reste très lié avec lui par la suite. Il développe avec Wismann une pensée de la différence qui donne un sens neuf au problème philosophique de l'identité. En ce qui concerne la théorie littéraire, cette école, proche de Peter Szondi, s’intéresse à Paul Celan, poète de la contre-parole, développant une poétique allemande tournée contre l'allemand.

En recherche littéraire, l’École de Lille est constituée par deux générations successives de chercheurs, rassemblées la première autour de Jean Decottignies (1918-2003) et de Philippe Bonnefis (1939-2013), la seconde autour de Dominique Viart. Proche des pensées de Nietzsche, Deleuze, Foucault, Jean Decottignies, qui organise avec Bollack et Bourdieu en 1974 un colloque décisif sur « la science des œuvres : langage et institution », développe une forme critique très essayistique sur les œuvres de Giono, Klossowski, Jouve, Borges, Gombrowicz ou Breton, marquée par les notions de simulacre, du peu de réalité (Breton), de l’œuvre comme écriture ironique et de la fiction comme forme de la poésie.

Philippe Bonnefis conserve cette dimension très libre de la critique, au sujet d’écrivains du (Flaubert, Maupassant) ou plus contemporains (Ponge, Pascal Quignard, Claude-Louis Combet…). Il dirige les Presses universitaires du Septentrion et fonde la collection d’essais critiques Objet. Invité à enseigner à l’Université d’Atlanta, il compte de nombreux disciples aux États-Unis. Spécialiste de Sartre, Alain Buisine (1949-2009) s’attache également au finissant (Verlaine, Loti) mais aussi à la littérature plus récente (Doubrovsky, Esteban).

L’arrivée de Dominique Viart à Lille au début des années 1990 intensifie le développement de ces travaux sur la littérature contemporaine. L’université de Lille devient alors pionnière en ce domaine. Ses travaux sur l’œuvre du poète Jacques Dupin, dont Jean Bollack était proche, l’ont rapproché du philologue (qu'il invite à un débat public, en 2012, dans le cadre des « Enjeux contemporains » organisé avec la Maison des écrivains de Paris). Avec l’écrivain et critique Gérard Farasse (1945-2014), ancien élève de Barthes et spécialiste de Ponge, Viart rejoint Bonnefis et Buisine à la direction de la Revue des sciences humaines et au Comité éditorial des Presses du Septentrion, où il fonde la collection Perspectives, entièrement consacrée à la littérature des . et, avec Ph. Bonnefis , la collection Claude Simon.

Viart réunit autour de lui un groupe de chercheurs très actifs parfois issus d’autres horizons (outre Gérard Farasse : Catherine Douzou, Marie-Hélène Boblet, François Berquin, Laurent Demanze, Jean-Max Colard) qui essaimeront ensuite dans diverses universités et institutions culturelles françaises où la littérature contemporaine devient grâce à eux un objet de recherche majeur.

Sous leur influence croisée, les deux grandes revues littéraires lilloises, la Revue des Sciences Humaines (dirigée à partir de 2001 par Dominique Viart et Gérard Farasse) et Roman 20-50 (dirigée par Catherine Douzou) s’ouvrent ainsi largement aux corpus contemporains.

Bibliographies

École philologique Jean Bollack Empédocle 1 : introduction à l'ancienne physique, Paris, Minuit, coll. Le sens commun, 1965, (rééd. des 3 volumes) coll. « Tel » Gallimard. Empédocle 2 : « Les Origines », Édition et traduction des fragments et des témoignages, Paris, Minuit, coll. Le sens commun, 1969. Empédocle 3 : « Les Origines », Commentaire, Paris, Minuit, coll. Le sens commun, 1969. Héraclite ou la séparation, en collaboration avec Heinz Wismann, Paris, Minuit, coll. Le sens commun, 1972. La Pensée du plaisir. Épicure : textes moraux, commentaire, Paris, Minuit, 1975. La Grèce de personne : les mots sous le mythe, Paris, Seuil, coll. L'ordre philosophique, 1997. Euripide, Iphigénie à Aulis, trad. en coll. avec Mayotte Bollack, Paris, Minuit, 1990. Euripide, Andromaque, trad. en coll. avec Mayotte Bollack, Paris, Minuit, 1994. La naissance d’Œdipe, (traduction et commentaires d'Œdipe roi), Gallimard, 1995. Euripide, Hélène, trad. en coll. avec Mayotte Bollack, Paris, Minuit, 1997. Sophocle, Antigone, trad. en coll. avec Mayotte Bollack, Paris, Minuit, 1999. Sens contre sens. Comment lit-on? Entretien avec Patrick Llored. La Passe du vent, 2000. Poésie contre poésie (Celan et la littérature), PUF, Perspectives germaniques, 2001. Piedra de corazón. Un poema póstumo de Paul Celan. Avec le concours d'Arnau Pons. Madrid, Arena Libros, 2002. L'écrit. Une poétique dans l'œuvre de Celan, PUF, Perspectives germaniques, 2003. Euripide, Les Bacchantes, trad. en coll. avec Mayotte Bollack, Paris, Minuit, 2004. Parménide, de l'étant au monde, Lagrasse, Verdier poche, 2006. La conférence de Ratisbonne, Enjeux et controverses, Paris, Bayard, 2007. Au jour le jour, Paris, Presses Universitaires de France, 2013.

Autres auteurs Pierre Judet de la Combe et Jean Bollack, L'Agamemnon d'Eschyle. Le texte et ses interprétations, vol. 1, 1 (Agamemnon 1, première partie, introduction : « La dissonance lyrique », ), Presses Universitaires de Lille, Lille / Éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris (Cahiers de Philologie 6), 1981. P Judet de la Combe, Fabienne Blaise et Philippe Rousseau (dir.), Le Métier du mythe. Lectures d'Hésiode, Presses Universitaires du Septentrion, Lille, 1996 (Cahiers de Philologie 16', série « Apparat Critique »). P. Judet de la Combe et Heinz Wismann, L'Avenir des langues : Repenser les humanités, Les Éditions du Cerf, Paris, 2004. Heinz Wismann, Héraclite ou la Séparation, en collaboration avec Jean Bollack, Paris, Minuit, coll. « Le sens commun », 1972 Heinz Wismann, La Réplique de Jocaste : sur les fragments d'un poème lyrique découverts à Lille, en collaboration avec Jean Bollack et Pierre Judet de la Combe, Villeneuve-d'Ascq, Publications de l'Université de Lille III, Paris, Maison des sciences de l'homme, 1977 Philologie et herméneutique au - 2, éd. par Mayotte Bollack et Heinz Wismann, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1983Actes du colloque organisé par le Centre de recherche philologique de l'Université de Lille III du 30 septembre au 2 octobre 1977. Christoph König, Denis Thouard (éd.), La philologie au présent : pour Jean Bollack, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2010 (collection Cahiers de philologie) Christoph König, Heinz Wismann (éd.), La lecture insistante. Autour de Jean Bollack, Paris, Albin Michel, 2011 (Colloque de Cerisy).

École littéraire

Jean Decottignies L'Écriture de la fiction, Situation idéologique du roman, Presses Universitaires de France, Paris, 1979 Les Sujets de l'écriture, Presses Universitaires du Septentrion, Lille, 1981 Klossowski, notre prochain, Henri Veyrier, 1985 Écritures ironiques , Presses Universitaires de Lille, coll. Objet, 1988 L'Invention de la poésie - Breton, Aragon, Duchamp, Presses Universitaires de Lille, coll. Objet, 1995 Pierre Klossowski - Biographie d'un monomane, Presses Universitaires du Septentrion, Lille, coll. Objet, 1998

Philippe Bonnefis Mesures de l’ombre. Baudelaire, Flaubert, Laforgue, Verne, Presses du Septentrion, Lille, 1987 Parfums : son nom de Bel-Ami, Paris, Galilée, coll. « Incises », 1995, Giono. Le Petit Pan de mur bleu, Paris, Galilée, coll. « Incises », 1999, Pascal Quignard. Son nom seul, Paris, Galilée, coll. « Incises », 2001, Métro Flaubert, Paris, Galilée, coll. « Lignes fictives », 2002, Le Livre imaginaire, avec Gérard Farasse et Jean-luc Steinmetz, Amsterdam, Pays-Bas, Rodopi, 2003, Pascal Quignard, figures d'un lettré, avec Dolorès Lyotard et coll., Paris, Galilée, coll. « Lignes fictives », 2005, Claude Louis-Combet : D'un trait d'union, Paris, Galilée, coll. « Lignes fictives », 2012, Une colère d'orgues. Pascal Quignard et la musique, 2013,

Alain Buisine Proust et ses lettres, Presses Universitaires de Lille, coll. « Objet », 1983 Laideurs de Sartre, Presses Universitaires de Lille, coll. « Objet », 1986 Proust. Samedi , Jean-Claude Lattès, coll. « Une journée particulière », 1991 Verlaine. Histoire d'un corps, Tallandier, coll. « Figures de proue », 1995 Pierre Loti. L'Écrivain et son double, Tallandier, coll. « Figures de proue, 1998 Piero della Francesca par trois fois, Presses Universitaires du Septentrion, coll. « Peintures », 2001 Casanova l'Européen, Tallandier, coll. « Figures de proue », 2001

Gérard Farasse L’Âne musicien. Sur Francis Ponge, Paris, Éditions Gallimard, coll. « NRF Essais », 1996, Empreintes, Villeneuve d’Ascq, France, Presses Universitaires du Septentrion, coll. « Objets », 1998, Lettres de châteaux, collages de Philippe Lemaire, Villeneuve d’Ascq, France, Presses Universitaires du Septentrion, coll. « Objets », 2007, Usages du livre, Nanterre, France, Presses universitaires de Paris Ouest, coll. « RITM », 2013, Belles de Cadix et d'ailleurs, Cognac, France, Les Éditions Le Temps qu’il fait, 2004, Exercices de rêverie, ill. de René Münch, Paris, Éditions l’Improviste, coll. « Un petit siècle épatant », 2004, Pour vos beaux yeux, Cognac, France, Les Éditions Le Temps qu’il fait, 2007,

Dominique Viart Pour Eric Chevillard, (Avec P. Bayard, B. Blanckeman, P. Bayard et T. Samoyault), Éditions de Minuit, 2014. Anthologie de la littérature française contemporaine. Romans et récits depuis 1980, Armand Colin, 2013. Il romanzo francese contemporaneo (avec Gianfranco Rubino (acd), Annie Oliver et Paolo Tamassia), Rome, editori Laterza, 2012 Une mémoire inquiète essai sur l'œuvre de Claude Simon, (PUF, 1997) Presses Universitaires du Septentrion, 2010 La Littérature française au présent : héritage et mutations de la modernité, (avec Bruno Vercier), Bordas (2005), réédition augmentée 2008. Quel projet pour la littérature contemporaine ? Publie.net, 2008 L'Écriture seconde, la pratique poétique de Jacques Dupin, Paris, Galilée, 1982. Pierre Michon. La lettre et son ombre, (avec P-M de Biasi et A. Castiglione), Éditions Gallimard, 2013. Écrire le présent (avec Gianfranco Rubino), Armand Colin, 2013. Fins de la Littérature, Tome 2. Historicité de la littérature contemporaine, avec Laurent Demanze, Armand Colin, 2012. Fins de la Littérature, Tome 1. Esthétiques et discours de la fin, avec Laurent Demanze, Armand Colin, 2011.

Laurent Demanze Encres orphelines, Pierre Bergounioux, Gérard Macé, Pierre Michon, Paris, Corti, 2008. Gérard Macé : L’invention de la mémoire, Paris, Corti, 2009. Fictions encyclopédiques, Paris, Corti, 2009.

Notes et références

Catégorie:Philologie Catégorie:Enseignement à Lille