L'élection présidentielle congolaise de 2018 a lieu le en république démocratique du Congo (RDC) en même temps que les élections législatives et provinciales. Reportée à plusieurs reprises depuis 2016, cette élection donne un successeur à Joseph Kabila, qui occupe le poste de président de la république démocratique du Congo depuis 2001.
La campagne est dominée par l'affrontement entre trois candidats : Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin désigné de Joseph Kabila, Félix Tshisekedi, fils du candidat malheureux au second tour de la présidentielle précédente Étienne Tshisekedi, ainsi que le candidat commun d'une partie de l'opposition, Martin Fayulu.
Avec un peu plus de 38 % des suffrages selon les résultats officiels, Félix Tshisekedi devance Martin Fayulu, qui en recueille près de 35 %. Emmanuel Ramazani Shadary, candidat du parti du président sortant termine sur la troisième marche du podium avec 23 %..
Dès l'annonce des résultats, ceux-ci sont vivement contestés par Martin Fayulu, la Conférence épiscopale nationale du Congo annonçant par ailleurs que ces derniers ne correspondent pas aux résultats collectés par ses observateurs sur le terrain. Une fuite de documents de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) vient le corréler ces affirmations. Entre-temps, les résultats des législatives sont proclamés en avance, donnant une très large majorité des deux tiers des sièges de l'assemblée à la coalition du gouvernement sortant, le Front commun pour le Congo, augurant une cohabitation rendant en partie caduque l'alternance.
Le gouvernement est accusé d'avoir, devant l'impossibilité de faire élire son candidat, choisi de faire gagner le candidat de l'opposition le moins hostile au régime. Un accord aurait ainsi été conclu entre Tshisekedi et Kabila, attribuant au premier la présidence, et au second le contrôle du gouvernement et de plusieurs secteurs régaliens via une mainmise sur l'Assemblée nationale et celles provinciales. Le contrôle de ces dernières, dont les membres procèdent à l'élection trois mois plus tard d'un Sénat acquis au président sortant permet à Joseph Kabila, sénateur à vie, de conserver une grande partie du pouvoir.
En , après rejet des recours, Felix Tshisekedi est proclamé vainqueur de l'élection présidentielle par la Cour constitutionnelle, et prête serment. Il devient ainsi le cinquième président du pays, et le premier à accéder au pouvoir par le biais d'une alternance pacifique.
Contexte
vignette|redresse|Le président sortant Joseph Kabila.
L'élection a lieu deux ans et dix jours après l'expiration du mandat de Joseph Kabila, nommé au pouvoir après l'assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila en 2001 puis élu président en 2006 et réélu en 2011. Le régime de Joseph Kabila est accusé de réprimer brutalement l'opposition politique. Ses forces de sécurité auraient tués près de entre 2015 et 2018 dans des manifestations pacifiques, et arrêté des centaines d'opposants, selon l'ONG Human Rights Watch. Joseph Kabila est également personnellement soupçonné d'avoir utilisé sa position pour son enrichissement personnel et celui de ses proches, via plusieurs dizaines d'entreprises liées à des membres de sa famille , selon une enquête de Bloomberg publiée en 2016, qui l'accuse de se maintenir au pouvoir pour cette raison.
Initialement prévue fin 2016, l'élection présidentielle n'a finalement pas lieu à la suite de l'annonce le de son report à 2018 par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), pour cause de fichier électoral incomplet. Ce report entraîne une profonde crise intérieure causant une quarantaine de morts, et des négociations avec l'opposition amènent par la suite à fixer le report à un maximum d'un an, soit . Le cependant, le président de la Céni déclare impossible de tenir ce délai. Le , il fixe finalement la date du scrutin, couplé aux législatives, au de l'année suivante, avec publication des résultats de la présidentielle le suivant et une investiture du président élu le Calendrier électoral Céni..
Des élections législatives doivent se dérouler simultanément afin de renouveler les de l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement de la république démocratique du Congo. De même, des élections provinciales ont lieu pour renouveler les des 26 Assemblées provinciales du pays.
Mode de scrutin Le président de la république est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois au scrutin uninominal majoritaire à un tour depuis l'amendement le de l' de la Constitution. Il avait auparavant lieu en deux tours si aucun candidat ne décrochait la majorité absolue au premierConstitution de 2006..
L'article 72 dispose que les candidats doivent posséder la nationalité congolaise et être âgés d'au moins trente ans. Selon l'article 65 de la Constitution, le président reste en fonction jusqu’à la fin de son mandat qui, sauf cas de force majeure reconnue et déclarée par la Cour constitutionnelle, doit coïncider avec la prise de fonction effective de son successeur élu. Si le mandat présidentiel expire sans qu'un nouveau président soit élu, le président sortant reste ainsi en place jusqu'à l'organisation du scrutin.
Candidats Joseph Kabila n'est pas autorisé à se présenter, la Constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels. L'opposition attribue à Kabila la volonté derrière les reports à répétition du scrutin d'organiser un référendum afin de supprimer cette limitation, comme ont pu le faire les dirigeants de pays voisins tels Paul Kagame au Rwanda ou Denis Sassou-Nguesso au Congo-Brazzaville. Kabila forme quelques mois avant les élections une coalition dite Front commun pour le Congo (FCC) dont la charte appelle les partis membres à s'engager à soutenir une seule candidature à la présidentielle. Le , jour de limite des dépôts de candidature, il déclare ne pas être candidat et apporte son soutien à Emmanuel Ramazani Shadary, désigné candidat du FCC..
Moïse Katumbi déclare sa candidature le . Ex-gouverneur de la province du Katanga de 2007 à 2015, et ancien fidèle de Kabila, il est crédité de son important développement économique lors de cette période. Le jour suivant, son domicile à Lubumbashi est encerclé par les forces de l'ordre, dont le ministre l'accuse d'avoir recruté des , ce qu'il dément avant de réclamer la protection de la Monusco. Bloqué à la frontière zambienne début août, il est empêché de rentrer d'exil et ne peut donc déposer sa candidature..
Liste Sur 25 candidats enregistrés auprès de la Commission électorale indépendante., 19 sont initialement retenus, parmi lesquels : Samy Badibanga, ancien Premier ministre de Joseph Kabila (2016-2017), précédemment membre de l'UPDS, candidat du parti Les Progressistes ; Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de la république (2003-2006), candidat du Mouvement de libération du Congo, de retour dans le pays après son acquittement par la Cour pénale internationale. ; Martin Fayulu ; Vital Kamerhe, ancien président de l'Assemblée nationale (2006-2009), candidat de l'Union pour la nation congolaise ; Charles Luntadila, candidat indépendant ; Pasteur Maluta, candidat indépendant ; Freddy Matungulu, candidat du regroupement politique SYENCO; ancien économiste au Fonds monétaire international (1992-2014); ancien Ministre de l'Économie, des Finances et du Budget (2001-2003) ; Adolphe Muzito, ancien Premier ministre de Joseph Kabila (2008-2012), candidat du Parti lumumbiste unifié ; Francis Mvemba, candidat du parti Émergence du Congo; Emmanuel Ramazani Shadary, membre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie et candidat de la coalition dite Front commun pour le Congo ; Félix Tshisekedi, candidat de l'Union pour la démocratie et le progrès social. ; Seth Kikuni, candidat indépendant.
Le , la Céni invalide les candidatures de six candidats : Marie-Josée Ifoku et Samy Badibanga pour défaut de nationalité d'origine, ce dernier n'ayant pas recouvré sa nationalité légalement après en avoir changé, Jean-Pierre Bemba pour avoir été condamné par la CPI pour subornation de témoins, Antoine Gizenga pour défaut de signature, Adolphe Muzito pour conflit avec son parti et Jean-Paul Moka-Ngolo pour défaut de paiement de la caution de candidature. Cette décision est confirmée le .. Le , la Céni rend publique la liste définitive des 21 candidats à l'élection présidentielle, parmi lesquels Ifoku et Badibanga ont été rétablisListe définitive..
Le , 7 leaders de l'opposition, parmi lesquels les candidats retenus Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe, et Freddy Matungulu, ainsi qu'Adolphe Muzito, Jean-Pierre Bemba, non retenus par la Céni, et Moïse Katumbi, qui n'a pas pu postuler, désignent Martin Fayulu comme candidat unique. L'accord est cependant en partie mort-né, ses principaux signataires, Tshisekedi et Kamerhe s'en retirant dès le lendemain sous la pression de leurs partis respectifs. Ceux restants réitèrent néanmoins leur soutien. Fayulu devient ainsi candidat de la coalition Réveille-toi (Lamuka en lingala).
Le , Vital Kamerhe retire sa candidature en faveur de Félix Tshisekedi à la suite d'un accord entre les deux hommes où le premier deviendrait Premier ministre en cas de victoire du secondPrésidentielle en RDC: Vital Kamerhe se désiste en faveur de Félix Tshisekedi pour le scrutin du 23 décembre RFI.. Leurs partis respectifs, très implantés sur le territoire congolais, s'associent lors de la campagne pour former la Coalition Cap pour le changement, dite coalition Cach.
Campagne Domination des trois principaux candidats La campagne officielle débute le , et se clôt un mois plus tard. Elle est dominée par les trois principaux candidats : Fayulu, Shadary et Tshisekedi, les autres candidats s'effaçant progressivement, tandis que plusieurs indépendants sont jugés invisibles. Théodore Ngoy, Maurice Masheke, Marie-José Ifoko, Seth Kikuni, Shekomba Alain Daniel ainsi que Pasteur Maluta brillent ainsi par l'absence de calicots et de banderoles à leurs effigie, là où le pays se couvre comme à son habitude lors des élections de ceux des autres candidatsTHÉODORE NGOY, MAURICE MASHEKE, MARIE-JOSÉ IFOKO…. INVISIBLES !..
Le fondateur du parti Kabila désir, Kin-Kiey Mulumba, qui s'était fait connaitre en 2016 pour avoir prôner un troisième mandat du président sortant, se désiste le premier décembre en faveur de Félix TshisekediRDC-Présidentielle : Le candidat Kin-Kiey Mulumba se désiste en faveur de Félix Tshisekedi.. Le , le candidat Jean-Philibert Mabaya du parti Arc-en-Ciel du Congo se désiste quant à lui en faveur de Martin Fayulu, afin . Le , il est suivi par Maurice Masheke qui se désiste à son tour en faveur de Fayulu, se disant convaincu par la du candidat de la coalition Lamuka.
L'ensemble de ces candidats, de même que Vital Kamerhe et Freddy Matungulu, qui s'étaient respectivement désistés en faveur de Tshisekedi et de Fayulu dès le début de la campagne, voient malgré tout leurs noms figurer sur les bulletins de vote, la loi électorale ne prévoyant pas de retrait de candidatures après la publication des listes définitives des candidats.
Emmanuel Ramazani Shadary Emmanuel Ramazani Shadary, âgé de , est un fidèle de Joseph Kabila, dont il est le ministre de l'intérieur avant d'être désigné par ce dernier candidat du PPRD en aout 2018, avant d'en devenir quelques mois après numéro deux. Décrit comme un par son entourage, proche des Congolais originaires du Katanga qui détienne la mainmise sur l'appareil sécuritaire de l'état, bien qu'il n'en fasse pas lui-même partie, il a la confiance du président. Il est originaire comme la mère de ce dernier de la province du Maniema.