Le médaillier du musée des Beaux-Arts de Lyon est la collection de pièces, médailles, sceaux et autres pièces de numismatique conservés au musée des Beaux-Arts de Lyon. Constitué à partir du par la ville de Lyon, il a été transféré au musée de la ville en 1810 et continuellement enrichi par la suite par des achats, des dépôts de trésors et des legs. Il s'agit du second médaillier français après celui du Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France. Il dispose d'une collection retraçant l'ensemble de l'histoire du monnayage et des arts assimilés.

Historique des collections vignette|Statère de Vercingétorix.

Le médaillier constitue le fond le plus ancien du musée des Beaux-Arts de Lyon ; plusieurs séries monétaires étant la propriété de la ville de Lyon depuis de 1733. Il connait un très fort développement durant l'ensemble du grâce à de nombreuses entrées par achats, dons et surtout legs. Le voit un net ralentissement de son développement, et même un certain abandon durant les années 1910 - 1930. Après la Seconde Guerre mondiale, le médaillier fait l'objet de vates projets de descriptions scientifiques, et d'un catalogage photographique.

Origines du médaillier L'origine de la collection du collège de la Trinité de Lyon date du et a été élaborée dans un souci humaniste de connaissance de l'Antiquité classique. . La collection du cabinet de la ville a été fondée dans un esprit plus muséographique. Cette dernière a été unie à celle du collège en 1792. Ces deux collections ont été principalement enrichies grâce à trois acquisitions exceptionnelles : le cabinet d'Antoine Laisné acquis en 1733, le médaillier du chanoine Romans de Rives acquis en 1717 par Jacques-claude Claret de la Tourette de Fleurieu et vendu à la ville en 1733 par son fils et l'ensemble du chevalier Félicien de Monts de Savassenotice biographique sur Numelio en 1735. Ces collections ont été constituées par des érudits et lorsque Laisné vend sa collection à la ville de Lyon en 1733, les édiles, mus par une volonté de prestige, décident d'adjoindre à la bibliothèque municipale une salle spécifique pour contenir et exposer les collections de la ville.

Premier dix-neuvième siècle Les premières collections de numismatique du musée des Beaux-Arts sont constituées au début du , lorsqu'en 1810, le musée, alors dirigé par François Artaud, reçoit monnaies provenant des deux plus importantes collections lyonnaises d'avant la Révolution, celle du collège de la Trinité et celle du cabinet de la Ville. Ces collections sont confiées par le bibliothécaire de la ville Antoine-François Delandine en 1810 après avoir transité une première fois en 1793 dans ce qui était l'abbaye Saint-Pïerre, puis être repassées par la bibliothèque de la ville.

Il y a une nette évolution de la typologie de pièces acquises par les collectionneurs locaux et donc fournies grâce aux ventes, dons ou legs au médaillier entre le et le début du . En effet, si avant la Révolution française, la philosophie des Lumières aiguisait l'intérêt des érudits vers l'antiquité, le traumatisme de la tourmente révolutionnaire pousse les collectionneurs à se tourner vers le Moyen Âge et le monde celtique dans une quête des origines sociales et religieuses. Durant la première moitié du , ce sont surtout des monnaies locales ainsi que des trésors gallo-romains qui rejoignent les collections. La richesse de ces séries celtiques et médiévales est due, quant à elle, aux grandes collections d'amateurs lyonnais qui entrent au musée dans la seconde moitié de ce siècle, comme les ensembles achetés à Louis La Saussaye (monnaies gauloises) et Henry Morin-Pons (monnaies médiévales) en 1863. Le médaillier s'enrichit aussi notablement grâce au legs de Jacques-Antoine Lambertnotice biographique sur Numelio.

Les premiers directeurs du musée enrichissent également les collections de leur institution par l'acquisition de trésors monétaires découverts dans la région, le plus important étant celui de Ruffieu en 1837. Pour cela, ils engagent de fortes sommes ou procèdent à des échanges significatifs. Ainsi, Ambroise Comarmondnotice sur cths.fr, notice sur data.bnf.fr échange en 1843 une série complète de monnaies des empereurs romains contre le trésor découvert sur un terrain appartenant aux Lazaristes. Un peu plus tard, pour financer ses acquisitions, il fait vendre par la ville des lots de monnaies jugées peu dignes de figurer au médaillier.

Sous la Troisième République À partir de 1878, le nouvel élan donné aux acquisitions par la direction du musée concerne également le médaillier : celui-ci acquiert de nombreuses pièces et diversifie ses collections grâce à l'action de ses deux conservateurs, Jean-Baptiste Giraud et Paul Dissard, qui achètent aussi bien auprès de particuliers que d'experts. Si Paul Dissart, qui bénéficie de largesses de la municipalité, peut s'engager dans de nombreuses opérations d'achats via les canaux traditionnels, que ce soit auprès des inventeurs, de propriétaires ou de collectionneurs locaux, il explore également des voies d'acquisitions inédites à l'époque pour l'institution : les grands collectionneurs parisiens et la participation à l'achat lors de grandes dispersions de collections de premier ordre ; comme celle de Ponton d'Amécourt en 1887 et celle de M. H. Montagu en 1896Descriptif de la vente sur worldcat.org. En tout, le médaillier acquiert vingt sept pièces pour francs lors de ces deux seules opérations.

Ce regain d'intérêt de la part des élites municipales pour la numismatique permet ainsi la constitution au médaillier de Lyon d'une collection très large, dotée de pièces variées et tendant à l'universalité ; .

L'entre-deux-guerres Entre la mort de Paul Dissart et l'arrivée de Jean Tricou, le médaillier tombe en léthargie. La municipalité décide la suppression du poste des musées archéologiques et le successeur de Giraud en 1910, Henri Focillon rétablit l'unité de direction de tous les départements du musée. Le médaillier ne fait plus d'acquisitions notables lors de cette période. Les quelques entrées correspondent à des legs, des dépôts et de rares achats (Collection Sabatier en 1938, des plombs fiscaux). Significatif du désintérêt de la direction pour la numismatique, lors de la dispersion de de la famille de Dissard, le musée ne s'engage sur aucun achat (Collections Récamier en 1924, Poncet en 1925 ou Dissart en 1928).

Cette période sombre est également marquée par de nombreuses pertes ou régressions dans les collections. En effet, le musée subit des vols importants, notamment celui du 14 février 1901, dont seule une partie a été retrouvée. Le musée procède également à des échanges avec d'autres institutions qui appauvrissent les collections. Lorsque le fichier photographique de 1937 est constitué et comparé avec les registres d'entrée, de nombreux manques sont constatés.

Toutefois, si l'entretien et la conservation du musée laisse à désirer, le directeur René Jullian, arrivé en 1933, mandate un conservateur du cabinet des médailles de Paris, Pierre Espezelnotice bnf sur data.bnf.fr, pour apprécier l'étendue du problème et envisager des réaménagements. Entre 1936 et 1939, il procède à la couverture photographique et au classement de l'ensemble des monnaies d'or, de la série royale et d'une partie des monnaies féodales. Mais tous ses avis sur une nouvelle présentation au public et une publication officielle des collections restent lettre morte.

Jean Tricou, dans sa présentation du médaillier à la ville en 1953, expose : .

De 1950 à nos jours vignette|Le trésor des Terreaux. La seconde moitié du est marquée par les grands travaux de recherche scientifique entrepris pour inventorier le vaste fond qui constitue désormais les collections : ils sont menés par Jean Tricou à partir de 1936 et s'étendent sur plusieurs années. Ces études sont reprises et poursuivies par Louis Chaurand après 1977. La constitution du répertoire photographique, entamée par Espezel, est poursuivie par Madeleine Rocher-Jauneau entre 1963 et 1968.

De nombreuses publications, permises par le fichier photographique et le soutien des conservateurs, ont permis durant cette période de développer la connaissance scientifique des richesses du médaillier. Les pièces romaines ont été largement exploitées par Jean-Baptiste Giard, Pierre Bastien et Robert Turcan. Les monnaies et médailles de l'époque moderne ont été décrites en détail par Jean Tricou.

Cette période n'est pas marquée par de grandes acquisitions notables : collection Côte en 1960, musée Guimet en 1975 et collection Bullukian en 1985 ; mais par l'entrée de plusieurs trésors : Bourg-Saint-Christophe en 1954, des Terreaux en 1993Michel Dhénin, Marc Bompaire, Chrisitian Cécillon et alii, « Le trésor de Terreaux », Bulletin des musées et monuments lyonnais, 1-2, 1996, , 91-98, 99-109 et Célestins en 2004Stéphane Carrara, François Planet, « Le trésor monétaire du couvent des Célestins », Les Célestins du couvent au théâtre, Lyon : Mémoire Active, 2005, . Ces trésors suscitent un net engouement du public et sont régulièrement prêtés pour des expositions internationales.

Lors de la rénovation du musée dans les années 1990, le médaillier est déplacé dans sa salle actuelle et son approche muséographique est revue pour faire honneur à l'ampleur des collections.

Collections Le médaillier de Lyon est le deuxième médaillier de France après le Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France. Il conserve près de : monnaies, médailles, jetons, sceaux et bijoux. Il est connu au niveau européen et tient une place prépondérante dans la numismatique mondiale depuis sa création au début du .

Monnaies grecques La collection de pièces issues du monde hellénistique a été constituée principalement au début du et à la fin du . Il comprend un très large ensemble de pièces de la Grèce elle-même et un bel échantillon de monnaies venues de régions alentour. En 1992, Le médaillier conserve monnaies grecques dont en or, 328 en argent et 1980 en bronze ; une sélection est présentée dans une vitrine latérale et une vitrine centrale.

Parmi les pièces notables, il se trouve :

Un décadrachme de Syracuse, Grande Grèce, Évainète, vers 410 av. J.-C., argent, ⌀ . (Legs Jean-Baptiste Giraud, 1911, Inv. B 500-231). Cette pièce est un exemple de l'art monétaire sicilien de la fin du , représenté par Euménès, Sosion, Phrygillos, Eukledias ou Kimon et donc Évainète. Ce décadrachme a probablement été réalisé pour les jeux commémoratifs de la victoire contre Athènes de 413. Au droit : un char de course avec un casque attique, une cuirasse, une lance, les cnémides et une inscription ΑΘΛΑ rappellent l'origine des jeux. Contrairement à la figure sereine d'Arthémuse, cette scène est pleine de vigueur, avec des chevaux dont les sabots sont levés en pleine course et représentés non symétriquement comme sur les pièces archaïques. Au revers : la nymphe Aréthuse est un des chefs-d'œuvre d'Évainète, qui inspire par la suite de nombreux artistes antiques. Un double statère, Thourioi, , argent. Un statère à la Niké au char, Cyrène, environ 322-313 av. J.C., or. Un tétradrachme de Sélinonte, seconde moitié du Cette pièce montre la sensibilité de la civilisation hellénistique pour les légendes. En effet, la cité de Sélinonte possède une légende qui veut qu'aux temps antiques, la ville était frappée par la peste et fut sauvée par Empédocle, philosophe et thaumaturge d'Agrigente. Les Sélinontiens lui accordent alors les honneurs divins et frappent des pièces en mémoire de ce récit. Au droit : Apollon avec Artémis frappant de flèches la maladie et au revers le dieu fleuve Sélinos qui sacrifie en l'honneur d'Empédocle. Au revers : une rare composition du nécessaire sacrificiel, autels, offrandes et objets liturgiques, avec une feuille d'ache au second plan. Un tétradrachme de Syracuse, vers 485-425 av. J.C., argent. Cette pièce présente un style archaïsant. Un Apollon, Kaulon, vers 530 av. J.C.