Guy Frégault est un historien et écrivain québécois, né à Montréal le et mort à Québec le à l'âge de 59 ans.
Biographie Guy Frégault est né à Montréal le . Il a vécu son enfance et son adolescence dans l'est de Montréal au milieu du quartier ouvrier d'Hochelaga. En 1937, il commence à faire paraître ses premiers articles dans L'Action nationale et La Relève. Il étudiera d'abord au collège Saint-Laurent puis il décidera de poursuivre ses études au collège Jean-de-Brébeuf. Il s'inscrira ensuite à la Faculté des lettres de l'Université de Montréal et, en , il est Licencié ès lettres.
À l'origine, rien de particulier ne prédisposait Frégault à devenir l'un des premiers historiens « professionnels » du Québec. Au contraire, il avait lui-même pour projet, du moins jusqu'en , de se destiner à l'enseignement du grec en allant parfaire ses études à l'École normale supérieure de Paris grâce au patronage de Émile Chartier, doyen de la Faculté des lettres et vice-recteur de l'Université de Montréal. En effet, celui-ci ayant été favorablement impressionné par l'excellence de son dossier scolaire, décide d'en faire son protégé en lui assurant, à son retour de Paris, sa succession à la chaire de grec. Ce programme était sur le point d'aboutir lorsque la Seconde Guerre mondiale vint contrecarrer ses projets ainsi que ceux de tous les jeunes intellectuels de sa génération qui rêvaient aussi de faire un séjour d'études en Europe.
Par ailleurs, ses préoccupations patriotiques devaient, dès 1937, le pousser à entrer en contact avec Lionel Groulx qui, après avoir lu avec attention son projet de « Révolution de l'Ordre laurentien », s'est tout de suite « vivement intéressé à lui ». En 1940, au moment où les hostilités deviennent beaucoup plus sérieuses, rendant un séjour d'études à Paris à chaque jour plus improbable, Groulx commence aussi à voir en Frégault un successeur possible. Il lui offre alors d'aller étudier aux États-Unis à l'Université Loyola de Chicago sous la direction du Père Jean Delanglez, s.j. Ainsi, alors que Chartier voulait en faire un helléniste, Groulx tentait de l'intéresser à l'histoire. Ces offres prestigieuses de succession nous donnent un aperçu du talent que son entourage se plaisait à lui reconnaître. Mais elles ne manquent pas non plus de placer Frégault dans un profond embarras. L'annonce de la chute de Paris et de la capitulation de la France en , devait décider de son choix définitif de carrière.
Au moment où en , Paris capitule, Frégault n'a d'autre choix que d'accepter l'offre de Groulx et d'aller faire son apprentissage d'historien aux États-Unis. Cette offre n'a rien de circonstancielle. En fait, Groulx, voyant sa retraite se profiler à l'horizon, se cherchait, depuis quelques années déjà - et selon la coutume de l'époque, - un successeur apte à prendre sa relève. C'est dans ce but qu'il ménage à Frégault un séjour de formation aux États-Unis car il veut lui éviter ce qu'il a vécu lui-même, c'est-à-dire « la corvée de l'improvisation en un métier où l'on n'improvise point. »
Frégault, à son arrivée à l'Université Loyola de Chicago, n'avait pas de sujet de recherche. Le Père Delanglez, s.j., qui sera son « adviser », lui propose sur le champ « La carrière de Pierre Le Moyne d'Iberville ». Delanglez, « ce maître impeccable », provoquera une vive impression sur le jeune Frégault.
Un peu décontenancé, au début, par l'apprentissage qu'exige son nouveau métier d'historien - l'Université de Montréal n'initiant pas, à cette époque, ses étudiants à la théorie ni à la pratique du travail scientifique, Frégault ne tardera pas malgré tout à s'ajuster et à mener ses études à un train d'enfer. Dix-huit mois seulement après son arrivée à Chicago, il soutiendra sa thèse de doctorat en . C'est ce manuscrit qui, une fois remanié, paraîtra, en 1944, sous le titre d’Iberville le Conquérant.
Dès l'automne 1943, Frégault inaugure le premier cours de méthodologie historique qui ait jamais été donné dans une université québécoise et introduit, par la même occasion, la pratique du séminaire d'histoire tout en enseignant un cours portant sur les institutions publiques de la Nouvelle-France. Chartier, appelé à désigner, lors de son départ prévu pour le , ses successeurs pour les sept postes qu'il occupait simultanément à l'Université de Montréal, décide de confier la littérature canadienne, à Guy Frégault. À la même époque, toujours grâce à Chartier, qui entretient depuis longtemps des relations avec la société Grolier, Frégault devient l'un des principaux collaborateurs de la nouvelle édition canadienne-française de son encyclopédie qui commencera à paraître à compter de 1947. Lors de la création de l'Institut d'histoire, Robert Rumilly prendra la relève de Frégault chez Grolier. Après la publication d’Iberville le Conquérant, ouvrage grâce auquel il deviendra le premier lauréat du prix Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et, quelques mois plus tard, il fait paraître La Civilisation de la Nouvelle-France. La publication quasi simultanée de ses deux premiers ouvrages lui vaudront, dès 1944, une solide réputation d'historien.
En 1945, Guy Frégault devient, à 26 ans, membre-fondateur de l'Académie canadienne-française et reçoit la Médaille de vermeil de la Société historique de Montréal. Il sera aussi, en 1947, le premier récipiendaire du prix David pour Iberville le Conquérant et La Civilisation de la Nouvelle-France. De plus, de à , il est directeur de L'Action nationale. vignette|357x357px|Guy Frégault, historien et professeur, à son bureau au département d'histoire de l'Université de Montréal, vers 1945. Au moment où, à l'aube de ses trente ans, Guy Frégault accepte de prendre la direction du nouvel Institut d'histoire de l'Université de Montréal, il compte déjà en plus à son actif une centaine d'articles et de comptes rendus qu'il a fait paraître, au cours des dix dernières années, dans les principales revues de son temps. À cette production déjà fort imposante pour son jeune âge, on doit ajouter les biographies et les textes d'intérêt historique qu'il a accepté de rédiger pour le compte de la version canadienne-française d'une encyclopédie que la maison d'édition Grolier fera paraître, pour la première édition, en 1947-1948.
Ce n'est qu'après la création de l'Institut d'histoire de l'Université de Montréal, au début de 1947, qu'il devient professeur agrégé et directeur du nouvel Institut d'histoire, poste qu'il occupera, conjointement avec la vice-présidence de l'Institut d'histoire de l'Amérique française qui vient d'être fondé par Lionel Groulx, jusqu'à son départ pour Ottawa en 1959.
À partir du moment où l'Institut d'histoire de l'Université de Montréal est fondé, et qu'il en prend la direction, Guy Frégault se consacre entièrement au développement d'une histoire scientifique qu'il conçoit dans une optique essentiellement nationale. De 1948 à 1961, il accumule les distinctions honorifiques et les responsabilités administratives. Surtout, il livre au public trois œuvres majeures qui vont le consacrer définitivement comme le spécialiste de la Nouvelle-France.
En 1948, il fait paraître une volumineuse étude intitulée François Bigot, administrateur français (2 vol.). Puis, au départ de Lionel Groulx à l'automne 1949, il occupe la chaire du même nom, créée à cette occasion, jusqu'à ce que Maurice Séguin le remplace, en 1959, lors de son départ pour l'Université d'Ottawa. Toujours en 1949, il devient secrétaire perpétuel de l'Académie canadienne-française. À l'automne de 1950, Frégault est vice-doyen de la Faculté des lettres et professeur titulaire, jusqu'à son départ de l'Université de Montréal.
En 1951, il est élu membre du bureau de direction de la Canadian Historical Association, poste qu'il assumera jusqu'en 1954. Toujours, en 1951, il reçoit la médaille d'argent de l'Ordre Latin de la Charité. Parallèlement à ses cours et à ses activités administratives, il poursuit pendant ses vacances, en compagnie de sa femme Liliane, des recherches intensives aux quatre coins des États-Unis qui vont mener à la publication, en 1952, d'une autre biographie d'envergure intitulée, Le Grand Marquis - Pierre de Rigaud de Vaudreuil et la Louisiane. La même année, il sera professeur invité à l'Université de Toronto et participera, avec Michel Brunet et Marcel Trudel, à la réalisation de l’Histoire du Canada par les textes - 1534-1854.
Entre 1952 et 1955, il travaille, dans le plus grand secret, à jeter les bases de ce qui deviendra, en 1955, l'Association des professeurs de l'Université de Montréal dont il sera le premier président. Toujours en 1955, Guy Frégault va publier ce qui devait constituer son magnum opus, La Guerre de la Conquête. Grâce à ce livre, il devait devenir, pour la deuxième fois, récipiendaire du prix David en 1959. Entre-temps, il a publié, en 1954, La Société canadienne sous le Régime français et a reçu, la même année, la médaille Léo-Pariseau de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences. À cette époque, sa notoriété d'historien atteint un sommet. « Aucun jury, écrit Marie-Claire Daveluy, ne se constitue sans lui, si ce jury exerce son mandat dans le domaine que l'historien a conquis par sa culture personnelle et la publication d'ouvrages qui attestent sa vision lucide des faits. »
En 1959, Guy Frégault décide de quitter l'Université de Montréal pour l'Université d'Ottawa où il occupe la Chaire A.-J. Freiman dont il est le premier titulaire. De 1956 à 1961, il fait paraître plusieurs articles d'importance qui seront réunies, en 1968, dans un volume intitulé Le canadien. De plus, il recevra, en 1961, la Médaille Tyrrell de la Société royale du Canada et l'Université d'Ottawa soulignera sa contribution exceptionnelle en le faisant Docteur ès lettres honoris causa.
À compter de 1961, une nouvelle carrière s'ouvre devant lui lorsqu'il accepte de devenir le premier sous-ministre du nouveau ministère des Affaires culturelles qui vient d'être créé, poste qu'il occupera de 1961 à 1966 puis de 1970 à 1975. Entre-temps, il occupera les postes de commissaire général de la Coopération avec l'extérieur au ministère des Affaires intergouvernementales québécoises et de conseiller spécial auprès du premier ministre en matière de politique linguistique. Puis, à compter de 1975, il sera conseiller spécial en matière culturelle auprès du Conseil exécutif, jusqu'à sa mort soudaine, en 1977.
De plus, il recevra, en 1962 et en 1968, deux doctorats honoris causa, l'un du collège universitaire de Sainte-Anne de la Pointe-de-l'Église, en Nouvelle-Écosse, et l'autre de l'Université de Waterloo. Il recevra aussi en 1982, la Médaille du Centenaire et, en 1969, le prix France-Québec de l'Association des écrivains d'expression française ainsi que le prix Montcalm du Syndicat des journalistes et écrivains pour Le canadien. Toujours en 1969, il sera aussi le récipiendaire du prix de l'Académie française, fondation Thérouanne, pour la réédition de son Pierre Lemoyne d'Iberville, tandis que l'Académie des sciences d'Outre-mer de Paris l'admettra en son sein en compagnie de son collègue Michel Brunet. À la mort de Groulx, il deviendra, pendant deux ans, le président de l'Institut d'Histoire de l'Amérique française ( à ) et l'Université de Montréal le nommera professeur émérite en 1970. Enfin, au cours de ces années au sein de la fonction publique, Guy Frégault trouvera même le temps de rédiger et de publier deux autres ouvrages d'importance : Chronique des années perdues en 1976 et, surtout, son Lionel Groulx tel qu'en lui-même en 1978.
Guy Frégault est mort à Québec le à l'âge de 59 ans et fut enterré au cimetière Notre-Dame-de-Belmont à Sainte-Foy (Québec).
Le fonds d'archives de Guy Frégault est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du QuébecFonds Guy Frégault (MSS203) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)..
Évolution de sa pensée