Le vitrail de Saint Thomas Becket est un vitrail gothique de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, situé dans la partie sud du déambulatoire, dans la chapelle des confesseurs.

La verrière a été offerte par la corporation des tanneurs.

Peu visible dans sa chapelle, elle est de plus rongée par l'oxydation des verres, qui la rend particulièrement peu lisible sur sa partie gauche.

Description d'ensemble

Composition du vitrail

thumb|left|Chapelle des confesseurs à Chartres. Le vitrail de Thomas Becket est caché derrière le pilier droit.

Le vitrail de est situé derrière une grille dans la petite « Chapelle des confesseurs », la deuxième rencontrée dans le déambulatoire sud de la cathédrale Notre-Dame de Chartres; dans laquelle il occupe la position la plus à droite. Il est numéroté 018 dans le Corpus vitrearum. Il partage cette chapelle avec quatre autres lancettes : Saintes Marguerite et Catherine (droite), Saint Nicolas (centre), Saint Rémi, (gauche) et une grisaille (extrême gauche). Sa position très latérale dans la chapelle que ferme une grille le rend difficile à observer.

La verrière a été exécutée entre 1215 et 1225, elle est contemporaine de la cathédrale actuelle reconstruite après l'incendie de 1194. Elle a été classée aux monuments historiques dans le premier inventaire de 1840. La verrière a été restaurée par Gaudin en 1921, et par l'atelier Lorin en 1996.

Le vitrail s'inscrit dans une lancette en arc brisé, de style gothique primitif.

La ferronnerie comporte dix barlotières horizontales qui définissent onze registres de hauteurs sensiblement égales. Le rythme des ferronneries verticales est plus irrégulier.

Motifs des vitraux

thumb|upright=0.5|left|Structure d'ensemble

Les motifs des vitraux dessinent quatre grands cercles s'étendant chacun sur deux registres ; ces registres comportent deux panneaux carrés historiés et deux panneaux de bordure. Entre chaque grand cercle, un registre intermédiaire porte au centre un quadrilobe historié inscrit dans un panneau carré, encadré de part et d'autre par deux panneaux rectangulaires portant le prolongement de la bordure et un demi-quadrilobe également historié.

Les grands cercles de fond bleu sont bordés d'un orle rouge, puis d'un orle bleu semé de fleurs quadrilobées jaunes, et d'une fine lisière de perles blanches.

Ils sont chargés au centre du cercle, à l'intersection des barlotières, d'un quadrilobe sur fond rouge, orné de motifs floraux bleus boutonnés de jaune, entourant un centre formé d'un losange bleu bordé de blanc. Le quadrilobe est lui-même bordé de deux filets vert et jaune.

Aux points de contact des grands cercles avec la bordure, ils sont chargés de deux demi-quadrilobes sur fond rouge, ornés de motifs floraux verts fleuris de jaune, issus d'un losange central bleu. Les demi-quadrilobes sont bordés de deux filets, bleu et blanc.

Les quadrilobes historiés intercalés aux grands cercles sont également sur fond bleu, bordés de deux bandes rouge et bleue et d'un filet blanc. En regard, les deux demi-quadrilobes sont également sur fond bleu, mais ne sont bordés que d'une bande rouge et d'un filet blanc. Le point de jonction des quadrilibes et des demi-quadrilobes est chargé d'un disque rouge portant une perle blanche, et bordé de deux bandes bleue et jaune.

Entre les zones historiées, les fonds sont à motif de résille droite et de cercles en réseau carré. Le fonds est posé sur une base bleue, sur laquelle est dessiné un réseau de cercles rouges centrés sur les points d'intersection d'une résille carrée, rouge également. Les points d'intersection de la résille sont chargés d'une perle blanche, et les écoinçons entre les cercles sont chargés d'une perle jaune. Les fonds bleus sont ornés de motifs floraux en grisaille.

La bordure sur fond rouge est ornée d'un motif répétitif alternant cercles et losanges à fond bleu bordés de blanc. Les cercles sont chargés d'un arbre jaune, tandis que les losanges sont chargés d'un gland vert sortant de sa cupule marron. Ces deux motifs sont reliés par une bande blanche, et à la naissance de chaque bande figurent deux feuilles bleues symétriques. La bordure est elle-même bordée, côté intérieur, par une bande bleue et un filet blanc ; et côté extérieur, par deux bandes bleu et rouge et une large bande blanche.

Thématique : Thomas Becket

Le roi Henri II d'Angleterre nomma Thomas Becket au poste de chancelier du royaume en 1155, où il mène la vie d'un grand seigneur, puis le fit nommer archevêque de Cantorbéry en 1162. Ordonné à ce poste, il entra en conflit avec le roi sur les droits et privilèges de l'Église, et sera finalement assassiné par des partisans du roi en 1170. Il fut canonisé en 1173 dans la cathédrale de Cantorbéry, devenue lieu de pèlerinage.

Thomas Becket était connu à Chartres, où il avait fait plusieurs séjours lors de son exil en France, accompagné de son secrétaire et ami Jean de Salisbury (qui devint lui-même plus tard évêque de Chartres de 1176 à 1180), vitrail 18, ..

Daté entre 1215 et 1225, le vitrail fut donc réalisé une cinquantaine d'années après les événements, et dans les dernières années du règne de Philippe Auguste, mort en 1223, dont la lutte contre les pouvoirs locaux a été à l'origine de l'émergence de l'État français. Le thème est celui d'une actualité et d'un avertissement : Thomas Becket est ici le symbole de l'évêque qui résiste aux ingérences du pouvoir politique menées par le « mauvais roi » ; et le rôle du « bon roi » est de protéger l’Église. On peut se rappeler que Philippe Auguste fit chasser de son siège l'archevêque de Paris Odon de Sully (qui en retour jeta l'interdit sur le royaume) parce que celui-ci s'élevait contre son divorce.

Une composition atypique

La composition de la verrière est très inhabituelle. Classiquement, les donateurs sont représentés discrètement dans le bas et les côtés du premier registre, et l'histoire du titulaire se déroule sur l'ensemble du vitrail, de bas en haut. Ici le premier grand cercle, sur les deux premiers registres, décrit de manière indépendante l'exil de Thomas en France. Le troisième registre décrit les donateurs, dans une position inhabituellement haute. Ce n'est qu'au quatrième registre que commence l'hagiographie de Thomas. Par ailleurs, dans le premier grand cercle, Thomas en exil est nimbé, ce qui le désigne comme un saint, tandis que dans l'hagiographie supérieure, il n'est nimbé que sur son lit de mort, après son martyre.

Ces anomalies suggèrent que le premier grand cercle doit être lu comme une histoire indépendante, celle de l'exil de Thomas en France. C'est en effet à cette occasion qu'il a visité Chartres, et a pu se faire remarquer par sa sainteté. Le grand cercle du bas serait alors un mémorial spécifique de cette visite, reflet de la mémoire des témoins qui ont pu rencontrer Thomas à cette occasion.

Le troisième registre décrivant les donateurs isole alors ce premier cercle servant de in memoriam du reste de ce qui relève à présent de la légende dorée.

Description des panneaux

Le vitrail se lit classiquement de bas en haut et de gauche à droite.

Passage de Thomas en France

1a : Thomas Becket est exilé :

Un homme tenant un gourdin pousse Thomas hors de la ville, dont on voit les créneaux et la porte ouverte (ouverture conventionnellement figurée en rouge).

Thomas est figuré en habits épiscopaux, avec sa crosse épiscopale et sa mitre. Il est représenté nimbé, signe de sainteté. Il est poussé à l'extérieur, ce que marque l'espèce d'arbre vers lequel il se dirige.

L'exil de Thomas est consécutif à la promulgation par Henri II des Constitutions de Clarendon. Les Constitutions de Clarendon sont un ensemble de procédures juridiques promulguées par le roi Henri II d'Angleterre le , qui contrôle l’élection de nouveaux prélats, et se donne le droit de traduire des clercs devant ses tribunaux royaux. L'archevêque est le seul qui refuse de les signer, il est de ce fait accusé de contester l'autorité royale, et décide de s'exiler. 350px 1b : Exil de la famille et des amis de Thomas Becket :

Ce panneau peut être vu comme formant une scène unique avec le précédent.

Deux hommes armés de gourdins chassent devant eux une foule, représentée par trois hommes, une femme, et deux enfants. Le premier homme au centre porte une charge rectangulaire, qui peut être un livre ou peut-être un coffre à bijoux. Au centre du groupe exilé, la femme est coiffée d'un à mentonnière. Le traitement de la tête des deux enfants à droite est peu clair, un enfant peut reposer sa tête sur l'épaule de l'autre personnage, ou la pièce de vitrail a peut-être été assemblée de travers. « tous les amis et familiers du saint, sans distinction de condition ou de fortune, de dignité ou d'ordre, d'âge ou de sexe, furent exilés comme lui » (d'après le recueil liturgique chartrain — actus ergo in exilium). La représentation suggère une expulsion par la force, ce qui noircit la position du roi Henri II. En réalité, Thomas est parti en exil de son plein gré. 350px 2a : Thomas Becket rencontre Louis VII :

Le recueil liturgique de Chartres précise que Thomas débarqua en France à Wissant, bourgade situé sur la Côte d'Opale, au sud-ouest de Calais ; et qu'au cours de son voyage vers Sens, Thomas rencontre Louis VII à Soissons.

Le panneau représente Thomas au centre, identifiable en tant qu'évêque par sa crosse épiscopale, sa mitre, et ses vêtements sacerdotaux dont notamment sa chasuble et son étole. Le roi (de France) est identifiable par sa couronne royale et son sceptre ; il est assis sur un trône qui semble fait de maçonnerie, ce qui représente peut-être la ville de Soissons.

Derrière Thomas, à gauche, un clerc identifiable à sa tonsure tient dans sa main droite ce qui doit être un évangile (attribut de l'évêque, dont la mission première est d'évangéliser), et fait de la main gauche ce qui semble être un signe de paix : l'entrevue avec le roi est une entrevue pacifique.

Derrière les deux ecclésiastiques, un arbre stylisé montre qu'ils sont tous les deux « hors les murs », donc en errance, contrairement au roi qui siège sur une ville maçonnée.

Le panneau montre que l'accueil du prélat en France est l'attitude du « bon roi », par opposition à celle de Henri II, « mauvais roi » qui cherche à imposer sa loi à l’Église. 350px 2b : Thomas Becket rentre en ville :

Thomas, reconnaissable à sa mitre, est à cheval. Derrière lui, un accompagnateur avec lequel il semble discuter est probablement également à cheval.

Les deux cavaliers s’apprêtent à rentrer dans une ville, figurée par une porte jaune ouverte sur un intérieur (classiquement) rouge, et un toit crénelé.

La signification de la scène n'est pas très claire. Il peut s'agir de l'arrivée de Thomas à Sens, sa villégiature d'exil où il va se mettre sous la protection du pape ; ou plus probablement son retour d'exil et sa rentrée à Cantorbury, scène qui répond alors au premier panneau de l'exil. 350px

Donateurs

Le vitrail a été financé par la corporation des tanneurs. Les donateurs sont représentés au troisième registre, ce qui est totalement atypique.

200px 220px 200px À gauche, un « trempeur » plonge la peau dans une cuve, avec une perche pour ne pas être brûlé par les liquides corrosifs utilisés. Il peut s'agir de tanin (qui rend la peu imputrescible) ou de chaux. Derrière lui, une peau est en train de sécher sur une poutre.

Au centre, le tanneur et un jeune apprenti (à gauche) présentent une peau à un client potentiel. La scène est partagée en deux par le pilier central, qui marque la séparation entre l'intérieur de la boutique (à gauche) et l'espace public (à droite).

À droite, le tanneur est penché sur une peau qu'il racle avec un grattoir sur un chevalet. Ce peut être pour la débarrasser des poils restants (le débourrage) ou des chairs restant attachées (l'écharnage).

Vie de Thomas Becket

Les illustrations suivent assez fidèlement le texte de l'office des matines pour la fête de Saint Thomas Becket, le .