vignette|Joseph Chinard, Buste de Juliette Récamier, 1805-1806 L'histoire du musée des Beaux-Arts de Lyon est l'étude de l'évolution de l'un des plus grands musées français durant ses deux siècles d'existence.
Né de la volonté des élites locales durant la Révolution et l'empire, et de la volonté du ministre Chaptal de former des dépôts d'œuvres d'art dans plusieurs villes de province, il ouvre ses portes en 1803. Il reçoit de nombreux tableaux de la part de l'État issus des confiscations révolutionnaires, et la municipalité s'engage très tôt dans l'accroissement des collections.
La première forme du musée, imprimée par son premier directeur François Artaud, est celui d'un musée tout à la fois encyclopédique et mettant en avant les réalisations locales. Il dispose ainsi dès ses premières années d'existence de tableaux de la plupart des époques et de collections d'antiquités et de numismatique importantes. Artaud convainc la municipalité de réunir dans les lieux les restes romains dispersés dans toute la ville, ainsi que les bronzes antiques et le médaillier conservés alors dans la bibliothèque de la ville. Dès le départ, des donations importantes enrichissent le musée, telles celles du marquis de Migieu ou de François Tempier.
Au milieu du , le musée est sollicité pour magnifier l'art et l'histoire lyonnais. Une série de bustes de Lyonnais célèbres sont installés en 1837 et une salle des peintres lyonnais est constituée en 1851. Il continue à recevoir de nombreux dons et legs tel celui de Jacques-Antoine Lambert, ainsi que des dons et dépôts de l'État.
Une nouvelle impulsion est lancée sous la Troisième République, le musée bénéficiant de la volonté d'Édouard Aynard de développer et de magnifier le musée. Une rénovation a lieu avec la création d'un escalier monumental par Abraham Hirsch, décoré par Puvis de Chavannes. Mais surtout, une politique d'acquisition volontariste entreprend de combler les lacunes du musée. Il est à cette époque précurseur dans ses choix d'acquisitions, notamment en direction de l'impressionnisme.
Au cours de la première moitié du , le musée entame une ouverture plus large, commençant à chercher à attirer un plus grand public avec de nouveaux horaires d'ouverture et des conférences gratuites. Si les acquisitions ouvrent de nouveaux horizons, avec par exemple des œuvres d'extrême orient et l'ouverture d'une salle d'arts décoratifs, certains courants contemporains sont ignorés par les responsables, tel le cubisme.
Après la seconde guerre mondiale, René Jullian organise de nombreuses et ambitieuses expositions souvent rattachées à l'art contemporain, dont il organise l'acquisition de plusieurs œuvres importantes. Le musée se transforme fortement avec les ouvertures successives du musée gallo-romain en 1975, qui obtient une grande part des collections romaines du musée des Beaux-Arts, et le départ du musée d'art contemporain en 1995. Au cours des années 1990, le musée est lourdement rénové.
La Révolution et la création du musée
À Lyon, comme dans toute la France, les révolutionnaires entendent rassembler en un même lieu les œuvres d’art saisies ou confisquées au clergé et à la noblesse pour les montrer au public, afin d’éduquer le peuple et d’« encourager les arts ». Les saisies révolutionnaires locales sont réunies et un premier état des lieux est constitué en 1792 par le peintre Philippe-Auguste Hennequin et le père Joseph Janin qui fournissent au directoire de district une première liste d'œuvres conservées, dont 300 tableaux. Plusieurs personnes s'associent à cette volonté générale de créer un lieu inspirant les artistes tel celui qui en devient le premier conservateur François Artaud et ses amis les peintres Pierre Révoil et Fleury Richard, qui ont à l'esprit comme modèle le musée des monuments français d'Alexandre Lenoir et le musée du Louvre.
L’idée germe dans l’esprit des autorités de la ville de créer un muséum dans l'ancienne abbaye des Dames de Saint-Pierre. Cette volonté officielle est motivée avant tout par le besoin de relancer l’industrie soyeuse à Lyon, « basée sur l’art du dessin », et qui a subi un brutal coup d'arrêt à cause des ravages du siège qu'a subi la ville en 1793. C’est pourquoi le député du Rhône au Conseil des Cinq-Cents, Étienne Mayeuvre de Champvieux, fait la demande au gouvernement d’envoyer à Lyon « quelques tableaux des trois écoles » dont « quelques Van Huysum pour l’étude de la fleur, étude essentielle pour Lyon ». Il faut en effet que les dessinateurs des fabriques de soieries puissent se former « par la vue des chefs-d’œuvre de l’art ». L’État témoigne de sa bonne volonté en envoyant, les mois qui suivent, six tableaux de fleurs et d’animaux. La décision de fonder ce muséum dans l'abbaye Saint-Pierre est actée par un arrêté du . La décision des autorités nationales tarde et le projet est relancé à plusieurs reprises, dont en 1799 par Étienne Mayeuvre de Champvieux, député au Conseil des Cinq-Cents.
Création officielle vignette|L'entrée du cloître du palais Saint-Pierre de Lyon par Ferdinand Bourjot, vers 1820, plume et lavis d'encre de Chine sur papier, 20 × . Musée des Beaux-Arts de Lyon. Mais c’est le décret consulaire du , l'arrêté Chaptal, qui va accomplir le dessein des révolutionnaires lyonnais : des musées sont créés dans quinze villes de province, et celui de Lyon figure en tête de liste. Le musée lyonnais est par ailleurs celui qui obtient la plus grande dotation de l'État, qui avait déjà envoyé 9 tableaux et 73 dessins de fleurs destiné aux dessinateurs des manufactures dès 1799.
Un second décret du acte son installation dans le palais Saint-Pierre, aux côtés d'une école de dessin et de la chambre de commerce, sous le nom de Conservatoire des arts. En effet, la municipalité a destiné le palais à accueillir des institutions d’utilité publique dans le domaine de l’instruction et du commerce. À cette époque, l'École des beaux-arts a une destination utilitariste avec une classe de la fleur pour former des dessinateurs pour l'industrie soyeuse de la ville.
Le musée est dirigé par la municipalité qui nomme pour son administration un « conseil du Conservatoire des arts » où siègent notables et artistes locaux. La gestion quotidienne et la surveillance des collections est confiée à un conservateur placé sous l'autorité du conseil.
Une première salle est ouverte au public en 1803, au premier étage de l’aile sud, dans l’ancien chauffoir de l’abbaye. Elle accueille les visiteurs le mercredi, de 10 heures à 13 heuresLe musée au , site mba-lyon.fr.. Il ne dispose alors pour le public qu'une trentaine de toiles rescapées des tourmentes révolutionnaires et les trous s'expliquent également par le replacement dans des églises de nombreuses saisies.
Les débuts du musée : 1801 - 1870
Sous la direction de ses conservateurs, le musée accueille rapidement de nombreuses collections issues de dons de l'État ou de legs. Il s'organise en musée de province typique, accueillant en bonne place les artistes locaux, et néanmoins spécifique à l'environnement lyonnais, avec une grande collection d'antiquités.
Les premières collections
Plusieurs envois de l’État, en 1803, 1805 et 1811, sont déterminants pour la constitution des collections du musée des Beaux-Arts : près de arrivent à Lyon. On y trouve des œuvres majeures, notamment de la main du Pérugin, de Véronèse, Tintoret, Guerchin, Rubens, Jordaens, Champaigne et Jouvenet. Ces dépôts sont constitués dans l'optique de rassembler à Lyon une anthologie de l'histoire de la peinture. Dès lors le musée de Lyon se hisse au premier rang des musées de province. Il reçoit des premiers envois de l'État un grand nombre de toiles de qualité de peintres français dont Eustache Le Sueur, Philippe de Champaigne, Jean Jouvenet ou Charles Le Brun. À ces peintures s'ajoutent un certain nombre d'autres issues des confiscations révolutionnaires locales, notamment des œuvres de Jean II Restout, Jean-Charles Frontier, Pierre Charles Trémolières, Jacques Stella ou Louis Cretey. La plupart de ces œuvres proviennent des saisies révolutionnaires, ainsi que des « conquêtes artistiques » de Napoléon et ses armées en Italie et en Europe du Nord. Au sein du musée, on aménage le musée de peintures qu'inaugure le comte d'Artois le et le cabinet des antiques. Après la chute du Premier Empire, seuls huit des tableaux saisis à l’étranger sont restitués. vignette|gauche|upright=0.6|Koré de Lyon Le premier conservateur du nouveau musée est François Artaud. Archéologue, Artaud est également à l’origine de la collection d’antiques de l'institution : sous les arcades du cloître, il rassemble des inscriptions lapidaires, des bronzes et des mosaïques qui illustrent le prestige et l’importance de Lyon à l’époque romaine, quand celle qui se nommait Lugdunum était la capitale des Gaules. Il acquiert notamment deux pièces de première importance : la table claudienne et la mosaïque des Jeux du cirque, aujourd’hui conservées au musée gallo-romain de Fourvière, avec les collections du marquis de Migieu et de Tempier. Mais la collection antique dépasse rapidement le seul cadre gallo-romain : Artaud collectionne dans son cabinet des objets égyptiens que Champollion vient d'ailleurs étudier à plusieurs reprises. Huit stèles égyptiennes entrent notamment au musée en 1824 grâce à un don de Bernardino Drovetti, consul de France à Alexandrie. Artaud est également à l’origine de l’acquisition de l’un des chefs-d’œuvre du musée, la Korê athénienne, achetée entre 1808 et 1810. Pour compléter cette galerie lapidaire, il obtient en 1810 de la municipalité le transfert au musée des collections des bronzes antiques et du médaillier conservé depuis le à la bibliothèque de la ville. vignette|upright=0.6|Antoine Berjon, Fruits et fleurs dans une corbeille d'osier, 1810. Pour répondre aux besoins de la classe de la fleur voulue par l'élite industrielle de Lyon, l'État dépose des toiles de et De Heen. Pour compléter les collections dans ce domaine, la municipalité acquiert des toiles de Van Daël et Van Huysum. Peu avant 1815, Artaud crée le Salon des Fleurs du musée, dont les pièces importantes sont des œuvres de Van Daël et Van Huysum, situé juste à côté de la galerie des grands maîtres. Cette salle inspire de nombreux artistes lyonnais qui s'en font la spécialité, notamment Antoine Berjon ou Simon Saint-Jean.
Toutefois, Artaud est également à l'origine de l'évolution rapide du musée, qui passe d'un conservatoire des arts et métiers à visée utilitaire à une véritable institution muséale. D'abord nommé inspecteur du Conservatoire des arts et antiquaire de la ville en 1806, il est ensuite nommé directeur du musée de Lyon en 1812 puis directeur de l'École des beaux-arts en 1824. Il réalise une véritable transformation muséographique. Les collections de peintures sont classées dans plusieurs salles, il publie un premier catalogue en 1808. En 1830, il est contraint à la démission, refusant de prêter serment à la monarchie de Juillet.
Le musée sous la monarchie de Juillet vignette|Attribué à Charles Le Brun, Portrait de Jacques Stella, vers 1645-1650.
Bientôt, la collection de peintures s’élargit aux artistes lyonnais contemporains qui, grâce à l’École des beaux-arts, s’appliquent désormais à d’autres genres que la seule peinture de fleurs. En effet, les artistes de l’École de Lyon sont acclamés par la critique et le public parisien au salon de 1819, ce qui consacre Lyon non plus seulement comme ville industrielle mais aussi comme ville d’artistes. Le musée n’a donc plus une raison d’être purement utilitaire et le salon des fleurs disparaît finalement vers 1840. À partir des années 1820, les crédits d’acquisition vont d’ailleurs être quasiment uniquement consacrés à la création d’une « galerie des Artistes lyonnais » qui, lors de son ouverture le , possède déjà pas moins de quatre-vingt-sept tableaux et dix-huit dessins, alors que la faveur du public pour les peintres lyonnais s’est déjà essoufflée depuis longtemps.