Le protectorat général pour pacifier l'Ouest, ou grand protectorat général pour pacifier l'Ouest, ou protectorat d'Anxi () (640–790), est un protectorat établi par la dynastie Tang en 640 pour contrôler le bassin du Tarim. Son siège a d'abord été établi au Zhou de Xi, qui est maintenant connu sous le nom de Tourfan, avant d'être déplacé à Qiuci (Kucha). C'est d'ailleurs dans cette ville que l'on localise ce siège pendant la plus grande partie de l'existence du protectorat. Les Quatre Garnisons d'Anxi, à savoir celles de Kucha, Hotan, Kachgar et Karashahr, sont créées entre 648 et 658, et font partie intégrante du protectorat. En 659, durant le règne de l'empereur Tang Gaozong, la Sogdiane, Ferghana, Tachkent, Boukhara, Samarcande, Balkh, Herat, le Cachemire, le Pamir, la Bactriane et Kaboul font tous leur soumission à la Chine et au protectorat. Après la révolte d'An Lushan, c'est Guo Xin qui devient protecteur général et qui défend la région et les quatre garnisons, même après la rupture des communications avec Chang'an à la suite des attaques de l'empire du Tibet. Les cinq dernières années du protectorat sont une période floue de son histoire, mais la plupart des sources conviennent que les derniers vestiges du protectorat et de ses garnisons ont été vaincus par les forces tibétaines en l'an 790, mettant ainsi fin à près de d'influence des Tang en Asie centrale.

Histoire vignette|Les campagnes du règne de Tang Taizong dans les états de Xiyu. vignette|les grottes de Kizil.

Sous la dynastie Tang, les Xiyu (Régions de l'Ouest) sont connues sous le nom de Qixi (磧西), Qi faisant référence au désert de Gobi et Xi à l'Ouest.

L'expansion des Tang dans cette région commence en 632, lorsque les royaumes des oasis de Khotan (Yutian) et Shule (Kashgar) font leur soumission et deviennent des vassaux de l'empire chinois. En 635, c'est au tour de Yarkand (Shache) de se soumettre et le le général conquiert Gaochang. En lieu et place de ce royaume, il fonde le Zhou de Xi (西州), qui devient le siège du protectorat d'Anxi le de la même année. Qiao Shiwang devient le premier protecteur général de l'Anxi, un poste qu'il occupe de 640 à 642, avant d’être remplacé par Guo Xiaoke qui reste en fonction jusqu'en 649.

Les Tang n'en restent pas là et en 644 c'est au tour du royaume de Karachahr, ou Yanqi pour les Chinois, d’être conquis. La même année, une garnison chinoise s'installe à Aksou. En 649, c'est Kucha, ou Qiuci pour les Chinois, qui tombe à son tour. Les Tang font de la ville le nouveau siège du protectorat, dont Guo Xiaoke est toujours le protecteur général. Peu après, les Turcs occidentaux arrivent pour aider les soldats de Kucha à chasser les Chinois de la ville et assassiner Xiaoke. La riposte des Tang ne se fait pas attendre et très vite le contrôle de la Chine sur le royaume est rétabli. Après une répression sévère, les autorités chinoises font monter sur le trône un frère de l'ancien roi, qui se reconnait comme étant un sujet de l'Empire Tang. Ce nouveau roi n'a aucune autorité réelle, car c'est Chai Zhewei, le nouveau protecteur général, qui contrôle véritablement la région. Zhewei occupe ce poste de 649 à 651. Finalement, en 650 toutes les Régions de l'Ouest sont sous le contrôle des Tang, qui redéménagent le siège du protectorat à Xi en 651. C'est à partir de ce Zhou que Qu Zhizhan, le nouveau protecteur, dirige les vassaux des Tang entre 651 et 658.

vignette|Expansion du territoire des Tang, avec le (, 616-907), en violet Tuyuhun et en blanc l'empire du Tibet. C'est en 656 qu'a lieu la première attaque importante contre le protectorat, lorsque l'empire du Tibet attaque le bas-Bolü, dans la région de Gilgit au sud-ouest du protectorat. Cette rivalité entre la Chine et le Tibet pour le contrôle des Régions de l'Ouest durera aussi longtemps que le protectorat. Cette attaque n’empêche pas les Tang de continuer à étendre le protectorat. Ainsi, en 658, le général Su Dingfang inflige une défaite cinglante au Khaganat turc occidental (ou Khaganat onog, 581–657), dont les territoires passent sous contrôle chinois. L'ex-Khaganat est intégré au « protectorat général pour Pacifier L'Ouest », qui devient le « grand protectorat général pour pacifier l'Ouest », dont le siège est re-transféré à Qiuci. Quelques années plus tard, une réforme administrative répartit ces territoires entre deux protectorats créés pour l'occasion, celui de Mengchi et celui de Kunling.

Cette montée en puissance du protectorat ne décourage pas les Tibétains, qui attaquent Shule en 660, avec l'aide de leurs alliés turcs. L'empire du Tibet en profite également pour attaquer le corridor du Wakhan, qui se situe au sud-ouest du protectorat. La puissance de l'armée chinoise ne décourage pas les Tibétains, qui entendent bien s'emparer de la région. Ainsi, à un général Tang qui se vante de la taille de son armée, le fils de Gar Tongtsen Yulsung, l'empereur du Tibet, répond de la manière suivante:Il n'y a pas de contestation possible sur la question des chiffres. Mais beaucoup de petits oiseaux font la nourriture d'un seul faucon, et beaucoup de petits poissons font la nourriture d'une seule loutre. Un sapin peut grandir depuis cent ans, mais une simple hache est son ennemi. Bien qu'une rivière s'écoule sans cesse, elle peut être franchie en un instant par un bateau de six pieds de long. Bien que l'orge et le riz poussent dans une plaine entière, ils finiront dans un seul moulin. Bien que le ciel soit rempli d'étoiles, à côté de la lumière d'un seul soleil, elles ne sont rien.Les attaques continuent et en 663, les Tibétains s'emparent de royaume de Tuyuhun, qui se trouve au sud-est du protectorat, avant d'attaquer Yutian. Ils échouent à prendre la ville et sont repoussés, mais ils reviennent en 665, accompagnés de leurs alliés turcs. Les Chinois subissent un important revers en 670, lorsque l'Empire Tibétain met en déroute une armée des Tang lors de la bataille de la rivière Dafei, avant d'attaquer Gumo et de s'emparer de Qiuci. Ce revers provoque un déplacement du siège du protectorat à Suyab, ou Suiye pour les Chinois, une ville située dans l'actuel Kirghizistan. La contre-attaque Chinoise ne se fait pas attendre et dès 673, les Tang reprennent Qiuci et rétablissent leur contrôle sur les Régions de l'Ouest. La même année, ils consolident l'emprise qu'ils ont sur les Turcs Wuduolu, qui vivent dans la zone correspondant actuellement à la Dzoungarie. Les Tibétains repassent à l'attaque et capturent à nouveau Qiuci en 677, pendant qu'Ashina Duzhi, le général Tang chargé de contrôler les Turcs Wuduolu, se rebelle et s'autoproclame Onoq Khagan, empereur de tous les Turcs. Son empire est éphémère, car en 679 le général chinois Pei Xingjian défait à la fois Ashina Duzhi et les Tibétains, rétablissant ainsi le contrôle des Tang sur les Régions de l'Ouest.

Comme les précédentes, cette victoire est de courte durée, car en 686 les troupes chinoises se replient des Quatre Garnisons pour des raisons d'économie, une des factions de la Cour ayant réussi à convaincre l'empereur de procéder à une baisse des dépenses militaires. Les Tibétains en profitent pour prendre le contrôle des Régions de l'Ouest dès 687. La cour impériale chinoise comprend alors la portée de son erreur et monte une expédition contre l'empire du Tibet, qui se solde par une défaite des Tang à la bataille d'Yssyk-Koul. Une nouvelle expédition est montée et en 692 l'armée des Tang, commandée par Wang Xiaojie pacifie les Régions de l'Ouest qui repassent sous contrôle chinois. Le siège du protectorat d'Anxi est réinstallé à Qiuci, où il restera jusqu’à la chute dudit protectorat vers l'an 790. Dès lors, la cour des Tang comprend bien l'importance exacte des Régions de l'Ouest et la nécessité d'en garder le contrôle. Son importance stratégique est résumé par Cui Rong, un Chroniqueur Impérial de la Cour, de la manière suivante:Si nous ne pouvons pas défendre ces garnisonsC'est-à-dire les Quatre Garnisons d'Anxi, les Barbares viendront sûrement déstabiliser les Régions de l'Ouest. Diverses tribus du sud des monts NanshanC'est-à-dire les monts Qilian et la cordillère du Kunlun se sentiraient alors menacées. S'ils se lient les uns aux autres, ils menacent les régions situées à l'ouest du fleuve JauneCe qui correspond aux actuelles provinces du Gansu et du Qinghai. De plus, s'ils communiquent avec les Turcs du Nord, nos soldats ne pourront pas les écraser en traversant le désert de MoheyanIl s'agit du désert qui se trouve au Nord-Ouest de Dunhuang qui s'étend sur Li, et où l'on ne trouve ni eau ni herbe. Les tribus (fidèles à la Chine) du Yizhou, Xiyzhou, Beiting (Beshbalik) et du protectorat de l'Anxi seront toutes éliminées.Malgré les efforts des Tang, le conflit reprend en 694, lorsque l'empire du Tibet attaque la Cité de Pierre (Charkhlik).

En 702, l'impératrice Wu Zetian procède à une réforme administrative en transformant le Zhou de TingCe qui correspond actuellement au Xian de Jimsar en protectorat de Beiting. Les Zhou de YiCe qui correspond actuellement à la préfecture de Hami et Xi sont rattachés à ce nouveau Protectorat, au détriment de celui d'Anxi.

En 708 les Türgesh, une confédération de tribus de peuples turcs, attaquent Qiuci, mettant ainsi fin à une douzaine d'années de calme relatif. Très vite, l'Empire tibétain attaque à son tour le protectorat et s'empare du bas-Bolü en 710, avant de s'en prendre à Ferghana en 715, puis à Gumo et à la Cité de Pierre en 717. En 719, ce sont les Türgesh qui refont parler d'eux en s'emparant de Suiye, un an avant que les Tibétains ne capturent la Cité de Pierre.