Le mot français Russes désigne : d'une part, selon la constitution de la Russie, le droit du sol et le droit international, l'ensemble des citoyens de la Russie, indépendamment de leur appartenance ethnique ; en russe : Россиянин (Rossiyane), pluriel Rossiïanine ; d'autre part, selon la définition ethnographique, le droit du sang et l'appartenance à l'ensemble linguistique russe, une ethnie slave orientale d'Europe de l'Est, qui vit principalement en Russie et dans les pays ayant fait partie de l'ex-Empire russe et de l'ex-URSS ; en russe : русские - prononcé rousskiïé.
Même si elle n'est pas toujours comprise et respectée hors du monde russophone, la distinction linguistique entre Rossiïanine (parfois traduit en français par le terme, rare, de « russien ») et rousskiïé (« russe »), correspond à une distinction légale dans les pays ex-soviétiques et ex-satellites de l'URSS entre la citoyenneté selon le droit du sol qui englobe tous les ressortissants d'un pays (Azerbaïdjanais, Kazakhstanais, Russiens…) quelles que soient leurs origines, langues ou croyances, et la « nationalité » au sens ethnique du terme et selon le droit du sang, qui ne concerne que les membres d'un groupe ethno-culturel reconnu par l'ethnographie russe (Azéris, Bachkirs, Juifs, Kalmouks, Komis, Russes, Tatars, Yakoutes…)Aleksandar Bošković, Other People's Anthropologies : Ethnographic Practice on the Margins, Berghahn publ., New-York & Oxford, 2008, p. 27, ; la Chine populaire utilise la même distinction pour ses divers peuples, parmi lesquels les Russes de Chine..
Selon le recensement de 2002, l'ethnie russe constitue plus de 80 % de la population de la Russie..
En linguistique, compte tenu de la polysémie du gentilé « Russes », on préfère désigner les communautés minoritaires russes des autres pays issus de l'ex-URSS par le terme russophones, pour ne pas les confondre avec les citoyens russes. « Russophones » a un sens plus large que « Russes », car une partie des populations autochtones non-russes de ces pays est elle aussi devenue russophone en raison de la russification qui avait fait du russe la langue de communication inter-ethnique (язык межнационального общения)Dimitri de Kochko, Historiens et Géographes, 185-186..
Comme adjectif, « russes » peut se référer non seulement à tout ce qui provient de l'actuelle Russie, mais aussi de l'ex-URSS, de l'ex-Empire russe, de l'ex-Principauté de Russie, des anciennes principautés slaves orientales et de l'ex-Rus' de Kiev : , Église russe, communisme russe, zone d'influence russe, astronautique russe, culture russe, musique russe, littérature russe, ballets russes, diaspora russe...
Population En tant que groupe ethnique, les Russes sont la plus importante communauté en Europe et l'une des plus nombreuses au monde avec une population de près de de personnes en 2012. À peu près des membres de cette communauté vivent en Russie et quelque dix-huit millions de plus vivent dans les pays voisins de celle-ci ou ayant fait partie de l'Empire russe puis de l'URSS. Un nombre relativement important de Russes, environ trois millions, vit ailleurs dans le monde, la plupart en Amérique du Nord et en Europe de l'Ouest, mais aussi en Europe de l'Est (centrale), en Asie et ailleurs.
En 1914, les Russes représentaient environ de personnes pour d'habitants de l'Empire russe.
Selon les résultats du dernier recensement de la population publiés par Rosstat, il y avait en 2021, 105,6 millions de Russes en Russie contre 111 millions lors du recensement de 2010. La réduction s'est élevée à 5,4 millions de personnes. Aujourd'hui, les Russes représentent un peu plus de 70 % de la population de la fédération de Russie Русские стали самым вымирающим народом России, народы Кавказа быстро растут, nakanune.ru, 13 janvier 2023..
La population russe continue de vieillir et l'âge médian de la population atteint 41 ans en 2021.
Religion vignette|Beaucoup d'artistes russes furent influencés par leur mythologie antique : Sadko dans le règne subaquatique, par Ilia Répine, 1876. vignette|Église orthodoxe russe Avant le , les Russes étaient adeptes de la mythologie slave avec des divinités comme Péroun et Vélès pour la foudre, la tempête et la guerre, Khors pour le soleil, Dajbog pour le temps, Stribog pour le vent, Jiva, Mokoch et Simargl, pour la fertilité de la terre, des végétaux, des animaux et des humains, Svantovit et Tchernobog pour les punitions et les enfers, et les nymphes roussalka, wili ou vodník pour les eaux et les enchantementsProcope de Césarée, Bellum Gothicum ; Nestor le Chroniqueur, Chronique des temps passés et Thietmar de Mersebourg, Adam de Brême, Helmold von Bosau, Chronica slavorum..
Si, dans les campagnes, les contes traditionnels et certaines traditions populaires, on trouve encore trace de ces anciennes croyances et rituels, c'est la tradition chrétienne orthodoxe russe qui, historiquement et culturellement, domine chez les Russes en tant que trait identitaire, mais cela n'implique pas que tous les Russes soient pratiquants ou même croyants. L'Église orthodoxe russe a joué un rôle important dans l'histoire du pays et dans la culture russe. Dans d'autres pays, les croyants russes appartiennent généralement aux congrégations orthodoxes locales, autonomes mais canoniquement subordonnées au Patriarcat de Moscou et de toute la Russie (à l'exemple de l'Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou), ou ayant une origine historique russe (comme l'Église orthodoxe en Amérique ou une Église orthodoxe russe hors frontières)Jean-Claude Roberti, Histoire de l'Église russe, Nouvelle Cité (col. Historiques), Paris, 1995 ..
Quelques minorités d'origine russe ou vivant en Russie sont des Vieux Croyants : un groupe numériquement faible de l'orthodoxie russe qui a rejeté les réformes liturgiques introduites au Léon Poliakov, L'Épopée des vieux croyants, Éditions Perrin, 1991, ..
La fréquentation des églises russes aujourd'hui est relativement faible car pendant l'ère soviétique, toutes les pratiques religieuses ont fortement diminué, toute forme de prosélytisme étant interdite et sévèrement punie, de très nombreuses églises étant fermées au culte et affectées à d'autres usages ou bien démolies, et l'athéisme étant officiellement enseigné et favorisé, particulièrement dans la période de l'entre-deux-guerresLadislas Kania, Le Bolchévisme et la religion, Magi-Spinetti, Rome 1945 ; Igor Chafarevitch (trad. Michel Fedoroff), La Législation sur la religion en URSS. : rapport au Comité des droits de l'homme, Paris, Seuil, 1974..
Les autres religions ont des représentations négligeables parmi les Russes d'origine : voir :catégorie:Religion en Russie.
Émergence de l'ethnicité russe À partir du et jusqu'au , des Slaves connus comme « Pomors » migrèrent des bassins du haut-Dniepr et du haut-Don vers l'actuelle Russie centrale et du nord, s'établissant dans les bassins de la Haute-Volga, de la Petchora, de l'Oka, de la Viatka, de la Dvina septentrionale et jusque sur les côtes de la mer Blanche, assimilant ou encerclant des tribus finno-ougriennes. thumb|200px|La Rous' kiévienne au milieu du Avant le , on appelait assez indistinctement tous les slaves de l'Est « Russes » (, Russii, Reußen, Russians, Russiens, Ruthènes, Russins...) puis des distinctions apparaissent : « Grands-Russes », « Grands-Russiens » ou « Vélikorusses » par traduction de Великороссы (sujets de la Moscovie et des principautés voisines réunies à celle-ci en un tsarat de Russie, dont le souverain porta alors le titre de Tsar de toutes les Russies) ; « Petits-Russes » « Petits-Russiens » ou « Malorusses » par traduction de Малороссы (sujets du , du royaume de Hongrie, de la principauté de Moldavie ou du Khanat de Crimée, puis de l'empire des Habsbourg et aussi du sud de l'Empire russe) ; « Blancs-Russes », « Blancs-Russiens » ou « Biélorusses » par traduction de Белороссы (sujets du grand-duché de Lituanie, de la république des Deux Nations puis de l'ouest de l'Empire russe).
Résultat des migrations et des conquêtes russes (suivant l'effondrement de la domination de la Horde d'or des Mongols aux , puis du Khanat de Crimée aux ), les Russes colonisèrent des régions du bas-Dniepr, du bas-Don, de la basse-Volga, de l'Oural et du Caucase du Nord, assimilant ou encerclant des tribus finno-ougriennes, caucasiennes ou turques. Entre le , les émigrants « Grands-Russes » s'installèrent dans les contrées faiblement peuplées du nord-est de la Russie européenne, assimilant ou encerclant les petits peuples du Nord de la Russie et les peuples indigènes de Sibérie.
Devenues obsolètes, les dénominations de « Grands-Russes », « Grands-Russiens » ou « Vélikorusses » ont été remplacées par « Russes » ; celles de « Petits-Russes », « Petits-Russiens » ou « Malorusses » par « Ukrainiens » (localement « Ruthènes », « Russins », « Rusyns » ou « Houtsoules » dans certaines régions d'Ukraine occidentale), et celles de « Blancs-Russes » ou « Blancs-Russiens » par « Biélorusses » (qu'il ne faut pas confondre avec les « Russes blancs » tzaristes qui sont une catégorie politique par opposition aux « Russes rouges » bolcheviks et aux « Russes noirs » anarcho-communistes, qui en fait étaient en majorité ukrainiens).
Rapports ethniques avec les populations voisines à l'époque contemporaine
Dans un mouvement qui commence, pour le grand Nord russe, au Moyen-Âge sous la République de Novgorod, et, pour l'Oural, au début de l'ère moderne, avec la conquête de Kazan, l'expansion russe vers l'est des principautés kiéviennes a eu pour effet une colonisation de ces terres et une russification par assimilation des populations autochtones. Dans les régions où une culture politique et un sentiment national existaient avant l'annexion, des politiques de russification explicite se mirent en place, principalement à l'ère contemporaine, mais aussi dès le en Ukraine. Après un bref épisode de valorisation des langues locales sous l'impulsion de Lénine, l'URSS prolongea cette politique en considérant le russe comme la langue permettant l'unification de tous les peuples inclus dans la fédération. Dans d'autres régions, on parle de génocide pour les actes perpétrés par le commandement politique et militaire de l'empire russe.