vignette|upright=1.6|Carte du monde du taux de mortalité par cancer du pancréas, montrant une forte hétérogénéité, dont certaines causes restent à élucider. vignette|upright=1.6|Tendance chronologique pour le cancer du Pancréas en France (Hommes en bleu, femmes en vert) ; de 1980 à 2012). Ces données proviennent des registres nationaux du cancer de France (FRANCIM, qui ne couvrent pas tout le pays). Attention, sur le graphique les intervalles entre années ne sont pas réguliers. vignette|upright=1.6|Coupe d'un foie humain (autopsie) montrant plusieurs tumeurs (structures de couleurs claire) qui sont ici des métastases issues d'un cancer du pancréas.

Le cancer du pancréas est un cancer de la glande pancréatique (située derrière l’estomac et qui sécrète les enzymes digestives).

La forme la plus commune est l'adénocarcinome pancréatique (90 % des cas). C'est l'un des cancers les plus redoutés.

Relativement rare (1,8 % des cancers en France en 2011, soit cas cette année-là) mais son incidence semble en augmentation récenteBuscail L (2017) Cancer du pancréas : mais que se passe-t-il ? Hépato-Gastro & Oncologie Digestive 1(1) (résumé).. Des prédispositions génétiques familiales existent mais n'expliquent que 5 à 10 % des cas. D'autres facteurs de risque sont le tabagisme et la consommation d'alcool., la consommation de viande transformée et, chez les hommes, de viande rouge Larsson SC1, Håkanson N, Permert J& Wolk A (2006) Meat, fish, poultry and egg consumption in relation to risk of pancreatic cancer: a prospective study. |Int J Cancer. juin 1;118(11):2866-70 (résumé)., et probablement l’obésité, un régime alimentaire riche en glucides et en viande et pauvre en fruits et légumes, de même que la pancréatite chroniqueMonnereau A (2013) Estimation nationale de l’incidence des cancers en France entre 1980 et 2012 ; Étude à partir des registres des cancers du réseau Francim Partie 2 – Hémopathies malignes. (qui a peut-être les mêmes causes).

Il en existe deux catégories, selon la partie du pancréas touchée. Cette glande est double, avec : une partie exocrine qui sécrète les enzymes digestives ; une partie endocrine dont le rôle est hormonal (plusieurs hormones importantes dont l'insuline y sont synthétisées et distribuées). On le différencie des tumeurs neuroendocrines du pancréas, qui sont un autre type de cancer, dont la présentation est radicalement différente, mais aussi des ampullomes et des .

Incidence et mortalité + Incidence et mortalité du cancer du pancréasLe registre genevois des tumeurs , sur asrt.ch taux pour personnes Incidence Mortalité Pays H F H F Finlande 13,0 9,9 12,8 Suède 9,8 Suisse 11,3 7,6 11,8 7,8 Union européenne 9,7 6,5 10,7 7,3 France 8,0 4,2 Luxembourg 8,3 Portugal 4,9

+ Légende des couleurs des cellules Pays de l'UE où le taux est le plus élevé 11,1 Pays de l'UE où le taux est le moins élevé 7,6

L'incidence, dans le monde, varie entre 1 et pour , reste globalement stable dans le temps mais en croissance dans les pays développés. En 2008, le nombre de cas de cancer du pancréas dans le monde a été estimé à (tous sexes confondus), avec un nombre de décès de par an (Globocan, 2008).

Alors que d'autres cancers comme celui du larynx ont beaucoup diminué en France (et dans d'autres pays), les cancers du pancréas, de 1980 à 2005 ont eu une incidence qui a significativement augmenté (+ 3,8 % chez les femmes, + 2,0 % chez les hommes). L'âge moyen du diagnostic du cancer du pancréas se situe vers (INCA, 2012).

Il touche presque deux fois plus souvent l'homme que la femme (sex ratio de 1,8) avec une incidence (en moyenne taux de 7,7 pour l'homme contre pour chez la femme) qui augmente à partir de (pic de fréquence à pour l'homme, pour la femme).

On relève, en France en 2010, de cancer du pancréas (tous types confondus, soit 3 % de tous les cancers et 10 % des cancers digestifs) avec une mortalité sensiblement équivalente, apparaissant généralement après . Toutes les tumeurs ne sont pas opérables, et les complications post-opératoires restent importantes, si bien qu'il reste un des cancers dont le taux de survie est le plus faible (< 5 % à ).

Mortalité Une légère diminution de l'incidence et de la mortalité est notée dans les pays du nord de l'Europe entre 1971 et 2000 en ce qui concerne les hommes (mais reste stable chez les femmes).

En France, de 1980 à 2010, la mortalité a légèrement augmenté, et proportionnellement plus chez les femmes que chez les hommes (qui restent les plus touchés mais avec un écart diminuant entre hommes et femmes)Binder-Foucard F (2013) Estimation nationale de l’incidence et de la mortalité par cancer en France entre 1980 et 2012. Partie 1 – Tumeurs solides. Saint-Maurice (Fra) : Institut de veille sanitaire, 2013. 122 p. | .

Facteurs de risque Les facteurs favorisants connus sont une pancréatite chronique (post-alcoolique, tropicale, ou dans le cadre d'une mucoviscidose), la consommation de viande rouge est statistiquement associée à une augmentation du risque chez l’homme mais pas chez la femme, semble-t-il, certaines études concluant à l'absence d'augmentation du risque chez la femme, la consommation de viande transformée (une augmentation de consommation de viande transformée de par jour est associée à un risque accru de cancer du pancréas de 19 % certainement en raison des nitrites et des composés N-nitroso utilisés pour la conservation) et le tabagisme Batty GD, Kivimaki M, Morrison D. « » Cancer Epidemiol Biomarkers Prev. 2009;18:673-675. pour lequel il existe une relation entre la dose, la durée d'exposition et le risque de cancer du pancréas ; le risque diminue à l'arrêt de l'intoxication et est équivalent à celui d'un non-fumeur après d'arrêt. L'obésité est également un facteur de risque ainsi que le diabète.

Des formes familiales existent mais n'expliquent que 10 % des cas, avec, dans un cinquième des cas, une mutation d'un gène retrouvée : BRCA1, PALB2, ATM, CDKN2A, STK1 (Syndrome de Peutz-Jeghers), SPINK1.

Comme pour plusieurs autres types de cancer, des troubles du métabolisme ou du catabolisme des polyamines pourraient être en cause. Ils sont étudiés depuis quelques années, notamment sur des animaux de laboratoire génétiquement modifiés pour présenter de tels troubles.

Une mauvaise santé buccodentaire constitue un facteur de risque. La présence dans le microbiome buccal des bactéries parodontales Porphyromonas gingivalis, et Tannerella forsythia et de champignons du genre Candida est associée à un risque accru de cancer du pancréas.

La contamination des aliments par le cadmium (contenu dans les engrais) expliquerait la hausse des cancers du pancréas chez les jeunes.

Prévention D'après une revue générale, .

Le dépistage systématique est conseillé pour les patients ayant des facteurs de risque importants, en particulier dans les formes familiales.

Symptômes Les symptômes varient selon la localisation du cancer : si le cancer est situé sur la tête du pancréas (60-70 % des cas), il crée un obstacle des voies biliaires responsable d'une dilatation rapide de la vésicule biliaire, d’un ictère (par rétention biliaire) et d’un prurit (démangeaison) causé par l'ictère ; si le cancer concerne la queue ou le corps du pancréas (20 à 25 % des cas), le tableau clinique est dominé par des douleurs épigastriques transfixiantes (irradiantes vers les lombes), accompagnées d'une masse épigastrique.

D'autres signes sont une altération parfois importante de l'état général (asthénie, anorexie, amaigrissement), une occlusion haute par compression ou envahissement de l'estomac ou du duodénum, une hépatomégalie irrégulière secondaire à un envahissement métastatique du foie.

Enfin, la destruction du pancréas peut entraîner une insuffisance pancréatique exocrine (malabsorption et diarrhée) et endocrine (diabète).

Diagnostic Le diagnostic repose sur la biopsie pancréatique ou hépatique en cas de métastases. Cette biopsie peut être réalisée par voie transcutanée, au cours d'une fibroscopie gastroduodénale ou pendant la chirurgie.

Un dosage de l'ACE et du CA 19.9 peut orienter vers un adénocarcinome ; des dosages hormonaux peuvent caractériser une tumeur endocrine.

Dans les années 2010, la détection de la mésothéline sanguine était une piste prometteuse pour le dépistage de ce type de cancer. Cependant, cette molécule (biomarqueur) est également physiologiquement synthétisée par le tissu ovarien, mésothélial et pancréatique. Ainsi, la très faible spécificité du test dans le diagnostic précoce le rend encore peu utile en pratique courante.

Mi-2017, la revue Science Translational Medicine annonce un nouveau test sanguin de détection précoce de ce cancer. Ce test réagit à la présence de deux biomarqueurs sanguins : la thrombospondine-2 (THBS2) ; le CA 19.9 (présent au dernier stade du cancer du pancréas). Lors des essais, il a permis d'identifier systématiquement et correctement tous les stades du cancer.

En 2022, un nouvel algorithme associant un dosage du CA 19.9 couplé à la mesure de la signature de sanguins a permis la détection précoce d'adénocarcinome du pancréas (spécificité 99 %, sensibilité 92 %) grâce à un simple prélèvement sanguin. Ce test reste sensible chez les patients Lewis nul, ce qui n'était pas possible avec les tests antérieurs.

Imagerie vignette|upright=1.6|Un adénocarcinome kystique de la tête du pancréas, sur une coupe faite au scanner avec injection de produit de contraste. Elle vise à évaluer la taille et la localisation de la tumeur, et celles d'éventuelles métastases ganglionnaires, hépatiques, ou péritonéales. On étudie également les rapports avec la veine porte.

Le scanner abdominal avec injection d'un produit de contraste iodé reste l'examen de référence. Il permet de mieux juger de l'extension locale et de l'existence de métastases, en particulier sur le foie et de juger ainsi de l'opérabilité.

L'échographie n'est pas la technique de référence pour visualiser le pancréas, organe profondément enfoui dans l'abdomen et dont l'observation est gênée par l'interposition des gaz digestifs. Cet examen reste cependant fréquemment de première intention dans l'exploration de douleurs abdominales. Il permet de découvrir un nombre notable de tumeurs du pancréas. Sa sensibilité est de 75 %, inférieure à celle du scanner. Une échographie normale ne suffit donc pas à écarter le diagnostic de cancer pancréatique.

L'IRM a une sensibilité intermédiaire entre le scanner et l'échographie mais une méta-analyse plus récente semble montrer un intérêt comparable à celui du scanner.

L'endoscopie permet de glisser un tube dans le duodénum jusqu'à l'émergence du canal pancréatique. Une injection à ce niveau d'un produit de contraste avec radiographie permet de faire une cholangiopancréatographie. Ce dernier examen peut occasionnellement détecter un rétrécissement sur l'un des canaux, pouvant témoigner d'une tumeur compressive. Cet examen a cependant un faible rendement au niveau diagnostic. En couplant l'endoscope avec une sonde d'échographie, on obtient une échoendoscopie. Cet examen a une très bonne sensibilité pour détecter des tumeurs, même de petite taille. Cet examen permet également d'effectuer une biopsie dirigée.

Biologie Le CA 19.9 est le marqueur le plus intéressant, essentiellement dans l'évaluation de l'efficacité du traitement (taux qui s'effondre) et pour la détection d'une récidive (taux qui augmente). Il est, par contre, peu utilisé dans le dépistage systématique, son élévation n'étant pas spécifique du cancer du pancréas . Des études ont montré que la présence d'un biofilm bactérien (Bacteroides, Gammaproteobacteria, Firmicutes et Clostridium lituseburense) dans les voies pancréatiques et biliaires humaines est associée à la formation d'un adénocarcinome.

Anatomopathologie

La biopsie peut être chirurgicale. Elle peut être faite également lors d'une endoscopie digestive haute, guidée par échoendoscopie.

On distingue :