Paul Lanoir, né à Gy (Haute-Saône) le et mort à La Seyne-sur-Mer le , est un publiciste (journaliste d'opinion, essayiste) et syndicaliste français.

Issu de la gauche boulangiste, il fut le premier organisateur du syndicalisme jaune en France.

Biographie Famille Paul-Amédée-Victor-Gabriel Lanoir est le fils de Marguerite Larue (vers 1840-19..) et de Claude-Étienne Lanoir (vers 1831-1881), gendarme à cheval résidant à Gy, rue du PontArchives de la Haute-Saône, état civil de la commune de Gy, registre des naissances de l'année 1863, acte du 26 janvier (vue 5 sur 17)., puis receveur de l'octroi à GentillyArchives municipales de Saint-Denis, état civil, registre des mariages de l'année 1889, acte du 2 mars (vue 31 sur 207)..

Marié depuis 1889 à Blanche-Éléonore Roux (1865-19..), Paul Lanoir divorce en 1906 et obtient la garde de son fils MauriceArchives municipales de Saint-Denis, état civil, registre des mariages de l'année 1907, acte du 13 juillet (vue 146 sur 173).. Deux ans plus tard, il se remarie avec une très jeune femme, Suzanne Guillaume (1891-1983)Archives du Var, état civil de la commune de Toulon, registre des mariages de l'année 1908, acte du 21 novembre (vue 315 sur 452)..

Premières activités politiques Employé à la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans à la fin des années 1880, Paul Lanoir s'intéresse à la politique. En tant que membre du « comité républicain national révisionniste de Gentilly »La Presse, 7 juillet 1889, . et que secrétaire d'une fédération boulangiste des cantons de Sceaux et de Villejuif, il dirige les campagnes électorales victorieuse de Louis de Belleval lors des élections législatives de 1889 puis lors de l'élection partielle entraînée par l'invalidation du député (). Il collabore également au journal de Louis de Belleval, Le Démocrate, dans lequel il signe plusieurs articles du pseudonyme « Paul de Gentilly »Le siècle, 9 juin 1890, ..

Lanoir entre bientôt en désaccord avec les cadres du mouvement boulangiste. Ainsi, à l'occasion de l'élection cantonale d' dans le canton de Villejuif (où il avait recueilli lors des élections des conseillers d'arrondissement)L'Intransigeant, 13 novembre 1889, ., il pose et maintient sa candidature face à celle d'Octave Justice, qui a été investi par le Comité républicain national. Malgré le faible nombre de voix obtenu par Lanoir (453, soit 4 % des votants)Bulletin municipal officiel de la ville de Paris, 29 avril 1890, ., cette dissidence contribue à la réélection du conseiller général sortant, Pierre-Louis Lévêque. Lanoir rompt également avec De Belleval, dont il dénonce publiquement les « manœuvres coupables » (auxquelles il a pourtant contribué)Le siècle, 3 février 1891, . et n'hésite pas à livrer aux autorités des rapports détaillés sur les campagnes auxquelles il a pris partJoly (2005), .. De cette époque date sa réputation, avérée, d'indicateur de police.

Activités syndicales Hostile au principe de la grève générale prôné par Eugène Guérard, Lanoir est exclu du Syndicat national des chemins de fer en 1892. Il fonde alors l'Union syndicale des ouvriers et employés des chemins de fer français. Son organe de presse est le mensuel L’Éclaireur de la voie, dont Lanoir est le directeur. Le , il tente de participer au congrès national des syndicats et des groupes corporatifs, organisé à la Bourse du travail de Marseille. Il en est cependant exclu à la demande de Guérard, qui affirme que le syndicat de Lanoir a des attaches avec les directions des compagnies et que ses statuts excluent les cheminots révoqués pour faits de grèveL'Écho de Lyon, 20 septembre 1892, ..

Le , Lanoir crée à Cerbère (Pyrénées-Orientales) un orphelinat corporatif pour les orphelins des employés des chemins de fer, mais l'établissement changera de direction puis fermera au bout de quelques années, notamment en raison du conflit entre Lanoir et l'abbé SantolLa Croix, 23 mars 1895, ..

Au début du , Paul Lanoir affirme son rejet du collectivisme et de la lutte des classes, en considérant que « le Capital-Travail et le Capital-Argent sont les deux facteurs indispensables à la vie sociale. L'un complète l'autre ; les deux se font vivre mutuellement. Le devoir de ces deux collaborateurs est donc de rechercher amiablement, de bonne foi, et en toutes circonstances, le point de rencontre des concessions réciproques qu'ils se doivent l'un à l'autre »Le Figaro, 31 octobre 1901, ..

Le , Lanoir regroupe plusieurs syndicats jaunes au sein de l'Union fédérative des syndicats et groupements ouvriers professionnels de France et des colonies, qui a pour organe un hebdomadaire, L'Union ouvrière. Mis à la porte de la Bourse du travail de Paris par les syndicalistes révolutionnairesLe Figaro, 30 septembre 1901, ., il décide de créer une « Bourse indépendante du travail », dont il devient le secrétaire général, avec Pierre Biétry pour adjoint.

vignette|La Bourse du travail indépendante, rue des Vertus (Le Monde illustré, mars 1902).

La bourse jaune de Lanoir est essentiellement financée par le patronatLe Temps, 21 octobre 1901, . : une subvention de francs a bien été votée par le conseil municipal de Paris, alors dominé par les nationalistes, mais le ministre Millerand s'est opposé au versement de cette sommeAuguste Pawlowski, Les Syndicats jaunes, Paris, Alcan, 1911, ..

Le siège de la Bourse indépendante, installé au de la rue des Vertus, est inauguré le . L'événement est suivi par un lunch auquel assistent plusieurs personnalités politiques progressistes mélinistes (Franck-Chauveau, Audiffred) et nationalistes (Ballière, Barillier et Tournade)La Justice, 29 décembre 1901, .. L'initiative de Lanoir est également soutenue par l'industriel Gaston Japy, par l'éditeur Armand Mame (fils d'Alfred Mame), par Ferdinand Périer, président de l'Union du commerce et de l'industrie pour la défense sociale et par le député Alexis Muzet, qui prononcent des discours au banquet organisé par les jaunes au Salon des familles de l'avenue de Saint-Mandé à la mi-févrierLe Figaro, 17 février 1902, ..

À l'appel de Lanoir, le premier congrès national des jaunes des France se tient dans la même salle du 27 au , en présence de 191Le Figaro, 28 mars 1902, . délégués de syndicats jaunes et catholiques-sociaux ainsi que des mandataires de l'Union centrale des syndicats agricoles de France, représentée à la tribune par Louis Milcent. Le débat sur le temps de travail, qui oppose les jaunes (hostiles à l'ingérence de l’État) et les catholiques-sociaux (favorables à une diminution des heures, notamment pour éviter la surproduction), aboutit à une résolution de compromis, admettant des limitations horaires concertées entre employés et employeurs et adaptées aux spécificités de chaque métier. En revanche, le projet d'orphelinats ouvriers et le contre-projet de retraites ouvrières proposés par Lanoir sont immédiatement adoptés à l'unanimitéMusée social, Annales, mai 1902, .. La participation des travailleurs aux bénéfices du capital est défendue avec succès par Auguste Failliot, qui est élu député peu de temps après.

vignette|Biétry et Lanoir (Le Monde illustré, mars 1902).

En , les mineurs se mettent en grève dans le Nord. Au début du mois suivant, une commission arbitrale est mise en place, mais les syndicalistes « rouges » obtiennent que les délégués des jaunes soient exclus des négociations. Ayant vainement protesté contre cette décision, Lanoir se déclare « las et absolument écœuré »Le Figaro, 7 novembre 1902, . et menace les directeurs des mines, qui l'ont insuffisamment soutenu, de ne plus s'opposer aux grèvesLa Presse, 8 novembre 1902, .. Après avoir envisagé de se retirer définitivement de la lutte syndicale, il reprend sa démission mais annonce qu'il va prendre du repos en AlgérieLe Figaro, 8 novembre 1902, .. Ce découragement, également lié à la scission de Biétry et des partisans de celui-ci (partis fonder la Fédération nationale des Jaunes de France), provoque le déclin de la confédération jaune dirigée par Lanoir.

Ce dernier, enrichi par les subsides patronaux, se retire bientôt à Antibes, où il s'installe à la villa Maurice de Juan-les-Pins. Au moment des élections législatives de 1919, il y dirige un hebdomadaire « antibolchéviste », Le DémocrateJérôme Bracq, « La Vie politique à Antibes entre les deux guerres (première partie : 1919 à 1929) », Recherches régionales : Alpes-Maritimes et contrées limitrophes, , juillet-août 1994, ..

Nouvelles tentatives électorales vignette|Colleurs d'affiches pour Lanoir et Chautard (élections législatives de 1910). Après ses échecs de 1889 et 1890, Paul Lanoir s'est présenté lors de différents scrutins sans jamais obtenir de mandat.

Au premier tour des législatives de 1898, il n'est arrivé qu'en sixième position, avec (soit 4 % des votants), dans la quatrième circonscription de SceauxLe Radical, 10 mai 1898, ..

Deux ans plus tard, il brigue à nouveau le poste de conseiller général du canton de Villejuif. Il bénéficie alors du soutien de la Ligue de la patrie française, de la Ligue des patriotes et de l'Union du commerce et de l'industrieL'Intransigeant, 18 mai 1900, .. Avec (soit 25,6 % des votants), il est battu dès le premier tour par le socialiste Eugène Thomas, conseiller sortantLe Figaro, 21 mai 1900, ..

Après avoir initialement accepté d'être le candidat des mineurs et verriers jaunes de Carmaux face à Jean Jaurès, député sortant de la deuxième circonscription d'AlbiL'Aurore, 20 octobre 1905, ., c'est finalement dans la deuxième circonscription de Toulon que Lanoir se présente lors des législatives de 1906. Avec (23 % des votants), il perd au premier tour face au sortant radical-socialiste, Louis Martin.

Le , le comité radical-socialiste de la première circonscription du arrondissement de Paris délègue Lanoir au neuvième congrès du Parti républicain, radical et radical-socialiste (PRRRS)Le Radical, 17 septembre 1909, .. Cependant, les militants radicaux réunis à Nantes décident son expulsion dès la deuxième journée du congrèsLe Gaulois, 9 octobre 1909, .. Ce n'est donc pas avec l'investiture radicale mais sous l'étiquette de « républicain anticollectiviste » qu'il se présente lors des législatives de 1910 dans la première circonscription du arrondissement, où s'affrontent le député radical sortant, Paul Chautard, et le socialiste unifié Paul AubriotLe Radical, 18 avril 1910, .. Arrivé loin derrière ses deux concurrents au premier tour, Lanoir se désiste en appelant — en vain — à faire battre « les idées et les hommes du sabotage, de l'internationale, de l'antimilitarisme et de la révolution »Le Radical, 6 mai 1910, ..

Notes et références

Voir aussi Publications de Paul Lanoir Création d'un orphelinat corporatif pour les travailleurs des chemins de fer français, Paris, 1892, 32 p. Orphelinat corporatif des ouvriers et employés des chemins de fer français, fondé le . Établissements de Cerbère. Statuts, règlements généraux, conférence du , Paris, 1893, 63 p. (Sous le pseudonyme de Pierre Leblanc) La Question des chemins de fer. Défectuosité du système actuel des signaux, mauvais état de la voie et du matériel, insuffisance, surmenage et inexpérience du personnel des services actifs, le retard des trains, remèdes nécessaires, Paris, Savine, 1895, 108 p. La Question des chemins de fer. Les chemins de fer et la mobilisation, Paris, Charles-Lavauzelle, 1897 (préface de Marcel Saint-Germain). La Question des chemins de fer. Transports en commun. Manuel pratique du voyageur, Gentilly, Braissand, 1898, 371 p. Les Retraites ouvrières : projet de création d'un institut national de caisses des retraites ouvrières, Paris, Giard et Brière, 1899, 93 p. Les Conditions du travail dans les chemins de fer : étude sociale, Paris, Juven, 1906, 91 p. L'Espionnage allemand en France. Son organisation. Ses dangers. Les remèdes nécessaires, Paris, Cocuaud & , 1908, 247 p. La Mise en grève des chemins de fer. Le but, les moyens, les résultats, Paris, Ficker, 1910, 32 p.