thumb|right|Image satellite du Niger. Le Niger, pays sahélien avec une superficie de dont les trois quarts désertiques, a une économie dominée par l'agriculture qui contribue à 40 % au PIBM. Ndiaye, A. Madai, R. Thiers, Implementing the MAF in Niger: Opportunities and challenges in accelerating MDG 1, Global MDG Conference, UNDP Working Paper, , UNDP Publishing, 2013, 14 pages + annexes. et représente le premier secteur générateur de revenu pour la population et pour l'État. Ce secteur agricole, qui n’exploite qu’environ 12 % du territoire nationalJ.P. Guengant, M. Banoin, Dynamique des populations, disponibilités des terres et adaptation des régimes fonciers : le cas du Niger, FAO et Comité International de Coopération dans les Recherches Nationales en Démographie, 2003, 144 pages.CNEDD : Programme d’action national pour l’adaptation aux changements climatiques. Cabinet du Premier Ministre. Secrétariat exécutif du CNEDD / FEM / PNUD, 2006, 78 pages + annexes., connaît cependant d’innombrables défis.

Défis climatiques Le secteur agricole nigérien est d'abord fortement tributaire des conditions climatiques caractérisé par une forte aridité accentuée par des températures élevées, une variabilité spatio-temporelle et interannuelle très forte des précipitations ainsi que leur réduction (déplacement des isohyètes vers le Sud). À cela, il faut ajouter des pertes considérables d’eau dues au ruissellement et à l'évaporation à partir du sol et par percolation en profondeur. Le Niger a connu aussi de nombreuses sécheresses qui ont eu des effets néfastes sur le secteur agricole. À titre d'exemple, entre 1980 et 2009, il a été enregistré sept années de «déficit pluvial » : 1984, 1993, 1997, 2000, 2004, et 2009Banque mondiale, Évaluation des risques du secteur agricole au Niger : De la réaction aux crises à la gestion des risques à long terme, Assistance technique. Département Agriculture et Services Environnementaux (AES), Unité Agriculture, Développement Rural et Irrigation, Région Afrique (AFTAI), Rapport numéro : 74322-NE, 2013, 96 pages.. L'une des conséquences graves de ces facteurs climatiques est la dégradation des terres agricoles qui contribue ainsi largement à la baisse des productions agro-sylvo-pastorales et à la paupérisation des populations.

Défis anthropiques En plus de la dégradation due aux conditions climatiques, il faut ajouter la dégradation anthropique liée aux activités humaines notamment les pratiques agricoles peu performantes, les outils de travail rudimentaires dont l’utilisation tend à fragiliser davantage la stabilité structurale des sols à l’origine très faible. Le surpâturage, le piétinement, la surexploitation des terres et le déboisement conduisent à une réduction du couvert végétal ce qui rend les sols vulnérables à l’érosion. Celle-ci est aggravée par la forte intensité des orages pluvieux.

Défis démographiques Aux problèmes ci-dessus s’ajoute une forte croissance démographique (3,9 % selon le recensement général de 2012) qui est l'une des plus élevées au monde (Guengant et Banoin, 2003 ; Banoin et al., 2006). Des densités démographiques de sont atteintes dans les zones les plus favorables à l'agriculture comme le sud Maradi où elles frôlent actuellement les (Raynaut cité par Yamba, 2004). Il en résulte de cette démographie, la saturation foncière très marquée dans les régions de Maradi, Zinder et la partie sud de Dosso, avec comme effet la réduction voire la disparition des aires de pâturage et surtout de la jachère qui permettait la reconstitution naturelle de la fertilité des sols à travers le recyclage des éléments nutritifs et de la matière organiqueK. Yentzie, D. Coulibaly et D. Koné, Perception de la gestion de la fertilité des sols au Mali, Ministère du développement rural et de l'eau / République du Mali, Institut d'économie rurale, Centre régional de recherche agronomique de Mono, Centre régional de production et gestion des ressources naturelles, 2003, 41 pages.T. Adam, C. Reij, T. Abdoulaye, M. Larwanou, G. Tappan et B. Yamba, Impacts des investissements dans la gestion des ressources naturelles (GRN) au Niger : Rapport de synthèse, Centre Régional d'Enseignement Spécialisé en Agriculture (CRESA), Niamey / Niger, première version, 2006, 65 pages..

L'explosion démographique a entraîné aussi des migrations des populations vers le sud ou vers les centres urbains et la sédentarisation massive des populations nomadesY.C. Hountondji, P. Ozer et J. Nicolas, « Mise en évidence des zones touchées par la désertification par télédétection à basse résolution au Niger », Cybergeo, Environnement, Nature, Paysage, article 291, 2004, en ligne.. La résultante de ces phénomènes est la dégradation du milieu qui se traduit par la diminution du rendement des cultures, la remise en activité des dunes autrefois fixées par la végétation et un déboisement excessif. On note aussi une concurrence entre l'agriculture et l’élevage. En effet, dans beaucoup des régions du Niger, l'élevage souffre d’insuffisance des espaces à pâturer et aussi du fourrage. Cette situation a conduit à une utilisation presque complète des résidus de cultures pour l’alimentation du bétail ; aussi la totalité de la matière végétale produite est exportée, perturbant de ce fait l’efficacité globale du système de production agricole ainsi que l’équilibre de ses relations avec l’environnement physique. L'association agriculture – élevage connue dans toutes les exploitations devient de plus en plus difficile, conduisant les petites exploitations à abandonner la pratique de l’élevage. Le manque de matière organique et la faible stabilité structurale des sols va entraîner un déficit en éléments nutritifs et une capacité insuffisante de rétention d’eau, d'où une réduction de la croissance des plantes.

La croissance démographique brutale et les conditions économiques difficiles entraînent, comme il est dit plus haut, une urbanisation anarchique difficilement contrôlable. Au Niger, l'ensemble de la population urbaine a été multiplié par 14 et celle de Niamey par près de J.P. Guengant, Y. Kamara, N. Metz et D.S. Atama, Comment bénéficier du dividende démographique ? La démographie au centre des trajectoires de développement dans les pays de l'UEMOA, in Analyse pays Niger. Étude coordonnée par Initiatives Conseil International, (Burkina-Faso) et financée par l'Agence Française de Développement, 2010, 57 p.. Il en est résulté de cette urbanisation un développement des secteurs industriel et routier entraînant un rejet des divers polluants dans l’environnement. À ceux-ci, s'ajoutent les pollutions issues des décharges publiques à ciel ouvert ou des activités informelles (incinération des déchets, brûlage des pneus, cuissons diverses, nettoyage, rejet des excrétas…). Parallèlement, il s’est développé aux alentours des zones urbaines et périurbaines des villes, des activités agricoles (maraîchage, riziculture, arboriculture) et d’élevage destinées principalement à approvisionner les marchés locaux en légumes, fruits, riz, viandes et laits. Ces produits sont alors susceptibles d’être contaminés car cultivés dans des zones potentiellement polluées, et irrigués souvent avec des eaux usées. Cela pourrait engendrer un risque de contamination humaine à travers la consommation de ces produits.

Conséquences sur les sols Toutes ces contraintes ont engendré au Niger des sols globalement fragiles et chimiquement très dégradés et érodésBationo, A, F. Lompo and S. Koala, 1998. Research on nutrient flows and balances in West Africa: State-of-the-art. Agriculture. Ecosystems & Environment. 71: 19-35.Pieri C. (1989) : Fertilité des terres des savanes. Bilan de trente ans de recherche et de développement agricoles au sud du Sahara. Paris, Ministère de la Coopération et du Développement, CIRAD – IRAT. 444 pagesAmbouta J.M.K. (1994): Étude des facteurs de formation d’une croûte d’érosion et de ses relations avec les propriétés internes d’un sol sableux fin au Niger. Ph.D. (Philosophiae Doctor). Univ. Laval, Québec – Canada. 97 pages.. En effet, en dehors des vallées alluviales, la majorité des sols sont de type ferrugineux tropical lessivé caractérisé par une faible teneur en argile de type kaolinite, une forte sensibilité à la battance, au lessivage, à l’érosion et à l’acidificationLavigne-Delville P. (1996) : Gérer la fertilité des terres dans les pays du Sahel : Diagnostic et conseil aux paysans. Collection LE POINT SUR. Groupe de recherche et d’échanges technologiques (GRET), Paris – France avec la collaboration du Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) et la Coopération Française. 397 pages. . Ce sont des sols très sableux dans leur majorité et sont de ce fait susceptibles à la déflation éolienne. Ils ont une carence généralisée en matière organique (moins de 0,6% d’humus) et sont déficitaires en éléments nutritifs majeurs que sont l'azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K). Selon la FAOLiniger H.P., Mekdaschi Studer R., Hauert C. and Gurtner M. (2011) : La pratique de la gestion durable des terres. Directives et bonnes pratiques en Afrique subsaharienne. TerrAfrica, Panorama mondial des approches et technologies de conservation (WOCAT) et Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 252 pages., les terres cultivées perdent environ d’azote (N), de phosphore (P) et de potasse (K) par hectare et par an soit 10 à de NPK/ha et par an. Les sols sont épuisés et souffrent d’acidité, de faible capacité d’échange de cations et de toxicité alumiqueVan Reuler H. et Prins W.H. (1993) : Rôle de la fertilisation pour assurer une production durable des cultures vivrières en Afrique Sub-saharienne. Dutch Association of Fertilizer Producers (VKP). CIP-DATA Koninklijke Bibliotheek, Den Haag. Leidschendam / Pays-Bas. 259 pages.. Dans ces conditions, la monoculture des céréales est en grande partie responsable de cette déficience en éléments nutritifs et en matière organique ainsi que de l’acidification des solsBationo, A., A. Buerker, M.P. Sedogo, B.C. Christianson and A.U. Mokwunye, 1994. A critical review of crop residue use as soil amendment in the West African Semi-arid Tropics. In: Livestock and suistainable nutrient cycling in mixed farming systems of sub-Saharan Africa, J.M. Powell, S. Femandez-Rivera, T.O. Williams and C. Renard (eds.), Volume 1: Conference summary Proceedings of an International Conference held in Addis-Ababa, Ethiopia. 22-26..