Jean Larose, né en 1948, est un professeur, essayiste et romancier québécois. Il a publié de nombreux essais, deux romans, des articles dans divers périodiques, a animé plusieurs émissions à la radio culturelle de Radio-Canada et enseigné la littérature au Département d’études françaises de l’Université de Montréal (maintenant Département des littératures de langue française). La philosophie, la psychanalyse et les théories littéraires teintent sa pensée et ses réflexions portant sur la modernité, le rôle de la littérature française, l’importance de la culture, la société québécoise et sa souveraineté ainsi que sur la pédagogie et l’éducation. Essayiste suscitant parfois la polémique, il a marqué le milieu intellectuel québécois des années 1980 et 1990.
Biographie
Jeunesse et années soixante-dix Jean Larose est né le à Salaberry-de-Valleyfield. Après le cours classique au Séminaire-Collège de Valleyfield, où il a eu la chance de suivre les cours des professeurs Jean-Pierre Duquette, Marcel Brisebois et Jacques LavigneCommunication personnelle de Jean Larose, Jean Larose poursuit des études en lettres à l’Université de Montréal. Il est le premier étudiant à soumettre un projet de maîtrise en création littéraireaprès que Monique Bosco, sa directrice de mémoire, en eut fait adopter le principe auprès du Département d’études françaises. En 1975, il obtient une maîtrise pour son essai intitulé Seuil du sens et consumation de l’écriture qui précède un roman, Vie de Plante ou le Roman de Rémi.
En 1970, Larose est parolier du groupe rock Dionysosformé par quelques étudiants du cégep de Valleyfield, dont Paul-André Thibert, Jean-Pierre Legault et certains de leurs amis. Très inspiré à l’époque par La Naissance de la tragédie de Nietzsche, il propose aux musiciens à la recherche d’un nom pour leur groupe celui du dieu grec de l’excès, de la passion et de la musique. Il rédige l’insert, et signe trois des chansons de l’album Le Grand Jeu qui paraît en . L’année suivante, il compose les paroles de toutes les chansons du microsillon Le Prince croule. Les critiques sont très positives: le jeune parolier, dont les textes «sont minutieusement et méticuleusement travaillés, polis et vernis» «arrive à faire swinger (sic) la langue de Molière à la cadence [du] rock n’roll [des musiciens de Dionysos]».
Larose crée, en 1970, la pièce Mardi-la-Verte, une simple opérette en trois actes au Séminaire-Collège de Valleyfield. Cette pièce sera jouée plus tard au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. En 1972, la troupe de théâtre «La Braoule» la reprend au Théâtre national pendant tout l’été. Martial Dassylva, dans La Presse, démolit ce texte «aberrant» qui «se veut fantaisiste, surréaliste, énigmatique et dalidien (sic) et qui ne parvient qu’à être assommant». Il ajoute que la pièce «possède toutes les caractéristiques de ces écrits qu’une acné littéraire trop intempestive fait commettre aux jeunes gens trop studieux». Cela n’empêche pas Lorraine Pintal, en 1978, de mettre à nouveau la pièce en scène, à titre «d’exercice pédagogique» pour les étudiants du Conservatoire.
Après un doctorat de et une thèse sur Georges Bataille dirigée par Hélène Cixous (Paris VIII, 1978), Larose devient, en 1979, professeur de littérature à l’Université de Montréal. Jusqu’à sa retraite, en 2012L’annuaire produit par le registraire pour l’année 2011-2012 (mis à jour le 1er avril 2011), qui présente la liste des membres de chaque département, indique que Jean Larose est toujours à l’emploi de l’université (voir page 2-84)
https://registraire.umontreal.ca/fileadmin/registrariat/documents/Annuaires/2004-2013/2011-2012_AG1erCycle.pdfDans l’annuaire produit par le registraire pour l’année 2012-2013 (mis à jour le 1er avril 2012), Jean Larose n’apparaît plus parmi les professeurs œuvrant au Département d’études françaises. Voir page 2-84
https://registraire.umontreal.ca/fileadmin/registrariat/documents/Annuaires/2004-2013/2012-2013_AG1.pdf, il y enseigne la création littéraire et plusieurs auteurs, aussi bien français que québécois: Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Proust, Rilke, Genet, Diderot, Malraux, St-Denys-Garneau, Gabrielle Roy, Réjean Ducharme...
L'essayiste, l'écrivain En 1981, Larose publie Le Mythe de Nelligan où il propose une nouvelle lecture de l’œuvre du jeune poète. Pour ce premier livre, il a été conseillé par le philosophe Claude Lévesque dont il s’est toujours senti proche intellectuellement. Larose est l’un des premiers à démystifier l’auteur du «Vaisseau d’or» en associant l’inconscient collectif de la nation québécoise à l’évolution personnelle du jeune poète qui aboutit à la psychose. Ainsi, Larose propose une lecture politique du «Sujet-Nation». Cette idée qui fait de la littérature un révélateur du défi que pose la souveraineté politique annonce La Petite Noirceur, L’amour du pauvre et La Souveraineté rampante. Selon l’analyse qu’en fait Laurent Mailhot, l’essai de Larose est «difficile à classer entre la déconstruction derridienne, la psychanalyse lacanienne, l’analyse textuelle et la lecture politique du Sujet-Nation». Pour Gérald Gaudet, qui qualifie Le Mythe de Nelligan «d’étude brillante», le moment était venu de proposer une nouvelle façon de lire «l’œuvre nelliganienne». Certains affirment même que, depuis la parution de cet essai, «il est presque impossible de dire [le] nom Nelligan sans faire référence au mythe».
Cette même année, Larose signe son premier article dans la revue Liberté, «Sur l’idéologie dans Le Dictionnaire de la langue québécoise de Léandre Bergeron», et il est invité à se joindre au comité de rédactionPremière mention de Jean Larose dans le comité de direction : mai-juin 1981
https://www.erudit.org/fr/revues/liberte/1981-v23-n3-liberte1457640/feuilletage/#page/n1/mode/2up (où il restera jusqu’en 1987)Dernière mention du nom de Jean Larose parmi les membres du comité de direction : octobre 1987.
https://www.erudit.org/fr/revues/liberte/1987-v29-n5-liberte1034586/feuilletage/#page/n1/mode/2up. À Liberté, sous le nouveau directeur François Ricard, collaborent François Hébert, René Lapierre, Robert Melançon, Yvon Rivard, André Belleau, Jacques Folch-Ribas, Fernand Ouellette, Jacques GodboutLes différents numéros de la revue sont disponibles et il est possible de retrouver pour chacune des parutions les noms des collaborateurs pour les années pendant lesquelles Larose en a fait partie.
https://www.erudit.org/fr/revues/liberte/1981-v23-n3-liberte1457640/feuilletage/#page/n1/mode/2up. Sous leur gouverne, «le contenu de la revue […] se fait plus original et plus mordant». En , l’article «Si je reviens à la Bande des six», malgré son titre évoquant le passage de l’essayiste à cette émission en 1991, n’a pas été écrit par Larose, mais est en fait un pastiche, dont les véritables auteurs font partie du comité de rédaction de la revue.
En 1987, Jean Larose recueille, dans La petite Noirceur, 13 essais dont plusieurs ont déjà été publiés dans la revue Liberté. Deux textes portant sur les campagnes référendaires du «oui» et du «non» sont, par ailleurs, des transcriptions de deux émissions de la série radiophonique Nationalisme et culture, diffusées en 1982 sur les ondes de CBF-FM. Le titre de l’essai est évocateur: Larose «superpo[se] l’image des années quatre-vingt sur celles des années duplessistes», celles de la «Grande Noirceur», dont le glas aurait sonné avec la Révolution tranquille, période de l’histoire du Québec associée à «l’irruption» des Québécois dans la «modernité». Toutefois, pour l’essayiste, sous des dehors libérés, la nation québécoise n’est pas totalement affranchie. En s’employant «à détecter des survivances [des] vieilles habitudes [des Québécois]», il montre que «noirceur et modernité ne s’excluent pas l’une l’autre». Sa «petite noirceur» est, par rapport à la précédente, «insidieuse»; il lui faut la «débusquer» , comme l’écrit Laurent Mailhot. Les «idées reçues», la situation de la culture au Québec ainsi que le nationalisme sont autant de sujets débattus. S’affirmant «indépendantiste anti-nationaliste», Larose pose un regard critique sur le Québec aux lendemains de la défaite référendaire de 1980 qui a laissé un goût amer à certains; l’essayiste qualifiant cette période de «contexte de dépression». Dans le chapitre consacré aux campagnes référendaires, il analyse les conceptions opposées de la souveraineté et de la culture développées par les deux camps. La «passivité», la «féminisation», la «lâcheté collective» de la société québécoise alimentent ses thèses. Le ton est nettement polémique et provocateur dans la foulée de ce qui se pratique à Liberté: «Sache que chez nous la course est ouverte entre les hommes et les femmes, à qui prouvera le plus de féminité. Et on confond évidemment, québécitude oblige, féminité et absence de virilité. […] Nous sommes au vrai pays de Cocagne féministe de ceux qui haïssent la souveraineté sous toutes ses formes». Larose termine cette lettre adressée à une amie, qui constitue le dernier chapitre du recueil, ainsi: «j’ai entrepris des démarches pour me débarrasser de cette nationalité qui me répugne historiquement et qui me ridiculise à l’étranger. […] je cache autant que possible ma nationalité canadienne pour ne pas passer pour un épais». L’essayiste reçoit, pour ce livre, le prix du Gouverneur général. Au Canada anglais, on s’indigne qu’une telle récompense soit décernée à une œuvre qu’on considère anti-canadienne. Kenneth Louis Mac Googan, écrivain albertain, publiera même, en 1991, Canada’s Undeclared War pour répondre à Larose. Au Québec, les critiques concernant La Petite Noirceur sont très partagées. Pour Jean Éthier-Blais, le recueil est «un bouquet de rares fleurs» dans lequel se retrouve «la veine de l’esprit critique, ce rare diamant». Gilles Marcotte, pour sa part, trouve que c’est un «livre tonifiant» présentant «une des écritures les plus incisives et les plus brillantes (et les plus modernes)». En revanche, pour André Gaudreault, Larose «n’écrit pas clairement» et il ressemble, selon Marcel Fournier, «à un cow-boy pris au piège [qui] tire dans tous les sens». Enfin, Paul-Christian Nolin dénonce «l’intolérance [qui] s’en donne à cœur joie» et Jean Basile écrit que le livre a quelque chose «de mesquin, et au pire, de vulgaire».