Le vitrail des Sainte Marguerite et Catherine est un vitrail gothique de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, situé dans la partie sud du déambulatoire, dans la chapelle des confesseurs.
Il consacre deux registres rapides à la vie de sainte Marguerite, l'essentiel du vitrail (huit registres) étant en réalité consacré à sainte Catherine.
Le vitrail est inscrit aux monuments historiques dès 1840..
Description d'ensemble
Composition du vitrail
thumb|left|Chapelle des confesseurs à Chartres. Le vitrail des saintes Marguerite et Catherine est celui de droite.
Le vitrail de est situé derrière une grille dans la petite « Chapelle des confesseurs », la deuxième rencontrée dans le déambulatoire sud de la cathédrale Notre-Dame de Chartres; dans laquelle il occupe la position de centre droit. Il s'inscrit dans une lancette de style gothique. Il est numéroté 016 dans le Corpus vitrearum. Il partage cette chapelle avec quatre autres lancettes : Saint Thomas Becket (à sa droite), Saint Nicolas (centre), Saint Rémi, (gauche) et une grisaille (extrême gauche).
L'identification de la famille donatrice permet de dater ce vitrail entre 1220 et 1227, dans le premier quart du .
La ferronnerie, de structure très simple, comporte onze barlotières horizontales qui définissent onze registres de hauteurs sensiblement égales, et trois verticales, qui délimitent les bordures et deux panneaux carrés par registres.
Motifs des vitraux
Les panneaux historiés sont de format sensiblement carré, et portent chacun un quart de cercle, brisé à mi-parcours par un angle carré. L'assemblage de ces panneaux dessine un motif qui se répète par groupe de deux registres, dessinant alternativement un grand cercle sur deux registre, puis sur les deux registres suivants, deux demi-cercles s'appuyant sur les bordures ; le premier registre (où figurent les donateurs) ne comporte que deux quarts de cercles.
Les panneaux historiés sont dessinés sur fond bleu, la forme des quarts de cercle est donnée par une bordure de deux bandes rouge et bleue et un filet blanc.
Le centre de chaque grand cercle est marqué par un quadrilobe s'étendant sur l'intersection des quatre panneaux, formé au cœur d'un cercle bleu bordé de deux filets orangé et blanc, et d'une croix de quatre pétales ogivaux sur fond rouge portant deux feuilles vertes, bordés d'une bordure bleue portant des motifs de grisaille, et d'un filet jaune.
En haut et en bas de chaque grand cercle, un autre quadrilobe est également posé sur l'intersection des quatre panneaux. Le motif de base en est un losange bleu posé sur une bordure bleue, dont à chaque côté une excroissance florale mord au milieu de sa bordure de filet blanc. Ce centre en losange est complété par quatre demi-cercles posés en croix de Saint-André, à fond rouge bordé d'une bordure bleue et d'un filet blanc, le tout portant un motif floral à trois branches qui mord sur ses deux bordures.
Au centre des demi-cercles, l'intersection des barlotières est ponctué par un cercle à fond rouge bordé de bleu et d'un filet blanc, et chargé d'une feuille de chêne jaune brochant sur le premier filet.
Le fond est constitué d'une résille rouge sur fond bleu. L'intersection des résilles est ponctué par une fleur blanche à quatre pétales. Les intervalles bleu portent au centre un carré rouge décoré en grisaille d'une bordure et d'un motif à quatre pétales ; et sont eux-mêmes décorés en grisaille par une bordure longeant la résille et un trèfle issu du carré rouge central.
La bordure, sur fond bleu bordée de part et d'autre de rouge et de blanc, présente une alternance de cercles et de losanges à fond rouge, bordés d'un filet blanc qui s'ouvre en arrondi à leurs sommets. Ils sont chacun chargés d'un motif végétal, vert pour les losanges et jaune pour les cercles, les motifs sont joints par un filet jaune s'ouvrant en un bouton trilobé sur la bordure blanche du motif suivant.
Thématique : Sainte Catherine et sainte Marguerite
Le culte de ces deux saintes était inexistant en occident chrétien avant le , il prit de l'ampleur au retour des croisades, où les croisés avaient été en contact avec leurs « légendes » ; et fut par la suite très populaire au Moyen Âge. Leur hagiographie est notamment donnée par Jacques de Voragine dans la Légende dorée, publiée en 1266 — donc pratiquement contemporaine du vitrail.
Les deux saintes ont une histoire relativement parallèle : jeunes femmes brillantes, elles sont en proie à la convoitise de païens qu'elles refusent (préférant le Christ) et tentent de convertir ; elles échouent et sont finalement martyrisées pour n'avoir pas renoncé à leur foi. Dans les deux cas, la « leçon » de l'histoire est donc que malgré toute la science et l'aide spirituelle que l'Esprit-Saint peut donner, la conversion de l'adversaire n'est pas assurée —il conserve sa liberté de pensée— mais la lutte pour la vraie foi est par elle-même la clef du Ciel, indépendamment du succès rencontré.
S'agissant de la Légende dorée, le terme de « légende » doit normalement être pris dans le sens de son origine latine, legenda, « ce qui doit être lu » (sous-entendu : pour connaître ce qui concerne un saint). Sur ce vitrail particulier, ce terme de « légende » peut cependant être compris dans son sens moderne de mythe fondateur, car les récits merveilleux des vies de sainte Catherine et de sainte Marguerite semblent n'avoir aucun fondement historique. Cependant, même si l'existence physique de ces deux saintes est « légendaire » au sens usuel du terme, elles n'en ont pas moins eu une influence réelle sur l'histoire : c'est sur la base des voix des saintes Marguerite et Catherine (et de l'archange Gabriel) que Jeanne d'Arc a reçu sa mission divine de libérer le royaume de France.
Description des panneaux
Les panneaux se lisent, classiquement, de bas en haut et de gauche à droite.
Donateurs
Les donateurs sont représentés au bas du vitrail ; il s'agit ici d'une famille.
À droite, deux hommes vêtus d'un haubert présentent leurs armoiries, qui permettent de les identifier et de dater le vitrail. L'un porte de gueules à la bande d'argent accompagnée de six merlettes de même, et l'autre de gueules fretté d'or de trois traitsHistoire de Chartres, par Eugène Louis Ernest de Buchère de Lépinois. Garnier, 1854. Il s'agit de Guérin de Friaize (à droite) High Gothic Sculpture at Chartres Cathedral, the Tomb of the Count of Joigny, and the Master of the Warrior Saints, Anne McGee Morganstern. Penn State Press, 2011. et Geoffroy de Meslay, vidame de Chartres (ou peut-être son frère Hugues?)Histoire de Chartres, Volume 2, . Eugène de Buchère de Lépinois. Garnier, 1858. Au-dessus d'eux une banderole les désignait probablement, mais les extrémités en sont à présent briséesPrésentation de Les vitraux narratifs de la cathédrale de Chartres, Colette Manhès, Jean-Paul Deremble, éd. Le Léopard d'Or, 1993.. On y devine encore « ...E GARIN DE F... ».
À gauche, une femme est représentée à genoux devant une Vierge à l'Enfant, ici une Vierge en majesté, couronnée et assise sur un immense trône richement décoré, et élevé sur quatre piliers d'or. Cette représentation correspond à la description de Notre-Dame sous terre, statue du brûlée par les vandalismes de 1793Manuel du pèlerin à Notre-Dame de Chartres, . Marcel-Joseph Bulteau. imprimerie de Malo et Levasseur, 1855..
La femme représentée en prières est Marguerite de Lèves, vidamesse de Chartres et épouse en deuxièmes noces de Guérin de FriaiseLe Cabinet historique: moniteur des bibliothèques et des archives, Volume 9, . Au bureau du Cabinet historique, 1863., et dont la sœur, Mabile de Lève, était la mère du trouvère Vidame de Chartres et avait épousé en secondes noces Hugues de Meslay.
Légende de sainte Marguerite
La légende de sainte Marguerite occupe les quatre panneaux du grand cercle inférieur.
« Marguerite, citoyenne d'Antioche, gardait un jour les brebis de sa nourrice, quand le préfet Olibrius, passant par là, s'éprit d'amour pour elle. Quand elle eut été amenée en sa présence, il s'informa de sa famille, de son nom et de sa religion. Or, elle répondit qu'elle était noble de naissance, Marguerite de nom, et chrétienne de religion. Et comme Marguerite avançait que J.-C. avait été crucifié pour nous racheter et vivait maintenant dans l’éternité, ce préfet en colère la fit jeter en prison. Le lendemain, il la fit appeler en sa présence et lui dit : “Jeune fille frivole, aie pitié de ta beauté, et adore nos Dieux pour que tu sois heureuse.” Elle répondit: “J'adore celui devant lequel la terre tremble, la mer s'agite, et toutes les créatures sont dans la crainte.” Il la fit torturer et ordonna de l’enfermer dans une prison. »
La lecture de cette hagiographie est inhabituelle : par rapport à ce que donne la Légende dorée (dont des extraits sont donnés en citation), le premier panneau est celui en bas à droite (celui du dragon), et l'histoire se lit dans le sens des aiguilles d'une montre. Il s'agit peut-être d'opposer en diagonale le règne du démon et celui de Dieu, et le pouvoir temporel au pouvoir spirituel.
Marguerite chasse le dragon : « Pendant qu'elle était dans son cachot, elle pria le Seigneur de lui montrer, sous une forme visible, l’ennemi avec lequel elle avait à combattre ; et voici qu'un dragon effroyable lui apparut ; comme il s'élançait pour la dévorer, elle fit un signe de croix, et le monstre disparut ; ou bien, d'après ce qu'on lit ailleurs, il lui mit sa gueule sur la tête et la langue sur le talon et l’avala à l’instant; mais pendant qu'il voulait l’absorber, elle se munit du signe de la croix; ce qui fit crever le dragon, et la vierge sortit saine et sauve. Mais ce qu'on rapporte du dragon qui la dévora et qui creva est regardé comme apocryphe et de peu de valeur. »
Marguerite, au centre, brandit une croix par laquelle le dragon est vaincu. Elle est auréolée de rouge, couleur liturgique des martyrs. Le dragon est un assemblage d'une tête rouge de carnivore avec des oreilles d'âne, des ailes et des pattes d'oiseau jaunes, et une queue de serpent verte. Derrière Marguerite se tient un ange qui la regarde et l'assiste dans son combat spirituel.
La croix et le dragon sont les attributs traditionnels de Marguerite dans l'iconographie chrétienne. L'épisode fabuleux voulant que Marguerite sorte du ventre du dragon, tel Jonas de son grand poisson, est associé au fait que « toute femme en couches qui se recommanderait à elle enfanterait heureusement », comme le rappelle Jacques de Voragine.
Marguerite chassant le Démon : « Le diable vint encore pour tromper Marguerite, en prenant une forme humaine. Marguerite le prit par la tête, le jeta par terre sous elle; et lui dit : “Sois écrasé, superbe démon, sous les pieds d'une femme”. Alors elle le força à dire pourquoi il employait tant de manières pour tenter les chrétiens. Il répondit qu'il avait naturellement de la haine contre les hommes vertueux, et bien qu'il en fût souvent repoussé; il était acharné à les séduire. Quand il eut dit ces mots, la vierge leva le pied et lui dit: “Fuis, misérable”, et aussitôt le démon disparut. »
Marguerite est ici représentée debout au centre, toujours auréolée de rouge. Elle saisit par les cheveux un démon difforme, ailé et à tête de loup. Sa main droite est levée et semble prête à frapper. Derrière elle se tient un ange, qui cette fois-ci lève les yeux vers le ciel et souligne de son regard cette main levée ; et un examen plus attentif montre qu'en réalité Marguerite tient une autre main qui semble issue du ciel, représentant le soutien divin.
La composition opposant ange et démon souligne classiquement que l'action matérielle de la sainte prend son sens dans un combat spirituel du bien contre le mal. Le saint n'est pas seul dans ce combat : de même que dans le panneau précédent Marguerite est victorieuse par la croix, ici elle domine grâce à son lien sans faille avec Dieu lui-même.
Marguerite devant le préfet Olibrius :