Léonard-Alexis Autié, plus connu sous le nom de Léonard, né v. 1751 à Pamiers et mort le à Paris, est un coiffeur français.

Coiffeur favori de la reine Marie-Antoinette, il occupe, à ce titre, une place prépondérante dans l’histoire de la mode en France. Il est également le fondateur du Théâtre de Monsieur en 1789Le privilège donné à Autié pour le Théâtre de Monsieur commence le 7 avril 1788 pour une durée de 30 ans (Di Profio 2003, p. 43; Lister 2009, p. 126). La représentation inaugurale a lieu le 26 janvier 1789 (Di Profio 2003, p. 75; Lister 2009, p. 130), exploitant le répertoire des opéras-comiques français et italiensLister 2009, p. 130.

Présentation Léonard-Alexis Autié ou AutierDi Profio 2003, pp. 43, 534. Babeau 1895, p. 47, donne le patronyme « Antier ». Certaines sources le nomment Jean-François Autié, en raison d'une confusion avec son jeune frère, également coiffeur à l'atelier Léonard, qui meurt guillotiné le 7 thermidor an II (25 juillet 1794); voir Péricaud 1908, pp. 4–6; M., "Léonard, le coiffeur de Marie-Antoinette, a-t-il été exécuté ?", columns 291–293 in Duprat 1905, no. 1086 (30 August); et Bord 1909. Pour avis contraire, voir Lenôtre 1905, pp. 287, 281, et Arthur Pougin, columns 396–399 dans Duprat 1905, no. 1088 (20 septembre)., naît à Pamiers en Languedoc. Il est le fils aîné d'Alexis Autié et de Catherine Fournier, tous deux domestiques. Il a deux jeunes frères, Pierre et Jean-François Autier, qui deviendront eux aussi coiffeurs et que Léonard-Alexis fera « monter à Paris » pour travailler avec lui. Les trois frères se feront appeler « Léonard », ce qui peut avoir pour effet de créer une certaine confusion, notamment entre Léonard-Alexis, l'étoile de la coiffure de la deuxième moitié du , et son plus jeune frère Jean-François, entré dans l'Histoire en raison de son rôle dans l'épisode de la fuite de Varennes. Longtemps, les historiens ont cru qu'il n'y avait qu'un seul Léonard, ce qui a eu pour effet de créer des polémiques entre experts..

Léonard-Alexis a un parcours notable, marqué par ses compétence, sa créativité et a son ascension social qui fût rapide, mais également sa proximité avec la reine de France. Dans le cadre l’accès de la personne royale étaient strictement encadré et impensable pour la majorité de la population, et l'accès des appartement privées du souverain relevait d'un rare privilège. L'étiquette réglemente qui est autorisé à approcher la reine, selon son rang et ses fonctions. En principe, seuls les nobles bénéficient de ce droit d'accès. En autorisant des roturiers tels que Léonard à entrer dans ses appartements, la reine Marie-Antoinette introduit des modifications à ces usages établis, mesures "révolutionnaires" qui font jaser et nuisent à la réputation de la souveraine.

Carrière Léonard-Alexis commence sa carrière à BordeauxBashor 2013, pp. VII, 5–6, avant de gagner Paris en 1769. Il commence par coiffer Julie Niébert, actrice au théâtre de NicoletBashor 2013, pp. 2, 9.. Son style atypique et novateur attire immédiatement l'attention. Il entre ainsi rapidement au service de dames de la noblesse, y compris de Madame du Barry, la maîtresse du roi Louis XVBashor 2013 pp 29ff, et de la Marquise de Langeac, dame de compagnie de la Dauphine Marie-Antoinette. Sa popularité décolle et il devient le coiffeur le plus prisé de la cour de France.

En 1772, il coiffe la Dauphine en personneBashor 2013, pp. 39–44.. Marie-Antoinette a déjà son coiffeur officiel, dont le nom est Larseneur. Mais elle lui préfère Léonard. Chaque jour, Larseneur vient solennellement s’acquitter de son office, mais Marie-Antoinette n’aime pas la façon dont il coiffe. Elle ne le lui dit pas et ne veut pas le congédier. Elle le laisse par conséquent terminer son pompeux travail et, lorsqu'il se retire après les révérences d’usage, une demoiselle d’honneur introduit à la dérobée Léonard dans les appartements privés de la reine. Celui-ci peut recommencer la coiffure et l’accommoder à son goût..

En , à la demande de Marie-Antoinette, Léonard et la styliste Rose Bertin relancent la parution du magazine de mode intitulé le Journal des Dames. La Dauphine règle tous les frais de l'opération, et la Baronne de Princenhttps://demo.logilab.fr, dans une situation financière délicate, accepte de prêter son nom en tant que rédactrice en chef. Le premier numéro met en avant les tenues et les coiffures de la Dauphine mais présente également une nouvelle coiffure créée par Mademoiselle Bertin, le ques-à-co, composée de trois plumes à l'arrière de la tête, formant comme un point d'interrogation. Elle sera bientôt portée par toutes les dames de la cour, y compris par Madame du Barry. Bien que Léonard et Rose s'entendent , il ne peut s'empêcher de ressentir un peu de jalousie et crée bientôt à son tour une nouvelle coiffure qu'il nomme le « pouf », porté pour la première fois en par la duchesse de Chartres, avant d'être adopté par Marie-Antoinette, ce qui en lance la modeBashor 2013, pp. 63–69..

Fort de ce succès, Léonard fonde une école de coiffure, baptisée lAcadémie de coiffeurBashor 2013, p. 49., située rue de la Chaussée-d'Antin. Il fait venir à lui ses frères Pierre et Jean-François pour s'associer à eux. Jean-François et leur cousin Villanou entrent dans la maison de la Reine comme coiffeurs, tandis que Pierre travaille pour la sœur du roi, Madame Élisabeth. Profitant de la réputation de leur frère aîné, Pierre et Jean-François se font également appeler , ce qui compliquera ultérieurement la tâche des historiensBashor 2013, p. 49; voir aussi Vuaflart 1916, pp. 306–308.

Au début des années 1780, Larseneur, le coiffeur officiel de Marie-Antoinette, prend sa retraite et la reine fait appel à Léonard pour le remplacer. Elle sait qu'il est excentrique, orgueilleux, narcissique, capricieux, mais elle lui accorde tout de même sa confiance en raison de son talent et de sa créativité inédite. Ses idées extravagantes savent séduire la reine, dont il fait sa muse. Ses séduisent toute la cour. Véritables échafaudages de gaze posés sur la tête des dames, ils servent de support à d'excentriques créations représentant des jardins fleuris, les signes du zodiaque, des panières de fruits. Il invente la perruque , par allusion au combat du 17 juin 1778 consacrant la première victoire d'un navire français sur la marine britannique au large de Brest. Marie-Antoinette se fait réaliser à cette occasion une perruque surmontée d'un navire, et toute la cour suit.

Ces coiffures dépassent un mètre de hauteur et atteignent un poids de cinq kilogrammes. Selon les volumes et artifices employés, une perruque peut coûter pièce (soit ) pour les plus belles, et la reine et les dames fortunées de la cour en changent quasiment tous les jours.

En 1787, Léonard-Alexis est à la tête d'une fortune qui le met à l'abri du besoin pour le reste de sa vie. N'ayant plus besoin de travailler, il reste néanmoins le Coiffeur de la Reine mais n'intervient plus que pour des occasions spéciales, telles que les bals et les galas. C'est son jeune frère Jean-François qui coiffe la reine au quotidien et qui prend la direction de lAcadémie de coiffureBashor 2013, p. 112..

Le Théâtre de Monsieur Marie-Antoinette est férue d'opéra, notamment italien. Elle soutient les efforts de Jacques de Vismes, directeur de l'Académie Royale de Musique, pour produire des opéras italiens entre et Di Profio 2003, pp. 22–28., mais également ceux de Mademoiselle Montansier, directrice du Théâtre de Versailles, pour faire venir en France la troupe italienne du King's Theatre de Londres, assurant le succès de la saison de l'opéra bouffe à la fin de l'été 1787Di Profio 2003, pp. 31–35; Lister 2009, p. 125..

Grâce aux encouragements de Marie-Antoinette, Léonard devient imprésario. Ne disposant pas de fonds suffisants, il prend Mademoiselle Montansier comme associée. Elle apporte la somme de au capital. Sous l'ancien régime, la charge de protecteur du théâtre est traditionnellement dévolue au plus âgé des frères du roi, que l'on appelle « Monsieur ». Or le comte de Provence à qui revient cette charge n'est pas particulièrement intéressé par le théâtre ou l'opéra et ne finance aucune œuvre en ce sens. Il accepte cependant que l'on utilise son nom pour nommer le nouveau Théâtre de Monsieur.

Léonard et Mademoiselle Montansier sont rapidement en désaccord et se fâchent. Ambitieux, Léonard souhaite présenter quatre genres : l'opéra français, l’opéra italien, le théâtre français et du vaudeville. Mademoiselle Montansier veut, quant à elle, se concentrer sur l'opéra italien et créer une formation d'élite de chanteurs italiens. Elle accepte de se retirer contre le remboursement des investies et le versement à vie d'une rente annuelle de . Léonard se retourne vers le violoniste italien Giovanni Viotti, également au service de Marie-Antoinette. Viotti avance des fonds, mais ne dispose pas de la somme complète. Léonard et Viotti finissent par convaincre Mademoiselle Montansier d'accepter et la rente. Elle ouvre plus tard son propre théâtre (le Théâtre du Palais-Royal) afin de concurrencer le Théâtre de MonsieurPéricaud 1909, pp. 8–9; Bashor 2013, pp. 115–116; Lister 2009, pp. 125–127..

Le , Léonard se voit attribuer le privilège exclusif d'exploiter le théâtre pour une durée de 30 ansLister 2009, p. 126. Di Profio 2003, p. 43, calls it a brevet.. Le , une société d'investissement est créée, avec un directoire composé de notaires et d'avocatsLister 2009, p. 126. Di Profio 2003, p. 43, notes: "Ce document, malheureusement en très mauvais état, est conservé en F-Pan [French National Archives, Paris], fonds du Minutier central : ET/CXVI/570.". Le Théâtre de Monsieur ouvre le et attire un public nombreux. Il devient le premier théâtre français produisant des opéras italiens toute l'année. En dépit des succès d'audience, les dépenses dépassent régulièrement les recettes et les difficultés financières s'accumulent. L'entreprise prendra fin avec les événements liés à la Révolution françaiseLister 2009, pp. 126, 130, 154–156; Bashor 2013, pp. 116–121..

La Révolution française Au cours des journées révolutionnaires d'octobre 1789, Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants s'installèrent dans le palais des Tuileries le après avoir été ramenés du château de Versailles par les émeutiers. Se sentant prisonnière, la reine va organiser la fuite de Varennes. Elle convoque son coiffeur Léonard (alias Jean-François Autier) dans ses appartements et, grâce à la confiance qu'elle lui témoigne, le charge d'un précieux message à transmettre au duc de Choiseul. Jean-François s'acquitte loyalement de cette mission. Le message indique que Jean-François doit obéir au duc comme à la reine dans l'organisation de la fuite de la famille royale. Le duc montre au coiffeur le cabriolet qui attend dans la cour et lui dit : « on part ».

Après l'échec de la fuite et l'arrestation de la famille royale, Jean-François se réfugie à l'étranger où il est rejoint par Léonard-Alexis. Au bout de trois mois, Léonard-Alexis rentre à Paris. Avec l'avènement de la Terreur, toute personne associée par le passé à la reine se voit menacée et Léonard-Alexis doit à nouveau quitter la France, probablement à la fin de l'année 1792, pour gagner la Russie. Jean-François, entretemps rentré en France, est arrêté en raison de sa participation à la fuite à Varennes et guillotiné le . Léonard-Alexis ne regagne la France qu'en 1814, au début de la RestaurationTackett 2003, pp. 59, 68, 71, 264; Vuaflart 1916, pp. 305–307; lettre de Léonard Autié à Louis XVIII (3 décembre 1817), reproduite en 1909, pp. 201–205.. Il meurt six ans plus tard à Paris, en 1820Bashor 2013, p. X..

Situation familiale