L'histoire du mouvement socialiste aux États-Unis commence avec celle des communautés utopiques au début du : tentatives d'établir des phalanstères fouriéristes, communauté oweniste de New Harmony. En 1877, des syndicalistes fondent le Socialist Labor Party (Parti socialiste du travail) tandis que le Socialist Party of America (parti socialiste américain) est créé en 1901. À la même époque, différents groupes anarchistes se constituent à travers le pays. Les premières organisations syndicales américaines sont traversées par ces différents courants socialistes.

Le Parti socialiste américain (Socialist Pary of America) s'oppose à la Première Guerre mondiale et subit une première vague de répression (restée dans l'historiographie sous le nom de First Red Scare). En 1919, le parti connaît une scission qui donne naissance au Parti communiste américain (Communist Party USA). Dans les années 1920, le mouvement socialiste est en déclin, mais gagne en importance dans les années 1930 autour des luttes syndicales et antiracistes ; le Parti communiste américain se scinde au milieu des années 1930 avec l'apparition d'une mouvance trotskyste opposée au stalinisme.

Dans les années 1950, le mouvement socialiste américain subit de plein fouet la répression du maccarthysme. Les luttes d'émancipation des années 1960 font émerger un discours plus radical ainsi qu'un mouvement de réforme sociale de la société américaine. Michael Harrington et d'autres socialistes participent à l'administration Kennedy et aux projets de Guerre contre la pauvreté (War on poverty) et de Grande société (Great society) de l'administration Johnson. Le mouvement socialiste est alors une composante importante du mouvement de lutte pour les droits civiques

Durant tout le , le mouvement socialiste américain a été composé de différentes tendances, souvent en désaccord entre elles, les socialistes utopiques, les sociaux-démocrates, les socialistes démocrates, les communistes, les trotskystes et les anarchistes.

Comparé aux différentes gauches européennes, le mouvement socialiste est resté numériquement faible aux États-Unis. De cela, il a parfois été conclu abusivement qu'il était ou avait été inexistant. En 1920, le candidat du parti socialiste Eugen V. Debs avait réuni près d'un million de voix autour de sa candidature présidentielle. En , un sondage Gallup a révélé que 47 % des personnes interrogées seraient prêtes à voter pour un président socialiste, alors que 50 % s'y refuseraient.

Socialisme utopique américain et communautés utopiques vignette|300x300px|New Harmony, selon la vision d'Owen Le Socialisme utopique a été le premier mouvement socialiste aux États-Unis. Les utopistes ont tenté de créer des micro-sociétés pour vivre en conformité avec leurs aspirations et donner envie à d'autres de suivre leur exemple. Les modèles théoriques de ces utopies socialistes trouvent leur origine en Europe pour la plupart. Les États-Unis hébergeront plusieurs tentatives de réalisation concrète, dont Brook Farm, New Harmony, les Shakers, les colonies Amana, la communauté Oneida, les Icarians, la commune Bishop Hill, et Bethel.

En 1825, une communauté se forme à New Harmony (Indiana) autour de Robert Owen, un riche industriel gallois acquis aux idées socialistes. Dès 1829, le groupe se scinde à la suite de dissensions idéologiques.

En 1841, des transcendantalistes créent la communauté Brook Farm, inspirés par le phalanstère de Charles Fourier. Nathaniel Hawthorne et Ralph Waldo Emerson participent à ce projet. La communauté peine à subvenir à ses besoins matériels. Tout espoir de solvabilité du projet disparaît à la suite de l'incendie du phalanstère alors en construction. La communauté se dissout définitivement en 1847.

gauche|vignette|200x200px|Le Phalanx (Monmouth County)

Les fourrieristes tentèrent également de concrétiser leur utopie à Monmouth County où une communauté exista de 1844 à 1856. Là aussi, un incendie. Cette fois des moulins et de plusieurs ateliers - mit fin à l'expérience.

Dans les années 1840, le socialiste français Étienne Cabet conduit des groupes d'émigrants au Texas et en Illinois afin de fonder des communautés (les Icariens). Son projet est de remplacer la production capitaliste par des ouvriers regroupés en coopératives de production. Cette perspective trouve un écho favorable, notamment auprès des artisans anglais concurrencés par la production industrielle. Cependant, son travail a été affaiblie par ses nombreuses querelles avec ses propres partisansC. Johnson, Utopian Communism in France: Cabot and the Icarians (1974).

En 1888, Edward Bellamy publie Looking Backward, une utopie qui décrit une société socialiste en l'an 2000 aux États-Unis. Ce livre se vend à des millions d'exemplaires et est un des best-sellers au dix-neuvième siècle. Des "clubs Bellamy" voient le jour et c'est une source d'inspiration majeure pour le syndicalisme américain.

Josiah Warren et l'anarchisme individualiste Josiah Warren est largement considéré comme le premier anarchiste, américainPalmer, Brian (2010-12-29) What do anarchists want from us?, Slate.com et son hebdomadaire de quatre pages, édité au cours de 1833, The Peaceful Revolutionist (Le Paisible Révolutionnaire), a été le premier périodique anarchiste publiéWilliam Bailie, Josiah Warren: The First American Anarchist — A Sociological Study, Boston: Small, Maynard & Co., 1906, p. 20.. Warren, un disciple de Robert Owen, a rejoint sa communauté utopique à New Harmony (Indiana).

C'est à Josiah Warren que l'on doit l'expression : Donne un coût à la limite du prix (Cost the limit of price) qui synthétise la théorie de la valeur produire par le travail humain : le prix à payer pour une marchandise ne se réfère pas un coût libellé en monnaie mais se réfère au temps de travail nécessaire à produire cette marchandise. En 1827, Warren mit sa conception du travail en pratique à travers le Cincinatti Time Store, une sorte de bourse d'échange où les travailleurs pouvaient acheter des marchandises par des certificats correspondant à des promesses de travail futur pour une durée équivalente à celle nécessaire pour les produire. Après 3 ans, Warren mit fin à ce projet afin de créer des colonies utopistes mutualistes (dont Utopia et Modern Times). Selon Warren, le livre de Stephen Pearl Andrews La Science de la société (Science of Society) expose particulièrement bien ses propres théories. Selon l'historienne de l'anarchisme Eunice Minette Schuster, le courant anarchiste proudhonien est présent aux États-Unis dès 1848 mais n'a pas conscience de son affinité avec l'anarchisme individualiste de Josiah Warren et Stephen Pearl Andrews.

Début du socialisme aux États-Unis. gauche|vignette|278x278px|Daniel De Leon, figure de proue du Parti ouvrier socialiste d'Amérique Après 1848, un certain nombre de marxistes allemands émigrent aux États-Unis. Parmi eux l'Allemand Joseph Weydemeyer, qui se réfugia aux États-Unis en 1851 et fonda le premier journal marxiste Die Revolution (qui fit faillite après seulement deux exemplaires). En 1852, Weydemeyer créa le parti Proletarierbund (ligue prolétarienne), la première organisation marxiste sur sol américain, qui peina à recruter des membres parmi les anglophones. En 1866. Wiiliam H. Sylvis forma le syndicat National Labor Union (NLU). En 1872, ce syndicat comptait 22 sections. En 1876, il fut cependant dissous à la suite de conflits internes.

Dans les années 1870-1880, de nombreux socialistes allemands immigrèrent aux États-Unis, dont des partisans sociaux-démocrates de Ferdinand Lasalle. Lasalle considérait que la situation des ouvriers ne s'améliorerait pas par le syndicalisme mais par l'avènement du suffrage universel et l'imposition par l'État de lois, notamment de protection sociale. Pour lui, les luttes syndicales étaient vaines en raison de la Loi d'airain des salaires, selon laquelle les employeurs ne consentiraient jamais à payer les ouvriers au-dessus du strict minimum vital. Ses partisans ainsi que des marxistes fondèrent le parti Workingmen's Party of the United States (Parti des travailleurs des États-Unis) en 1876. Lorsque les lasalliens prirent l'ascendant dans le parti en 1877, le parti fut renommé Socialist Labor Party of North American (SLP), en français Parti socialiste du travail travailliste d'Amérique du Nord, souvent nommé Parti ouvrier socialiste d'Amérique dans la littérature francophone. Le parti socialiste travailliste (SLP) a été officiellement fondé en 1876, lors d'un congrès à Newark, dans le New Jersey. Le parti était majoritairement composé d'immigrants allemands marxistes. À tel point que c'est l'allemand et non l'anglais qui en était la langue officielle pendant ses trois premières années d'existence.

Les liens avec le monde du travail Le Parti Socialiste a formé des alliances solides avec un certain nombre d'organisations du travail, en raison de la similarité de leurs objectifs.

Au , le syndicalisme américain est dominé par deux organisations concurrentes : les Chevaliers du travail (KOL) et la Fédération américaine du travail (AFL).

Les Chevaliers du travail (KOL)

Le Noble and Holy Order of the Knights of Labor (Noble et saint ordre des chevaliers du travail) est une organisation de défense ouvrière pré-syndicale qui est créée en 1869 par Uriah S. Stephens. Cette organisation s'inspire du modèle maçonnique et des compagnonnages. Elle opéra de manière secrète jusqu'en 1878, puis connut un développement important jusqu'en 1886. Elle déclina les années suivantes victime de la concurrence de l'AFL et de la répression patronale.

Les Chevaliers du travail revendiquaient la journée de huit heures, l'interdiction du travail des enfants et un impôt graduel sur le revenu. Ils étaient des fervents partisans des coopératives de production. Ses membres provenaient d'horizon divers, l'organisation regroupait des travailleurs qualifiés et des travailleurs non qualifiés, des artisans et des ouvriers, des hommes et des femmes, des blancs et des noirs (à partir de 1878). Au départ, les Chevaliers du travail refusaient la grève comme moyen d'action, mais leur position évolua sur le sujet et ils participèrent de fait à des grèves et des mouvements de boycott. Au début des années 1880, une large part des chevaliers se retrouvait dans les idées du réformateur Henry George.

gauche|vignette|Evénements de Haymarket Square à Chicago.

En 1882, les chevaliers renoncent à leurs rites d'adhésion secrets mais continuent à cultiver la discrétion, pour éviter que les syndiqués ne soient licenciés par leurs patrons. En 1885, ils participent à la grève de chemin de fer Wabash LIne. L'issue positive de cette grève voit leur nombre de partisans atteindre 700 000 membres en 1886. Le , les chevaliers du travail manifestent au côté des anarchistes à Chicago à Haymarket Square, exigeant une journée de huit heures pour tous les travailleurs. Lorsque la police arrive, un inconnu jette une bombe dans la foule, tuant une personne et en blessant plusieurs autres. Le tribunal condamne à mort six anarchistes - malgré l'absence de preuve les liant à la bombeTindall and Shi, 1984, .. Les Chevaliers du travail ne se remettront jamais vraiment de leur association avec la manifestation de Haymarket Square et leur nombre décline très fortement après cela.

la Fédération américaine du travail (AFL)

1886, une convention de délégués de vingt-deux syndicats distincts, forment la Fédération Américaine du Travail, avec Samuel Gompers à sa tête. Contrairement aux chevaliers du travail, l'AFL défend un syndicalisme de métiers et ne cherche pas à défendre les intérêts des ouvriers de l'industrie. L'AFL refuse également toute immiscions de l’État dans les affaires des entreprises et les conflits de travail. Adepte du capitalisme, l'AFL cherchera à limiter au maximum l'émergence du mouvement socialiste aux États-Unis et au Canada.

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