Cet article présente les principaux modèles économiques utilisés pour permettre de financer la conception, le développement, la maintenance, le support et la diffusion de logiciels open source, ainsi que les enjeux liés à ces modèles économiques.alt=Logo de l’Open Source Initiative : un disque vert dont on a enlevé une part en bas et un petit disque au centre|vignette|Logo de l’Open Source Initiative, association défendant le potentiel économique du développement de logiciels open source. alt=Logo de l’April : « promouvoir et défendre le logiciel libre »|vignette|Logo de l’April, association française faisant la promotion des logiciels libres et de leurs modèles économiques. Les logiciels open source sont largement utilisés aussi bien comme des applications indépendantes que comme des composants d'applications non open source.
De nombreux fournisseurs de logiciels indépendants (Independent Software Vendors ou ISV), revendeurs à valeur ajoutée (Value-Added Resellers ou VAR), matériels et fournisseurs (OEM ou ODM) utilisent des infrastructures open source, des modules et des bibliothèques au sein de leurs produits propriétaires et commerciaux.
D'un point de vue client, la capacité à utiliser les technologies ouvertes à titre commercial est particulièrement importante. En couvrant éventuellement le risque juridique lié par exemple à l'indemnisation de droit d'auteur ou de violation de brevet, .
Financement Contrairement à beaucoup de composants soumis à des licences traditionnelles, les logiciels open source sont distribués librement, gratuitement, sur le web comme sur des supports physiques. Du fait que les développeurs de ces logiciels ne peuvent imposer à chaque utilisateur de payer des droits d'usage, un certain nombre de modèles alternatifs de développement et de financement de projet ont émergé.
Un exemple de ces modèles de financement est celui d'un logiciel développé dans le cadre d'un projet d'assistance technique ou de conseil pour un ou plusieurs clients qui le réclament. Ces clients paient des développeurs afin que ceux-ci développent le logiciel en question de manière conforme à leurs besoins et peuvent également guider étroitement les travaux de ces programmeurs.
Si les deux parties en conviennent, les logiciels en résultant peuvent alors être publiés sous une licence libre ou open source afin de favoriser une adoption subséquente par des tiers.
Cet accord peut réduire les coûts de financement supportés par les clients. En outre, les développeurs originels (ou des consultants indépendants) peuvent facturer des prestations telles que la formation, l'intégration, le support technique, ou d'autres développements spécifiques dans le cas où d'autres clients intéressés viendraient à utiliser le logiciel après sa publication originelle.
Il existe également des systèmes de récompenses pour soutenir le développement de logiciels open source : c’est le mécénat en logiciel libre.
Une autre approche de financement consiste à fournir le logiciel gratuitement, mais de vendre des licences d'usage restrictives pour des extensions propriétaires telles que des bibliothèques de données. Par exemple, un programme open source de CAO pourrait requérir des parties de bibliothèques qui sont vendues par souscription ou sur la base d'un paiement forfaitaire. Les logiciels open source peuvent aussi avoir pour objet la promotion commerciale des matériels spécifiques avec lesquels ceux-ci interopèrent, par exemple le logiciel de téléphonie Asterisk développé par le fabricant de matériels de téléphonie pour PC Digium, ou encore la plate-forme de robotique Robot Operating System (ROS) de Willow Garage et les laboratoires d'intelligence artificielle de Stanford. alt=Logo du système d’exploitation BSD : les trois lettres B, S et D en rouge|gauche|vignette|Logo du système d’exploitation BSD. alt=Logo d’Apache HTTP Server : une plume couchée|gauche|vignette|Logo d’Apache HTTP Server. De nombreux projets open source ont débuté comme des projets de recherche au sein d'universités, comme projets personnels d'étudiants ou de professeurs, ou comme des outils pour aider la recherche scientifique. L'influence des universités et des instituts de recherche sur l'open source est manifeste au vu du nombre de projets nommés d'après les institutions qui les hébergent, ainsi par exemple BSD Unix, CMU Common Lisp, ou HTTPd du NCSA qui a évolué pour devenir Apache.
Des entreprises peuvent employer des développeurs pour travailler sur des projets open source utiles à leur infrastructure : dans ce cas, le projet n'est pas développé comme produit destiné à la vente mais comme une sorte de commodité partagée. Un correctif de bug ou une solution à une difficulté logicielle, écrits par un développeur à l'instigation de son employeur ou bien spontanément pour simplifier son travail, peut être publié comme une contribution open source sans que cela entraîne un coût pour l'entreprise. Un projet plus important, comme le noyau Linux, peut potentiellement avoir des contributeurs développeurs de nombreuses entreprises qui l'utilisent et en dépendent, tout comme des contributeurs amateurs passionnés ou chercheurs.
Une nouvelle approche de financement pour les projets open source est le financement participatif, organisé via des plates-formes web telles que Kickstarter, Indiegogo, Bountysource ou encore Ulule en France.
Par ailleurs, compte tenu de l'intérêt stratégique que peuvent revêtir les logiciels open source, des organisations comme l'Union européenneNGI Search : la Commission européenne finance dix logiciels open source de recherche, ZDNET France, 27 juin 2023., le Sovereign Tech Fund ou la fondation NLnet sont amenées à octroyer des financements à des projets ciblés.
Enjeux Les logiciels open source peuvent être vendus et utilisés à des fins commerciales en général. Les applications open source ont également fait partie de l'industrie du logiciel depuis . Bien que la commercialisation ou le financement de projets logiciels open source soit possible, ceux-ci sont considérés comme difficiles.
Comme plusieurs licences libres stipulent que les auteurs d'œuvres dérivées doivent les distribuer sous une licence open source copyleft, les ISV et VAR ont dû développer de nouveaux mécanismes légaux et techniques afin d'accomplir leurs objectifs commerciaux dans la mesure où nombre de mécanismes traditionnels ne sont plus directement applicables.
Le bon sens traditionnel en affaires suggère que les méthodes, patrimoine, et propriété intellectuelle d'une entreprise devraient demeurer inconnus des concurrents sur le marché (secret des affaires) afin de maximiser le temps pendant lequel un nouveau produit est commercialisé de manière à en tirer un bénéfice. Le développement de logiciels open source minimise l'efficacité de cette tactique : le développement du produit est habituellement réalisé publiquement, permettant à des projets concurrents ou à des clones d'incorporer de nouvelles fonctionnalités ou des améliorations dès que le dépôt public des sources est mis à jour, ainsi que l'autorisent la plupart des licences open source. Également dans le domaine des matériels informatiques, un fabricant de matériel qui fournit des pilotes gratuits et open source révèle nécessairement ses connaissances sur les détails d'implémentation à ses concurrents, qui pourraient exploiter ces savoirs afin de rattraper leur retard technique.
Approches Il y a plusieurs types de modèles d'affaires destinés à rendre profitable l'usage de logiciels libres ou pour en financer le développement. Figurant ci-après sont présentées des approches commerciales licites dans le contexte du logiciel libre et des licences libres. L'acceptabilité de ces approches dans l'écosystème des logiciels libres peut varier. Certaines approches sont recommandées (comme la fourniture de services payants), d'autres sont acceptées, d'autres encore sont controversées voire considérées comme contraires à l'éthique par les communautés des logiciels libres.
Double licence
Le mécanisme de la double licence consiste à proposer le logiciel à la fois sous une licence libre et à des conditions propriétaires distinctes. La version propriétaire peut ainsi être vendue pour financer le développement continu de la version libre gratuite. Les clients peuvent ainsi être attirés par la version libre et gratuite du logiciel, et ensuite se voir proposer une montée de gamme vers une version « entreprise » payante. De surcroît, les clients seront ainsi informés des logiciels et offres open source dans le portefeuille de l'entreprise, mais vont générer des revenus via les autres produits et solutions propriétaires, y compris via les services et contrats de support technique payants. Un exemple populaire est la base de données MySQL d'Oracle, qui est publiée à la fois sous une licence propriétaire payante et sous la licence GNU GPL v2. Un autre exemple est la licence . Armin Ronarcher, développeur de Flask, a déclaré que la licence GNU Affero GPL v3 était un « succès terrible » comme « vecteur de double licence payante », et a noté que MongoDB, RethinkDB, OpenERP, SugarCRM et WURFL utilisent cette licence précisément dans cet objectif.
Vente de services professionnels Le retour sur capitaux des coûts investis dans les logiciels open source peuvent également provenir de la vente de services, tels que la fourniture de formations, de support technique ou de prestations conseil, plutôt que de la vente du logiciel lui-même.
Une autre possibilité est d'offrir un logiciel open source seulement sous sa forme de code source, tout en ne fournissant des exécutables binaires que pour les clients payant, et en proposant un service commercial de compilation et d'empaquetage du logiciel. Aussi, la fourniture de biens physiques tels que des supports d'installation (par exemple, DVD) peut constituer un tel service commercial.
Les entreprises open source qui exploitent ce modèle économique avec succès sont, par exemple, Red Hat et IBM. Un exemple plus spécifique est celui de la société .
Vente de marchandise estampillée par une marque alt=Mug « WikiConvention francophone 2016 Paris »|vignette|200x200px|Mug « WikiConvention francophone 2016 » vendu en boutique. Des organisations open source telles que la fondation Mozilla et la Fondation Wikimédia vendent des marchandises marquées de logotypes telles que des t-shirts et des mugs.
Vente de certificats et d'usage de marque
alt=Logo du logiciel Moodle.|vignette|Logo du logiciel Moodle. Une autre approche de financement a été initiée par Moodle, un système de gestion de l'apprentissage et plate-forme communautaire. Son modèle d'affaires est basé autour d'un réseau de partenaires commerciaux qui sont certifiés et dès lors autorisés à utiliser le nom et le logo Moodle, et en échange reversent une part de leurs revenus à la fiducie Moodle, qui finance le développement du cœur du logiciel.
Vente de logiciel comme service (Software as a Service) La vente de souscriptions à des clients pour des comptes en ligne et des accès distants à des serveurs est une manière de réaliser un profit basé sur le logiciel open source. On trouve également la combinaison de logiciels clients avec un service, appelé « logiciel plus service ». Fournir des services d'informatique infonuagique (cloud computing) ou software as a service (SaaS) sans publier le logiciel open source lui-même, ni sous forme exécutable ni sous forme de source, est conforme à la plupart des licences open source (sauf la licence Affero GPL).