La Terroriste (titre original en anglais : ) est un roman de politique-fiction publié en , écrit par la romancière britannique Doris Lessing. La protagoniste du livre, Alice, est une jeune femme naïve. Elle squatte avec un groupe de radicaux d'extrême gauche quelque part à Londres et par la suite, est entraînée dans leurs activités terroristes.

Lessing envisage l'écriture du roman après l'attaque à la bombe du magasin Harrods perpétrée par l'armée républicaine irlandaise provisoire en 1983. Auparavant membre du parti communiste de Grande-Bretagne, elle quitte le parti après l'insurrection de Budapest de 1956. Certains critiques qualifient le roman de satire, tandis que Lessing le qualifie d'humoristique. Le titre est un oxymore qui se rapporte à la nature ambivalente d'Alice.

Les avis des critiques littéraires sont mitigés sur le roman. Certains ont salué sa perspicacité et sa caractérisation, tandis que d'autres critiquent son style et le manque de profondeur de ses personnages. Un critique complimente l' de Lessing, saluant notamment son , d'autres qualifient le roman d', et les personnages de . La Terroriste est présélectionné pour le prix Booker et remporte à la fois le prix Mondello et le prix WH Smith.

Résumé vignette|Les d'Alice tentent un attentat à la bombe dans le quartier de Knightsbridge. La Terroriste est écrit du point de vue d'Alice Mellings, une trentenaire sans emploi diplômée en science politique et en économie, et qui erre de communauté en communauté. Jasper se rapproche d'elle, un diplômé qui vivait avec elle dans une communauté étudiante une quinzaine d'années auparavant. Alice tombe amoureuse de lui, mais se sent frustrée par sa réserve et son homosexualité naissante. Elle se considère comme une révolutionnaire, luttant contre l', mais reste néanmoins dépendante de ses parents, qu'elle considère avec dédain. Au début des années 1980, Alice rejoint un groupe de ayant la même dans une maison abandonnée à Londres. Parmi les autres membres du petit groupe figurent Bert, le chef incompétent, et un couple de lesbiennes : Roberta et sa partenaire instable Faye.

La maison abandonnée où se réfugie la bande est dans un état de ruine, et le Conseil du Grand Londres la destine à la démolition. Face à l'indifférence de ses camarades sur cette perspective, Alice entreprend le nettoyage et la rénovation de la maison. Elle persuade également les autorités de rétablir l'approvisionnement en électricité et en eau. Elle devient alors la de la maison, cuisinant pour tout le monde et négociant avec la police locale afin d'empêcher l'expulsion. Les membres du squat appartiennent à l'Union du Centre communiste (CCU) et assistent aux manifestations et grèves de l'organisation. Alice s'implique dans quelques-unes de ces activités, mais elle consacre la majeure partie de son temps à l'entretien de la maison.

Afin d'être plus efficaces dans leur lutte, Jasper et Bert se rendent en Irlande et en Union soviétique pour proposer leurs services à l'Armée républicaine irlandaise provisoire (IRA) ainsi qu'au KGB, mais leur aide est refusé et ils retournent à Londres. Un groupe plus organisé de révolutionnaires s'installe à côté et commence à utiliser la maison d'Alice comme un relai pour faire transiter des armes, ce à quoi elle s'oppose. D'énigmatiques inconnus visitent alors la maison et remettent en question leurs décisions.. vignette|gauche|alt=Photo en vue paysage de la ville de Londres.|Le roman se déroule dans la ville de Londres.

Les amis d'Alice décident finalement d'agir de leur propre chef, se nommant eux-mêmes . Ils font des expériences avec des explosifs puis ils piègent une voiture. Alice ne soutient pas pleinement cette action, mais accepte néanmoins la décision de la majorité. Ils décident de s'attaquer à un hôtel haut de gamme à Knightsbridge, mais leur inexpérience se solde par l'explosion prématurée de la bombe, qui tue Faye et plusieurs passants. Le reste des , bouleversés par ce qu'ils ont fait, décident de quitter le squat et de se séparer. Alice, déçue par Jasper, décide de ne pas le suivre et reste en retrait parce qu'elle ne supporte pas d'abandonner la maison dans laquelle elle a fait tant d'efforts. Malgré ses réticences sur le recours à l'attentat à la bombe, elle ressent le besoin de justifier ses actions auprès des autres, mais se rend compte que ce serait vain car . Elle reconnaît désormais qu'elle est une terroriste, mais elle ne se souvient pas du moment où le basculement s'est produit.

Contexte de rédaction

L'intérêt de Doris Lessing pour la politique commence dans les années 1940 alors qu'elle vivait en Rhodésie du Sud (aujourd'hui le Zimbabwe). Elle est attirée par un groupe d' et rejoint la section locale du à Salisbury (aujourd'hui Harare). Plus tard, après les conflits résultant de la ségrégation raciale qui sévit en Rhodésie, elle rejoint le Parti travailliste de Rhodésie du Sud. Lessing s'installe alors à Londres en 1949 et commence sa carrière d'écrivain. Elle devient membre du Parti communiste de Grande-Bretagne au début des années 1950 et milite activement contre l'utilisation des armes nucléaires.

En 1964, elle avait publié six romans, mais avait été déçue par le communisme après l'insurrection de Budapest de 1956 et, après avoir lu Les Soufis d'Idries Shah, commence une approche vers le soufisme, une croyance tirant ses bases de l'islam... C'est ce qui l'amène plus tard à écrire une série de cinq volumes intitulée , qui s'inspire des bases fondamentales du soufisme. La série n'est pas bien accueillie par certains de ses lecteurs, qui ont le sentiment que Lessing a abandonné sa .

vignette|redresse|alt=Image montrant un grand magasin à Londres.|L'attentat à la bombe perpétré en 1983 par l'IRA contre le grand magasin Harrods incite Lessing à écrire ce roman.

La Terroriste est le premier livre de Lessing à être publié après la série , suscitant d'emblée beaucoup de réactions de la part des critiques, comme : , ou . Plusieurs commentateurs qualifient le roman de satire., tandis que Lessing le qualifie d'humoristique : . Lessing affirme que l'idée d'écrire le roman lui est venue après l'attentat à la bombe perpétré par l'IRA contre un grand magasin Harrods de Londres en 1983. Elle se souvient encore : . Lessing avait déjà Alice en tête comme personnage central : Elle décrit Alice comme à cause de ses perpétuelles contradictions envers elle-même. Elle s'étonne cependant du développement de certains personnages (en dehors de Jasper, l'intérêt amoureux d'Alice) comme Faye, une toxicomane qui s'avère être une .

Genre littéraire

Le roman est qualifié de par les éditeurs et certaines critiques., à l'instar d'Alison Lurie dans .. Elle déclare qu'en tant que fiction politique, c'est l'un des meilleurs romans sur la depuis L'Agent secret de Joseph Conrad, alors que la question est abordée par William H. Pritchard dans The Hudson Review, qui écrit que comparé au roman de Conrad, La Terroriste est . Plusieurs commentateurs qualifient cependant l'œuvre de roman sur la politique plutôt que de fiction politique.. Dans , Louise Yelin qualifie également l'œuvre de roman sur la politique plutôt que de roman politique en soi.

La Terroriste est également qualifié de satire. Dans son livre , Gayle Greene considère le livre de , alors que Susan Watkins le décrit comme un dans son livre . Une biographie de Lessing pour l'Académie suédoise à l'occasion de la remise du prix Nobel de littérature 2007 considère le livre d'. Yelin affirme en outre que le roman . L'universitaire Robert E. Kuehn estime que ce n'est pas du tout de la satire, ou alors que le livre est une . Selon lui, Lessing .

alt=Vieille illustration d'Alice au pays des merveilles.|vignette|Le personnage d'Alice Mellings est comparé par Virginia Scott à l'Alice de Lewis Carroll.

Virginia Scott qualifie quant à elle le roman de fantasme. En faisant référence aux aventures d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll., elle écrit dans : . Scott fait par ailleurs remarquer qu'à un moment donné dans La Terroriste, Faye qualifie Alice d', faisant sans doute allusion à l'Alice de Carroll.

Thèmes abordés La romancière Judith Freeman écrit que l'un des thèmes récurrents présents dans le roman est le fait de conserver son identité dans un collectif, de préserver sa . Ce thème suggère que des problèmes peuvent surgir lorsque nous sommes contraints de nous conformer aux autres. Freeman affirme alors qu'Alice est une , qui suit un mauvais chemin sous la pression de ses camarades.

alt=Photo d'une femme âgée de race blanche.|vignette|gauche|redresse|Lessing lors d'un festival littéraire à Cologne en 2009. L'autre thème présent est le caractère symbolique de la maison. Margaret Scanlan déclare que, à l'instar des livres comme Mansfield Park ou Jane Eyre, La Terroriste décrit une femme . Dans le journal , Katherine Fishburn écrit que Lessing utilise souvent une maison pour symboliser un certain , et qu'ici, . Yelin décrit le roman comme une Dans , Lalbakhsh et Yahya suggèrent que la maison, ainsi que les qu'elle abrite., reflètent une similarité avec la société de nos jours.

Plusieurs critiques se sont concentrées sur le thème de l'instinct maternel d'Alice. Dans , Claire Sprague écrit que Lessing met souvent l'accent sur le fait que les mères ont tendance à transmettre leurs comportements à leurs filles, et que le cycle des filles en conflit contre leur mère imprègne chaque génération. La romancière britannique Jane Rogers souligne que le récit est , et que cet instinct est présenté ici de manière : la mère d'Alice est réduite au désespoir et ne cesse de céder aux exigences de sa fille égoïste, qui quant à elle devient une sorte de mère adoptive pour Jasper et entretient avec lui une relation désespérée. Rogers ajoute que l'instinct maternel est présenté ici comme une contrainte à protéger les faibles, malgré leur propension à vous faire des représailles et à vous blesser.

Les thèmes du féminisme et du subjugation des femmes sont également traités dans ce roman. Scanlan indique que, bien que les proches de l'héroïne du livre soient des femmes, leurs activités politiques ne rehausse pas pour autant leur position vis-à-vis des hommes, et elles sont alors . Yelin laisse quant à elle entendre que, bien que Lessing ridiculise les membres masculins du CCU et leur rôle, elle critique aussi les membres féminins qui . À propos des allusions du livre concernant l'homosexualité de Jasper, Yelin ajoute que est atténuée par l'homophobie et la . Lalbakhsh et Yahya notent que Lessing dépeint Alice comme une qui s'occupe de sa famille, en l'occurrence le squat, mais qui est en même temps . Ils concluent que le sort d'Alice est scellé, car selon la féministe socialiste britannique Juliet Mitchell, les femmes sont , mais .

Analyses critiques Plusieurs critiques qualifient le titre du roman (littéralement ) d'oxymore. Robert Boschman suggère qu'il est révélateur de la d'Alice (elle rénove la maison du squat, tout en cherchant à détruire la société). Dans , George Kearns écrit que le titre . Le lecteur présume qu'Alice est la bonne terroriste, mais que, même si elle peut être en effet une bonne personne, elle est . Dans , Mona Knapp conclut que l'héroïne de Lessing, la , n'est ni une bonne personne, ni une révolutionnaire efficace.. Elle sait comment rénover des maisons et manipuler les gens à son avantage, mais elle est sans emploi et vole de l'argent à ses parents. Alors que les vrais révolutionnaires commencent à utiliser le squat pour transporter des armes, elle panique et, derrière le dos de ses camarades, appelle les autorités pour les avertir. Knapp qualifie Alice de . Fishburn laisse entendre que c'est Lessing elle-même qui est la bonne terroriste, symbolisée ici par Alice, mais que le sien est un , où elle déguise souvent ses idées en .