Anne Jean Marie René Savary, duc de Rovigo, né le à Marcq (Ardennes) et mort le à Paris, est un général français, particulièrement connu comme homme de confiance de Napoléon Bonaparte et comme ministre de la Police de 1810 à 1814.

Savary, entré jeune dans l'armée, combat durant les guerres de la Révolution française. Remarqué par le général Bonaparte, il devient son aide de camp, puis le Premier Consul lui confie plusieurs missions spéciales. En 1803 il dénoue le complot de Cadoudal avant de tenir le premier rôle dans l'exécution du duc d'Enghien en . Proche du Premier Consul et de sa famille, il épouse une parente de Joséphine de Beauharnais.

Général de division en 1805 il participe à la campagne de Prusse, puis est nommé ambassadeur auprès du tsar. Fait duc de Rovigo en 1808, il part pour l'Espagne, où il commande les forces françaises jusqu'à l'arrivée de Joseph Bonaparte.

En l'Empereur lui confie le Ministère de la Police en remplacement de Fouché ; l'épisode le plus connu de son mandat est la tentative de coup d'État du général Malet en . En , Savary quitte Paris avec l'impératrice, laissant Talleyrand offrir les clés de la capitale à l'ennemi.

Durant les Cent-Jours, il est chargé de la gendarmerie ; fait prisonnier par les Anglais après Waterloo, puis remis aux Autrichiens, il est condamné à mort par contumace par la justice de la Restauration en 1816 et s'exile dans l'Empire ottoman. Rejugé à sa demande en 1819, il est innocenté et rétabli dans ses titres, mais mis à la retraite.

La révolution de Juillet, en 1830, lui donne cependant une dernière occasion de servir : il participe comme commandant en chef à la conquête de l'Algérie de 1831 à 1833. Malade, il rentre à Paris où il meurt le .

Biographie Enfance et engagement dans l'armée thumb|Cour intérieure du château de Sedan, château qui domine la cité ardennaise. Né au château Dérué à Marcq, village de l'Argonne situé entre Vouziers et Varennes, Anne Jean Marie René Savary est le troisième fils de Ponce Savary, un officier roturier ayant réussi, grâce à ses états de service, à devenir chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis et nommé en fin de carrière major de la place de Sedan.. La famille est désormais installée dans le château-fort de cette ville.

Le général Louis Samuel Béchet, fils d'un drapier de Sedan, écrit dans ses Mémoires :

Le frère aîné d'Anne Jean Marie René, lui aussi prénommé Ponce, choisit la carrière militaire et l'arme de l'artillerie. Il est condisciple de Napoléon Bonaparte à l'école de Brienne, puis au régiment de La Fère.. Le frère cadet embrasse la carrière ecclésiastique.

Anne Jean Marie René est éduqué au collège Saint-Louis de Metz. Mais en 1790, à , il s'engage dans un régiment de cavalerie, le Royal-Normandie, dans lequel son père avait servi. La participation de ce régiment à la répression du soulèvement de la garnison de Nancy contre les officiers nobles en constitue son baptême du feu..

Les guerres de la Révolution thumb|left|Le général Desaix durant la campagne d'Égypte, peint par Andrea Appiani (1800). Savary sert comme aide de camp de Desaix jusqu'à sa mort à Marengo, en 1800.

Bénéficiant de l'émigration de nombre d'officiers, Savary est promu sous-lieutenant en . En 1792 il sert dans l'armée du général Custine qui affronte le duc de Brunswick. À la suite de cette campagne il devient capitaine ; il est nommé officier d'ordonnance du général Pichegru, puis du général Moreau au cours des campagnes du Rhin. En 1793, il assiste aux batailles de Berstheim et de Wissembourg ainsi qu'à la levée du siège de Landau..

Il sert comme aide de camp du général Férino dans l'armée du Rhin. À la tête d’un bataillon d’infanterie, il effectue le premier le passage du Rhin en 1796 et se fait de nouveau remarquer lors de la traversée de la Lech ainsi que durant la retraite de Bavière. Au nouveau franchissement du Rhin en 1797, Savary est encore chargé du premier débarquement des troupes. Il traverse le fleuve en plein jour, sous le feu du canon et de la mousqueterie, et se maintient sur la rive droite jusqu’à ce que le pont soit jeté. Il est fait chef d'escadron le .

Il est ensuite nommé aide de camp du général Desaix qu’il suit pendant cinq ans, d’abord à l’armée du Rhin, puis de 1798 à 1800 à l’armée d'Orient au cours de la campagne d'Égypte. Savary commande les troupes du débarquement de la division Desaix lors de la prise de Malte., puis d'Alexandrie, et participe à la bataille des Pyramides. Il sert encore sous les ordres de Desaix lors de la deuxième campagne d'Italie, jusqu'à la bataille de Marengo où le général trouve la mort.

Savary avait beaucoup d’affection pour Desaix et admirait son talent et son humanité.. C'est lui qui retrouve le corps de son supérieur, qu’il reconnaît à son abondante chevelure.. Il fait porter le corps jusqu'à la ville la plus proche pour qu'il soit inhumé et annonce la nouvelle à BonaparteSavary n'a pas apporté le cadavre de Desaix dans la tente de Bonaparte, comme le veut une image d’Épinal, pour reprendre une expression de Gérard Walter sur ce sujet dans ses annotations au Mémorial de Sainte-Hélène, éditions de la Pléiade.

Celui-ci, se fiant au jugement du général défunt et impressionné par l'indéfectible loyauté de Savary, comme par son énergie, fait alors de lui son aide de camp.

L'homme de confiance de Napoléon Premières opérations de police (1800-1803) Très vite, l'aide de camp du Premier Consul devient son homme de confiance. Savary, qui l'accompagne dans tous ses déplacements, se voit chargé de missions délicates.

En il reçoit l'ordre de diriger une enquête sur l'enlèvement du sénateur Clément de Ris, enlèvement en fait organisé par le ministre de la Police Joseph Fouché.Cet enlèvement a inspiré le roman de Balzac, Une ténébreuse affaire. La même année il part pour la Vendée débusquer les complices du chouan Cadoudal. En , avec le grade de colonel, il devient commandant de la gendarmerie d'élite attachée à la protection de Bonaparte. Avec le ministère de la Police de Fouché, la gendarmerie nationale de Moncey, et ce corps de gendarmerie d'élite, Bonaparte met en place différents organes de police se surveillant et s'entre-croisant.

vignette|redresse=0.6|Félicité de Faudoas Simultanément Savary devient un intime de la famille Bonaparte et est fréquemment invité aux fêtes au château de Malmaison. Il y rencontre Félicité de Faudoas, âgée de dix-sept ans, parente éloignée de Joséphine de Beauharnais, amie de classe de sa fille Hortense. Avec l'accord du Premier Consul, ils se marient le et, à la fin de l'année 1802, ont une fille, Joséphine-Hortense. Savary appuie la candidature à l'épiscopat de l'oncle de sa femme, Pierre-Paul de Faudoas, finalement nommé évêque de Meaux en 1805.

La même année 1802, son frère aîné, chef d'escadron dans un régiment d'artillerie, meurt au cours de l'expédition de Saint-Domingue.

Début il accompagne le Premier Consul et Joséphine dans un voyage en Belgique, dans les Ardennes et à Reims. À Sedan, le , Bonaparte découvre le château bien connu de Savary et les collections princières qui s'y trouvent. Il s'intéresse en particulier à une collection d'armures dont il ordonne le transfert à l’Hôtel des Invalides à Paris. Le lendemain, toujours accompagné de Savary qui lui présente toutes les familles , il visite les manufactures textiles. Dans les ateliers de Guillaume Ternaux, des ouvriers expriment leur mécontentement de la mécanisation. On entend quelques cris . Bonaparte les fait taire et argumente au milieu du personnel sur la nécessité de cette mécanisation pour se battre contre l'industrie textile anglaise. Guillaume Ternaux fera désormais marquer sur ses produits .

Le complot de Cadoudal (1803) Le , Savary est promu au grade de général de brigade. En son service révèle l'existence d'un projet d'enlèvement du Premier Consul, organisé par Cadoudal.. Savary s'introduit avec beaucoup d'habileté dans le lieu de réunion des comploteurs, Biville, en Normandie. Ses rapports permettent au gouvernement de prendre conscience de l'importance de cette conspiration. Le complot implique aussi le général Pichegru et le général Moreau. Pichegru est arrêté le et est retrouvé mort étranglé avec sa cravate le suivant dans sa cellule au Temple où il est emprisonné, tandis que Moreau est banni. Cadoudal, arrêté le , est condamné à mort et est guillotiné le , après avoir refusé de demander sa grâce. De l'enquête il ressort que les conspirateurs attendaient le retour d'un prince du sang royal en France pour mettre leur projet à exécution.

L’exécution du duc d'Enghien (1804) thumb|right|La Mort du duc d'Enghien, par Jean-Paul Laurens (1873). Savary y commande le peloton d'exécution.

Le Bonaparte décide de faire arrêter le duc d'Enghien, prince du sang de la Maison de Condé, alors émigré en Allemagne, suspecté d'avoir participé au complot de Cadoudal.

Les hypothèses divergent sur les motifs du Premier Consul : on ne sait pas avec certitude s'il s'agit de soupçons réels, frappe destinée à faire peur aux royalistes ou de la simple volonté de se redonner une filiation révolutionnaire, peu avant son propre couronnement impérial.

En tout cas, dans la nuit du , un détachement de dragons sous les ordres du général Ordener pénètre illégalement en territoire allemand et enlève le duc à Ettenheim pour le ramener à Strasbourg.

Le le duc est transféré à Vincennes et jugé le soir même, sans témoins, par une commission militaire présidée par le général Hulin, commandant des grenadiers de la garde consulaire. Savary, qui dirige des troupes de la gendarmerie d'élite réunies à Vincennes, ne fait pas partie de la commission, mais assiste aux délibérations. La présence d'un proche du Premier Consul constitue indéniablement une pression sur la commission. Après un court interrogatoire où le duc nie le complot, mais se targue courageusement de combattre la République, il est condamné à mort.

Il semble qu'à la demande de l'accusé, le général Hulin ait envisagé de suggérer à Bonaparte, avant l'exécution, d'organiser une entrevue entre eux. Hulin aurait par la suite déclaré qu'un homme (Savary ?), qui s'était constamment tenu dans la salle du conseil, lui avait arraché la plume des mains en déclarant .

Le duc d'Enghien est alors conduit dans les fossés du château de Vincennes et fusillé, en présence de Savary, par un piquet de gendarmes d'élite. Savary consacre plusieurs pages de ses mémoires au récit des événements ayant conduit à cette exécution et s'y donne un rôle très secondaire.

Le général d'Empire (1805-1807) thumb|left|De retour sur les champs de bataille aux côtés de l'Empereur, Savary remporte un succès notable à Ostrołęka, en 1807. Devenu empereur, Napoléon nomme Savary général de division en et lui remet la plaque de grand officier de la légion d'honneur. Savary retrouve les champs de bataille et redevient l’aide de camp de l'Empereur.

Peu avant la bataille d'Austerlitz, à la fin du mois de , Savary est envoyé auprès du tsar Alexandre avec des propositions de paix. Il a également pour mission de recueillir des renseignements sur les dispositions et effectifs de l'ennemi. Napoléon cherche ainsi à persuader ses adversaires qu'ils sont à la veille d'une victoire assurée. La proposition est rejetée par le tsar, qui tombe ainsi dans le piège tendu par Napoléon ; le , les forces coalisées sont écrasées par la Grande Armée.

Savary participe ensuite à la campagne de Prusse et de Pologne, contre la quatrième coalition. Il s'illustre lors de la bataille d'Iéna le où, poursuivant les Prussiens en déroute, il parvient à capturer tout un régiment de hussards. Le il s'empare de la forteresse de Hamelin. Un mois plus tard, le , au cours de cette même campagne, son deuxième frère Charles-Joseph-Louis-Marie Savary, colonel du d’infanterie de ligneSurnommé l'abbé ; il avait quitté l'état ecclésiastique en 1792 pour entrer dans l'armée, est tué en franchissant une rivière à la tête de ses hommes..