Dans la mythologie grecque, les Argonautes (en grec ancien : ) sont un groupe de héros apparaissant dans de nombreuses légendes, qui partirent d'Iolcos, l'actuelle Volos, avec Jason à bord du navire Argo pour s'emparer de la Toison d'or. Selon les sources, leur nombre varie, mais la tradition rapporte que l'expédition était composée de en plus de Jason et d'une femme, Atalante, sans oublier Médée qui les rejoint par amour pour Jason. La mention la plus ancienne de l'expédition des Argonautes se trouve dans l’Odyssée (chant XII, vers 69 à 72), dans la bouche de Circé.

Périple

Les Argonautes, souvent identifiés aux Minyens — ou même considérés par Hérodote comme leurs ancêtres — forment l’équipage réuni par Jason lorsque Pélias l’envoie en Colchide récupérer la toison d'or gardée sur un chêne sacré. Dans les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes, Jason fait construire à Pagasae, en Thessalie, un navire conçu pour cinquante rameurs, l’Argo, puis rassemble les héros qui porteront le nom d’Argonautes. Leur route les mène vers le nord-est : ils font halte à Lemnos, à Samothrace, franchissent l’Hellespont, s’arrêtent à Cyzique en Mysie, puis, après avoir traversé le Bosphore, longent la côte méridionale de la mer Noire jusqu’à la Colchide, destination ultime de leur quêteJean Haudry, « Les origines de la légende argonautique », dans Nouveaux horizons sur l’espace antique et moderne, édité par Marie-Ange Julia, Ausonius Éditions, 2015. → Consulter en ligne. Orphée aurait pris part à l’expédition en charmant les sirènes, les rochers branlants bouchant le passage et le serpent gardien de la toison d’or.

Jason accomplit les tâches imposées par le roi Éétès de Colchide. grâce à la magie et aux drogues de sa fille Médée.

Le retour se fait par différentes routes selon les sources : la même qu'à l'aller (la plus évidente) ou bien une route par les côtes septentrionales du Pont Euxin (mer Noire), par la Tauride antique et par la Scythie mineure à Tomis (nom qui signifie « tranché » en grec)Virtualtourist.com, The Ancient City of Tomis consulté le 16 novembre 2008. pour tenter de retarder la flotte d'Aétès lancée à leur poursuite, en sacrifiant Absyrte fils d'Aétès et frère cadet de Médée, emmené en otage, et en jetant les morceaux de sa dépouille à la mer afin d'obliger le roi à les repêcher pour donner une sépulture à son héritierCet épisode est considéré par les folkloristes comme l'origine probable du motif de la fuite magique, dans laquelle une magicienne sème des obstacles derrière elle pour protéger sa fuite et celle de son compagnon (conte-type AT 313, motif D672 selon Stith Thompson). Voir Die magische Flucht - 313. ; une fuite par le Pont Euxin, l'Istros (Danube) et ensuite l'Éridan avec, concernant ce dernier fleuve, trois variantes (dans la géographie mythique, les principaux fleuves d'Europe sont connectés entre euxFrancis Vian, « Poésie et géographie : les retours des Argonautes », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 131-1, 1987, (en ligne).) : si l'Éridan est le Pados (Pô), retour par l'Adriatique : dans cet article, les auteurs ne prennent pas parti parmi les hypothèses concernant les « îles Absyrtides » qu'aucune source antique ne situe avec précision et qui pourraient se trouver aussi bien à Paliastomi en Colchide, dans le Pont Euxin (îles Leukè ou Eukon aux bouches du Danube - cf.: Bogdan Cacuci, « Le relief de la Dacie antique » sur www.antica.home.ro ), en Propontide (îles Démonesoi, Proconnèse, Halonée ou autre - cf.: , ), dans l'Adriatique (îles Absyrtides) ou en mer Tyrrhénienne (archipel Toscan, îles Pontines, îles Phlégréennes, Capri, îles Éoliennes ou îles Égades - cf.: Louis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire des noms de lieux, Le Robert 1994, ). ; après le Pô, si l'Éridan est le Rhodanos (Rhône), retour par le Léman (même étymologie grecque que le mot liman : lagune, littoral), la mer Tyrrhénienne, la côte italienne et la Libye ; après le Pô, si l'Éridan est le Rhenos (Rhin), retour par la mer Boréale (mer du Nord) à travers les tempêtes hivernales qui permettent leur héroïsation collective, puis par les « colonnes d'Hercule », autre détroit où pourraient se trouver des « Symplégades »Pour Alain Moreau, l’expédition aboutit ainsi à une nouvelle naissance grâce à Argo qui les a « portés dans son ventre » et leur a fait passer l’initiation nécessaire pour qu’ils deviennent des héros : cf.: Le Mythe de Jason et Médée. Le Va-nu-pied et la Sorcière, Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », Paris 1994, p. 118..

Catalogue des Argonautes Les premières listes d’Argonautes sont celle de la Pythique de Pindare et celle de l’inscription de Chios, dont les habitants se disaient descendants des Pélasges de Thessalie, donc des MinyensBernard Haussoullier, Bulletin épigraphique (note bibliographique), Revue des Études Grecques, Année 1890, 3-10, pp. 205-213..

On sait que des catalogues d’Argonautes ont existé dès l’époque archaïqueLa liste des sources donnée ici reprend Andrew Zissos, Valerius Flaccus Argonautica. Book 1. A commentary, s.v. 350-483., notamment dans le Catalogue des femmes, fr. 63 MW = Σ Apollonios de Rhodes, I, 45. Ce fragment suggère aussi l'existence d'un Catalogue des Argonautes homérique., chez Phérécyde d'AthènesPhérécyde d'Athènes, 3F26 FGrH = Σ Apollonios de Rhodes, I, 23. et chez EschyleLes Cabires, fr. 97a Radt. et probablement aussi dans les Naupacties, fr. 4 Bernabé = Σ Apollonios de Rhodes, III, 515.. On retrouvait de telles listes également chez SophocleLes Lemniennes, fr. 385-386 Radt., Antimaque de ColophonLydé, fr. 67 Matthews. et Cléon de CuriumΣ Apollonios de Rhodes, I, 77..

Parmi les textes conservés, si l’on excepte Pindare qui ne cite qu’une dizaine de demi-dieux, Pythique (12 noms)., le premier catalogue « complet » est donné dans les Argonautiques orphiques, v. 118-229 (50 noms).. Viennent ensuite Apollonios de Rhodes, I, 20-227 (55 noms)., qui fait souvent office de canon, Diodore de Sicile, IV, 41, 2-3 et suiv. (13 noms cités, 54 au total)., Hygin, XIV (63 noms)., le pseudo-Apollodore, I, 9, 16 (44 noms)., Stace, V, 398-444 (20 noms cités, 50 au total). et Valerius Flaccus, I, 350-483 (51 noms)..

Présence des Argonautes dans les listes Pseudo-Apollodore Apollonios de Rhodes Argonautiques orphiques Diodore de Sicile Hygin Pindare Stace Valerius Flaccus Acaste Actor fils d'Hippase Admète Amphiaraos Amphidamas Amphion fils d'Hypérasios Ancée fils de Lycurgue Stace cite « Ancée, qui menace nos murs avec fureur » (V, 399), sans qu'il soit possible de déterminer de quel personnage il s'agit. Ancée fils de Poséidon Argos fils d'Arestor Diodore cite Argos comme le constructeur de l'Argo (IV, 41, 3), sans qu'il soit possible de déterminer de quel personnage il s'agit. Argos fils de Phrixos Argos fils de Polybe Arios fils de Bias Ascalaphe Asclépios Astérion de Pellène Astérios de Pirésie Atalante Augias Autolycos Boutès fils de Téléon Calaïs Diodore, IV, 42, 2. Canthos Castor Cénée Céphée de Tégée Clyménos (?) Clytios fils d'Eurytos Coronos fils de Cénée Deucalion fils d'Hypérasios Deucalion fils de Minos Échion fils d'Hermès Erginos Éribotès Éthalidès fils d'Hermès Euphémos fils de Poséidon Euryale fils de Mécistée Eurydamas fils de Démonassa Eurymédon fils de Dionysos Eurytion de Phthie Eurytos fils d'Hermès Héraclès Hippalcimos fils de Pélops Hylas Ialmène (?) Idas Idmon Iolaos IphiclèsDiodore, IV, 49, 3. Iphiclos fils de Clymène Iphiclos fils de Thestios Diodore parle des « fils de Thespios » (IV, 41, 2 et 48, 5). S'il s'agit d'une confusion avec Thestios, alors il pourrait s'agit d'Iphiclos, Prothoos et Cométès. Iphis (?) Iphitos d'Œchalie Iphitos de Phocide Iphitos (frère d'Eurysthée)Diodore, IV, 48, 4. Jason Lacoon Laërte Diodore IV, 42, 5. Léitos Léodocos Lyncée Méléagre Diodore, IV, 42, 4. Ménétios fils d'Actor Mopsos fils d'Ampyx Nauplios fils de Clytonée Nélée Nestor Oïlée Orphée Palémon (?) Pélée Pénélée Périclyménos fils de Nélée Phanos Phalère Philoctète Phlias Phocos fils de Cénée Pirithoos Péas Pollux Polyphème fils d'Élatos Priasos fils de Cénée Staphylos fils d'Ariane Talaos Télamon Thésée Tiphys Tydée Zétès

En dehors de ces listes, d'autres noms sont parfois donnés par les auteurs, comme Cios, XII, 4, 3. et ArménosStrabon, XI, 4, 9. chez Strabon, ou Philammon qui remplace Orphée chez Phérécyde.

Interprétations

Selon Jean Haudry, la légende des Argonautes a une longue préhistoire et sa formation se répartit entre cinq strates dont la plus ancienne comporte plusieurs contes que l'on peut faire remonter au Paléolithique. Le cœur de la légende argonautique serait typique de la première période de la tradition indo-européenne. C'est une « quête du soleil » figurée par la toison d’or, grâce à laquelle Jason, protégé de la déesse Héra « Belle saison » devient un héros. Son héroïsation est précédée d’une « traversée de l’eau de la ténèbre hivernale » qui lui vaut la faveur de la déesse. Ce schéma traditionnel se repète à la fin de l'expédition au bénéfice de l'ensemble des Argonautes.

La légende conserve aussi des données qui remontent à la deuxième période de la tradition indo-européenne et dont le cadre social, celui de la Grèce archaïque, est maintenu par les auteurs d'époques plus récentes. La « quête du soleil » est devenue une « quête de la fortune » et, pour Jason, un rite d'initiation royalAlain Moreau, Le Mythe de Jason et Médée. Le Va-nu-pied et la Sorcière, Les Belles Lettres, coll. « Vérité des mythes », Paris, 1994.

Quatrième strate, une grande partie de la légende argonautique a pour cadre la société héroïque de la fin de la période commune des Indo-Européens et de celle des migrations. Dans ce cadre, l'équipage de l'Argo constitue un compagnonnage guerrier d'hommes venus de toute la Grèce, un Männerbund, lié à son seigneur par des liens contractuels de fidélité personnelleRené Roux, Le problème des Argonautes. Recherches sur les aspects religieux de la légende, Paris, Éd. De Boccard, 1949, p. 31 et 175. Certaines de ces confréries pratiquent le travestissement animal, mimant la métamorphose. « Certains Argonautes portent des peaux d'animaux, Ancaios une peau d'ours, comme les berserkir scandinaves, Argos une peau de taureau, Jason une peau de panthère. L'un d’eux, Periclumenos, est capable de changer de forme à volonté comme le Mongan irlandais et ses homologues scandinaves. »

Enfin, dans les temps historiques, la légende s'est accrue d’apports divers, notamment crétois, cariens, lydiens, thraces et égyptiens (Roux 1949 : 40 et suiv.), les récits successifs du périple reflètant les progrès de la géographie. Parmi ces éléments les plus récents, la toison d’or qui tire probablement son origine de l'utilisation de peaux de mouton pour recueillir les paillettes, et sa localisation en Colchide, qui produisait alors de l'or, de l'argent et du fer.

Cette utilisation est sans doute à l'origine de l'interprétation alchimique du mythe des Argonautes, attestée pour la première fois par le Souda () : La Toison d'or n'était pas ce que la fable dit d'elle, mais un livre écrit sur une peau et qui enseignait la manière de fabriquer l'or par alchimie.

Après, entre autres, Eustathe, Pic de la Mirandole et Robert Vallensis, Michael Maier, médecin et alchimiste de l'empereur Rodolphe II, fait du chef des Argonautes, Jason (du grec iasis, « médecine ») un médecin en quête de la pierre philosophale, c'est-à-dire de la médecine d'or. Le voyage des Argonautes ne signifierait rien d'autre que les étapes du Grand-Œuvre des alchimistes.

Évocations artistiques et adaptations

Littérature L'homme de lettres britannique William Morris évoque Jason dans son poème The Life and Death of Jason en 1867.

Le poète français parnassien José-Maria de Heredia, dans son recueil Les Trophées paru en 1893, évoque les Argonautes dans le sonnet « Jason et Médée », dont l'épigraphe est une dédicace au peintre Gustave Moreau.