Maurice Blondel, né le à Dijon et mort le à Aix-en-Provence, est un philosophe français. Il a développé une philosophie de l'action intégrant des éléments du pragmatisme moderne dans le contexte de la philosophie chrétienne.
vignette|Façade de la maison de Blondel à Aix-en-Provence.
Biographie Maurice Blondel est originaire d'une famille de Bourgogne. Il vit son enfance à Dijon dans . La fortune de son père, notaire, le met à l'abri des soucis matériels.
Admis à l'École normale supérieure à Paris en 1881, il y prépare l'agrégation de philosophie, à laquelle il est reçu, à sa troisième tentative, (et dernier) en 1886. Il est professeur au lycée d'Aix-en-Provence de 1886 à 1889, puis prend un congé pour préparer sa thèse, en grande partie dans la maison de campagne familiale de Saint-Seine-sur-Vingeanne. Il soutient, à la faculté des lettres de Paris le , une thèse principale intitulée L'Action, essai d'une critique de la vie et d'une science de la pratique et une thèse complémentaire De Vinculo substantiali et de substantia composita apud Leibnitium.
Du point de vue philosophique, il prend position pour réhabiliter la légitimité du problème religieux. Cette position, dans une période particulièrement anticléricale, suscite des réticences quant à sa nomination directe, normalement acquise au sein de l'Université, en particulier de la part du directeur de l'Enseignement supérieur Louis Liard. Jean Lacroix résume ainsi : Jean Lacroix, article Blondel Maurice 1861-1949 dans René Huisman directeur, Dictionnaire des philosophes, Presses universitaires de France, Paris, 1984, p. 331-335, p. 332.. En 1896 il rejoint l'université d'Aix-en-Provence en tant que chargé de cours avant d'être titularisé professeur en 1899.
En 1893, Blondel, catholique convaincu et pratiquant, a fait de sa foi le principe de son existence. Il hésite encore entre un apostolat à mener comme prêtre ou comme laïc. Finalement il se marie en à Rose Royer et opte pour une carrière universitaire, appelé par une vocation « auprès des milieux intellectuels les plus éloignés du catholicisme », ce milieu universitaire alors « imprégné de mentalité rationalisteRené Virgoulay, L'Action de Maurice Blondel - 1893 - relecture pour un centenaire, Éditions Beauchesne, Paris, 1992, .... ». Cependant il rencontre aussi des oppositions du côté catholique, où il est critiqué non seulement pour sa thèse, mais aussi pour la Lettre sur l'apologétique, publiée en 1896. Blondel n'a néanmoins jamais été condamné par RomeMickael Sutton in Michel Leymarie et Jacques Prévotat (éd.), L'Action française, culture, société, politique, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d'Ascq, 2008, ..
Son épouse meurt en 1919. En 1927, il est obligé de quitter l'enseignement pour raison de santé. À partir de 1934, à 73 ans, et jusqu'en 1937, Blondel refond son œuvre et resitue L'Action dans celle-ci. Il écrit et publie La Pensée en 1934, L'Être et les êtres en 1935, L'Action (sa nouvelle version) en 1936 et les deux premiers volumes de La Philosophie et l'Esprit chrétien en 1944 et 1949. Quand en parait le statut des Juifs, il se déplace jusque chez Léon Brunschvicg, retraité visé par l'exclusion que prononce là Vichy, pour l'embrasser chaleureusement et lui témoigner son soutienL. Brunschvicg, Lettre à Vladimir Jankélévitch, Paris, , cité in ..
Émile Poulat écrit en 1995 qu', avant-propos, note 115.. L'archevêque d'Aix-en-Provence décrète le l'ouverture de la cause de béatification et de canonisation de Maurice Blondel, dont l'enquête est solennellement ouverte en l'église Saint-Jean-de-Malte le .
De son mariage en 1894 avec Rose Royer, qui est la fille d'Édith Royer et dont il fut veuf en 1919, Maurice Blondel eut trois enfants : Charles, Élisabeth, qui épousa Charles Flory, et André. L'historien Georges Blondel est son frère aîné et le physicien André Blondel son cousin germain, avec qui il entretint une correspondance régulière pendant un demi-siècle..
Les archives Blondel L'ensemble des archives personnelles de Maurice Blondel - ses manuscrits, sa correspondance, ses notes de travail, sa bibliothèque et même le mobilier de son bureau ont été léguées à l'UCLouvain, à Louvain-la Neuve (Belgique) où le Pr. Claude Troisfontaines a créé le "Centre Maurice Blondel", qui est un foyer d'études autour de la pensée de Blondel, et plus largement de la philosophie française de son époque et de la "crise moderniste".
L'Action thumb|upright=.8|200 px|Intérieur du Panthéon au , avec le décor d'origine, par Giovanni Paolo Panini Les premières pages de L'Action, première thèse (en français) du philosophe, sont célèbres : « Oui ou non, la vie humaine a-t-elle un sens, et l'homme a-t-il une destinée? J'agis, mais sans même savoir ce qu'est l'action, sans avoir souhaité de vivre, sans connaître au juste ni qui je suis ni si je suis. Cette apparence d'être qui s'agite en moi, ces actions légères et fugitives d'une ombre, j'entends dire qu'elles portent en elle une responsabilité éternellement lourde, et que, même au prix du sang, je ne puis acheter le néant parce que pour moi il n'est plus : je serais donc condamné à la vie, condamné à la mort, condamné à l'éternité ! Comment et de quel droit, si je ne l'ai su ni vouluL'Action - Essai d'une critique de la vie et d'une science de la pratique, Paris, 1893, p.VII.?» Selon Jean Lacroix, Blondel a résumé sa philosophie dans Études philosophiques dans cette comparaison qu'il résume. « Au Panthéon d'Agrippa, à Rome, l'immense coupole n'a pas de clé de voûte, mais une ouverture centrale par où descend toute la lumière dont s'éclaire l'édifice. Ainsi la construction de notre âme, comme une œuvre inachevée, s'appuie, non à un plein, mais à un vide, vide nécessaire pour que passe l'illumination divine, sans laquelle nos yeux seraient complètement aveugles et nous ne pourrions accomplir aucune tâche. Si l'homme a une destinée véritable, qui donne un sens à la vie, il n'est pas possible que la philosophie s'en désintéresse; si cette destinée, comme l'affirme le christianisme, est surnaturelle, il n'est pas davantage possible que la philosophie l'atteigne par ses seules forces - sans quoi le surnaturel ne serait plus proprement surnaturel. De cette opposition suit le statut de la philosophie : contrainte de poser un problème qu'elle ne saurait entièrement résoudre, elle ne peut que rester inachevée tout en rendant compte de son inachèvement même. Pas de philosophie sans système; plus de philosophie si le système se ferme sur soi. En ce sens on pourrait dire que l'idée de système ouvert définit le blondélisme. Cette philosophie de l'insuffisance aboutit à une véritable insuffisance de la philosophie. »
Qu'est-ce que l'action ? L'action est une donnée primordiale, antérieure à la conscience et à la liberté dans laquelle l'homme est, dira Blondel, « embarqué », embarqué dans son drame. Il se sent le maillon d'une chaîne d'actes qui ont commencé avant lui et sans lui, mais qui se poursuivent en lui. L'homme peut s'entendre dire que ses actes portent en eux une responsabilité indéfinie et que même le suicide ne peut pas supprimer le fait qu'il a été dans l'action. La suite du passage cité au paragraphe précédent donne une idée de ce que veut Blondel : « J'en aurai le cœur net. S'il y a quelque chose à voir, j'ai besoin de le voir. J'apprendrai peut-être si, oui ou non, ce fantôme que je suis à moi-même, avec cet univers que je porte dans mon regard, avec la science et sa magie, avec l'étrange rêve de la conscience a quelque solidité. Je découvrirai sans doute ce qui se cache dans mes actes, en ce dernier fond où, sans moi, malgré moi, je subis l'être et je m'y attache. Je saurai si, du présent et de l'avenir, j'ai une connaissance et une volonté suffisante pour n'y jamais sentir de tyrannie, quels qu'ils soientL'Action, op. cit., p. VII.. » Ce « dernier fond où, sans moi, malgré moi, je subis l'être et je m'y attache » signifie selon Charles Moeller que « plus profondément que l'intelligence et la volonté, en mes profondeurs, je subis l'être, c'est-à-dire que je ne suis pas maître de ce fait que j'existe; je m'attache à l'être c'est-à-dire que, que je le veuille ou non, je ne puis pas ne pas agir sans cesse, préférer l'existence à la non existence, l'être au non être, l'affirmation ontologique à sa négation. »
La suite du texte indique dans quel sens la solution sera cherchée : « Le problème est inévitable; l'homme le résout inévitablement; et cette solution, juste ou fausse, mais volontaire en même temps que nécessaire, chacun la porte dans ses actions. Voilà pourquoi il faut étudier l'action ; la signification même du mot et la richesse de son contenu se déploieront peu à peu. Il est bon de proposer à l'homme toutes les exigences de la vie, toute la plénitude cachée de ses œuvres, pour raffermir en lui, avec la force d'affirmer et de croire, le courage d'agirL'Action, p. VIII.. » Il y a cependant plus dans notre action que nous ne le pensons et une pauvreté de nos actions réelles en face d'une plénitude dont nous n'avons pas conscience, qui gît au fond de la volonté voulante.
Passage signifiant de l'Agere contraL'Action, PUF, Paris, 1936, .
Agir contre l'Adversaire
Agere contra. L'action voulue est le principe de l'action de plus en plus volontaire et libreMaurice Blondel, L'action (1893), PUF, édition, 2013, .
Volonté voulante et volonté voulue
La volonté voulante c'est précisément « ce dernier fond où, sans moi, malgré moi, je subis l'être et je m'y attache », quelque chose qui est au-delà de la distinction entre intelligence et volonté. Jean Lacroix écrit de Blondel et de son concept de base : « laction, c'est-à-dire toute activité humaine, qu'elle soit métaphysique, morale esthétique, scientifique ou pratique. » Mais comme volonté voulante, soit « cet être qui est au-delà de la distinction entre intelligence et volonté (...) l'être profond est volonté voulante parce qu'il est prégnant des valeurs de vérité et d'amour qui se diversifieront plus tard au niveau des facultés conscientes. » Moeller poursuit : « L'intelligence va proposer à la volonté voulante (qui du reste « propulse » cette intelligence même dans la quête des motifs d'action), une série de projets d'activités dont la volonté voulue va s'emparer pour les mettre à exécution. Ces projets ne peuvent être que partiels, limités dans le temps et l'espace. Aucun, pris en lui-même, ne peut épuiser d'un coup l'ampleur de la volonté voulante qui sous-tend, anime les démarches de la volonté voulue. Prenant conscience de cela, l'être humain va rechercher, d'étapes en étapes, une activité qui réalise cette égalité, cette réconciliation entre « ce qu'il veut » et ce « qu'il fait ». » Le « ce qu'il fait » c'est la volonté voulue et le « ce qu'il veut », c'est la volonté voulante. La « volonté voulante » écrit Pierre Colin se distingue des « projets particuliers et explicites qui tentent de la traduire et de la réaliser, projets constitutifs de la « volonté voulue »Pierre Colin, L'Audace et le soupçon, DDB, Paris, 1997,.. »
Mathias Nebel insiste sur le fait originaire de la distinction : « Avant de vouloir quelque chose, le sujet découvre en lui-même une « volonté voulante » à la source de son vouloir [...] Le fait de vouloir n'est pas choisi. Cette volonté voulante s'impose nécessairement et antérieurement à tout vouloir particulier conscientMathias Neblel, « Action de Dieu, action de l'homme », dans Tranversalités, 2013/4 (), , . Lire en ligne .. »
Deux problèmes préalables : dilettantisme et nihilisme