Le Type 30 de la SNCB est un modèle de locomotive pour services mixtes de conception anglaise mise en service à 82 exemplaires par les Chemins de fer de l’État Belge entre 1899 et 1901 dans la foulée du type 17, lui aussi de conception anglaise. Deux versions améliorées du type 30, les type 32 (futur type 44) et type 32S (futur type 41), seront produites à 809 exemplaires de 1901 à 1914.
Contrairement aux type 32 et 32S, plus performantes, la carrière des locomotives type 30 sera plus courte et la dernière locomotive de ce modèle disparaitra des effectifs de la SNCB en 1932.
Origines Locomotives pour trains de marchandises en service à l’État belge Au tournant du , en dehors de plusieurs petites séries de 030 et 040 héritées des compagnies privées intégrées aux chemins de fer de l’État belge, le parc de locomotives pour trains de marchandises en service comprenait seulement trois modèles, tous de disposition 030 à cylindres intérieurs et foyer Belpaire. La type 28 et ses ancêtres des types 30 et 33 : des locomotives à roues de pour lignes de plaine apparues en 1864 (1861 pour les Types 30 et 33 à foyer Belpaire rond) et produites à 253 exemplaires jusque 1883. Elles assuraient alors des trains de marchandises courts, surtout sur les lignes faciles, et en fin de carrière, remorqueront aussi des trains de voyageurs omnibus. La type 29 apparue en 1875 : des machines directement issues du modèle précèdent dont la seule différence était le plus faible diamètre des roues motrices () qui permettait de meilleures performances sur les lignes accidentées au détriment de la vitesse. En tout, 356 sont sorties d’usine jusque 1884 et une seconde tranche de 116 machines sera construite entre 1898 et 1901 alors que ce modèle était déjà obsolète. La type 25 : une lourde 030 à roues de munie d’un très large foyer. Apparue en 1884 et produite à 472 exemplaires jusqu'en 1898, elle était destinée aux lignes difficiles et aux trains lourds sur lignes de plaine, d’où son surnom de "charbonnière".
Ces grandes séries étaient déjà anciennes et leurs foyers Belpaire surplombant le châssis étaient faits pour brûler du charbon tout-venant à faible rendement mais nécessitant une grande surface de grille.
Ce problème de l’augmentation démesurée de la taille des foyers sans parvenir à fournir une puissance suffisante touchait également les locomotives à voyageurs construites à la même époque (Type 12, Type 6, Type 16) et sera résolu en changeant de combustible au profit des briquettes en en équipant les nouveaux modèles de foyers étroits mais plus profonds.
Période McIntosh Le régime McIntosh aux Chemins de fer de l'État belge ou époque Id s'étend de 1898 à 1910 et désigne la période durant laquelle les ingénieurs de la compagnie conçurent des machines à vapeur dérivées des machines de la conçues par l'ingénieur . On peut la considérer comme une période de transition entre les régimes Belpaire (1864-1898) et Flamme.
Pour les trains de voyageurs, les Chemins de fer de l’État belge commandèrent des machines copiées sur la des Caledonian Railways.
Afin de disposer, à peu de frais, d'un nouveau modèle pour les trains de marchandises, il fut décidé de dériver une version pour les trains de marchandises des modèles des Caledonian Railways.
La Classe 812 des Caledonian Railways Les auteurs A. Dagant, P. Dambly et J. Vandenberghen, se basant notamment sur les articles de la Revue Générale des Chemins de fer consacré aux locomotives belges des expositions universelles de 1900 et 1905 évoquent une transposition du type 17 avec trois roues motrices et un foyer moins profond mais quelques documents d'époque évoquent plutôt comme source d'inspiration une locomotive pour trains de marchandises des Caledonian Railways aux roues de dont le type 30 aurait été dérivée en l'équipant d'un foyer mi-profond et dont l'empattement d'origine de (sur le modèle anglais) dû au foyer profond situé entre les deuxième et troisième essieu a ainsi pu être diminué.
À cette époque, un nouveau modèle de locomotive pour trains de marchandises et omnibus de disposition « Mammouth » était en train d'être construit pour les Caledonian Railways, la qui possédait justement la même chaudière que les locomotives de classe 721 et ont été construites à 79 exemplaires de 1899 à 1900.
Ce lien de parenté entre ce modèle et le Type 30 semble probable mais peu de documentation l’atteste.
Ce modèle était lui-même l'évolution avec une meilleure chaudière des mises en service entre 1883 et 1897 et conserve de cette dernière, le châssis, le corps cylindrique, la distribution, la dimension des roues motrices, le tender et l'aspect général (sauf la chaudière).
Ces locomotives, rejointes en 1908 par 17 machines quasi identiques désignées série 652 et par quatre série 30 avec surchauffe en 1912, ont continué leur carrière sous les couleurs du London, Midland and Scottish Railway en tête de trains de voyageurs et de marchandises. Seulement trois avaient été radiées avant la nationalisation de 1948 et la dernière locomotive en service ne fut pas radiée avant 1963.
La construction des locomotives type 30 vignette|Carels livra la n°2845 en 1901 ; elle sera radiée entre 1926 et 1930. La construction des 82 Type 30 fut confiée à plusieurs constructeurs comme il était généralement d’usage à l’époque.
Une première tranche de 12 machines fut commandée en 1899. Au même moment, les Chemins de fer de l’État Belge commandèrent 12 locomotives type 31 de disposition 130 construites par Baldwin aux États-Unis. Deux des Type 30 de la première tranche furent spécialement construites pour être exposées (sans leur tender) à l’exposition de Paris de 1900.
La première adjudication fut passée le pour une commande de dix locomotives. La Société de Saint-Léonard en construisit quatre (2503 à 2506) Les Forges Usines et Fonderies de Haine-Saint-Pierre, six (2507 à 2512) La construction des locomotives destinées à l’exposition de Paris fut également confiée à ces deux constructeurs. Haine-Saint-Pierre se vit adjuger la construction de la 2513 le et Saint-Léonard, la construction de la 2514 le 21 de ce même mois.
Les locomotives américaines type 31 produisirent des résultats décevants, il fut donc décidé de commander une deuxième tranche de 70 locomotives Type 30. La commande de ces locomotives fut adjugée à sept constructeurs différents le . Cette tranche sera la dernière avant la mise au point du Type 32. La Société de Saint-Léonard construisit huit unités (2823 à 2830) au prix de 84 025 francs. Les Forges Usines et Fonderies de Haine-Saint-Pierre livreront neuf exemplaires (2831 à 2839) au prix de La société Carels frères construisit six exemplaires (2840 à 2845) au prix de Zimmerman-Hanrez livrera quatre locomotives (2846 à 2849) au prix de La Société Métallurgique de Couillet en fournira huit (2850 à 2857) au prix de La Société Métallurgique de Tubize produisit neuf exemplaires (2858 à 2866) au prix de La Société Franco-Belge (la Croyère) en livrera dix (2867 à 2876) au prix de Cockerill sera sollicité pour en construire dix (2877 à 2886) au prix de mais rétrocèdera les deux dernières à l’Énergie La Société Anonyme l’Énergie se vit attribuer la construction de six machines (2887 à 2892) au prix de et construira les machines rétrocédées par Cockerill.
Caractéristiques Chaudière La chaudière est proche de celle du type 17 mais possède un foyer mi-profond capable de brûler tous types de charbon contrairement au type 17 qui ne peut brûler que des briquettes, plus chères que le charbon tout-venant. Cette chaudière est timbrée à contre 12 pour la type 17 et compte 228 tubes. Elle n’est pas équipée de la surchauffe.
Cylindres Les deux cylindres sont disposés, inclinés vers l’arrière, entre les longerons du châssis et attaquent le deuxième essieu moteur par le biais d’une distribution Stephenson. Ils sont de dimension plus réduite que la locomotive des Caledonian Railways.
Roues Ces locomotives ne comportent aucun essieu porteur et tout leur poids adhérent () est transmis sur les trois essieux moteurs qui sont d’un diamètre de contre () pour leur équivalent anglais.
Performances L’effort de traction de ces locomotives est de .
Autres caractéristiques Les couvre-roues et la disposition des sablières différent des machines des Caledonian. La conduite se fait à droite et la paroi frontale de la cabine de conduite est équipée de hublots ronds comme sur leurs équivalentes anglaises.
Tenders Pour accompagner ces locomotives, on reproduisit le modèle de tenders de à trois essieux des Caledonian Railways qui sera dénommé tender type 13. C'est également ce modèle qui équipera les type 32 et 32S avec un système d'attache différent (tender type 15).
Les 12 tenders de la première tranche furent adjugés à la Société Franco-Belge le ( et ).
Ceux de la seconde tranche seront adjugés le à plusieurs constructeurs La société Dyle et Bacalan construira 20 tenders au prix de La société Nicaise et Delcuve en construira 10 au prix de Les Ateliers de Construction de Bruges livreront 10 tenders au prix de La Société Baume et Marpent construira 20 tenders au prix de Il était fréquent que les tenders des locomotives belges soient construits par d’autres firmes que leurs locomotives.
Après la Première Guerre mondiale, quelques-unes recevront les tenders à bogies de 18 (tender type 11), également d'origine Caledonian, de locomotives types 17 radiées.
Carrière et services effectués vignette|Cette Type 30 et son convoi ont été lancés sans conducteur sur une position allemande lors du siège d'Anvers|360x360px
Avant 1914 Les premières type 30 seront affectées au dépôt du Quartier Léopold (puis Schaerbeek lorsque ce dépôt fermera ses portes) et à celui de Bruxelles-Midi. Les premières assuraient les trains omnibus vers Ottignies et d’autres services sur la Ligne du Luxembourg et celles de Bruxelles-Midi assureront des omnibus et trains de marchandises vers Mons et Charleroi. L’arrivée des type 32, plus puissantes, chassa les type 30 de la Ligne du Luxembourg et des autres services exigeants et elles furent mutées vers des dépôts de province (Charleroi, Gand-Ledeberg, Landen, Liers, Merelbeke, Mons, Termonde, Tournai).
Première Guerre mondiale Elles payèrent un lourd tribut au premier conflit mondial, lors du siège d’Anvers plusieurs seront lancées en tête de "trains fous" pour obstruer les lignes ennemies et, comme les type 32, plusieurs de ces machines simples de conduite et d'entretien furent incorporées à des trains blindés.
Parmi les machines évacuées en France, un grand nombre sera remis en ordre de marche et utilisé en France par les armées alliées tout au long du conflit.
Les machines restées en Belgique seront remises en service par l’occupant allemand et classées dans la série G 03 au même titre que les locomotives type 32 à vapeur saturée. Elles furent parfois utilisées loin de la Belgique mais plusieurs exemplaires, endommagés par faits de guerre, sabotage ou nécessitant des réparations importantes, seront cannibalisées ou envoyées à la mitraille. En outre, l’occupant retirera systématiquement les cuivres, plaques et ornements en laiton, et il remplacera fréquemment lors des réparations les éléments en matériaux stratégiques par de l’acier ou du plomb. Elles seront employées dans des conditions difficiles (dangers de la guerre, usure, absence de pièces de rechange, réparations différées) ce qui entraînera de nombreuses mises au rebut supplémentaires.
Au lendemain de la guerre, il reste 56 exemplaires en état de marche ou réparables, les autres, représentant un tiers de la flotte, sont perdus ou en trop mauvais état pour être remis en service.
Fin de carrière