L'harpagophyton (Harpagophytum procumbens), communément appelée « griffe du diable », « Sengaparile », « », « Duiwelsklou » ou « racine de Windhoek » (du nom de la capitale namibienne), ou bien souvent simplement appelée « harpagophytum », est une espèce de plantes à fleurs du genre Harpagophytum et de la famille des Pedaliaceae. C'est une plante herbacée vivace qui tire son nom savant du grec harpagos (crochet, grappin) évoquant les aiguillons de ses fruits lignifiés.
L'espèce H. procumbens regroupe deux sous-espèces (« subsp. », pour sub-species)Colas cyril (2006), Développement de méthodes physico-chimiques pour le contrôle de la médication par l’Harpagophytum et l’Eutherococcus, principes actifs utilisés en phytothérapie équine ; thèse de doctorat en chimie (École polytechnique), soutenue : 2006-12-19 / Voir page 35 : H. procumbens subsp. procumbens H. procumbens subsp. transvaalensis
Cette plante fait depuis longtemps partie de la pharmacopée traditionnelle du sud de l'Afrique et est utilisée dans le monde depuis les années 1970-1980, principalement comme anti-inflammatoire et pour atténuer ou guérir certaines douleurs (rhumatismes, arthrites ou lombalgies).
Habitation, répartition Cette espèce pousse dans l'hémisphère sud (Afrique du Sud, Namibie, Botswana...), particulièrement dans les régions semi-désertiques de l'Afrique australe, et plus particulièrement en Namibie.
Description vignette|Fruit d'Harpagophytum procumbens. Harpagophytum procumbens est une herbacée vivace dont la tige rampant sur le sol porte des feuilles alternes au limbe ovoïde et des fleurs en forme de trompette, de couleur rouge-violacée.
Le fruit est une capsule ligneuse munie d'une couronne garnie de plusieurs crochets acérés lui permettant de s'accrocher aux animaux voire de s'enfoncer dans leur chair, ce qui vaut à la plante d'être surnommée « la griffe du diable ». Quand un animal s'agite pour se libérer des crochets plantés dans sa chair ou emmêlés à sa fourrure, il contribue à épandre autour de la plante-mère ou à distance les dizaines de graines noires et allongées ( de long) que contient chaque fruit (jusqu'à par fruit) ; le fruit assure ainsi la dissémination de la planteSmith M., Goliath J., Jefthas E., La ngenhoven P., Letchamo W., Simon J. (2001), http://www.asnapp.org/library/devilsclaw.pdf Devil’s claw. Agribusi ness in Sustainable Natural Afric an Plant Products] (ASNAPP-DCFS).
Sa racine principale, lignifiée, a un important développement vertical en profondeur (jusqu’à de long) ; De cette racine principale partent des racines secondaires formant des tubercules de réserve, bulbeux et parfois énormes, pouvant peser jusqu'à . Ils s'étendent sur environ et sont trouvés jusqu’à de profondeur, servant de stock d'eau et de nutriments à la plante qui peut ainsi résister aux périodes de sécheresse. Seuls ces tubercules (qui constituent jusqu’à 90 % du poids de la plante) sont utilisés en pharmacie et dans la médecine traditionnelle du sud de l'Afrique Revue Prescrire ; Bien utiliser les plantes en situation de soins, 286, août 2007 (les colons européens ont appris des Africains qu'ils pouvaient l'utiliser pour traiter leurs arthrites).
Récolte et préparation Les racines sont traditionnellement récoltées en creusant le sol. Riches en eau, une fois mises au jour, elles ne tardent pas à moisir et pourrir si elles ne sont pas immédiatement finement hachées et séchées.
Cette racine est souvent involontairement mélangée à celle d'une autre plante très proche et anatomiquement semblable, et qui possède un effet similaire, mais moindre (Harpagophytum zeyheri), ce qui pourrait expliquer une partie de l'efficacité variable de la poudre de racine selon son origine (la qualité du séchage et la variabilité génétique des plantes pourraient aussi être en cause).
Ces deux plantes contiennent des iridoïdes mais Harpagophytum zeyheri contient moins d'harpagoside et contient aussi un autre iridoïde (8-p-coumaroylharpagide). Le rapport harpagoside/8-p-coumaroylharpagide peut donc être utilisé pour distinguer les deux espèces chimiquement et la teneur d'un médicament en H procumbens. Les extraits aqueux de ces deux plantes présentent un effet anti-inflammatoire et un effet analgésique semblables.
La racine séchée est généralement cryobroyée pour être réduite en poudre. Elle est ensuite préparée pour produire différents types de médicaments (poudre/cachets/gélules/emplâtre, extraits aqueux, extrait éthanolique).
Usages médicaux Son usage en Afrique est probablement ancien ; les guérisseurs khoïkhoïs, san, namaqua et bantous connaissent bien les propriétés anti-inflammatoires des racines secondaires ; ils utilisent les racines de cette plante contre certains troubles de la digestion, la constipation, des maladies du sang comme fébrifuge et contre certaines douleurs (en particulier de l’accouchement) et pour faciliter la cicatrisation de la peau (blessures, ulcères et furoncles).
Elle aurait été introduite en Europe en 1953 par O.H. Volk, qui l'a utilisé contre des maladies métaboliques, avant que l'on constate son utilité contre les arthrosesArticle « Harpagophytum procumbens » ; Encyclopédie des plantes, sur le A. Vogel, mais c'est un soldat allemand et futur fermier (G.H. Mehnert) qui durant les révoltes des Hottentots et des Herreros (en 1904-1906) aurait acquis ce savoir phytothérapeutique auprès d’un indigène initié.
Aujourd'hui, Harpagophytum procumbens est une plante médicinale reconnue dont la racine est inscrite dans la pharmacopée européenne avec l'indication : De son côté, la Pharmacopoeia reconnaît à la griffe du diable des propriétés d'analgésique Baghdikian B, Lanhers MC, Fleurentin J, Ollivier E, Maillard C, Balansard G & Mortier, F, « Harpagophytum procumbens Harpagophytum zeyheri » Planta Medica 1997;63(02):171-176. (résumé). (testé chez la souris et le rat en laboratoire Lanhers MC, Fleurentin J, Mortier F, Vinche A & Younos C, « Harpagophytum procumbens » Planta Medica 1992;58(02):117-123.), de sédatif mais aussi de diurétique.
Depuis les années 1970-1980, l'essor de la phytothérapie et de certaines médecines alternatives s'est notamment appuyé sur le succès de la racine d'harpagophyton dans la prise en charge de plusieurs troubles articulaires, dont résistants aux anti-inflammatoires classiques (lombalgies ou arthrites dans la maladie de Lyme par exemple Christopher A Hulen, 2008;20(2):102-112. (résumé)). On l'utilise notamment contre l'ostéoarthrite, arthrite rhumatoïde, la goutte, certaines myalgies, le lumbago, le mal de dos chronique et certains problèmes gastrointestinaux ou améliorer le confort de patients souffrant de certains rhumatismes, arthrites ou lombalgies.
Il améliorerait aussi la souplesse des articulations, mais il ne semble pas y avoir eu d'études portant directement sur ce point.
Son intérêt est discuté pour certains des maux suivants, mais l'harpagophyton a été recommandé par certains auteurs pour le traitement de certaines maladies du foie, des reins, de la vésicule biliaire et de la vessie.
Il stimulerait aussi l'appétit et la digestion, ainsi que l'augmentation du bon cholestérol et des acides gras dans le sang et limiterait certains troubles gastro-intestinaux, les brûlures d'estomac et la goutte.
Il a parfois été recommandé contre le diabète, et contre le durcissement des artères, pour les problèmes menstruels, ou encore contre les maux de tête Article sur la santé et la griffe du diable (appliedhealth).
La griffe du diable est enfin parfois utilisée en traitement externe pour soigner les articulations, mais aussi certaines plaies, des ulcères, des furoncles et d'autres lésions de la peau.
Principes actifs Plusieurs molécules d'intérêt des harpagophytums médicinaux (H. procumbens et H. zeyheri) pourraient être des principes actifs :
l'harpagoside, molécule appartenant au groupe des iridoïdes, est le principe actif le plus étudié dans cette plante., avec des taux variant chez les deux espèces utilisées de 1,0 % à 3,3 %. Cette molécule (également trouvée dans quelques autres plantes, par exemple chez les scrofulairesFaivre, C. (2007), Scrofularia nodosa. Phytothérapie, 5(3), 154-158.résumé/extrait - page considérées comme une alternative justifiée possible à l'harpagophytum) est présente et active dans l'extrait aqueux sec, avec un effet analgésique périphérique significatif (chez les souris et le rat de laboratoire) à partir de de poudre de racine secondaire séchée ( correspondant à la quantité contenue dans de racines secondaires séchées). Selon Marie-Claire Lanhers et al., l'harpagoside iridoïde ne semble toutefois pas être directement impliqué dans les propriétés anti-inflammatoires de la plante car il ne protège pas contre les effets inflammatoires de la carraghénaneWhitehouse, L. W., Znamirowska, M., & Paul, C. J. (1983), « Devil's Claw » (Harpagophytum procumbens): no evidence for anti-inflammatory activity in the treatment of arthritic disease ; Canadian Medical Association Journal, 129(3), 249. utilisée dans les tests de laboratoire. D'autres composés produits par cette plante semblent donc impliqués, car une dose de montre en laboratoire un effet protecteur significatifLanhers, M. C., Fleurentin, J., Mortier, F., Vinche, A., & Younos, C. (1992). Anti-inflammatory and analgesic effects of an aqueous extract of Harpagophytum procumbens . Planta Medica, 58(02), 117-123 résumé ; thumb|Le β-sitostérol est l'un des composants actifs des harpagophytums médicinaux. le β-sitostérol (stérol végétal, également trouvé dans d'autres végétaux, et dont la structure chimique est proche de celle du cholestérol); la 8-p-coumaroylharpagide; la 8-féruloylharpagide; la 8-cinnamoylmyoporoside; le pagoside; l'actéoside; l'isoactéoside; le 6'-O-acetylacteoside; l'acide cinnamique; l'acide caféique.
L'association de plusieurs de ces molécules pourrait expliquer les propriétés anti-inflammatoires et anti-douleur de cette plante, mais il est également possible (mais à démontrer) que certaines de ces molécules soient modifiées lors du processus de digestion pour devenir plus actives.
Pour mieux les comprendre, les structures de ces composés ont notamment été explorées par des moyens spectroscopiques et pour certains par des études in vitro ou des tests in vivo, qui ont aussi permis d'ouvrir les pistes suivantes : Le mécanisme, ou l'un des mécanismes des effets anti-inflammatoires et analgésique des racines secondaires de la plante, semble in vitro lié à l'inhibition ou à la suppression des effets de la cyclooxygenase-2 et de l'iNOS, selon une expérimentation basée sur le traitement d'une inflammation expérimentalement induite par un lipopolysaccharide. L'extrait aqueux a effectivement supprimé la synthèse de la PGE2 et la production d'oxyde nitriqueJang, M. H., Lim, S., Han, S. M., Park, H. J., Shin, I., Kim, J. W., ... & Kim, C. J. (2003), Harpagophytum procumbens suppresses lipopolysaccharide-stimulated expressions of cyclooxygenase-2 and inducible nitric oxide synthase in fibroblast cell line L929 ; Journal of pharmacological sciences, 93(3), 367-371.(résumé). Inhibition de l'élastase ? Les extraits aqueux de racines de H. procumbens et H. zeyheri semble présenter une activité inhibitrice de l'élastase. en 2003, une équipe de chercheurs a testéBoje, K., Lechtenberg, M., & Nahrstedt, A. (2003). New and known iridoid-and phenylethanoid glycosides from Harpagophytum procumbens and their in vitro inhibition of human leukocyte elastase. Planta medica, 69(09), 820-825 (résumé). des extraits de ces deux plantes et leurs principaux composés sur l'élastase de neutrophiles humains. L'étude a confirmé une inhibition, dépendant de la dose, mais qui était cependant - dans les conditions de laboratoire - et qui reste mal comprise.