L’histoire de la justice est un champ de recherche en histoire qui met l’accent sur les pratiques de la justice, les justiciers (avocats, procureurs, juges, etc.) et justiciables (accusés, défendeurs, demandeurs, etc.). Ce courant prend son essor en France dans les années 1950, avec les travaux de Michel VilleyGéraldine Cazals et Nader Hakim, "L'histoire de la pensée juridique : historiographie, actualité et enjeux", dans Clio Thémis, , 2018, .. L'étude historique de la justice est différente selon les pays et les époques.

Historiographie du mouvement Les débuts du courant Avant les années 1970, les faits juridiques sont surtout évoqués de manière anecdotique par les érudits et les praticiens. De plus, la justice est peu étudiée. En effet, elle est vue négativement à cause de son rôle répressif. À ce moment-là, les historiens s’attachent à ce qui leur semble essentiel. Ils s’intéressent peu aux institutions, laissées aux juristes. En effet, ce sont ceux-ci qui, au départ, font l’histoire de la justice, et non les historiens. Enfin, la période contemporaine n’est pas toujours la préoccupation majeure.

Au début des années 1970, l’histoire de la justice reste encore fort en marge par rapport aux autres courants historiques qui se développent. Les ouvrages sont peu importants et les auteurs sont toujours principalement des juristes. L’histoire de la justice est donc une histoire par les pairs. Les ouvrages publiés sont surtout des procès et des biographies, concernant principalement la période précédant la Révolution Française.

L'essor En France, l’histoire de la justice prend une plus grande importance dans les années 1970 à la suite de révoltes dans les prisons. En effet, celles-ci attirent l’attention sur la question de la criminalité. À partir de là, un intérêt se développe pour les archives judiciaires. Des réflexions sont menées sur leurs usages, leur classement, etc. L’étude de ces archives est promue par les administrations.

Les causes de cet essor de l’histoire de la justice sont multiples. Tout d’abord, il est en priorité fondé sur un renouvellement des sources, dont certaines plus particulières sont parfois négligées par l’historien de la justice. L’essor de l’histoire de la justice est également marqué par l’importante réflexion sur les archives et les sources judiciaires. Ensuite, une évolution notable de la discipline est la rencontre entre des juristes (historiens du droit) et des historiens (historiens des lettres). Il se manifeste aussi par l’apparition des premiers manuels, la multiplication des périodiques, le développement des centres de recherches et des associations professionnelles, l’intérêt accru pour les archives, etc..

Les premières études ont pour sujet des questions criminelles, les prisons, etc. Mais ces sujets montrent rapidement leurs limites. Les travaux prennent donc la direction de recherches sur l’institution judiciaire, sa procédure et le personnel.

Depuis la fin des années 1980, les analyses sur les usages des archives judiciaires se sont multipliées. Il y a également eu deux colloques sur ce sujet.

Une des originalités de ce courant historique est la place tenue par les associations de praticiens. Fondées à partir de la fin des années 1980, ces associations de professionnels souhaitent mettre en valeur leur passé. La plus importante, par le champ historiographique qu’elle veut couvrir, et par ses activités, est l’Association française pour l’Histoire de la Justice, fondée en . C’est un lieu de rencontre disciplinaire entre historiens et juristes.

Revues et institutions promouvant ce champ de recherche Il existe différentes institutions consacrées à la recherche en droit et justice. De même que plusieurs sont spécialisées dans le domaine juridique.

Revues Pour la France : Revue de la société internationale d’histoire de la profession d’avocat Clio thémis, Revue électronique d'histoire du droit Gnomon, la Revue internationale d’histoire du notariat Revue d’histoire du droit français et étranger Revue d’histoire du droit Droit et culture Déviance et société Droit et société Histoire de la justice

Pour la Belgique Histoire justice et société des presses universitaires de Louvain: il s’agit d’une collection qui publie les recherches de l’histoire de la régulation sociale en donnant un aperçu transdisciplinaire et transpériodique. Tijdschrift voor Rechtsgeschiedenis

Institutions Pour la France : Association française pour l’histoire de la justice (AFHJ): elle a pour objectif de promouvoir et développer l’histoire de la justice afin de la rendre plus accessible au grand public.. Centre d’histoire des régulations et des politiques sociales (HIRES): il est fondé à l’Université d’Angers par Jacques-Guy Petit en 1991. Une de ses équipes travaille sur la thématique de la “justice et régulation sociale”« Travaux du Centre d’histoire des régulations et des politiques sociales de l'Université d’Angers », dans Crime, Histoire & Sociétés [En ligne], vol. 7, , 2003, mis en ligne le 23 février 2009, consulté le 05 décembre 2018.. Centre d’histoire judiciaire de Lille 2 (CHJ): il a été créé au début des années 1980 par Jean-Pierre Royer et Renée Martinage. Ils veulent porter " leur attention sur les modes de création, d'évolution et de reproduction du système juridique, non plus limité au simple système normatif, mais comprenant également la justice dans sa perspective historique et dans ses rapports avec l'environnement politique, social et économique "http://chj.univ-lille2.fr.

Pour la Belgique Centre d’histoire du droit et de la Justice (CHDJ) : Il a été fondé en 1995 et implanté au sein de l'université catholique de Louvain."Il réunit des chercheurs autour d’une problématique centrale : la régulation sociopolitique et judiciaire, dans les sociétés occidentales, abordée sur la longue durée. Le CHDJ se veut une équipe transpériode, pluridisciplinaire et qui inscrit ses travaux dans le courant des digital humanities.." Centre d’histoire du droit et d’anthropologie juridique (CHDAJ) : il s'agit d'un centre de recherche appartenant à la Faculté de droit et de criminologie de l’université libre de Bruxelles. Son activité se concentre autour de deux axes d’études. L’un centré sur l’histoire du droit et de la justice, l’autre sur l’anthropologie juridique.. Centre de recherches en histoire du droit, des institutions et de la société (CRHiDI) : il a été fondé en 1992 par l’université Saint-Louis de Bruxelles. Il est divisé en trois domaines de recherches : L’histoire du droit; l’histoire des pouvoirs, des institutions et de la société; les enjeux historiographiques, mémoriels et méthodologiques.. Instituut voor Rechtsgeschiedenis: Cet institut fait partie du département des fondements et de l'histoire du droit de la faculté de droit de Gand. Ses thèmes de recherches sont le droit de prêt au Moyen Âge, l’histoire de la réception moderne et le droit international à l’évolution du droit belge aux ..

Penseurs et historiens Jean-Marie Cauchies Frédéric Chauvaud Jean-Claude Farcy Benoît Garnot Jacques Krynen Jean-Pierre Nandrin Xavier Rousseaux Jean-Pierre Royer Axel Tixhon Michel Villey Alain Wijffels etc.

Plus récemment... Depuis quelques générations, le entre à son tour dans le champ des recherches historiques en Belgique comme aux Pays-Bas (alors que jusque-là on s’intéressait peu à la période postérieure aux Révolutions de la fin de l’Ancien Régime). Les historiens de l’époque contemporaine sont alors associés aux journées d’études et colloques organisés par les universités.

Dans les dernières décennies du , l’investissement des historiens dans le domaine de la justice, bien que récent, a été considérable. L’absence de la justice des interrogations et bilans consacrés dans ces dernières années à l’histoire contemporaine, le peu d’intérêt porté à l’histoire des institutions, ainsi que la discrétion visible au niveau de l’enseignement ne sont en vérité que des clichés. 

Au début du , on a un renouvellement total de l’histoire de la justice. Toutes les institutions sont traitées. Les périodes de répression politique sont surtout étudiées, et il y a un début d’intérêt pour le en tant que tel. Les lacunes sont donc diminuées par les historiens du (étude de l’histoire des juridictions communes : justice de paix, contentieux civils, ensemble du personnel participant à un moment à la justice, etc.).

Au , on a une période de synthèses. Les auteurs proposent des lectures sur l’histoire de l’institution, le personnel dans ses rapports avec la société et l’État, l’autonomie de la justice par rapport à l’État, l’insertion sociale de la justice, les représentations sociales de la justice.

Aujourd’hui, la plupart des historiens ont une fascination pour les affaires singulières et la micro-histoire. De plus, le droit est étudié dans son contexte, c’est ce qu’on appelle le Contextual Law.

Apports de l'histoire de la justice L’histoire de la justice aide les recherches en histoire politique, sociale, juridique, économique et culturelle (émotions, sensibilités des acteurs de justice). À partir des années 1970 aux États-UnisThierry Delpeuch, Laurence Dumoulin et Claire de Galembert, Sociologie du droit et de la justice, Paris, Armand Collin, 2014, p. 55, l’histoire de la justice est enrichie par les méthodes anthropologiques ainsi que les thématiques diverses de cette discipline.

La sociologie juridique est une façon d’étudier les rapports qui peuvent exister entre le droit et la réalité sociale. La recherche se concentre sur l’étude des contextes des faits juridiques ainsi que sur le développement de son système afin d’analyser ses effets sur le système socialAndré-Jean Arnaud et Maria José Farinas Dulce, Introduction à l’analyse sociologique des systèmes juridiques, Bruxelles, Bruylant, 1998, (Manuel de l'Académie européenne de théorie du droit (FUSL et KUB). De cette nouvelle manière de penser ont découlé plusieurs courants.

L’approche culturelle est la méthode qui vise à montrer qu’au sein d’un même groupe social, tout le monde ne partage pas les mêmes normes culturelles. Une culture étant un ensemble de normes, d’idées, de valeurs, etc., dans lequel un groupe d’individus se reconnaît. Cette pluralité de culture démontre qu’il existe une multitude de représentations juridique au sein d’une collectivité, d’un pays, etc. Cela diffère de l’ancienne approche qui donnait un caractère statique à la culture juridique Thierry Delpeuch, Laurence Dumoulin et Claire de Galembert, Sociologie du droit et de la justice, Paris, Armand Collin, 2014, .

Depuis les années 1990, l’histoire politique est renouvelée dans ses méthodes. En effet, on porte désormais plus d’intérêt aux opinions et pratiques politiques qu’aux événements.

L’histoire de la justice permet par ses différentes archives de procès, témoignages de conflits, de soulever des caractéristiques de la société. Le droit et la justice permettent de relever les axes fondamentaux de l’histoire sociale. Cela étant visible par les conventions, procédures codes de savoir-vivre. Les archives judiciaires servent de base pour l’étude des réactions sociales et politiques de l’État (grèves, militants politiques). L’histoire de la justice aide également l’histoire sociale en laissant une plus grande place aux classes sociales.

De plus, la microhistoire veut rendre compte de l’expérience des acteurs sociaux et de leur vécu. Une autre tendance est celle de l’histoire des vies ordinaires, celle des humbles dont on retrouve la trace dans les archives judiciaires et policières.

Sources