Jean-Jacques Perret, né le à Béziers. et mort le à Paris, est un coutelier français.

Biographie vignette|Maison natale de Perret à Béziers. vignette|Le rasoir à rabot de Jean-Jacques Perret. vignette|Planche des Brise Pierres de . vignette|Planche du Tire-Tête de . vignette|Planche du Porte Fronde de et des Ciseaux pour couper le cordon ombilical. vignette|Planche des instruments de et des Ciseaux pour couper le cordon ombilical. vignette|Planche des instruments pour couper le filet, et de ceux pour l’inoculation.

Fils de Jeanne Limoges et d’Étienne Perret, lui-même coutelier, le jeune Jean-Jacques, a grandi rue Descente de la Citadelle.Cette maison porte aujourd’hui le ., destiné à prendre l’état de son père qu’il a appris, pour ainsi dire, dès l’enfance. Parvenu à l’âge de , à la fin de son apprentissage, il est parti faire son tour de France, parcourant les principales villes du midi, voyageant à pied, portant lui-même son bagage.

Ambitionnant de monter à Paris, après s’être fait la main en province, il a pris le chemin de la capitale dès qu’il a senti qu’il pouvait sans crainte se présenter dans un grand atelier. À son arrivée, âgé de , son premier soin a été de se présenter chez le maitre coutelier le plus habile et le plus renommé de la capitale. Le contremaitre de l’atelier, exclusivement composé d’ouvriers expérimentés, a refusé de l’admettre sans même mettre son savoir à l’épreuve. Il est alors allé supplier le patron lui-même de l’admettre. Ce dernier fabriquant principalement des outils de chirurgie, spécialité peu familière à Perret, le contremaitre lui a ordonné de fabriquer une lancetteLa lancette que Perret a exécuté pour son début était une lancette à grains d’orge ; c’était alors une des plus difficiles à œuvrer., instrument dont la facture exigeait les plus grands soins et les connaissances les plus étendues sur la manipulation de l’acier. Cette tâche ne pouvant être confiée à la main peu exercée d’un apprenti, celui-ci devait y échouer, et son renvoi de l’atelier était assuré. Or, sans proférer une parole, celui-ci s’est mis à la tâche et n’a abandonné l’atelier qu’après avoir confectionné l’outil. La perfection de l’instrument était si extraordinaire, la tournure de la lancette si neuve que le contremaitre, qui s’appelait FoucouCe Foucou était un habile ouvrier. Perret n’en parle jamais dans le cours de ses œuvres qu’avec respect. L’amitié de Foucou et de Perret est devenue si forte que pour ne pas avoir à lutter l’un contre l’autre, Foucou s’est décidé à aller s’établir à Marseille. Très renommé pour les instruments destinés à arracher les dents, il en a inventé plusieurs. Son neveu a été un des plus habiles chirurgiens dentistes de l’époque., est devenu son ami et son protecteur. Les ouvriers de l’atelier lui ont également décerné l’instrument qu’il avait si avantageusement perfectionné, pour le récompenser.

La fabrication des instruments de chirurgie étant la partie la plus noble de l’art du coutelier, il ne pensait qu’à faire progresser ce savoir-faire. Comme il était indispensable d’opérer lui-même sur le cadavre, et effectuer presque toutes les opérations du chirurgien, en leur présence, pour parvenir à son but, il a assisté sans mot dire au cours d’anatomie de l’école de Médecine de Paris. Recueillant, dans un coin de l’amphithéâtre, les explications du professeur, son assiduité a néanmoins frappé cependant un étudiant en médecine Claude-Nicolas Le Cat, qui devait devenir le chirurgien si connu. Un jour qu’à l’atelier de dissection, Lecat se plaignait de son scalpel, Perret s’est avancé vers lui pour lui en offrir un de sa fabrication. Lecat, ayant admiré le fini de l’instrument, lui a demandé qui lui était et pour quoi il suivait les cours de dissection. Perret lui ayant répondu qu’il était ouvrier coutelier desireux de se perfectionner dans la fabrication des instruments de chirurgie, mais qu’il était trop pauvre pour pouvoir se livrer lui-même à des dissections, Le Cat lui a répondu :

Le projet de l’ouvrier coutelier a longtemps alimenté les conversations à l’École de Médecine de Paris. Le docteur Morand, censeur royal et inspecteur des hôpitaux militaires, ayant désiré le connaitre, lui a bientôt accorder sa protection. Aucune opération majeure n’était entreprise sans que Perret ne soit prévenu. Le Docteur Morand lui a même permis d’opérer sous ses yeuxCet éminent chirurgien a également compté au rang des protecteurs les plus dévoués de Perret, lui facilitant les moyens de faire des expériences, et d’opérer sur le cadavre. Il a d’ailleurs été nommé membre de la commission chargée d’examiner la seconde partie de l’Art du Coutelier..

En 1753, devenu anatomiste distingué, âgé de , contre toutes sollicitations de Le Cat qui l’engageait fortement à se faire recevoir chirurgien.Lecat entretenait une correspondance suivie avec Perret. En 1763, il lui écrivait : « je voudrais, à la honte des chirurgiens de Paris qu’il prit envie à quelque grand seigneur de se faire tailler par vous, et que vous devinssiez le grand lithotomiste de la capitale., il a demandé à être reçu maitre au prévôt des couteliers de Paris. Sa réputation était telle qu’il a été reçu à l’unanimité. Il avait même été dispensé, comme fils de maitre, du chef-d’œuvre, mais il a déclaré formellement qu’il ne voulait jouir d’aucune dispense et qu’il exécuterait un travail pour être soumis à l’approbation des jurés gardes. Il a, pour ce faire, présenté à ses collègues une coupe en acier, qui a été conservée dans les archives de la prévôté, comme un modèle du genre. Comme de raison, les statuts des maitres couteliers stipulant que la maitrise en corps octroie à chaque récipiendaire le sujet du poinçon particulier que chaque nouveau maitre devait adopter et qui devait être apposé sur chaque ouvrage sorti de ses mains, le corps des couteliers, après délibération, lui a recommandé, le de faire figurer sur son poinçon, comme sur son enseigne, une coupe.

Son établissement comme maitre coutelier a été suivie de celle de son mariage, dont il a eu une fille, qui est devenue l’épouse d’un maitre coutelier. Son atelier, jusqu’au moment de son décès, fut toujours situé. Son magasin de la rue de la Tixéranderie est devenu en peu de temps le plus achalandé de la capitale. La France, l’Italie, la Savoie, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne, la Russie lui ont payé leur tribut. La fabrication des instruments de chirurgie était continuelle ; vingt ouvriers ne pouvaient suffire à toutes les demandes. Perret a néanmoins entrepris de laisser son nom à la postérité en reproduisant les instruments de chirurgie des anciens. Après huit années de travaux, il a réussi à recomposer l’arsenal des instruments de chirurgie de l’antiquité et des temps modernes. En 1761, il a acquis l’estime et la gratitude de l’Académie royale de chirurgie en présentant à son approbation de la collection la plus complète qui ait existé des instruments chirurgicaux tant anciens que modernes. Il a alors été désigné à tous les médecins opérants comme l’homme qui joignait les qualités supérieures de l’homme instruit à l’habileté du fabricant. L’Académie des Sciences lui a, en outre, marqué sa confiance en lui soumettant dès lors tous les essais des pièces d’acier qui lui étaient présentés. Elle adoptait aussi sans restriction le rapport qu’il lui transmettait.

Il a été, à de nombreuses reprises, nommé à l’élection jurégarde, et il a exercé pendant longues années les fonctions de premier prévôt de la maitrise des couteliers. Il a mené des études sérieuses sur toutes les parties de l’art du coutelier, améliorant les procédés les plus usuels, descendant aux détails les plus minutieux lorsqu’il pensait que ses investigations auraient pour résultat le soulagement de l’humanité. C’est ainsi qu’il a consacré l’année à des perfectionnements à introduire dans la forme et la fabrication des rasoirs. Selon celui-ci :

Pour résoudre ce problème, il s’est inspiré du rabot de menuisier pour ajuster un fût de bois à une lame de rasoir. Après avoir découvert le point fixe de la sortie du tranchant hors du fût et l’inclinaison que la lame devait avoir sur le visage, il est parvenu, à force de soins, à élaborer un rasoir qu’on a nommé « à rabot », très commode pour apprendre aux individus désirant se raser eux-mêmes, mais qui peu accoutumés au maniement des instruments tranchants redoutaient l’approche du rasoir sur le visage ou ceux qui appréhendaient la main des barbiers, à se raser eux-mêmes. Au terme de très nombreux essais de l’instrument tous réussis, il s’est adressé au rédacteur au Mercure de France, Pierre-Antoine de La Place, qui en a donné la description et prôné les avantages.. Les rasoirs de Perret sont devenus à la mode en France et à l’étrangerLe public venait à peine de prendre connaissance de cette invention, qu’un coutelier du nom de Moreau, devançant la publication de l’annonce dans le Mercure, s’est s’attribué, dans l’Avant-coureur, la découverte du rasoir à rabot, en envoyant quelqu’un acheter dans les ateliers de Perret, un rasoir de la nouvelle espèce, en se disant l’envoyé de La Place, du Mercure, qui a pris la défense de Perret. La Communauté des Couteliers voulait enlever sa maitrise à Moreau, mais Perret s’y est opposé, n’exigeant qu’une simple rétractation dans les feuilles du jour.. Le débit des rasoirs à rabot a été tel que pendant plus de six mois, cette seule fabrication a employé six ouvriers. La vogue n’en cessé dans les ateliers de Perret, que lorsque les couteliers de province se sont avisés d’utiliser ces rasoirs de nouvelle invention.

Patient dans ses recherches, Perret ne se livrait jamais à la confection d’un instrument de chirurgie, sans chercher à connaitre quels étaient les perfectionnements dont il était susceptible. Si l’auteur de l’instrument était vivant, il se mettait en rapport avec lui, et lui faisait part de ses découvertes. Si l’instrument avait une date ancienne, il le livrait au public avec des modifications qui recevaient toujours la sanction des corps savants. En , il était occupé à fabriquer un instrument du chirurgien Tenon, destiné à faire la section de la cornée transparente, dans l’opération de la cataracte. Cet outil avait déjà reçu la dernière main de l’ouvrier, et allait disparaitre de l’établi lorsque Perret s’est avisé qu’un tel instrument pouvait encore mieux fendre que percer. Il l’a utilisé avec succès pour ouvrir les paupières d’un chaton qui restaient fermées. Ce nouvel emploi que l’on pouvait faire de l’instrument du chirurgien Tenon, a fait l’objet d’un Mémoire adressé à l’Académie des Sciences, qui l’a consigné dans son recueil, dans la mesure où le traitement pouvait également s’appliquer aux humains.