L’Athamanie est une région de Grèce antique, dans l'Épire méridionale, sur le versant nord du Pinde, aux confins de l'Acarnanie. Ses habitants sont appelés Athamanians ou Athamanes ().

vignette|The Fury of Athamas est un groupe en marbre représentant le meurtre de Léarque par son père Athamas rendu fou par la déesse Héra. Il fut réalisé entre 1790 et 1794 par le sculpteur britannique John Flaxman. Elle est actuellement conservée à la Ickworth Hous et fait partie des collections du National Trust for Places of Historic Interest or Natural Beauty.

Origines

Le nom viendrait du héros de la mythologie grecque Athamas (en grec ancien / ), fils d'Éole, roi de Béotie, époux d'Ino. Athamas et Ino auraient été chargés par Hermès de protéger Dionysos pour le soustraire à la jalousie d'Héra, mais celle-ci les retrouve et les frappe de folie. Prenant son fils Léarque pour un cerf, Athamas le pourchasse et le tue. Contraint à l'exil serait allé demander conseil à l'oracle de Delphes qui lui aurait conseillé de s'installer là où des bêtes sauvages l'inviteraient à leur repas. En Thessalie, il aurait croisé des loups qui dévoraient un mouton et qui s'enfuient à son approcheApollodore, Bibliothèque, I, 9, 1-2.. Il aurait alors fondé la cité d'Alos, devenant le roi de la contrée alentour qui prit son nom l'AthamantieAnne-Claire Soussan, La figure d'Athamas dans la mythologie gréco-latine, thèse sous la direction de Pierre Chuvin, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2006.. Le roi des Athamanes, Amynandros, utilisa, en 203 av. J.C., cette origine légendaire dans une lettre à la cité ionienne de Téos afin d'affirmer la grécité de son peuple qui était alors en débat dans le monde grecCharles Welles, royal Correspondence in the Hellenistic period, a study in greek epigraphy, « L’ERMA » di Bretschneider, Rome, 1966, ..

L'Athamanie et ses alliances militaires au Resté largement absent des sources littéraires et épigraphiques, ce n'est qu'au que le peuple montagnard des Athamanes sort de son anonymat. Bien que leur rôle soit secondaire et que leurs apparitions dans les sources littéraires soient anecdotiques, ils sont cités à plusieurs reprises dans le récit historique de Diodore de Sicile. Par trois fois l’auteur les place dans une énumération de peuples appartenant à la même aire géographique et intégrant une nouvelle alliance militaire. Ces quelques passages présentent l’activité diplomatique et militaire de ce peuple entre 395 et 323 et prouve qu'il n'était alors pas déconnecté du reste du monde grec.

Diodore écrit dans un premier temps qu’en 395, durant la guerre Béotique, qui précède la guerre de Corinthe, les Athamanes et leurs voisins Énianes quittent l’alliance de Sparte pour rejoindre le camp du Béotien IsméniasDiodore de Sicile. Bibliothèque historique, XIV, 82, 7.. En 375, l'expédition victorieuse du stratège athénien Thimotée à Corcyre fait passer les Athamanes (et d'autres peuples épirotes) dans le camp des AthéniensCornelius Nepos, Vie de Timothée, II.. Puis, en 355, au cours de la troisième guerre sacrée, qui voit l’intervention de Philippe II de Macédoine dans les affaires des Grecs, les Athamanes rejoignent (avec les périèques de la Thessalie : les Énianes, la Doride, la Dolopie, l'Achaïe Pthiotis et la Magnésie) l’alliance de Thèbes contre celle des Phocidiens, d’Athènes et de SparteDiodore de Sicile. Bibliothèque historique, XVI, 29, 1.. Enfin, on les retrouve une dernière fois lors de la guerre Lamiaque qui oppose le régent macédonien Antipatros à une partie de la péninsule grecque révoltée, au lendemain du décès d’Alexandre en 323Diodore de Sicile. Bibliothèque historique, XVIII, 11, 1.. Les Athamanes sont de nouveau cités au côté des Enianes et des Dolopes, s’alliant cette fois avec Athènes et les Étoliens contre les Macédoniens.

Aucun de ces extraits ne s’intéresse à l’histoire des Athamanes, ils ne font que citer l’existence de ces derniers. Cependant ils nous donnent à penser que c'est probablement vers le début du que les populations pastorales perchées sur les hauteurs situées entre le territoire des Molosses et la plaine thessalienne s'organisèrent en koinon afin de pouvoir mieux s'affirmer face aux enjeux géopolitiques de la fin de l'époque classique au début de l'époque hellénistique.

L'Athamanie et le royaume des Eacides (295-232) vignette|324x324px|Pyrrhos 1er est un roi d'Epire de la famille des Eacides et un parent éloigné d'Alexandre III le Grand. Grand conquérant, il parvient à se faire céder de nombreux territoires, parmi lesquels l'Athamanie, par le roi antipatride, Alexandre V. La disparition des Athamanes dans les sources à partir de 325 est probablement due à l'intégration de la région qu'ils occupent au territoire de la grande Épire du roi éacide Pyrrhos à partir de 295.

Il est probable en effet, étant donné son emplacement géographique, son peuplement épiroteStrabon, VII, 7, 8. Le Géographe les cite comme l’un des onze peuples d’Épire. et son intérêt géostratégiqueIl contrôle la principale voie d’accès terrestre entre la mer Ionienne et la plaine thessalienne. De plus, son relief escarpé forme une frontière naturelle entre l’Épire et le Thessalie. que la région fit partie des territoires épirotes du massif du Pinde cédés par Alexandre V de Macédoine à Pyrrhos en 295C’est en tout cas ce que proposent Pierre Lévêque et Pierre Cabanes. Pierre Lévêque, Pyrrhos, Bibliothèque de l’École française d’Athènes et de Rome, fasc., Paris, E de Boccard, 1957, ; Pierre Cabanes, l’Épire de la mort de Pyrrhos à la conquête romaine, 272-232, Annales littéraire de l’université de Besançon, Paris, 1976, .. Mais cette date sert surtout de convention puisque aucune source ne nous rapporte l’adhésion de l’Athamanie au royaume de l’Éacide. D’après Pierre Lévêque, « il faut croire que la liste des acquisitions de Pyrrhos sur la Macédoine donnée par PlutarquePlutarque, Pyrrhos, 6, 4. n’est pas exhaustive »Pierre Lévêque, Pyrrhos, Bibliothèque de l’École française d’Athènes et de Rome, fasc., Paris, E de Boccard, 1957, car, si elle mentionne les régions frontalières de l’Athamanie au nord et au sud, elle ne cite jamais l’espace en lui-même. L’absence de documentation littéraire ou épigraphique nous empêche de bien connaitre la place de l’Athamanie dans le royaume épirote à partir de cette date ni même de savoir quel fut l’impact pour le territoire et la population athamane de son intégration au royaume des Éacides. Il nous est seulement possible d’imaginer que l’annexion de cet espace montagneux avait dû permettre à Pyrrhos de consolider la frontière de son royaume avec la Thessalie tout en lui permettant, au besoin, d’avoir accès à une route rapide bien que dangereuse entre Ambracie, dont il avait fait sa capitale, et la plaine thessalienne. Ce contrôle de voie de communication devait être alors important pour le Molosse. Cela lui permettait en effet de devenir le seul maître des passages terrestres entre la Grèce continentale et la mer Ionienne étant donné que la route reliant la Macédoine à l’Épire, dans la région située entre le nord de l’Athamanie et le sud de la Tymphaia, était tombée la même année sous son contrôle. Cependant à part ces quelques suppositions sur l’intérêt logistique qu’aurait pu représenter la domination de l’espace athamane par les rois éacides il n’est pas possible d’aller plus avant sur le terrain du sort réservé à l’Athamanie entre 295, année de la possible annexion par Pyrrhos, et 232, date de la chute du pouvoir éacide en Épire.

Le royaume athamane, entre la Macédoine de Philippe V et Rome dans le tournant du L’Athamanie connaît à la fin du troisième siècle un véritable âge d'or sous l’impulsion de l'ambitieux roi Amynandros et de son Philos Philippe de Mégalopolis.

Largement absente des sources littéraires qui traitent du premier siècle de l'époque hellénistique, c'est sous la forme d’une royauté que l'Athamanie renaît en 221 sous la plume de PolybePolybe, IV, 16.. La couronne athamane est alors déjà bien implantée dans la région et a tissé des liens diplomatiques forts avec ses voisins. Polybe présente le roi Amynas d'AthamanieM.-F. Baslez, La Monarchie Athamane de la fin du au début du , in, Pierre Cabanes, L'Illyrie méridionale et l’Épire dans l'Antiquité : actes du colloque international de Clermont-Ferrand, 22-25 oct. 1984, Éditions Adosa, Clermont-Ferrand, 1987, p. 167 ; P. Cabanes, l’Épire de la mort de Pyrrhos à la conquête romaine, 272-232, Annales littéraire de l’université de Besançon, Paris, 1976, p. 201 ; G. Macurdy, « Hektor in Boeotia », in The Classical Quarterly, Vol. 20, N° 3/4., 1926, p. 180 ; S. I. Oost, « Amynander, Athamania and Rome », in Classical Philology, Vol. 52, n°1, The University of Chicago press, 1957, p. 3 ; C. Welles, royal Correspondence in the Hellenistic period, a study in greek epigraphy, « L’ERMA » di Bretschneider, Rome, 1966, p. 154. D. Braund, « Three Hellenistic Personages: Amynander, Prusias II, Daphidas », in The Classical Quarterly, Vol. 32, No. 2 (1982), p. 350 ; F. Stähelin, « Theodoros, 11 », in Paulys Realencyclopädie der Classischen Altertumswissenschaft, Alfred Druckenmüller verlag in Stuttgart, 1934, col. 1807. F. W. Walbank, A historical Commentary on Polybius, Vol. 1, Oxford at the clarendon press, 1957, p. 463-464. De G. Macurdy à Wells en passant par P. Cabanes, S. I. Oost et M.-F. Baslez nombreux sont ceux qui ne font aucune différence entre Amynas et Amynandros. F. Stähelin, F. W. Walbank et D. Braunde, qui toutefois n’écartent pas complètement la théorie, émettent la possibilité qu’il s’agisse de deux personnages distincts tout en évoquant une probable filiation. À notre sens il s'agit bien de deux rois ayant vécu à deux périodes différentes. Puisque si leur nom sont bien similaires il ne peut s'agir d'un diminutif comme le pensait G. Macurdy puisque la pseudo-abréviation « Amynas » n'est utilisée que chez Polybe à une occasion en 221 alors qu’Amynandros garde son nom dans sa forme longue tout au long du récit de l’historien entre 200 et 189. De plus ni Tite-Live ni Appien, ni aucun autre antique ayant évoqué le roi de l’âge d’or athamane ne l’appellent autrement qu’Amynandros pour les Grecs et Amynander pour les Latins. comme un parent de Skerdilaïdas d'Illyrie, le régent du royaume Ardéiens de Pinnes. Toujours d'après l'historien grec c'est lui qui devait organiser la rencontre de Naupacte qui devait voir s'allier (pour bien peu de temps) les stratèges de la confédération étolienne et le royaume d'illyrie. C'est tout ce qui nous est parvenu de ce personnage mais on voit, de par sa politique d'alliance, que le jeune monarchie athamane a très vite su créer son réseau diplomatique en s'accordant avec les puissances émergentes de Grèce Occidentale.

D'après les rares sources épigraphiques dont disposent les historiens concernant la monarchie athamane, le règne d'Amynas aurait été suivi par celui d'un roi du nom de Théodoros. Une datation du commencement de son règne ne peut être établie avec certitude. Il n’apparaît que dans deux inscriptions. La première est une lettre à la cité ionienne de Téos, reconnaissant l'Asilya et l'Aphorologesia du sanctuaire de Dionysos, la seconde est une liste de Théorodoques de DelphesC. B. Wells, Royal corespondance in the hellenistic period, a study in greek epigraphy, “L’ERMA” di BRETSCHNEIDER, Rome, 1966, p152-156 et IG, IV, 617. A. Plassart, Inscriptions de Delphes, la liste des Théorodoques, BCH, 45, 1921, p. 1-85.. Peut-être faut-il aussi voir en lui le fondateur de la cité de Theudoria mentionnée par Tite-LiveTite-Live, XXXVIII, 1-1.. Son absence des sources littéraires montre que même durant son règne, dont on ne sait rien par ailleurs, c'est probablement Amynandros qui fut le garant de la politique internationale. Son nom est associé à celui de Théodoros sur les deux documents épigraphiques. Bien qu'il ne soit pas désigner par le titre royal, Amynandros est le seul considéré comme roi par la documentation littéraire.