Bayt Jibrin (, également translittéré Beit Jibrin ; en hébreu : בית גוברין, Beit Gubrin), est un ancien village arabe palestinien qui était situé à au nord-ouest de la ville d'Hébron. Le village avait une superficie totale de 56 185 dounams, soit Village Statistics, Government of Palestine. 1945. cité dans Hadawi, 1970, p.50Village Statistics, Government of Palestine. 1945. cité dans Hadawi, 1970, p.143.
Au avant notre ère, le village faisait partie du royaume de Juda. À l'époque du roi Hérode, la ville était le centre administratif du district d'Idumée. Après les désordres de la première guerre judéo-romaine et la révolte du Bar Kokhba, la ville est devenue une colonie romaine florissante et un centre administratif majeur connu sous le nom d'Eleutheropolis. Au début du , Bayt Jibrin est conquis par les forces musulmanes dirigées par Amr ibn al-As. Sous les Croisés, au , elle est connue sous le nom de Beth Gibelin et compte , chiffre à comparer aux que compte un village moyen de l'époqueThe Fall of the Latin Kingdom of Jerusalem, Joshua Prawer, Israël Argosy, , Jerusalem Post Press, Jerusalem, 1956. Les mamelouks s'emparent de la localité puis les Turcs ottomans. Au , la famille al-'Azza prend le contrôle de Bayt Jibrin et tente sans succès de se rebeller contre les Ottomans, ce qui conduit à l'exil et à l'exécution des dirigeants locaux.
Sous le mandat britannique de la Palestine, Bayt Jibrin redevient un centre régional pour les villages environnants. La ville est prise par les forces israéliennes pendant la guerre de 1948, ce qui pousse les habitants à fuir vers l'Est. Aujourd'hui, de nombreux réfugiés de Bayt Jibrin et leurs descendants vivent dans les camps de Bayt Jibrin et de Fawwar, dans le sud de la Cisjordanie. Le kibboutz de Beit Guvrin a été créé sur les terres de Bayt Jibrin en 1949. Les grottes de Bayt Jibrin ont été classées au patrimoine mondial de l'UNESCORegion of the Caves & Hiding: bet Guvrin-Maresha. UNESCO World Heritage Centre..
Toponymie La ville a porté de nombreux nom au fil des siècles. Son nom araméen Beth Gabra, utilisé par le géographe Ptolémée sous la variante grecque Βαιτογάβρα (Baitogabra), se traduit par « la maison de l'homme [fort] » ou « la maison du puissant »Sharon, 1999, p.109, selon Robinson, 1856, nn, 1 and 6.. Une signification voisine peut être vu dans le nom d'un roi édomite : Ḳaus-gabri ou Kauš-Gabr, trouvé sur une inscription de Tiglathpileser IIIPeters, 1905, . Les Romains lui donnent ensuite le nom grec Eleutheropolis (Ἐλευθερόπολις), qui signifie "ville des libres"Biblical Researches in Palestine and the Adjacent Regions: A Journal of... Edward Robinson, Eli Smith. Dans la table de Peutinger datée de 393 ap. J.-C., Bayt Jibrin est nommé Beitogabri. Dans le Talmud, compilé entre les , il est fait mention de Beit Gubrin (ou Guvrin). Pour les Croisés, il s'agit de Bethgibelin ou GibelinJean Richard (1921) "The Crusaders c1071-c1291" réédité en 2001 Cambridge University Press The Guide to Israël, Zev Vilnay, Hamakor Press, Jerusalem 1972, . Un autre nom de la période médiévale pourrait être Beit Jibril, ce qui signifie "maison de Gabriel". En arabe, Bayt Jibrin ou Jubrin (بيت جبرين) signifie « maison du puissant »Khalidi, 1992, .., ce qui fait écho à la signification du toponyme araméen et la ville a été probablement appelé Bayt Jibrin ou Beit Jibril tout au long de la domination des diverses dynasties musulmanes.
Histoire
Âge du fer Les artefacts les plus anciens trouvés lors des fouilles remontent à l'âge du fer, époque à laquelle la ville judéenne de Marésha se dresse sur le tell connu en arabe sous le nom de Tell Sandahanna et en hébreu sous le nom de Tel MareshaAvraham Negev and Shimon Gibson (editors), Archaeological Encyclopedia of the Holy Land, Continuum 2001, .. Cela correspond aux mentions de Maresha dans la Bible hébraïque. Cependant, d'après le folklore local, l'ancien village arabe de Bayt Jibrin a d'abord été habité par des CananéensKhalidi, 1992, Nashashibi, 1997, Bayt Jibrin Before 1948 Center for Research and Documentation of Palestinian Society, Birzeit University.. Après la destruction du royaume de Juda en 586 , Maresha fait partie du royaume édomite. Durant la période achéménide tardive une communauté sidonienne s’installe à Maresha et la localité est mentionnée dans les papyrus de Zénon (259 ). Pendant la révolte des Maccabées, Maresha constitue une base depuis laquelle des attaques contre la Judée sont lancées et subit des représailles de la part des Maccabées. En 112 , Maresha est conquise et détruite par le roi hasmonéen, Jean Hyrcan , à la suite de quoi la région d'Idumée (le nom grec d'Édom) demeure sous contrôle hasmonéen, les Idouméens étant forcés de se convertir au judaïsme. En 40 , les Parthes dévastent complètement la place forte, qui ne sera jamais reconstruite. Après cette date, Beit Guvrin succède à Maresha en tant que centre régional.
Périodes romaine et byzantine
Au cours de la première guerre judéo-romaine (), Vespasien massacre ou asservit les habitants de Betaris. Selon Flavius Josèphe : « Après s'être emparé de deux villages situés au beau milieu d'Édom, Betaris et Caphartobas, il tua plus de dix mille personnes et en mena en captivité plus de mille, dispersant le reste de la multitude et il mit à contribution une part non négligeable de ses propres forces, qui envahirent et dévastèrent tout le pays montagneuxJosephus, De Bell. Jud., IV.viii.1. »
Cependant, elle reste une ville habitée par les Juifs jusqu'à la révolte de Bar Kokhba (132-135 de notre ère). vignette|Ancienne voie romaine menant de Jérusalem à Beit Gubrin, elle est parallèle à la route israélienne 375. Septime Sévère, empereur romain de 193 à 211 accorde le statut municipal à la citéThe City of Eleutheropolis Kloner, Amos. Studium Biblicum Franciscanum - Jerusalem. 2000-12-16., et la renomme Eleutheropolis ce qui signifie « Ville des libres ». Il exempte ses citoyens de l'impôtSharon, 1999, p.111. Les pièces frappées par l'empereur, portant la date du janvier 200, commémorent cette fondationCatholic Encyclopedia, s.v. "Eleutheropolis".. Eleutheropolis, couvre une superficie de , elle est donc plus vaste à l'époque qu'Aelia Capitolina, la ville romaine construite sur les ruines de la Jérusalem juive. La cité prospère sous les Romains qui édifient des bâtiments publics, des installations militaires, des aqueducs et un grand amphithéâtre. Vers la fin du apr. J.-C., le rabbin Judah Hanassi améliore la condition des citadins juifs en libérant la ville de l'obligation de payer la dîme sur les produits cultivés localement et de l'observation des lois de la septième année. Il base ses décisions sur le fait que la région n'a pas été peuplée par les juifs revenant de captivité babylonienneTalmud de Jérusalem, Demai 2:1. La région de Beit Jibrin (Eleutheropolis) n'étant généralement pas considérée comme ayant été peuplée par les Juifs retournant de l'exil babylonien, la région n'avait pas le même statut que d'autres zones de la Terre d'Israël.. La Vie d'Epiphane de Salamine, né dans une famille chrétienne près d'Eleutheropolis, décrit l'environnement général de la Judée tardiveThe Panarion of Epiphanius of Salamis: Book I (Sects 1-46) By Epiphanius, Epiphanius of Salamis, Ttraduit par Frank Williams BRILL, (1987) p xi. Le deuxième chapitre de l'ouvrage décrit en détail l'important marché d’EleutheropolisSafrai, Zeev (1994) The Economy of Roman Palestine Routledge, . Sept routes se croisent dans la citéAmos Kloner, 1999. "The City of Eleutheropolis" in The Madaba Map Centenary 1897-1997, (Jerusalem) .. Eusèbe de Césarée, dans son Onomasticon, utilise les jalons romains signalant la ville comme point central à partir duquel les distances vers les autres villes sont mesurées. La carte de Madaba (datée de 542 à 570 ap. J.-C.) indique Eleutheropolis comme une ville fortifiée comprenant trois tours, une rue incurvée comprenant une colonnade dans sa partie centrale et une basilique imposante. Au centre se trouve un bâtiment doté d'un dôme blanc-jaune reposant sur quatre colonnes Madaba Map Online. La dernière mention d'Eleutheropolis dans les sources antiques se retrouve sur une carte routière (itinerarium) d'Anonyme de Plaisance datée d'environ 570Anonymus Placentinus Itinerarium 32.
Aux de notre ère, le christianisme pénètre la cité en raison de sa situation sur la route menant de Jérusalem à Gaza. Le premier évêque de la ville, Joseph Barsabas, est l'un des Septante disciples de Jésus. En 325, Eleutheropolis est le siège de l'évêque Macrinus qui, cette année-là, assiste au premier concile de Nicée. Épiphane de Salamine, évêque de Salamine à Chypre, est né à Eleutheropolis. Il établit à proximité un monastère qui est souvent mentionné dans les polémiques opposant Jérôme avec Rufinus et Jean, l'évêque de Jérusalem. Beit Guvrin est mentionné dans le Talmud aux , signalant un renouveau de la communauté juive à cette époque. La tanna Judah b. Jacob et l'amora Jonathan (appelé dans le Talmud « Yonatan me-Bet Guvrin » c'est-à-dire Jonathan de Bet Guvrin) habitent la ville. La région, connue dans le Talmud sous le nom de Darom, correspond à la région d’Eleutheropolis"Encyclopedia Judaica", Bet Guvrin, , Keter Publishing, Jerusalem, 1978Al-Maqdisi, Description of Syria, Including Palestine, ed. Guy Le Strange, London 1886, . Les fouilles effectuées à Eleutheropolis signalent une ville prospère et confirment la présence de juifs et de chrétiens dans la région. Elle est décrite comme l'une des cinq « cités d'excellence » de la Palestine par l'historien romain du , Ammianus Marcellinus. Le territoire sous l'administration d'Eleutheropolis englobe la plus grande partie d'Edom, comprenant les districts de Bethletepha, Edom ouest, Hébron et jusqu'à Ein Gedi, soit plus de 100 villages.
Début de la période arabo-musulmane
L'historien musulman Al-Balâdhurî (806-892) mentionne Bayt Jibrin, le nom qui est donné à la cité par les Arabes après la conquête musulmane du Levant, comme l'une des dix villes de Jund Filastin, le district militaire de Palestine conquis par l'armée musulmane du califat des Rachidoune sous le règne d'Amr ibn al-As au cours des années 630. Al-Balâdhuri écrit aussi qu'Amr ibn al-As s'est octroyé un domaine à Bayt Jibrin, qu'il a nommé 'Ajlun, en l'honneur de l'un de ses hommesLes localités conquises incluent "Ghazzah (Gaza), Sabastiyah (Samaria), Nabulus (Shechem), Kaisariyyah (Cæsarea), Ludd (Lydda), Yubna, Amwas (Emmaus), Yafa (Joppa), Rafah, et Bait Jibrin". (Bil. 138), cité dans Le Strange, 1890, . Les Analecta Bollandiana de 1904 relatent qu'en 638, l'armée musulmane a décapité, à Bayt Jibrin, cinquante soldats de la garnison byzantine de Gaza ayant refusé d'abandonner leur foi chrétienne, Ils seront ensuite inhumés dans une église construite en leur honneurAnalecta Bollandiana 1904, pp. 289f, cité dans Siméon Vailhé, "Eleutheropolis" in Catholic Encyclopedia (New York 1909).. Au début de la Grande discorde opposant Ali à Muʿawiya pour la position de calife, al-'As a quitte Médine dans le Hedjaz et s'établit à Bayt Jibrin avec ses deux fils, Muhammad et Abdullah. Ce dernier y meurtSharon, 1999, 115. Citant Al-Balâdhurî, al-Waqidi et Yaqut al-Hamawi..
En 796, Bayt Jibrin est détruite par des tribus bédouines, qui cherchent à lutter contre l'influence chrétienne dans la région, au cours d'une guerre civile entre des fédérations de tribus arabes. Selon un moine nommé Stephen, la cité « a été dévastée et ses habitants emmenés en captivité »Eleutheropolis - (Bayt Jibrin), Studium Biblicum Franciscanum - Jerusalem. 2000-12-19.. Cependant, en 985, la ville, alors placée sous la domination des Abbassides, semble s'être rétablie, à en juger par les écrits du géographe musulman al-Muqaddasi :
Période des Croisés et des mamelouks
droite|vignette| Vestiges de l'église des croisés à Bayt Jibrin, 2009.