La littératie médiatique, de l'anglais Media Literacy, est une notion scientifique désignant la capacité à accéder, analyser et comprendre l'ensemble des médias, mais également les outils d'information et de communication. Cela permet d'être critique face à la construction et le contenu de ces médias et à les utiliser dans tous les contextes. Par le biais de l'éducation aux médias, toute personne peut devenir « littérée » médiatiquement.

Concept

Origines du concept La littératie médiatique est la juxtaposition de deux concepts : la littératie et les médias.

La littératie est définie selon l’OCDE comme « l'aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité, en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités ».

Cette question d’alphabétisation plonge ses racines dans le Bas Moyen Âge, après 1452, à la suite de l’invention du procédé typographique par Johannes Gutenberg, Johann Fust et Peter Schoeffer. Des ouvrages populaires religieux ou grammaticaux sont alors rendus publics et permettent l'alphabétisation d'un public plus large. Ensuite, l'enquête Maggiolo en France au sert d’indicateur pour observer la capacité des futurs époux à signer et opérer des actes administratifs comme des contrats de mariage, par exemple.

Elizabeth Daley étend ce concept de littératie aux (multi-)médias. Ce concept définit une personne « littérée » au comme quelqu'un qui se montre capable de lire et d’écrire des médias.

Le concept de média se définit comme « une activité humaine distincte qui organise la réalité en textes lisibles en vue de l’action ».

Des définitions multiples Les auteurs anglo-saxons ont tenté de livrer une définition de ce que représente la littératie médiatique. Chaque auteur ou institution abordé ci-dessous apporte une vision différente à ce concept.

Patricia Aufderheide définit quelqu'un de littéré médiatiquement comme une personne « capable d'analyser, de comprendre les médias imprimés et digitalisés ». Elle ajoute également que « le but fondamental est la critique autonome des médias ». Selon elle, les éducateurs aux médias doivent faire comprendre trois éléments : le processus de production, le texte et le public visé.

La Commission européenne définit la littératie médiatique comme « la capacité à accéder aux médias, à comprendre et évaluer critiquement les différents aspects du média et de son contenu et à créer des communications dans des contextes variés ».

W. James Potter met en avant le fait qu’il n’existe pas de consensus théorique dans le domaine. La littératie médiatique peut ainsi faire l’objet de définitions diverses selon les auteurs. De manière générale, trois problématiques touchent la notion de littératie médiatique. La première concerne la définition d’un média, variable selon l’émetteur du message médiatique. Quant à la définition de littératie, selon Potter, elle nécessite le développement de sept compétences (analyse, évaluation, regroupement, induction, déduction, synthèse, abstraction) ainsi que de cinq sphères de connaissance (sur les effets des médias, le contenu des médias, l’industrie des médias, le monde réel et le soi). Enfin, la définition de l’objectif de la littératie médiatique relève de l'amélioration de la vie des individus, l’éducation scolaire ou l’activisme social.

Potter dégage quatre thèmes communs dans la diversité des définitions: Une insistance sur les effets des médias sur les individus, qu’ils soient positifs ou négatifs ; Une vision de la littératie médiatique comme outil de protection contre les effets négatifs des médias ; La nécessité du développement du champ de la littératie médiatique ; L’aspect multidimensionnel de la littératie médiatique, dont il faudrait analyser les composantes cognitives, émotionnelles, esthétiques et morales. Malgré l’absence de consensus théorique, la définition de Renee Hobbs sur la littératie médiatique prédomine comme étant « la capacité d'accéder à des messages médiatiques, de les analyser, de les évaluer et de les communiquer dans une variété de contextes ».

Sans nier les aspects négatifs des médias tels que l’hypersexualisation ou la banalisation de la violence, Hobbs refuse toutefois de limiter le champ à une vision protectionniste. Cette vision conçoit la littératie médiatique comme un fournisseur d’outils de protection contre les messages médiatiques nocifs à un public passif. Au contraire, Hobbs considère la littératie médiatique comme une forme de pensée critique et comme un outil d’autonomisation. Cette définition tient compte du contexte du Web 2.0 où chacun est à la fois consommateur et créateur de messages médiatiques. La littératie médiatique englobe ainsi les compétences nécessaires pour le codage et le décodage d’un média.

Perspectives critiques sur les médias

La littératie médiatique critique (critical media literacy) vise à analyser et à comprendre les structures de pouvoir qui façonnent les représentations médiatiques et les façons dont le public travaille pour donner un sens à travers des lectures dominantes, oppositionnelles et négociées des médias. Cette perspective s’inscrit dans les quatre approches en éducation aux médias catégorisées par les auteurs Douglas Kellner et Jeff Share avec l'approche protectionniste, l'éducation aux arts médiatiques et le mouvement d'éducation aux médias. L'approche protectionniste (protectionnist approach) considère le public des médias de masse comme vulnérable aux influences culturelles, idéologiques ou morales et nécessitant une protection par l'éducation. L'approche de l'éducation aux arts médiatiques (media art education) se concentre sur la production créative de différentes formes médiatiques par les apprenants. Le mouvement d'éducation aux médias (media education movement) est une tentative de faire sortir les aspects traditionnels de la littératie de la sphère éducative et de les appliquer aux médias.

Plus précisément, Kellner considère la littératie médiatique critique comme une approche de l'enseignement de la littératie qui « se concentre sur la critique de l'idéologie et l'analyse des politiques de représentation des dimensions cruciales du genre, de la race, de la classe et de la sexualité ; intégrant la production de médias alternatifs ; et élargissant l'analyse textuelle pour inclure les questions de contexte social, de contrôle, de résistance et de plaisir ». Cette approche cherche ainsi à questionner et à analyser de manière critique non seulement ces représentations hégémoniques véhiculées par les médias de masse, mais également les relations de pouvoir que ceux-ci entretiennent avec la société. Pour ce même auteur, « les nouvelles technologies de communication sont des outils puissants qui peuvent libérer ou dominer, manipuler ou éclairer et il est impératif que les éducateurs enseignent à leurs élèves comment utiliser et analyser de manière critique ces médias ». Par conséquent, la littératie médiatique critique s’inscrit dans un projet de démocratie radicale et soucieuse de développer des compétences qui amélioreront la démocratisation et la participation ».

L'enjeu de la littératie médiatique critique repose ainsi sur l'éducation des individus en tant que citoyens capables de participer à la démocratie de manière éclairée ; pouvoir comprendre et se rendre compte des moyens par lesquels les médias travaillent pour influencer leur vision du monde, et être capable de les analyser de manière critique.

Cinq concepts fondamentaux de la littératie médiatique

Aux États-Unis, Le Center for Media Litteracy a élaboré un cadre théorique mettant l'accent sur cinq concepts fondamentaux sur lesquels repose la littératie médiatique :

bien que les messages médiatiques nous apparaissent "naturels", ils reflètent une certaine réalité. Ce faisant, certains éléments nous sont présentés alors que d'autres sont délibérément évincés. A ce titre, Henry Giroux considère que les médias choisissent eux-mêmes les éléments structurant la forme et le fond des messages qu'ils diffusent. Une analyse critique des messages médiatiques est alors essentielle pour questionner les choix opérationnalisés par les producteurs d'un message médiatique. parce qu'un message médiatique est construit suivant des choix créatifs et visuels délibérés, celui-ci peut se lire à travers un ensemble de signes permettant sa compréhension. Deux sens d'interprétation peuvent ainsi émerger dans tout message (médiatique ou non) : un sens littéral (la dénotation) et un sens second, soit l'ensemble des sens qui peuvent s'ajouter au sens premier (la connotation). Lorsque dénotation et connotation se confondent dans la lecture d'un message, ce dernier apparaît si naturel au récepteur qu’il cache la réalité sociale et historique de sa mise en production. un même message peut susciter des interprétations différentes. D'une part, nos différences peuvent effectivement amener à des interprétations différentes d'un même message, mais nos similitudes peuvent également mener à la création de compréhensions communes. La capacité des élèves à voir comment des personnes différentes peuvent interpréter différemment le même message est importante pour déconstruire et remettre en cause les lectures dominantes pouvant s'imposer à première vue. Pour Kellner et Share, cette compétence est essentielle afin que les individus participent activement et consciencieusement au système démocratique de leur société. tout message présente une communication subjective et comporte des éléments subtils sur qui et quoi est important. C'est pourquoi il est essentiel pour les élèves d'apprendre à remettre en question l'idéologie, les préjugés et les connotations explicites et implicites de la représentation. Les études culturelles, la théorie féministe et la pédagogie critique offrent des arsenaux de recherche pour cette ligne d'enquête afin de remettre en question les représentations médiatiques de la race, de la classe, du sexe, etc. un média n’a pas pour vocation unique d’informer ou de divertir, il est engagé dans des jeux de pouvoir et de profit. Les élèves doivent se poser la question des structures économiques et d'influence dans lesquelles les messages médiatiques sont produits et diffusés. Pour Partington, il est nécessaire de pouvoir comprendre et produire le sous-texte d’un média, c’est-à-dire tout ce qu’il ne dit pas explicitement Anthony PARTINGTON, « Game literacy, gaming cultures and media education », English Teaching: Practice and Critique, 2010. Il utilise le terme "métalangage" comme défini par Buckingham, ce qui demande la connaissance du contexte culturel de création et de réceptions des médias. Dans ce cas, la littératie médiatique vise le développement de l’esprit critique de l’individu : celui-ci devient ainsi capable de déconstruire les représentations véhiculées par les médias et d’exprimer des avis critiques dans l’espace public. Cela fait de la littératie médiatique critique une compétence permettant à chaque individu de comprendre l'environnement dans lequel un message médiatique s'inscrit.

Apprentissage critique

Approches de l'enseignement de la littératie médiatique L'approche de la littératie médiatique critique est une approche intégrée ou holistique dans laquelle l'enseignant utilise des textes multimodaux et crée des environnements d'apprentissages multimodaux afin d'accroitre l'apprentissage des élèves par la lecture et la production (ceci inclut des textes, des images, des photos, des graphiques, des vidéos et du son).

Le public doit être actif dans la construction du sens : il faut tenir compte de l'idéologie critique, la représentation de la politique, l'incorporation des médias alternatifs, l'analyse textuelle incluant le contexte social, et la compréhension des notions d'idéologie, de pouvoir et de domination. C'est la voie vers une pédagogie transformée.