Le chronotype est une manifestation du rythme circadien qui définit la préférence d’une personne pour des activités plus matinales ou plus vespérales (du soir), notamment l’heure de coucher et de lever. Ainsi, certains individus ont tendance à se lever plus tôt, avoir plus d’énergie et de concentration pour des activités matinales, alors que d’autres préfèrent décaler leur réveil et prévoir leurs activités importantes davantage vers la fin de la journée.
Différents chronotypes Traditionnellement, on distingue deux principaux chronotypes, soit les « oiseaux de nuit » ou type du soir (type vespéral) et les « oiseaux du matin » ou type du matin (type matinal). D’après une étude réalisée dans la population générale de plusieurs pays européens, le pourcentage des chronotypes extrêmes est plus faibles en comparaison avec le chronotype normal ou légèrement du soir ou légèrement du matin qui sont beaucoup plus fréquents. Il existe un type normal ou intermédiaire et d’autres sous-divisions de chronotypesT. Roenneberg, T. Kuehnle, M. Juda, T. Kantermann, K. Allebrandt, M. Gordijn, M. Merrow, Epidemiology of the human circadian clock, Sleep medicine reviews, 11(6), 2007 : 429-438. https://doi.org/10.1016/j.smrv.2007.07.005 .
Type extrêmement tôt : 0,1 % Type modérément tôt : 0,3 % Type légèrement tôt : 11 % Type normal : 13–15 % Type légèrement tard : 8–11 % Type modérément tard : 4-6 % Type extrêmement tard : 0,5-3 %
Dans une étude publiée en 2020, Dmitry S. Sveshnikov, chercheur de l'Université russe de l'Amitié des Peuples démontre qu'il existerait en fait six chronotypes. Les individus du chronotype du soir éprouvent alors un malaise lorsqu’ils se réveillent plus tôt.
centré|vignette|661x661px|Figure 1. Exemple de distribution des chronotypes dans une population. Distribution basée sur l'analyse de l'heure de milieu de sommeil les jours de congés (, ou MSF), c'est-à dire l'heure correspondant au milieu de la nuit chez des individus vivant en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas et en Autriche (adapté des résultats obtenus par Roenneberg et al. (2007))
Déterminer le chronotype La détermination du chronotype d’une personne se fait généralement à l’aide d’un questionnaire portant sur les préférences d’heures de réveil et de sommeil ainsi que sur les heures optimales à l’exécution de certaines activités. De plus, il existe de nombreuses autres méthodes, plus ou moins efficaces, pour déterminer le chronotype d’une personne R. L. Sack, D. Auckley, R. R. Auger, M. A. Carskadon, K. P. Wright Jr, M. V. Vitiello, I. V. Zhdanova, Circadian rhythm sleep disorders: part II, advanced sleep phase disorder, delayed sleep phase disorder, free-running disorder, and irregular sleep-wake rhythm, Sleep, 30(11), 2007 : 1484-1501. https://doi.org/10.1093/sleep/30.11.1484.
Questionnaires Il en existe plusieurs, mais le questionnaire le plus fréquemment utilisé est le « Morningness-Eveningness Questionnaire » ou questionnaire de matinalité-vespéralité (abrégé MEQ) conçu par Horne et Östberg en 1976 A. Shahid, K. Wilkinson, S. Marcu, C. M. Shapiro, Morningness-eveningness questionnaire, in Stop, that and one hundred other sleep scales, 2001, ). New York : Springer. https://doi.org/10.1007/978-1-4419-9893-4_54. Ce questionnaire consiste en dix-neuf questions à choix de réponses où des valeurs spécifiques sont attribuées à chaque réponse. Le score global permet de départager l’individu en cinq catégories de chronotypes : définitivement du type matin (score de 70 à 86), modérément du type matin (score de 59 à 69), aucun type (score de 42 à 58), modérément du type soir (score de 31 à 41) et définitivement du type soir (score de 16 à 30) . Toutefois, le questionnaire a été conçu pour l’évaluation du chronotype chez une population étudiante européenne et donc, aux dires même d’Horne et Östberg, il est nécessaire d’adapter le questionnaire pour une différente tranche d’âge ou pour une autre population.
Actimétrie L’actimétrie consiste à utiliser un actimètre pour analyser le patron des rythmes circadiens et dans le but de caractériser le rythme veille-sommeil ainsi que ses décalages de phase .
Analyse des marqueurs de phase Il existe de nombreux marqueurs biologiques qui suivent des rythmes biochimiques, tels que la mesure de la température corporelle interne, le taux de mélatonine dans le sang, le taux de cortisol dans la salive, , et qui varient dans le temps selon les différents chronotypes.
Variations des marqueurs biologiques chez différents chronotypes
Somnolence Comme le degré de somnolence est susceptible d’affecter directement l’heure de coucher, Lack, Bailey, Lovato et Wright (2009) ont évalué le degré de somnolence de 22 participants avec le Stanford Sleepiness Scale pour mesurer la corrélation avec leur chronotypeL. Lack, M. Bailey, N. Lovato, H. Wright, Chronotype differences in circadian rhythms of temperature, melatonin, and sleepiness as measured in a modified constant routine protocol, Nature and science of sleep, 1, 2009 : 1-8. . En moyenne, le pic maximal de somnolence se produit autour de 03:52 heures chez le type matinal et autour de 09:22 heures chez le type vespéral, ce qui représente une différence significative de 5,5 h. Similairement, le pic minimal de somnolence se produit autour de 13:18 heures chez le type matinal et autour de 22:29 heures chez le type vespéral, ce qui représente une différence significative de .
Heures de coucher et de lever Lack, Bailey, Lovato et Wright (2009) ont déterminé, à partir des données de 22 étudiants, que les types du matin vont en moyenne au lit vers 23:24 heures et se lèvent vers 07:48 heures. Cette même étude a déterminé que les types du soir vont en moyenne au lit vers 01:59 heures et se lèvent vers 10:20 heures. Toutefois, il est important de préciser que la différence entre les heures de coucher des types du matin et du soir n'est pas simplement due aux différences de phase du rythme circadien endogène, mais également au mode de vie et à des facteurs psychologiques.
Rythme de la température corporelle Le rythme circadien de la température corporelle est connu pour varier en fonction du chronotype. Lack, Bailey, Lovato et Wright (2009) ont mesuré la température corporelle interne via l’insertion d’une sonde de température rectale et ont découvert que le pic minimal moyen de la température corporelle se produit en général vers 05:13 heures chez les types matinaux et vers 07:28 heures chez les types vespéraux. De plus, ce marqueur biologique est corrélé avec le rythme circadien de l’activité physique (mouvements), car l’exercice physique fait augmenter la température corporelleR. Refinetti, The circadian rhythm of body temperature, Behavior Research Methods, Instruments, & Computers, 24 (1), 1992 : 28-36. https://doi.org/10.3758/BF03203466 . Ainsi, la mutation génétique, appelée tau, chez le hamster doré raccourcit la période du rythme circadien de l’activité physique de 24 h à 20 h, mais cause aussi un raccourcissement du cycle de la température corporelle. Cela fait en sorte que 6 cycles de température corporelle se produisent en 5 jours.
Rythme de la mélatonine Selon une étude réalisée par Gibertini et al. (1999), le chronotype est corrélé au moment quotidien où la concentration en mélatonine dans le sang est à son maximum (ou acrophase). De plus, les types du matin démontrent une diminution plus rapide de la mélatonine dans le sang que les types du soir. Cependant, il est important de préciser que pour cette étude, les types du matin étaient plus âgés que les types du soir, ce qui pourrait avoir biaisé les résultats. Lack, Bailey, Lovato et Wright (2009) ont analysé le taux de mélatonine dans l’urine et ont découvert que le pic maximal moyen de la mélatonine se produit en général vers 04:20 heures chez les types matinaux et vers 06:20 heures chez les types vespéraux.
Rythme du cortisol L’étude de Randler et Schaal (2010) a démontré que les chronotypes du matin avaient tendance à avoir des taux de cortisol plus élevés que les chronotypes du soir dans leur salive 30 min après leur réveilC. Randler, S. Schaal, Morningness–eveningness, habitual sleep-wake variables and cortisol level, Biological psychology, 85 (1), 2010 : 14-18. https://doi.org/10.1016/j.biopsycho.2010.04.006. +Tableau 1. Tableau comparatif de la variation des marqueurs biologiques entre un chronotype matinal et un chronotype vespéral (Tiré des résultats obtenus par Lack, Bailey, Lovato et Wright (2009) )Marqueurs biologiquesHeure de l'activité (en moyenne)Différence entre les deux chronotypes Type matinalType vespéralSomnolence minimale13:1822:299 h 11 minSomnolence
maximale03:5209:225 h 30 minLever07:4810:202 h 32 minCoucher23:2401:592 h 23 minTempérature corporelle minimale05:1307:282 h 15 minTaux maximal de mélatonine 04:2006:202 h
Variation du chronotype Le chronotype est cependant sujet à certaines variations, notamment en fonction de la population à laquelle appartient cette personne, de son âge et de son sexe .
Variations en fonction de l’origine ethnique Les chronotypes peuvent varier en fonction de la population dans laquelle vit une personne en termes de pays ou de régions, mais aussi en termes d’origine ethnique. Par exemple, il a été déterminé que des individus se levant et se couchant aux mêmes heures n’ont pas nécessairement les mêmes cycles circadiens de température selon la région où ils vivent, donc pas nécessairement le même chronotype R. Refinetti, M. Menaker, The circadian rhythm of body temperature, Physiology & behavior, 51 (3), 1992 : 613-637. https://doi.org/10.1016/0031-9384(92)90188-8. En effet, les Parisiens et les Sydnéens atteignent leur pic de température corporelle autour de 17:00 heures, alors que pour les Srilankais vivant à Colombo, il est atteint à 12:00 heures. Pourtant, les habitants de Colombo sondés ne se levaient qu’une heure plus tôt que les autres, ce qui n’explique pas cette différence. Au niveau ethnique, une étude a sondé un village brésilien rural et a évalué l’origine génétique des individus, soit Européenne, Amérindienne ou AfricaineK. J. Egan, H. Campos Santos, F. Beijamini, N. E. Duarte, A. R. Horimoto, T. P. Taporoski, H. Vallada, A.B. Negrão, J.E. Krieger, M. Pedrazzoli, K.L. Knutson, A.C. Pereira, M. von Schantz, Amerindian (but not African or European) ancestry is significantly associated with diurnal preference within an admixed Brazilian population, Chronobiology international, 34 (2), 2017 : 269-272. https://doi.org/10.1080/07420528.2016.1265979 . Ensuite, le chronotype de la population du village a été établi par le questionnaire MEQ en considérant l’origine ethnique. Les résultats ont montré qu’il y avait une corrélation entre le degré de descendance amérindienne et un chronotype matinal, même en prenant en compte les effets de l’âge et du genre . Ainsi, les différences génétiques entre les populations de différentes régions ou différentes ethnies auraient une certaine influence sur le chronotype.
Variations en fonction de l’âge Selon plusieurs études, le chronotype varie en fonction de l’âge S. F. Gau, W. T. Soong, The transition of sleep-wake patterns in early adolescence, Sleep, 26 (4), 2003 : 449-454. https://doi.org/10.1093/sleep/26.4.449 . Instinctivement, il est facile de déduire que l’heure où il est « tard » change selon le groupe d’âge. En effet, les gens qui se couchent à 23:30 heures correspondent à un type du matin pour un groupe d’étudiants, mais à un type du soir pour un groupe d’adultes de 40-60 ans.