Le vitrail de saint Nicolas est un vitrail gothique de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, situé dans la partie sud du déambulatoire, dans la « chapelle des confesseurs », autrefois appelée « chapelle de Saint Nicolas » en raison de la popularité de ce saint et du caractère central que le vitrail y occupe.

Le vitrail est inscrit aux monuments historiques dès son premier inventaire de 1840 ; il fait partie de la « chatoyante parure de vitraux des et s [qui] en font un chef-d'œuvre exceptionnel et remarquablement bien conservé »Cathédrale de Chartres, UNESCO. et pour laquelle la cathédrale est classée au patrimoine mondial.

Description d'ensemble

Composition du vitrail

thumb|left|Chapelle des confesseurs : le vitrail de saint Nicolas est au centre.

Le vitrail de est situé derrière une grille dans la petite « Chapelle des confesseurs », la deuxième rencontrée dans le déambulatoire sud de la cathédrale Notre-Dame de Chartres; dans laquelle il occupe la position centrale. Il s'inscrit dans une lancette de style gothique. Il est numéroté 014 dans le Corpus vitrearum. Il partage cette chapelle avec quatre autres lancettes : saint Thomas Becket (la plus à droite), saintes Catherine et Marguerite (au centre droit), saint Rémi (à gauche) et une grisaille (la plus à gauche) représentant le miracle des trois petits enfants.

La verrière date de la reconstruction de la cathédrale après l'incendie de 1194. Selon la chronologie traditionnelle, elle peut être datée entre 1215 et 1225. L'étage inférieur avait été détruit en 1791, pour laisser place à un retable surmontant un autel qui avait alors été construit au pied du vitrail. Les cinq panneaux inférieurs sont donc modernes, réalisés en 1924 par l'atelier Lorin. Le vitrail a été restauré en 1921 par Gaudin, puis à nouveau en 1996-1997.

Son squelette métallique est relativement sobre. Il est formé de cinq grands étages sensiblement carrés, séparés par des barlotières horizontales. Chaque étage est redivisé en cinq panneaux historiés, quatre panneaux latéraux aux quatre coins de l'étage, et un panneau central en forme de losange dont les pointes sont posées à mi-parcours des côtés des panneaux angulaires.

Venant briser cette régularité, les deux coins inférieurs ne sont présents qu'à mi-hauteur, le panneau central en losange s'appuyant directement sur la bordure inférieure. De même, au sommet du vitrail, le dernier étage est contraint par la forme de la voûte en ogive, et est complété par une pointe contenant le dernier quadrilobe.

Motifs des vitraux

Dans chaque étage, le losange central présente une scène sur fond bleu, bordée de deux bordures rouge et bleue et d'un filet blanc. Les quatre panneaux angulaires présentent leur scène de même, sur fond bleu, dans un quadrilobe dessiné par deux bordures rouge et bleue et un filet blanc.

Le fond est formé par une mosaïque à carrés et fleurons : sur un fond bleu, un réseau à maille carrée est formé par des fleurs au cœur bleu carré, bordé par quatre pétales rouge en demi-cercle, eux-mêmes séparés par quatre pétales blancs en quart de cercle. Toutes les pièces du fond sont ornées de motifs floraux en grisaille.

Aux deux extrémités diagonales des panneaux angulaires, le fond laisse place à un motif complexe qui réalise un quadrilobe au centre de la séparation des étages, et un demi-quadrilobe le long de la bordure à mi-étage.

La bordure présente sur fond bleu des motifs floraux complexes, où alternent des feuilles brunes supportant des fleurs à réceptacles verts d'où sortent des pétales rouges et blancs, et des feuilles blanches supportant des petits pétales rouges. La bordure est elle-même bordée de deux bandes rouge et blanche côté intérieur, et d'une bande rouge côté extérieur.

Thématique : Saint Nicolas

Saint Nicolas est né à Patara, en Lycie (au sud de l'actuelle Turquie) vers 270, et est mort à Myre (en Lycie) en 345. Évêque de Myre, il a probablement participé au premier concile de Nicée au cours duquel il combat l'arianisme. Son culte est attesté depuis le en Orient, et se répand en Occident depuis l'Italie à partir du .

Canonisé, il a été proclamé protecteur de nombreuses nations et de nombreux corps de métiers, il est un personnage populaire de l'hagiographie chrétienne.

Le vitrail suit un manuscrit du provenant de l'abbaye Saint-Laumer de Blois, dont l'abbé était chanoine de Chartres.

Deux autres verrières de la cathédrale sont consacrées à la légende de saint Nicolas : les baies 39 (dans la nef en face de la chapelle de Vendôme) et 29a (lancette droite de la chapelle Notre-Dame du Pilier, dans le nord du déambulatoire). Il orne également la grisaille de la chapelle des confesseurs, par le miracle des trois enfants (baie 10). Il est de plus représenté dans la baie 137 des verrières hautes de la nef.

Selon les ressources iconographiques mises à disposition par le Centre André-Chastel, il serait, hormis le Christ, le personnage le plus représenté dans la cathédrale (446 occurrences)..

Description des panneaux

Premier étage restauré

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Les Cinq panneaux du bas, détruits en 1791 pour mettre en place un retable, ont été reconstitués par Lorin en 1924. Les deux demi-quadrilobes du bas représentaient très probablement les donateurs, suivant la composition classique des vitraux de cette époque, mais leur contenu est à présent perdu. Ils ont été remplacés par deux anges vantant les mérites de saint Nicolas à travers leur banderole : « Cater-vatim ruunt populi cernere cupientes / quae per eum fiunt mirabilia » C'est un extrait de l'office de saint NicolasCantus Index, qui raconte comment une huile sainte sourd de son tombeau de marbre et guérit les aveugles, les sourds et les éclopés, et le verset du répons conclut « les peuples accourent en foule, désirant voir que des miracles sont accomplis par elle »L'année liturgique, Dom Prosper Guéranger, chez Fleuriot, 1841..

Au centre, deux anges tiennent un écu dont le texte rappelle que le bas de la verrière « que des mains sans respect avaient détruit » a été restauré en 1924 grâce aux dons des habitants.

Naissance de Nicolas

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Ces deux premiers panneaux ont été reconstruits par Lorin en 1924, en fonction de la description qu'en avait donné PintardHistoire chronologique de la ville de Chartres, par Alexandre Pintard (1633-1708)... Ils s'inspirent pour leur thématique du vitrail de la vie de la Vierge, montrant la scène de sa nativité et celle du premier bain (dans son étage iii).

Naissance de Saint Nicolas

« Nicolas, citoyen de la ville de Patras, était né de parents riches et pieux. Son père s’appelait Épiphane, sa mère Jeanne. Ses parents, après l’avoir enfanté dans la fleur de leur âge, s’abstinrent ensuite de tout contact charnel. »Jacques de Voragine, La Légende dorée (1261-1266), .

Le premier panneau représente Nicolas, déjà nimbé de rouge (la couleur liturgique du martyre), dans les bras d'une servante. Il est présenté à sa mère, étendue sur un lit et se remettant de son accouchement, et à son père assis au pied de ce lit. Quelques colonnades et arcades montrent que c'est une scène d'intérieur.

L'auréole ornant Nicolas dans ce panneau signifie qu'il a été choisi par Dieu dès sa naissance, démontrant de ce fait la grandeur de sa sainteté.

250px|right Premier bain de Nicolas « Le jour même de sa naissance, Nicolas, comme on le baignait, se dressa et se tint debout dans la baignoire » Le quadrilobe présente une scène où l'on voit avant tout Nicolas, reconnaissable à son auréole, s'apprêtant à se mettre debout comme la légende l'affirme ; il est représenté ici avant l'immersion, en position assise. À droite, une servante s’apprête à envelopper le nouveau-né d'un linge.

Du côté gauche, le panneau représente la mère de Nicolas; épuisée par l'accouchement et allongée sur un lit ; le personnage qui la réconforte est probablement le père de Nicolas.

C'est le dernier des panneaux reconstitués par Lorin au , les panneaux suivants sont du .

Enfance de Nicolas

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Nicolas refuse de téter « Durant toute son enfance il ne prenait le sein que deux fois par semaine, le mercredi et le vendredi » Bien que nous suivions normalement Wikisource, la version prêtée ici à Jacques de Voragine dans la traduction de Théodore de Wyzewa paraît étrange, dans la mesure où les mercredis et vendredis sont précisément les jours traditionnels de jeûne monacal. Une autre version plus réaliste de ce jeûne est que Nicolas n'acceptait d'être allaité qu'une seule fois ces jours-là (insuper quarta et sexta feria tantum semel sugebat ubera) Iacobus de Voragine, Historia Sancti Nicolai..

Le panneau montre au centre la mère de Nicolas lui présentant le sein ; Nicolas, nimbé de rouge, se détourne et d'un geste de la main repousse le sein offert. À droite, le père de Nicolas, coiffé d'un bonnet conique, regarde la scène d'un air perplexe. Au-dessus d'eux, une main divine sort d'un nuage pour désigner Nicolas, signifiant par là que celui-ci a été choisi dès l'enfance.

Bien que la scène inclut un nuage, c'est une scène domestique d'intérieur. Les deux personnages sont assis sur un siège sans dossier. La porte à gauche, dont l'ouverture est conventionnellement représentée en rouge, est probablement celle de la maison, dont on voit une colonne à droite. Au sol, l'inscription désigne « NICOLAVS » (le "U" latin se confond avec le "V"), mais on peut voir par ses défauts d'alignement que le bandeau a été brisé et maladroitement restauré.

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Nicolas le bon élève « Devenu grand, il évitait les divertissements, et préférait fréquenter les églises; il retenait dans sa mémoire tout ce qu'il y pouvait apprendre de l’Écriture sainte. »

Le panneau représente Nicolas, reconnaissable à son auréole rouge, au premier rang des trois élèves penchés sur leur livre. À droite, le maître enseignant lève l'index droit en signe d'autorité, et tient une férule dans sa main gauche. Au-dessus de la scène, une main divine sortant d'un petit nuage désigne Nicolas.

La scène se place à l'intérieur d'un édifice religieux, dont on voit au sommet du panneau un dôme surmonté d'une croix, accosté à gauche par le sommet d'une cheminée verte. De part et d'autre de la scène, deux ouvertures sur fond rouge représentent les fenêtres de la salle de cours. La bande blanche figurant le sol porte en grisaille « N-ICOLA/SΛ », la fin du bandeau brisée portant le "VS" ayant été restaurée à l'envers.

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La charité de St Nicolas « Après la mort de ses parents, il commença à penser quel emploi il ferait de ses grandes richesses, pour procurer la gloire de Dieu, sans avoir en vue la louange qu'il en retirerait de la part des hommes. Un de ses voisins avait trois filles vierges, et que son indigence, malgré sa noblesse, força à prostituer, afin que ce commerce infâme lui procurât de quoi vivre. Dès que le saint eut découvert ce crime, il l’eut en horreur, mit dans un linge une somme d'or qu'il jeta, en cachette, la nuit par une fenêtre dans la maison du voisin et se retira. Cet homme à son lever trouva cet or, remercia Dieu et maria son aînée. Quelque temps après, ce serviteur de Dieu en fit encore autant. Le voisin, qui trouvait toujours de l’or, était extasié du fait; alors il prit le parti de veiller pour découvrir quel était celui qui venait ainsi à son aide. Peu de jours après, Nicolas doubla la somme d'or et la jeta chez son voisin. Le bruit fait lever celui-ci, et poursuivre Nicolas qui s'enfuyait : alors il lui cria : “Arrêtez, ne vous dérobez pas à mes regards.” Et en courant le plus vite possible, il reconnut Nicolas; de suite il se jette à terre, veut embrasser ses pieds. Nicolas l’en empêche et exige de lui qu'il taira son action tant qu'il vivrait. »

Cette histoire démontrant la charité de saint Nicolas était très populaire, elle occupe ici la position clef du panneau central, en conclusion de cette première série consacrée à l'enfance exemplaire de Nicolas.