Belgrade (en serbe cyrillique : ; en serbe latin : ) est la plus grande ville et la capitale de la Serbie. Au recensement de 2011, la ville intra muros comptait et, avec le district dont elle est le centre, appelé ville de Belgrade (/), en 2017, cela représente 24 % de la population totale de Serbiehttps://publikacije.stat.gov.rs/G2018/Pdf/G20181173.pdf Site officiel des statistiques et du recensement de la Serbie.
Belgrade est l'une des plus anciennes cités d'Europe, avec une histoire qui s’étend sur plus de . Selon les historiens, on évalue la destruction de la ville entre 28 et , sa position stratégique en Europe étant son bonheur et son malheur, d'où les vers du de Constantin le philosophe, « Pleure ville blanche, le noir de tes deuils ». Les premières traces de présence humaine dans la région remontent à la Préhistoire et à la culture de Vinča. Historiquement, Belgrade est l’antique cité de Singidunum, colonie romaine située dans la province de Mésie. Le nom slave Beograd apparaît pour la première fois le , dans une épître envoyée par le pape Jean VIII au prince Boris de Bulgarie. Il a pour signification la « ville blanche ». Au fil de son histoire mouvementée, Belgrade a été conquise par : elle a été romaine et alors surnommée « La colline aux méditations », byzantine, hongroise, serbe, autrichienne, ottomane, serbe, yougoslave puis de nouveau capitale de la Serbie indépendante depuis 2006.
Aujourd'hui, Belgrade dispose d'un statut qui la dote d'une assemblée et d'un gouvernement particuliers, à l'instar des districts de Serbie.. Sa zone métropolitaine, appelée « district de Belgrade » ou « ville de Belgrade », est divisée en qui possèdent toutes leur propre conseil local.. Le district de Belgrade couvre ainsi 3,6 % du territoire de la Serbie et abrite 21 % de la population du pays (hors Kosovo). Belgrade est le centre économique de la Serbie, mais aussi la capitale de la culture serbe et celui de l'éducation et des sciences du pays.
Géographie Données générales thumb|upright=1.2|Vue satellite de Belgrade. Belgrade se situe à . Construite au nord de la Serbie centrale, au confluent d'une rivière, la Save, et d'un fleuve, le Danube ; la capitale de la Serbie se trouve ainsi à la limite entre deux espaces géographiques : la plaine pannonienne, qui fait partie de l’Europe de l'Est, et la péninsule des Balkans..
La ville proprement dite, dans ses limites actuelles, couvre une superficie de , et, si l’on y ajoute l’ensemble de sa zone métropolitaine, c'est-à-dire le district de Belgrade, . L'altitude moyenne y est de . Sur la rive droite de la Save, le centre de la ville est constitué d'un certain nombre de collines, dont la plus élevée, celle de Torlak, dans la municipalité de Voždovac, culmine à ; le point le plus bas de la capitale, soit , se trouve dans l'île fluviale d'Ada Huja. Les monts Avala et Kosmaj, respectivement situés à et à , s'élèvent au sud de la ville.. Sur les rives gauches de la Save et du Danube, le terrain, généralement plat, est constitué de plaines alluviales et de plateaux de lœss. Le district de Belgrade conserve de nombreuses forêts, dont les plus importantes sont celles des monts Kosmaj et Avala, de Trešnja, Lipovica, Topčider, Obrenovački zabran et Bojčin.
Le centre historique de la capitale, aujourd'hui constitué par la forteresse de Belgrade et le parc de Kalemgdan (dans la municipalité de Stari grad, la « vieille ville »), se trouve sur la rive droite des deux cours d'eau. Depuis le , la ville s'est étendue en direction du sud et de l'est. Après la Seconde Guerre mondiale, le quartier de Novi Beograd, la « Nouvelle Belgrade », a été construit sur la rive gauche de la Save, réunissant ainsi Belgrade à l'ancienne ville de Zemun. Des localités résidentielles, de l'autre côté du Danube, comme Krnjača et Ovča, ont également été intégrées dans la zone métropolitaine de la capitale serbe.
Climat vignette|L'observatoire météorologique de Belgrade-Vračar. Sjenica connaît un climat semi-continental (Köppen : Cfa), (Trewartha: Doak).
Depuis 1887, le climat de Belgrade est étudié par l'observatoire météorologique de Vračar, situé à d'altitude, coordonnées .. Belgrade possède un climat continental modéré. Pour la période de 1961 à 1990., la température moyenne annuelle s’est élevée à . Le mois le plus chaud a été juillet, avec une température moyenne de . Pour la période de 1991 à 2010, la température a connu une moyenne de .. La ville connaît une température supérieure à pendant trente jours par an et une température supérieure à pendant 95 jours.. La température la plus basse jamais enregistrée à l'observatoire a été de , le et le ; la température la plus élevée a été de , le .
Dans la période de 1961 à 1990, Belgrade a reçu environ de précipitations par an ; la moyenne a été de entre 1991 et 2010. La ville connaît en moyenne d’ensoleillement. Les mois les plus ensoleillés sont juillet et août, avec une moyenne de de soleil par jour. Au contraire, décembre et janvier sont les mois qui reçoivent le moins de soleil, avec une moyenne de 2 à d’ensoleillement par jour. Le jour le plus pluvieux fut le , avec enregistrés en une seule journée ; les chutes de neige les plus importantes jamais enregistrées en une seule journée ont eu lieu le , avec une couverture neigeuse de .
Danube et Save thumb|Le confluent de la Save et du Danube vu depuis la forteresse de Belgrade. vignette|Vue aérienne de Belgrade, en 2024. Belgrade est située au confluent de la Save et du Danube. Cette position a souvent impressionné les voyageurs. C’est ainsi qu’en septembre 1833 le poète Alphonse de Lamartine, de retour d’une visite au prince Miloš Obrenović et évoquant le Danube, écrit dans son carnet de voyage : Alphonse de Lamartine, Voyage en Orient, 1835 ; texte daté du . On trouve aussi, en 1888, sous la plume du comte d’Haussonville, cette description du fleuve observé depuis la hauteur de Kalemegdan : Paul-Gabriel d’Haussonville, «De Salonique à Belgrade», in la Revue des deux Mondes, livraison du - Cité par ..
Belgrade entre l’Orient et l’Occident Comme beaucoup d’autres villes, Belgrade est considérée comme un carrefour entre l’Orient et l’Occident. Par son histoire, Belgrade, au moins depuis la présence romaine et particulièrement du fait de la longue présence ottomane, a souvent joué un rôle de ville frontière et de lieu de rencontre entre les civilisations.
Encore une fois, ce sentiment a souvent été exprimé par les voyageurs, notamment au . Alphonse de Lamartine, toujours dans son Voyage en Orient, décrit le contraste qu’il observe entre Belgrade et ZemunZemun est aujourd’hui une municipalité urbaine faisant partie de Belgrade ; à l’époque où écrit Lamartine (1833), elle faisait partie du royaume de Hongrie : . Ce contraste était également exprimé par Victor Hugo dans « Le Danube en colère » : Victor Hugo, Les Orientales, 1829, « Le Danube en colère ».
Par rapport à l’époque de Lamartine et de Hugo, le contraste s’est amoindri entre ce qui constitue aujourd’hui les divers quartiers de Belgrade ; à partir du , notamment par la volonté des différents souverains serbes, la ville s’est occidentalisée. et, si Zemun conserve nombre de ses bâtiments de l’époque autrichienne, Belgrade ne dispose plus que d’une seule mosquée.
Histoire Préhistoire thumb|upright=0.7|Figurine en argile retrouvée sur le site de Vinča-Belo brdo, British Museum.
La région située aux confluents de la Save et du Danube a été occupée depuis le Paléolithique moyen : les anthropologues y ont exhumé des squelettes de Néandertaliens et d’Homo sapiens.
En 1908, une équipe d’archéologues dirigée par Miloje Vasić a effectué des fouilles à Vinča sur le site de Belo brdo, dans la municipalité de Grocka. Ont alors été mis au jour d’importants vestiges datant de la période néolithique ; compte tenu de l’importance de ces découvertes, le site a donné son nom à une culture qui s’est développée le long du Danube entre -6 000 et -3 000 : la culture de Vinča... Belo brdo est aujourd'hui inscrit sur la liste des sites archéologiques d'importance exceptionnelle de la république de Serbie..
Fondation mythologique de Belgrade
Les origines mythologiques de Belgrade font intervenir les Argonautes, qui de la mer Noire (le Pont-Euxin) devaient rejoindre le nord de l'Italie. Ayant décidé de passer par l'Istro (le Danube), ils remontèrent son cours à bord de l'Argo. Lorsqu'ils arrivèrent devant le promontoire où Belgrade est bâtie, ils s’installèrent au bord du Danube là où les eaux de la Save et du Danube se confondent pour fonder la Ville.
Période celto-thrace Vers 600 , des tribus cimmériennes puis des Scythes traversèrent la région de l’actuelle Belgrade sans s'y installer. Au , les Scordisques, un peuple celteEncyclopedia Universalis version 13, article « Belgrade », s’établirent au confluent de la Save et du Danube et y bâtirent une ville fortifiée appelée Singidūn (ces derniers sont un des trois groupes d'une armée gauloise conduite par Brennos, dans le but de piller Delphes, en octobre 278 ) ; cette cité, fondée en 298 , est mentionnée pour la première fois en 279 .. La première partie du nom, Singi-, signifierait « rond », tandis que dun désigne la « forteresse » ou la « ville ». Selon une autre interprétation, Singi renverrait aux Sings, un peuple thrace installé à cet endroit avant l’arrivée des Scordisques. Une autre interprétation donne comme origine à Singi- un mot celte signifiant le « faucon » et Singidūn serait ainsi « la forteresse (ou la ville) du faucon » Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, 2003 ; cf. Site de l’Arbre celtique.
Période romaine thumb|left|Vestige de mur romain dans la forteresse de Belgrade.
Les Romains s’emparèrent de Singidūn au début du de notre ère et ils latinisèrent le nom de la ville en Singidunum. La cité fut intégrée à la province de Mésie supérieure (capitale Viminacium, aujourd’hui Kostolac) et devint une ville de garnison située sur le limes. À proximité se trouvait la ville de Taurunum, aujourd’hui Zemun.
En 86, Domitien, dans le souci de renforcer les frontières de l’Empire contre les Daces, fit de Singidunum le lieu de cantonnement de la Legio IV Flauia Felix. Ce fut pour la ville le début d’une période de prospérité. Un castrum fut édifié à l’emplacement de l’actuelle forteresse de Belgrade. Singidunum et Taurunum furent reliées par un pont.
Au début du , en 105-106, les campagnes de l’empereur Trajan écartèrent la menace dace et la province romaine de Dacie fut créée. La ville de Singidunum connut alors une période de tranquillité. Au milieu du , l’empereur Hadrien lui conféra le statut de municipe (municipium), ce qui lui accordait une plus grande liberté d’administration.
Mais, à la suite des attaques des Carpes et des Goths, la province de Dacie fut perdue par les Romains sous l’empereur Gallien en 268. L’empereur Aurélien transféra alors les légions sur la rive sud du Danube et réorganisa la région en créant la province de Dacia Ripensis (la « Dacie de la rive »).
Le fut encore une période de prospérité pour la ville : elle obtint le statut de colonie de droit romain, qui renforçait encore son autonomie. Le futur empereur Jovien y naquit vers 332. Et, en 395, lors du partage de l’Empire romain par Théodose, Singidunum fut rattaché à l’Empire romain d'Orient, qui allait devenir l’Empire byzantin.
Sous l’Empire romain, Singidunum se trouva intégré à un important réseau défensif. La ville et son castrum étaient situés sur une via militaris qui, d’est en ouest allait de Sirmium (Sremska Mitrovica) à Viminacium (Kostolac), Trimontium (Plovdiv) jusqu’à Byzance. Cette voie militaire était défendue par des forts, dont il reste des vestiges dans la région de l’actuelle Belgrade, comme ceux de Mutatio ad Sextum (Mali Mokri Lug), Castra Tricornia (Ritopek) et Mutatio ad Sextum Militare (Grocka). Une route reliait également les exploitations minières des monts Avala, Kosmaj et Rudnik.