vignette|Le Président Patrice Talon aux Vodun Days 2024, à Ouidah. alt=Kassav' aux Vodun Days|vignette|Concert de Kassav' durant l'édition 2025 des Vodun Days. La religion traditionnelle, profondément ancrée dans les pratiques spirituelles du Bénin, est mise à l'honneur à travers les Vodun Days. La première édition de cet événement a eu lieu à Ouidah les 9 et . Elle a permis de valoriser les pratiques religieuses, les danses traditionnelles ainsi que les concerts et spectacles en plein air.

Le , l’Assemblée nationale du Bénin a adopté une loi instituant une fête annuelle des religions traditionnelles, désormais célébrée le deuxième vendredi du mois de janvier. Les journées du jeudi qui précède et du vendredi sont chômées et rémunérées. En 2025, la deuxième édition des Vodun Days a eu lieu les 9, 10 et à Ouidah.

Histoire La fête nationale du Vodun a été instaurée dans les années 1990 par le Président Nicéphore Soglo, marquant la reconnaissance officielle du Vodun comme religion nationale au Bénin. Cette fête était célébrée chaque année le et visait à valoriser les pratiques spirituelles et culturelles associées à cette religion. Les cérémonies avaient lieu sur l'ensemble du territoire national et principalement à Ouidah, une ville historiquement liée au Vodun, où se déroulaient des rituels religieux, des danses, des chants traditionnels et d’autres expressions culturelles. L’événement attirait à la fois les Béninois et des visiteurs étrangers intéressés par la culture Vodun.

Le Festival Ouidah 92, organisé du 8 au , à Ouidah, a précédé l’établissement de la fête nationale du Vodun et a contribué à la mise en valeur de cette culture. Ce festival visait à promouvoir le Vodun au niveau national et international, notamment en renforçant les liens entre le Bénin et la diaspora africaine.

L'édition 2024 des Vodun Days La première édition des Vodun Days a eu lieu les 9 et à Ouidah. Cet événement s'inscrit dans la volonté du Président Patrice Talon, qui avait exprimé son désir de « déconstruire les images négatives autour du Vodun ». L'objectif des festivités est de présenter le Vodun non seulement comme une religion, mais également comme un art et une culture.

Cette première édition, qualifiée d'édition zéro (ou encore édition test), comprenait plusieurs événements et activités, dont des animations sur les places publiques avec la sortie des couvents Vodun à Ouidah. Une scène artistique a accueilli un concert géant ainsi qu’un concert de musique traditionnelle, avec la participation d’artistes de renom comme Sagbohan Danialou, Koffi Olomidé, Yemi Aladé, Teni ou encore Tabou Combo. La Grande Cérémonie Vodun du a également eu lieu, en présence de hauts dignitaires.

En 2024, les Vodun Days ont attiré près de 97 000 visiteurs, d'après les données fournies par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD).

L'édition 2025 des Vodun Days alt=Concert de Sagbohan Danialou le 10 janvier 2025.|vignette|Concert de Sagbohan Danialou le 10 janvier 2025 à Ouidah durant les Vodun Days. Le , l’Assemblée nationale du Bénin a adopté une loi instituant la fête annuelle des religions traditionnelles en République du Bénin. Cette loi déclare que la célébration de ces religions aura lieu chaque année le deuxième vendredi du mois de janvier. En conséquence, le jeudi précédent et le vendredi lui-même sont désormais des jours fériés, chômés et payés.

vignette|Entrée OuidahEn , la deuxième édition des Vodun Days s’est déroulée à Ouidah, du 9 au . Le programme des Vodun Days a inclus plusieurs activités réparties sur différents lieux de la ville de Ouidah. Des animations ont eu lieu sur plusieurs places. Parmi les lieux accueillant les festivités figuraient la Place Maro, l'Esplanade du Fort Français, le Temple Mami, le Temple des Pythons, la Forêt sacrée de Kpassè et le Couvent Sakpata. Des concerts de musiques contemporaines et traditionnelles ont été organisés, avec la participation d'artistes tels que Sagbohan Danialou, Alèpkéhanhou, Kassav', Toofan et Bobo Wê. Des spectacles de danse ont été présentés, incluant des performances du ballet béninois et du Balé Folclórico da Bahia.

La Grande Cérémonie Vodun a eu lieu en présence des dignitaires Vodun,vignette|Adeptes du vodun avec des invocations réalisées par les boconons (prêtres du Fâ), qui ont annoncé le signe "Fu-Yeku" comme présage pour l’année 2025. Ce signe, faisant partie de la sous-famille du premier signe, est associé à des valeurs de protection, d'invincibilité et de prospérité pour le Bénin. Il est décrit comme représentant un individu insensible aux menaces.

L'édition 2025 des Vodun Days a abrité les premières célébrations au sein de l'Arène de Ouidah, avec des danses rituelles des Egungun, des animations des Dawetin, ainsi que des performances des artistes Pépit’arts, Boyi-Bowa et Rémi Dégbé.

En 2025, les Vodun Days ont attiré plus de 435 000 participants du 9 au , selon les chiffres fournis par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD). vignette|Moyen de transport pour vodun days

Cultes Vodun

La religion Vodun se caractérise par son engagement en faveur de l'équilibre entre les mondes visible et invisible, ainsi que les divers aspects de la vie, incluant la nature et la culture. Enracinée dans les traditions des peuples Aja-Tado englobant le continuum dialectal Gbe et K’aaro, le Vodun représente le terme générique pour les énergies vibratoires créées par Mahu (Olodumare ou ɔ̀lɔŕ un en yoruba), c’est-à-dire : Nu e ma hugan : « ce que nul ne peut dépasser, l’Insurpassable, le Suprême »). Ces énergies ont reçu le pouvoir de guider les êtres humains dans leurs questionnements existentiels.

Il existe plusieurs types de Vodun dans le panthéon : les Vodun cardinaux (Hunsuzɛn), ceux fondés sur les éléments de la Nature (Terre : Sakpata ; Feu : Xɛvioso ; Eau : Tɔxɔsu ; Air : Dan), les Vodun masqués (Egungun, Zangbetɔ, Gɛlɛdɛ...), les Vodun non masqués, les Ta Vodun (ceux qui sont portés sur la tête ou sur les épaules). alt=Grande Cérémonie Vodun|vignette|Grande Cérémonie Vodun, le 10 janvier 2025, durant les Vodun Days. Aujourd'hui, le Vodun s'est largement dispersé à travers le monde, principalement en raison de la traite des esclaves. Les pratiques religieuses, culturelles et spirituelles liées au Vodun se sont étendues au-delà de l'Afrique, donnant naissance à une diversité de traditions syncrétiques. Ces traditions, où le Vodun s'est mélangé avec d'autres croyances, ont profondément influencé plusieurs cultures dans les Amériques, notamment à travers des pratiques telles que la Santería à Cuba, le Vaudou en Haïti et le Candomblé au Brésil. vignette|Des adeptes d'une divinité vodoun au Bénin

Le Fá Le Fá (ou Ifá) a été proclamé par l'UNESCO en 2005 comme "Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité" et inscrit sur cette liste en 2008. Il représente un message d’Olódùmarè (ou Mahu), la divinité suprême selon les traditions yoruba et le continuum dialectal Gbè. Le Fá est considéré comme la "Sagesse Universelle et la Connaissance universelle", un savoir encyclopédique. Toutefois, ce savoir peut uniquement être consulté par ɔ̀rúnmìlà, une puissance spirituelle qui gouverne la divination, car il est le témoin de la destinée de tout ce qui existe.

En tant qu'intermédiaire, ɔ̀rúnmìlà est l'unique médium capable de s'élever vers le Fá pour retrouver les réponses aux préoccupations humaines. Pour que ce processus ait lieu, le Bòkɔńɔ́ (ou Babalawo), un prêtre ou un praticien, doit manipuler des objets sacrés tels que les noix sacrées, qui sont les archétypes d’ɔ̀rúnmìlà, ou la chaîne divinatoire appelée ɔ̀kpɛ̀lɛ̀, faite de corde ou de métal.

Dans cette tradition, le Dieu suprême, difficilement accessible directement par les humains, a confié à ɔ̀rúnmìlà un de ses attributs essentiels, sa Sagesse ou sa Parole. Ce savoir est appelé Fá ou Ifá. Les Babalawo ou Bòkɔńɔ́ se tournent vers ɔ̀rúnmìlà pour obtenir les réponses d’Olódùmarè à travers la divination.

Le Fá, en tant que système de divination, se compose de signes appelés Fádu (divisions du Fá), représentés graphiquement sous forme de traits parallèles et verticaux. Ces signes sont transcrits et lisibles de droite à gauche et de haut en bas sur quatre colonnes, et sont interprétés à l’aide de l’ɔ̀kpɛ̀lɛ̀. vignette|alt=Offrandes aux vodun|Offrandes aux vodun

L'alphabet du Fá est composé de 16 lettres, et chaque lettre peut se doubler pour former un Fádù, un signe représentant une division du Fá. Il existe 16 Fádù cardinaux, qui génèrent 240 autres signes, totalisant ainsi 256 Fádù. Chaque Fádù véhicule une multitude de paroles, correspondant à plusieurs langages, tels que Fágbèsìsa, Fáglèta et Fáhàn. Ce système est distinct des signes astrologiques, car il contient des informations métaphysiques sur l'individu, qui seront révélées au cours d’une initiation menée selon un rituel précis par des Bòkɔńɔ́ ou Babalawo de renom.

Les Fádù cardinaux, appelés "Meji" (deux en yoruba), sont constitués d’une répétition de la même lettre et se répartissent entre des catégories masculines et féminines, incluant des symboles ésotériques.

Dan « Dan », dans les langues du continuum dialectal Gbe, signifie « serpent ». Mais si dans le panthéon Vodun certaines espèces de serpents sont vénérées comme le python royal – expression précoce d’un souci avéré du respect des espèces rares – Dan est le symbole de l’un des éléments de la Nature qui figure un Vodun, en l’occurrence l’Energie aérienne (Air). Ce Vodun cardinal, à l’instar des Vodun Xɛvioso (Feu Cosmique), Sakpata (Terre) et Tɔxɔsu (Eau), relie Terre et Ciel et est doté d’une famille (spécificités) particulière et est dédié au bonheur, à la richesse et à la prospérité. Les fidèles initiés à ce Vodun font partie des plus nombreux dans le panthéon.

Egúngún alt=Animations des Egungun sur la place Maro durant l'édition 2025 des Vodun Days.|vignette|Animations des Egungun sur la place Maro durant l'édition 2025 des Vodun Days. Le terme « Egún » est en K’áǎrɔ̀ (yoruba) et signifie « os, squelette », c’est-à-dire « celui qui est mort et qui revient ». Egúngún est d’abord une institution dans certaines familles de l’Ájǎ-Tádó où, à la transition d’un individu ayant mené une bonne vie, les membres de la famille décident de l’immortaliser. Il s’agit d’une béatification qui succède et institue à la fois une ancestralisation, tel que cela est généralement de coutume dans les familles Gbè, et le culte des ancêtres. Le culte Egúngún et le culte des ancêtres sont considérés comme une même réalité religieuse dans l’Àjǎ-Tádó. Cette tradition souligne que le culte des ancêtres pourrait être la première forme de religion de l’humanité, un concept qui fait écho à la scène de la pesée du cœur dans la conception égyptienne de l’immortalité des défunts.

Seulement, il y a une différence non pas seulement de fond, mais surtout de forme entre le culte Egúngún et le culte des ancêtres dans le continuum dialectal Gbè. Car si les deux cultes figurent le retour spirituel des morts parmi les vivants, Egúngún est plutôt non seulement un retour physique, c’est-à-dire une matérialité de l’esprit du défunt, raison pour laquelle il est masqué, mais surtout ce masque donne lieu aussi bien à une vénération qu’à un spectacle.

Lɛǧbà Lɛǧbà est un Vodun central dans le panthéon Vodun. Il est le pourvoyeur des messages des humains et des autres Vodun vers l’Être Suprême. Figurant l’ordre et le désordre, le point de rencontre de tous les contraires, il est le gardien du seuil (maison, ville, marché, Temple des autres Vodun...). Ainsi, il est le symbole de la virilité, de même que le lien entre le tangible et le spirituel.

Mami Wata