Lucien Chaulin-Servinière, né le à Pré-en-Pail (Mayenne) et mort le au Mans (Sarthe), est un avocat, maire de la commune de Mayenne, ainsi que conseiller général et député de la Mayenne de 1889 à 1898.
Figure républicaine de la Troisième République, il est connu pour son engagement politique, son rôle dans l'affaire Dreyfus et sa mort tragique dans des circonstances restées mystérieuses.
Biographie Origine Issu d’une vieille famille normande, son grand-père était cultivateur; et son père homme d'affaires à Pré-en-Pail.. Il est le neveu d'Amédée Fichet.
Formation Lucien Chaulin-Servinière effectue ses études secondaires au Lycée d’AlençonL'Avenir de la Mayenne (Laval), 31 juillet 1898., puis s’inscrit à la Faculté de droit de Paris. Après l’obtention de sa licence, il avocat à Mayenne en janvier 1870. Il participe à la guerre franco-allemande de 1870 comme engagé volontaire dans l’infanterie. Il sert d'abord dans un corps de mobiles de la Mayenne, puis, au , il s'engagea dans le 14e régiment de ligne et prit part, sous le commandement de Charles Denis Bourbaki et d'Aurelle de Paladines, à la campagne d'OrléansLe Panthéon de l'industrie (Paris), 1 mars 1890. (Bataille de Coulmiers).
Carrière politique locale Après la guerre, il reprend sa carrière d’avocat à Mayenne et s’engage en politique. Il est élu conseiller général du canton de Couptrain aux Élections cantonales de 1874 dans la Mayenne, à l'âge de 26 ans, en reportant l'élection contre le Bonapartiste Paul Romaigne-Moricière qui était conseiller général depuis 22 ans. Il devient secrétaire de l’Assemblée départementale pendant dix ans. Il est également président du Comice agricole du canton de Couptrain.
Elu conseiller municipal de Mayenne en 1877, la même année, il devient adjoint au maire Henri Gandais de 1877 à 1887, avant d’être élu maire en 1887, puis réélu en 1888 où il arrive en tête de la liste républicaine avec 1 306 voix contre 558 au premier de la liste opposée. Il est réélu et 1892, et enfin 1896, malgré la campagne violente menée contre lui. Carrière parlementaire Campagne de 1889 Lucien Chaulin-Servinière est élu député de la deuxième circonscription de Mayenne aux Élections législatives de 1889, au premier tour de scrutin, par 8 796 voix contre 8 223 à son adversaire Edmond Lucien Leblanc. Lors de la campagne, il s'adapte aux conditions locales en se montrant plus modéré qu'il n'est réellement. Il garde la confiance du Parti républicain et de l'administration en multipliant les déclarations contre le Boulangisme, mais il s'affirme révisionniste et semble prolonger l'équivoque devant les électeurs de campagneArchives départementales de la Mayenne, M, rapports du sous-préfet de Mayenne, 11 avril 1889, et du préfet, 17 avril et 13 juin 1889.. La confusion est telle que Gustave Denis parle de vraie bouteille à l'encre... La lutte se passe entre les marchands de chevaux (Chaulin) et les marchands de vaches (Leblanc). Espérons que les maquignons rouleront les toucheurs de bête à cornesArchives départementales de la Mayenne, M, Gustave Denis au préfet, 19 septembre 1889.. Il proteste contre la publication faite par L'Intransigeant d'une liste de candidats boulangistes comprenant son nom.Le Horps, . Je proteste énergiquement contre la recommandation du général Boulanger. Je suis tout ce qu'il y a de plus antiboulangiste. CHAULIN-SERVINIÈRE. La lutte était vive entre Chaulin-Servinière et M. Leblanc.M. Leblanc signait ses affiches : Député sortant. M. Chaulin-Servinière riposta en accompagnant sa signature de ces mots : Député entrant.
Il est le représentant d'une circonscription essentiellement agricole cet se déclare protectionniste. Il est alors le seul député républicain du département.
La parlement Républicain, il se prononce contre la révision, pour la nomination des maires par le Gouvernement, pour des mesures restrictives de la liberté de la presse, pour la tolérance en matière religieuse. Il prend plusieurs fois la parole et est rapporteur de plusieurs commissions, notamment de celle de la réorganisation judiciaire et de celle qui est chargée de la question des plus-values si intéressante pour les fermiersAlphonse Bertrand, La Chambre de 1893, biographies des 581 députés, 1893.. Il est l'auteur de la rédaction du projet de loi relatif à la répression des tentatives anarchistes. Il est partisan du maintien, mais aussi de la stricte exécution du Concordat. thumb|right|300px|Les députés de la Mayenne, L'Avenir de la Mayenne, 26 janvier 1890. Proche des paysans, et ayant bien pris en main sa circonscription, la droite ne présentant pas d'opposant, il est réélu aux Élections législatives de 1893 dans la Mayenne.
En 1895, il prend le contrôle de l'hebdomadaire radicalisant Mayenne-Journal, alors dirigé par François Bouly et qui avait succédé à L'Indicateur de Mayenne.
Il est réélu aux Élections législatives de 1898, toujours au premier tour et sans concurrent, il s’inscrit au groupe républicain puis au groupe progressiste. Il siège dans plusieurs commissions, notamment celles des patentes, de la justice de paix et de la réforme judiciaire. Il est l’auteur de rapports sur des validations d’élections et intervient sur des questions judiciaires et agricoles.
Affaire Chaulin-Servinière et Le Breton Contexte En , Lucien Chaulin-Servinière, député de la Mayenne et rédacteur à L'Avenir de la Mayenne, publie un article intitulé « Conservateurs ? et Vestes retournées », dans lequel il critique vivement l’attitude politique de certains sénateurs et députés de la Mayenne, dont Paul Le Breton, sénateur de la droiteL'Avenir de la Mayenne (Laval), 3 avril 1892.. L’article suggère que Paul Le Breton, « capable de tout », et ses alliés politiques, cherchent à s’emparer du pouvoir républicain pour le détourner à leur profit, et qu’ils sont prêts à se « retourner » pour servir leurs intérêts. L’agression Le , à Laval, Chaulin-Servinière, accompagné du rédacteur en chef de L’Avenir de la Mayenne, est accosté par Le Breton fils, fils du sénateur, alors qu’il regagne la gare après une audience au tribunal. Le Breton fils, armé d’une badine, demande à Chaulin-Servinière s’il est bien l’auteur de l’article visant son père. Après une confirmation, Le Breton fils frappe Chaulin-Servinière avec sa badine. Ce dernier, bien que chargé de documents, parvient à se défendre et à maîtriser son agresseur, lui administrant une vigoureuse correction. Le Breton fils, acculé, supplie Chaulin-Servinière de ne plus le frapper, avant que ce dernier ne décide de porter plainte pour voie de fait. Réactions et suites judiciaires Chaulin-Servinière, après avoir consulté ses amis et collègues, notamment Georges Clemenceau, décide d’envoyer ses témoins (MM. Denis et Lhermitte) à Paul Le Breton, sénateur, pour lui demander s’il a ordonné ou s’il assume la responsabilité de l’agression commise par son fils. Le Breton père, absent de Paris au moment de la démarche, répond par écrit qu’il ignorait tout de l’incident et qu’il l’aurait empêché s’il en avait eu connaissance. Il refuse toute responsabilité, ce qui conduit Chaulin-Servinière à déposer plainte pour voie de fait contre Le Breton fils.
La presse parisienne et locale s’empare de l’affaire, certains journaux comme Le Petit Journal changeant d’avis en 24 heures, passant d’une condamnation de l’agression à une remise en cause de la démarche de Chaulin-Servinière, accusé d’avoir « provoqué » l’incident. La Nation et Le Voltaire soutiennent au contraire la légitimité de la plainte, soulignant que l’article incriminé était un texte politique classique, ne portant pas atteinte à l’honneur personnel de Le Breton père. Réactions politiques et médiatiques L’affaire divise l’opinion publique et la classe politique. Georges Clemenceau, consulté par Chaulin-Servinière, estime que la démarche est justifiée et que Lebreton fils doit répondre de ses actes devant la justice. Georges de Villebois-Mareuil, député royaliste, condamne également l’agression, tout en critiquant la publicité donnée à l’affaire. La presse locale, notamment L'Écho de la Mayenne, soutient Chaulin-Servinière, tandis que les journaux proches de Le Breton, comme Le Courrier du Maine, multiplient les attaques contre le député.
Conclusion judiciaire Le Breton fils est finalement poursuivi en police correctionnelle pour voie de fait. L’affaire, qui met en lumière les tensions politiques locales et les méthodes employées par certains opposants, renforce la réputation de Chaulin-Servinière comme défenseur intransigeant des valeurs républicaines et de la liberté de la presse.
Prises de position Républicain convaincu, il se déclare protectionniste, favorable à la nomination des maires par le gouvernement, et partisan de mesures restrictives de la liberté de la presse. Il prend position contre la révision constitutionnelle et pour la tolérance religieuse. Il est également connu pour son opposition au boulangisme. Rôle dans l’affaire Dreyfus vignette|droite|redresse=1.3|alt=Au milieu d'une cérémonie militaire, Alfred Dreyfus se tient droit en uniforme vierge de tout insigne. Ses insignes et son fourreau sont à ses pieds, et en face de lui, un adjudant est en train de casser son sabre en deux sur son genou.|La dégradation d'Alfred Dreyfus dans la grande cour de l'École militaire, le . Dessin d'Henri Meyer en couverture du Petit Journal du , légendé « Le traître »Voir l'exemplaire complet sur Gallica.. Lucien Chaulin-Servinière joue un rôle notable dans l’affaire DreyfusL'Avenir de la Mayenne, 30 janvier 1898., notamment en tant que témoin et relais d’informations concernant les aveux présumés du capitaine Alfred Dreyfus. Son implication s’inscrit dans le contexte des débats politiques et judiciaires qui agitent la France à la fin du , autour de la condamnation pour trahison de Dreyfus en 1894. L’intervention de Chaulin-Servinière et les témoignages qu’il relaie s’inscrivent dans la stratégie des antidreyfusards pour légitimer la condamnation de Dreyfus.
Les débats autour des aveux de Dreyfus provoquent des tensions extrêmes à la Chambre des députés. En , lors d’une séance houleuse, des altercations physiques éclatent entre députés, notamment entre Jean Jaurès, défenseur de Dreyfus, et des membres de la droite, dont le comte Jules de Pierre de Bernis. Chaulin-Servinière, présent lors de ces incidents, est accidentellement blessé dans la mêlée. La séance est marquée par des échanges violents, des coups de poing, et une interruption brutale par le président de la Chambre.
Lors du Procès Zola, le Joseph Reinach, Histoire de l’Affaire Dreyfus, Eugène Fasquelle, 1903, Tome 3., L'Intransigeant publie une note mettant en cause le général de Douvres et Chaulin-Servinière, affirmant que la culpabilité de Dreyfus ne faisait aucun doute. Selon le journal, un officier du conseil de guerre aurait déclaré : « Pour l’honneur de l’armée, s’il y avait eu un seul doute sur cent, nous aurions acquitté Dreyfus. » Chaulin-Servinière, proche du capitaine Charles Lebrun-Renault, rapporte que Dreyfus aurait avoué sa culpabilité à ce dernier lors de la parade de dégradation, en déclarant : « J’ai livré des documents à l’Allemagne ; je l’avoue. Mais j’ai fait cela pour m’en procurer de plus importants. »
Ce témoignage, consigné dans un procès-verbal adressé au ministère de la Guerre, est confirmé par le commandant Eugène d'Attel, également présent lors de la parade. Cependant, Lebrun-Renaud, interrogé par le commandant Ferdinand Forzinetti, refuse de commenter, répondant simplement : « Monsieur, je n’ai rien à vous dire. » Chaulin-Servinière défend la crédibilité de Lebrun-Renaud, soulignant son intégrité et l’absence de pression de la hiérarchie militaire sur son témoignage. Le capitaine Lebrun-Renault, commandait le peloton qui conduisit Dreyfus de la prison à l'École militaire le , affirmait que l'accusé a alors avoué sa trahison.
Mort tragique