Le Vieux Montmartre, forme abrégée pour la Société d’histoire et d’archéologie des et — Le Vieux Montmartre, est une société savante fondée à Paris en 1886, reconnue d'utilité publique en 1967.

Elle a constitué au fil des années une importante collection, actuellement présentée au musée de Montmartre, qu’elle a créé en 1960. Ce fonds, riche de près de objets et de documents d'archive dont elle reste propriétaire, provient essentiellement de dons et de legs reçus depuis son origine, mais également d’acquisitions.

Le Vieux Montmartre est un acteur important de la vie culturelle montmartroise. Ses domaines d’actions s’étendent de la sauvegarde du patrimoine à la constitution d’une collection d’œuvres d’art en passant par la conservation d’archives, l’animation d’un centre de recherches, l’organisation d’expositions et d’événements culturels, l’édition de bulletins et de fascicules.

Origine de la société Membres fondateurs vignette|redresse|Déjeuner de la Société Le Vieux Montmartre Au Rocher Suisse, fin du (coll. Le Vieux Montmartre / musée de Montmartre). La société fut fondée le par neuf personnes : Jean-Baptiste Émile BinJean-Baptiste Émile Bin, maire du de Paris entre 1883 et 1889., Léon LamquetLéon Lamquet, adjoint au maire entre 1882 et 1893., Mauzin, Morel, le peintre Jean Noro, le dessinateur Rab, Charles Sellier (1844-1912), figure importante du Vieux-ParisCharles Sellier, premier président du Vieux Montmartre, nommé à la Commission du Vieux Paris en 1897, puis conservateur-adjoint au musée Carnavalet et inspecteur général des fouilles de la Ville de Paris à la suite de Théodore Vacquer (cf. Notice biographique, base CTHS)., Jacques-Charles WiggishoffJacques-Charles Wiggishoff, maire du entre 1889 et 1899, président du Vieux Montmartre entre 1895 et 1908. et Vautier, réunis pour l’occasion Au Rocher Suisse, un restaurant de la Butte aujourd’hui disparu. Tous Montmartrois, les membres fondateurs étaient artistes, politiciens, écrivains, historiens, architectes ou simples amoureux de Montmartre et avaient en commun un enthousiasme immodéré pour leur village, doublé d’une crainte de le voir disparaître. Le climat parisien d'alors est aux spéculations immobilières marquées entre autres par la construction de la basilique du Sacré-Cœur (1875).

La naissance officielle de la Société Le Vieux Montmartre est entérinée le par arrêté de la préfecture de police.

Les missions de la Société vignette|redresse|« Promenade éducative » organisée par la Société le (coll. Le Vieux Montmartre / musée de Montmartre). La raison d’être fondamentale de la société était la sauvegarde d’un patrimoine local menacé de disparition par les opérations immobilières qui s’accéléraient sur la Butte depuis son annexion à Paris en 1860« Loi sur l'extension des limites de Paris (du 16 juin 1859) », dans le Bulletin des lois de l'Empire français, , série, , , , ..

Cette mission a néanmoins, dès le départ, été étoffée des domaines d’actions suivants : la constitution d’une collection d’œuvres d’art et d’objets de natures diverses ayant trait à l’histoire de Montmartre au sens large (politique, religieuse, civile, artistique, festive, topographique, géologique, industrielle…) ; le projet de création d’un musée pour conserver et valoriser les collections ; l’organisation d’expositions et d’événements culturels en lien avec Montmartre, comme des « promenades commentées » sur la Butte ; la constitution d’un fonds d’archives et la mise en place d’un centre d’accueil pour les chercheurs extérieurs ; la tenue régulière de réunions, soit tous les premiers vendredis de chaque mois, dans les débuts de la société ; la rédaction de Bulletins et Fascicules dont la fréquence de parution a varié au fil du temps ; et d’une manière générale, une implication dans la vie sociale montmartroise.

Les actions de sauvegarde du patrimoine Au fil des différentes présidences, Le Vieux Montmartre a entrepris un nombre significatif d’actions de sauvegarde du patrimoine, des initiatives qui ont largement contribué au façonnement du visage actuel de la Butte. Les auteurs de ces combats ont fait preuve, non seulement d’une ténacité hors du commun, mais également d’une propension à l’anticipation en parfait décalage avec les préoccupations urbanistes de la première moitié du .

Ces actions ponctuelles, unanimement appréciées, aboutirent à l’élaboration, par l'urbaniste Claude Charpentier (1909-1995), d’un plan de sauvegarde et de protection générale du site de Montmartre, qui fut accepté et financé en grande partie par la Ville de Paris en 1956. Ce plan, rigoureusement appliqué pendant près de trois décennies, permit la restauration de très nombreuses maisons et devantures anciennes dans l’esprit du village.

Sa réussite permit à Claude Charpentier de s’en servir de modèle pour sauver le quartier du Marais et travailler sur de nombreuses villes en province, contribuant à renforcer la protection du patrimoine sur le territoire national, concrétisée par la loi du portant sur la préservation des villes historiques, dite « loi Malraux ».

Le Clos-Montmartre vignette|redresse|Rémouleur rue Saint-Vincent par Frères Séeberger, 1960 (coll. Le Vieux Montmartre / musée de Montmartre). L’une des actions les plus importantes du Vieux Montmartre fut le sauvetage du site baptisé aujourd’hui le Clos-Montmartre, autrement dit, la vigne de Montmartre.

Ancienne parcelle du jardin des Abbesses, ce terrain situé à l'angle de la rue des Saules et de la rue Saint-Vincent porta longtemps le nom de « parc de la Belle Gabrielle », avant de redevenir simple friche, servant d'aire de jeux aux enfants du quartier et de dortoir aux sans-abris. Acquise par la Ville de Paris, cette parcelle était, dans les années 1920, destinée à la construction de type habitation à bon marché. Victor Perrot, président du Vieux Montmartre, orchestra la sauvegarde de ce terrain et sa conversion en vigne. L’opération fut de longue haleine, elle rallia nombre de montmartrois, associations comprises. La lutte menée alors témoignait du fort esprit de solidarité et du sens de l’humour qui régnait sur la Butte. Ainsi, cet événement organisé en 1929 par Francisque Poulbot et ses amis de la République de Montmartre, le cocasse épisode du « square de la Liberté », un vrai « faux square », inauguré en grande pompe et en présence des médias, sur le futur emplacement de la vigne. Celle-ci fut plantée en 1933 à l’initiative conjointe du Vieux Montmartre, de la Commune libre de Montmartre et de la République de Montmartre. Aujourd’hui encore, la vendange manuelle des raisins respecte un rituel festif, les célèbres « Vendanges de Montmartre » restant une grande fête qui rassemble tous les ans, Montmartrois du cru et visiteurs du monde entier.

Le Clos-Montmartre est aujourd’hui l’un des sites incontournables de la Butte.

Le square Suzanne-Buisson alt=Square Suzanne Buisson|vignette|redresse|gauche|Le square Suzanne-Buisson avant son aménagement (coll. Le Vieux Montmartre / musée de Montmartre).

Autre poumon vert de la Butte, la parcelle aujourd’hui occupée par le square Suzanne-Buisson fut sauvée en 1930, soit quelques mois à peine après la mobilisation générale pour la création du « square de la Liberté ». Cette importante portion de terrain, alors à l’abandon, faillit disparaître au profit d’un projet d’installation d’un établissement industriel de décapage de métaux ainsi que d’immeubles de rapport. La mobilisation des Montmartrois, du Vieux Montmartre, ainsi que de la presse parisienne, fut alors intense et décisive.

Le Château des Brouillards vignette|redresse|Max Jacob, Château des Brouillards, 1918, huile sur bois (coll. Le Vieux Montmartre / musée de Montmartre). Le Château des Brouillards constitue, au même titre que le cabaret du Lapin Agile, le Bateau-Lavoir et le Moulin de la Galette, l’un des hauts lieux mythiques de la vie montmartroise. Refuge, atelier et source d’inspiration pour beaucoup d’artistes, il figure dans nombre d’ouvrages sur Montmartre et sa bohème, dont Le Château des Brouillards (1932) de Roland Dorgelès, l'album de Jean Renoir (1962)Réédité sous le titre Pierre-Auguste Renoir, mon père, en 1981., ou les écrits de Gérard de Nerval qui aimait à se promener dans ces paragesG. de Nerval, « La Butte Montmartre », L’Illustration, , janvier, ., alors qu’il séjournait en 1841, à proximité, dans la clinique du docteur Blanche. Dans les années 1920, la destruction de la propriété fut envisagée en vue de prolonger la rue Simon-Dereure. L’implication personnelle de fidèles sociétaires du Vieux Montmartre regroupés autour de Victor Perrot, permit d’assurer la sauvegarde du lieu. Aujourd’hui, l’édifice est bordé d’une petite allée, l’allée des Brouillards, qui assure une jonction piétonne entre la rue Simon-Dereure et la rue de l’Abreuvoir.

La maison du Bel Air et le « jardin du Manoir » vignette|redresse|Réhabilitation de la maison du Bel Air par Claude Charpentier (coll. Le Vieux Montmartre / musée de Montmartre). Cette demeure remonterait au et serait la plus ancienne de la Butte. Située au 12-14, rue Cortot, elle abrite le musée de Montmartre.

Au , cette maison et ses dépendances abritèrent des artistes comme Auguste Renoir, Émile Bernard, Othon Friesz, Raoul Dufy, Suzanne Valadon, Maurice Utrillo, André Utter, Maximilien Luce, Dimitrius Galanis ainsi que des écrivains comme Léon Bloy ou Pierre Reverdy. C’est dans le jardin du Manoir que Renoir, qui louait un atelier sur place, peignit en 1876 La Balançoire et le Bal du moulin de la Galette. En dépit de son passé, le Manoir faillit disparaître dans les années 1950 au profit de la construction d’une série d’habitations à loyer modéré. La bataille qui a été livrée pour la sauvegarde du Manoir doit une grande partie de son succès à la création en 1954 du Comité de sauvegarde du site de Montmartre, dont le domaine d’action s’étendait à tout un secteur de la ButteClaude Charpentier, architecte urbaniste, futur président du Vieux Montmartre, expose en 1956 à l’hôtel de ville de Paris, deux maquettes portant sur Le Site de Montmartre. Celles-ci illustrent un plan de protection et d’aménagement de l’ensemble du site, l’exposition est un grand succès.. Ce comité permit la conservation de monuments emblématiques de Montmartre, tels que la Ferme et le bal du Moulin de la Galette comprenant les deux moulins : le « Radet », aujourd’hui propriété du Vieux Montmartre, et le « Blute-fin »Il doit son inscription aux monuments historiques au Comité de Sauvegarde du Site de Montmartre.. Le comité était placé sous l’égide du Vieux Montmartre, alors présidé par Paul Yaki. Après une intensive campagne de réhabilitation des lieux menée par Claude Charpentier, les efforts combinés du comité et de la société se concrétisèrent par l’inauguration du musée de Montmartre le , en présence d’Émile Pelletier, ancien préfet de la Seine et ministre d’État de la Principauté de Monaco. Claude Charpentier en fut le premier conservateur et Yaki le premier présidentPaul Yaki, notice bibliographique sur data.bnf.fr..

Le Bateau-Lavoir vignette|redresse|Incendie du Bateau-Lavoir en 1970 (coll. Le Vieux Montmartre / musée de Montmartre). Lieu mythique de l’avant-garde artistique montmartroise dont le plus illustre occupant fut Pablo Picasso, le Bateau-Lavoir fit également l’objet d’une tentative de sauvetage par le Vieux Montmartre, opération qui aboutit au classement de la structure. En 1970, alors qu’un projet de musée voyait le jour, l’édifice partit en fumée sans qu’il fût possible de le sauver. Claude Charpentier fut chargé de la reconstruction du Bateau-Lavoir afin qu’il retrouve, dès 1978, sa vocation d’ateliers d’artistes.

Collections du Vieux Montmartre présentées au musée de Montmartre

gauche|vignette|redresse|Henri de Toulouse Lautrec, Le Divan Japonais, 1893, lithographie (coll. Le Vieux Montmartre / musée de Montmartre).