La sophro-analyse (dite aussi sophrologie analytique ou sophranalyse) est une méthode thérapeutique, fortement emprunté à la psychanalyse, qui fait partie des techniques psycho-corporelle. Issue de l'hypnose, comme toute science sophrologique (Chertok, Erickson et Caycedo), la sophrologie analytique, au-delà de la conscience et de ses composantes intègre le corps dans son champ de tentative de compréhension de l'humain..
Ce n'est pas une psychanalyse et ça ne remplace pas la psychanalyse. La psychanalyse s'attache inconditionnellement au passé, et principalement à l'enfance. La sophro-analyse vient, quant à elle, travailler sur le présent, avec des grilles d'analyses reprises de la psychanalyse. Une autre différence fondamentale qu'offre la sophro-analyse par rapport à la psychanalyse se fonde sur l'importance qu'elle porte au schéma corporel « comme réalité vécue ».
L'enseignement de la sophrologie analytique a été principalement développé au sein du centre de sophrologie de Paris (Première école de sophrologie en France en 1971) par Jean-Pierre Hubert qui en était le directeur, à travers cette école et ensuite au sein de la Faculté Européenne créée en 1992.
Historique La sophro-analyse trouve ses bases dans la création de la sophrologie au début des années 1960, sous la supervision d'Alfonso Caycedo. La sophrologie réunissait à cette époque exclusivement des professionnels de la santé, comme en témoigne le premier congrès de sophrologie en 1970, qui a rassemblé 1400 spécialistes. Cette sophrologie s'est développée à partir d'un modèle combinant hypnose, phénoménologie et méthodes de psychologie, notamment la psychanalyse. Pendant 17 ans, ces professionnels de la santé ont approfondi et développé cette thérapie innovante à partir de ces fondements.
En 1976, une scission se produit lorsque Alfonso Caycedo décide d'élargir la sophrologie à un public plus large. Il modifie son enseignement, excluant le traitement des pathologies lourdes et la psychanalyse, affirmant que cette dernière « ferme la porte aux dimensions nouvelles de la conscience »Bien que Alfonso Caycedo fasse sur l'inconscient une impasse totale, le considérant sans doute trop discuté et donc pouvant engendrer des polémiques, rappelons néanmoins que, pour les psychanalystes, « le conscient n'est intéressant que dans la mesure où il permet, justement, de prendre conscience de l'inconscient ». Réf page 16 du livre de Henri Boon et Yves Davrou : « La sophrologie - une révolution en psychologie ». . Caycedo ajoute à cela plusieurs niveaux de conscience, la Société Française de Sophrologie réagit vivement, se distanciant de l'enseignement de Caycedo, elle publie une lettre des plus virulentes à son encontre : « La Société Française de Sophrologie ne peut accepter que la sophrologie est pour but l'acquisition d'une conscience nouvelle, sans savoir ce qu'elle sera ni vers quoi nous serions menés. » Jean-Pierre Hubert se joint au mouvement : « Je me trouve propulsé dans un monde qui exerce une thérapie sauvage en dehors de la légalité ».
En 1977 à la suite de ces désaccords méthodologiques et relationnels avec Alfonso Caycedo, Jean-Pierre Hubert et Raymond Abrezol créent en Suisse le Collège International de sophrologie médicale. Cette initiative leur permet dans un premier temps de se démarquer de Caycedo. Le principe d'une sophrologie analytique restait tout de même admis par Alfonso Caycedo
En 1982, le terme de sophrologie analytique est annoncé publiquement pour la première fois en 1982 lors du Congrès Mondial de Sophrologie de Bogota par Jean-Pierre Hubert Après mure réflexion, cette prise de position, tout à fait respectée par le docteur Caycedo, m'avait parue nécessaire autant que salvatrice.. Si Alfonso Caycedo a mis à l'écart la psychanalyse pour fonder la sophrologie, la sophrologie analytique s'inscrit d'abord dans la synthèse de ces deux approches. Jean-Pierre Hubert commence à mettre en place les données de base de la sophrologie analytique en s'appuyant sur les recherches de Sigmund Freud, Carl Jung et Milton Erickson ». Richard Esposito ajoute: « Sous l’influence de la psychanalyse, la notion d’alliance au sens caycédien est devenue réductrice : le vrai travail s’effectue du côté transfert et du contre-transfert ».
En 1985, vient la séparation définitive, les sophrologues présents lors d'un séminaire à Paris se libèrent définitivement de la tutelle de Caycedo, d'importants désaccords étant intervenus de part et d'autre, Jean-Pierre Hubert déclare qu'il se voit de nouveau obligé de prendre une nouvelle distance dans sa collaboration avec Alfonso Caycedo. Les sophrologues de langue française décident ensemble que la sophrologie est désormais alimentée principalement par les recherches psychanalytiques de Sigmund Freud, de Jacques Lacan et de Carl Jung.
En 1992, Jean-Pierre Hubert crée la Faculté Européenne de Sophrologie, dont il était le directeur, et qui verra passer plus de 500 étudiants par an, avec une formation reconnue par l'ANPEFormation à la Faculté européenne de sophrologie (FES) une école privée fondée à Paris en 1992. Article paru dans Le Monde le 29 Octobre 1997 : Une nouvelle discipline à la mode : la sophrologie.
En 1996, Lucien Gamba constatait qu'au cours de ces dernières années, la sophrologie s'était développée dans deux directions différentes : d'une part la sophrologie dite « positiviste » ou « comportementaliste » dirigée par Alfonso Caycedo qui ne souhaite pas aborder des phénomènes inconscients pour essentiellement se concentrer sur les constats positifs. Et d'autre part la sophrologie appelée « analytique » dont le chef de file est Jean-Pierre Hubert, qui intègre le positivisme et le dialogue avec l'inconscient.
Aujourd'hui la sophro-analyse est toujours enseignée à la Faculté Européenne de Sophrologie et de Sophranalyse.
Fondement La sophro-analyse utilise et exploite l’état sophronique à des fins analytiques, sur un sujet reconnaissant une certaine dimension de son monde intérieur, en le vivant par l'image et par la perception du corps Dans une dimension de disponibilité obtenue dans un état de relaxation. La sophro-analyse utilise principalement les techniques d’association et de transfert qu’on retrouve dans les autres approches analytiques (freudienne, jungienne, cycle supérieur du training autogène de Schultz).
Dans les fondements de la sophro-analyse, il faut d'abord prendre conscience de ce qu’il y a en nous, de ce qui a toujours été en nous, de ce que nous sommes, répondre à notre vocation d’Être dans le monde, pour être amené à traiter un sujet. La sophro-analyse est essentiellement un vécu personnel dans une relation de transfert On peut dire que la sophro analyse ne s'apprend pas. Elle se vit, ce n'est jamais un cours. C'est un vécu personnel dans une relation de transfert. où le transfert n'est pas utilisé principalement comme support thérapeutique, il en fait partie.
La sopho-analyse n'est pas une sophrologie caycedienne « comportementaliste » qui se concentre essentiellement sur les constats positifs. Avec une parfaite connaissance de la sophrologie caycedienne de par leur formation, les sophrologues analystes sont à la jonction des 2 systèmes, et dans leur protocole thérapeutique font toujours le choix de l'un ou l'autre Les notions de transfert et de contre-transfert sont typiquement psychanalytiques, alors que la notion d'alliance sophronique est liée aux déterminations sophrologiques mises en place par Alfonso Caycedo..
A contrario de la sophrologie caycedienne, il y a un élargissement en sopho-analyse qui permet d'utiliser l'inconscient du sujet Ghylaine Manet écrit dans une parution sous le titre : Le sophrologue est un praticien. « avec un élargissement qui permet d'utiliser l'inconscient du sujet, sans être dans l'illusion, ce qui donnera au sujet un véritable sens à sa vie ». et dans un travail de recherche qui hiérarchise le contenu et la structure de l’inconscient en inconscients expérientiel, matriciel, structural et transcendantal, on parle d’inconscient dans le sens de l’Être-potentiel ou de vocation de l’Être de Edmund Husserl, Martin Heidegger et Ludwig Binswanger, mais aussi d’un inconscient-mémoire pouvant être également témoin de vicissitudes, de traumatismes ou de frustrations Aziz Ameur cite dans un travail de recherche en 1994 et présenté au congrès mondial de sophrologie à Monaco en 1997 - « conscience, phénomène et sens, de la sophranalyse à la sophranalyse de la sophrologie ».. L'analyse existentielle de Ludwig Binswanger (et de ceux qui peuvent s'y rattacher : Viktor Frankl, Émile Durkheim notamment), s'inscrit au plus proche des recherches théoriques sophro-analytiques.
Compte tenu de toutes ces perspectives, les sophrologues analystes estiment que leur approche apporte à la sophrologie une nouvelle dimension qui l'inscrit dans le champ des thérapies.
Formation et application Le thérapeute appelé dans le cadre sophrologique : « sophrologue analyste », aura lui-même suivi une analyse didactique, aura vécu une thérapie personnelle suffisamment prolongée et profonde, avec comptes-rendus à ses pairs. Bernard Auriol, psychiatre et psychanalyste précise : « sera compétent, celui qui aura vécu une thérapie personnelle suffisamment prolongée et profonde (de type analytique orthodoxe ou non), une expérience de relaxation suffisamment profonde et prolongée (par le training autogène de Schultz ou une autre technique) Il est nécessaire de souligner que le praticien sophrologue analyste doit avoir obligatoirement une formation complète de sophrologie et certifier d'une formation spécialisée en analyse didactique. et une expérience de l'imagerie mentale personnelle approfondie. Ces conditions sont nécessaires pour la pratique de la sophro-analyse.
La formation dispensée comporte trois axes:
Étude et pratique des techniques de relaxation, avec au minimum le premier degré de la relaxation dynamique sophroniqueLa relaxation dynamique de premier degré est une technique qui vise à la prise de conscience de son corps en utilisant des mouvements, des respirations, des temps de pause. . Une analyse personnelleQualification des « analystes en formation » () selon les statuts de l'Association psychanalytique internationale, sur la base de trois modèles reconnus, le « modèle Eitingon », le modèle français et le modèle uruguayen () : , qui constitue la référence première du processus analytique dont elle restera indissociable et qui se poursuivra dans toute réflexion sophro analytique ultérieure. Des analyses supervisées (Cures psychanalytiques assistées): l’analyste en formation entreprend quatre cures avec l'assistance pour chacune d’elles d’un sophro analyste qu’il choisit. L'application sur un sujet comporte également trois axes ou dimensions:
La modification du niveau de vigilance (état de conscience sophroliminalEn état sophroliminal, on a conscience de tout mais on se trouve en état de détente corporelle et mentale profonde, plus conscient et plus à l'écoute de son monde intérieur.). Cela veut dire la sophronisation de base, atteinte soit par de l'hypnose, des exercices de relaxation dynamique, ou plus récemment l'EMDR où la sophronisation de base peut-être remplacée par le training autogène de Schultz cycle inférieur, ou être adjointe à celui-ci.