L’histoire des relations internationales est une discipline historique qui occupe une place importante au sein de l’historiographie et de la recherche. Elle consiste en l’analyse et en l’explication des relations établies entre des États par l’intermédiaire du personnel politique et administratif (étude des actes diplomatiques) mais aussi des relations établies par les particuliers avec d’autres particuliers par-delà les frontièresPierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, Introduction à l'histoire des relations internationales, dans Population, , , 1965, .. L’histoire des relations internationales cherche donc à dépasser la simple construction chronologique afin de comprendre le rôle de la politique étrangère et ainsi déceler le fonctionnement des relations internationalesMarc Ferro, Vers le renouvellement de l'histoire des relations internationales, dans Annales. Histoire, Sciences Sociales, , , 1965, .. L’histoire des relations internationales étudie alors les actions du personnel politique, les facteurs économiques et les interactions d’acteurs non-politiques qui traversent les frontièresJean-Baptiste Duroselle, Histoire des relations internationales, dans Revue française de Sciences politiques, , , 1956, .. Les sentiments collectifs et les mentalités font aussi l'objet de travaux, en tant que phénomènes transnationaux. Née en Europe à la fin du siècle, cette discipline reste fortement imprégnée par les méthodes et les angles d'approche de cette époque (par exemple, analyse qualitative et histoire politique). Un de ses atouts consiste à publier de nombreuses sources servant les travaux historiques actuels. À l’origine, l'histoire des relatons internationales était appelée histoire diplomatique: influencés par l’École des Annales, les historiens des années 1950 délaissent ce terme pour le remplacer par celui d'histoire des relations internationales. En effet, cette nouvelle dénomination intègre l’histoire diplomatique tout en élargissant ses champs d'étude. Dès lors, les relations qu'elle étudie peuvent être de nature économique, sociale, juridique, etcRobert Frank, dir., Pour l'histoire des relations internationales, Paris, 2012, ..

Historique et origines de l'histoire des relations internationales

Antiquité Les relations internationales sont essentiellement limitées à l’analyse des relations commerciales ainsi que des échanges entre sociétés et puissances extérieures sans y trouver toutefois de réelles régularisations et, de facto, un droit international. Il faudra attendre les Temps Modernes et la création du concept d’État pour voir apparaître des études plus poussées dans ce domaine.

En Grèce, les sciences humaines commencent à se détacher des explications mythologiques durant le siècle av. J.-C. Cela est illustré par deux auteurs :  Hérodote, « Père de l’histoire » et Thucydide avec son analyse rigoureuse du conflit entre Sparte et Athènes (dont il est contemporain) à travers son œuvre La Guerre du Péloponnèse.  Thucydide explique dans cette œuvre les valeurs régissant les interactions entre puissances, une puissance maritime pour Athènes (thalassocratie) et une puissance continentale pour Sparte. La compétition et les intérêts propres ont été identifiés par Thucydide comme leitmotiv de cette guerre. Ce point de vue inspirera de nombreux autres auteurs durant la période moderne.

Deux empires sont principalement à l’origine de la mosaïque d’États qui existe de nos jours : l’Empire romain et l’Empire chinois. L’empire chinois s’est certes disloqué, mais il s’est ensuite reconstitué donnant ainsi un sentiment de continuité. À l’instar des auteurs européens de la période antique, Sun Tzu ne parle pas des relations internationales en tant que telles, mais il montre les différentes valeurs et les comportements pouvant déclencher des conflits dans son écrit intitulé l’Art de la guerre. Son ouvrage reste néanmoins d’essence principalement militaire; son but est avant tout d’aider les généraux militaires de son temps et non de se mêler de la politique. L’Empire romain finira par se scinder en deux parties : l’empire d’Occident et l’empire d’Orient qui ont joué un rôle important dans la disposition actuelle de l’Europe, principalement sur le plan culturel. Le christianisme introduit sous l’empire d’Occident aura un rôle particulièrement déterminant dans les « relations internationales » durant la période médiévale. L’idée impériale persistera toutefois, notamment avec Charlemagne qui se fera sacrer empereur à Rome traduisant ainsi la continuité de la volonté de domination.

Les historiens ont affirmé, sur base des témoignages antiques qui sont essentiellement de nature conflictuelle, qu’il n’existait pas de diplomatie durant l’Antiquité. C. Auliard démontre toutefois que l’on peut trouver des signes de diplomatie durant la période romaine bien qu’il n’existât pas de terme pour désigner la politique des relations entre États. Rome aurait prématurément établi des contacts avec ses ennemis qui se sont structurés par la suite. Cette diplomatie romaine était foncièrement différente de la diplomatie moderne : les relations dans l’Antiquité (pas seulement à Rome) avaient un caractère « ponctuel » et « temporaire », et il n’existait pas de « représentation permanente entre les États du monde méditerranéen antique ». Cicéron donne un témoignage des pratiques diplomatiques à Rome : « Il est indispensable au sénateur de connaître la chose publique, et cette connaissance est étendue : le nombre de soldats dont l’État dispose, les ressources du trésor public, les alliés, les amis, les tributaires de la république, les lois, les conventions, les traités ». Il était donc important de connaître le statut des autres États pour les hauts dignitaires romains.

Moyen Âge Comme pour l’Antiquité, la pensée médiévale ne développe pas véritablement les relations internationales.Toutefois, on observe quelques réflexions et études sur les actions politiques et gouvernementales dans ce domaine. Plusieurs problèmes se présentent lors de l’étude de cette discipline pour la période médiévale, notamment l’absence des concepts de nations et d'États dans le sens moderne qu’on leur donne ainsi que la mainmise de l’Église sur ces réflexions.

En effet, durant la période médiévale, l’Église est par excellence une puissance internationale: elle possède effectivement des adeptes dans différents États. La rupture de l’unité romaine fait place aux invasions germaniques, et la politique matrimoniale alors mise en place pour arrêter ces guerres peut être considérée comme des « manifestations de relations internationales »Gabriel Lepointe, C.r. de François Louis Ganshof, Le Moyen Âge, Histoire des relations internationales, dans Revue d’histoire de l’Église de France, t. 39, , 1953, .. Plus tard, Clovis se fera aider par des évêques et d’autres dignitaires ecclésiastiques pour combattre les germains de confession arienne. Bien que le souhait d’unification de Clovis n’aboutira pas réellement, il y a là une autre manifestation de « relations internationales ».

L’axiome théologique est à la base de la plupart des raisonnements concernant les agissements humains, tant au niveau individuel qu’en tant que collectivité. L’Église pouvait condamner les guerres ou les légitimer en condamnant les excès (issus de la maladie humaine) de certains tyrans et ainsi justifier le rôle purificateur de certaines guerres. D’autre part, les guerres défensives sont encouragées si la volonté divine le permet.

Selon les chrétiens de la fin de l’Antiquité et du Bas Moyen Âge, le monde devait rester unifié sous une même morale, donc chrétienne, garantie par un projet commun piloté par les élites du clergé et les ministres du culte. Ce point de vue fut mis à mal par le désordre qui régna à partir de la chute de l’Empire romain d’Occident car les modèles adulés issus de l’époque de la polis grecque ou encore de l’imperium romain s’effondrèrent.

Sous les carolingiens, on assiste à un glissement du pôle de l’Europe de la Méditerranée vers la région d’entre Rhin et Loire à la suite de la reformation d’une unité autour de la dynastie carolingienne et de l’Église. L’empire carolingien finira par être disloqué lors du Traité de Verdun en 843 mais des éléments d’administration commune vont toutefois subsister. En dépit d’une économie fermée, il existe tout de même des relations ; un trafic Nord-Sud sur le Rhin, des communications Est-Ouest et des relations autour de la Méditerranée.

Le monde de l’Islam est, quant à lui, bien différent de l’Occident. Il est subdivisé en de multiples clans qui maintiennent malgré tout une unité religieuse.

La première croisade (1095) aura une importance significative en ce qui concerne les relations internationales durant la période médiévale. Sous l’unité de l’Église, les croisés, qui sont issus de différents États vont se confronter directement aux peuples musulmans dans une lutte pour Jérusalem. Cet évènement entraine également la dégradation des rapports entre Grecs et Latins. La première croisade permet, en outre, d’envoyer hors de l’Europe une série de « féodaux indomptés » ce qui entraine une paix publique et permet aux États européens de se solidifier.

La redécouverte, au haut Moyen Âge, des écrits traduits de l’ère préchrétienne (issus des bibliothèques arabes ou encore échangés à des marchands) a contribué à changer les modèles d’analyse des sciences en général. Thomas d’Aquin, par exemple, s’inspira de Platon ou encore d’Aristote pour aborder ses théories politiques selon un point de vue influencé par la raison. Le concept de « loi naturel » fait également ses premières apparitions et la conscience nationale se développe durant le .

L’approche médiévale est contradictoire : elle déplore d’une part la guerre et prône de l’éviter, sauf dans le cas du maintien des autorités souveraines. Par ailleurs, l’influence de la scolastique ne permet pas d’écarter les effets de la création divine et les enseignements bibliques dans toutes les activités humaines, et ce compris dans ses relations en tant que communauté ou société.

Temps Modernes La fin du et le début du sont encore sous l’influence des pensées issues du haut Moyen Âge. Au , des courants intellectuels et spirituels, dont l’humanisme, vont s’épanouir. L’imprimerie va considérablement développer la culture et les moyens de communication rendant ainsi les relations internationales plus accentuées dans les siècles qui suivent bien que l’évolution des théories sur les relations internationales demeure lente durant ces deux siècles. Les missions diplomatiques permanentes font aussi leur apparition.

Le modèle de la Cité-état qui était en pleine expansion, particulièrement en Italie, influencera de nombreux auteurs humanistes dont Guiccardini ou encore Machiavel, ce dernier va émettre l’idée de créer la profession à part entière de diplomate. Dante est également précoce dans l’analyse des situations politiques extérieures à Florence, il s’intéresse en effet au sort de l’Italie entière. Il va échouer dans sa tâche de médiateur pour la ville de Florence et se montrera alors favorable à un pouvoir temporel plus fort, seule autorité habilitée à résoudre les conflits et les instabilités en Europe. Ce dernier était également un adepte de l’idée qui préconisait le retour d’un seul et unique empire à la gouverne du continent, avec un seul monarque à sa tête (cela est mentionné dans ses œuvres Le Banquet et La Monarchie). Cette idée d’empire unique sera reprise par ses contemporains, notamment Marcile de Padoue. Un siècle plus tard, Didier Érasme de Rotterdam montre une idéologie plus pacifiste : la lutte contre le conflit est clairement un objectif que devraient partager toutes les puissances. Il émet des idées pour parvenir à ce but.