thumb|400px|Carte du tracé du transatlantique en 1858. Les câbles télégraphiques transatlantiques sont des câbles sous-marins posés sur le fond de l'océan Atlantique et qui étaient utilisés au et dans la première moitié du pour les communications télégraphiques internationales.
Le premier câble a été posé en 1858 à travers l'Atlantique, entre sur l'île de Valentia dans l'ouest de l'Irlande et la baie de à l'est de Terre-Neuve (Canada). Il a prolongé des câbles sous-marins préexistants reliant le Canada aux États-Unis et l’Irlande à la Grande-Bretagne.
Les premières communications ont eu lieu le , réduisant le délai d'envoi d’un message entre l'Amérique du Nord et l'Europe de dix jours minimum – le temps nécessaire pour livrer un message par bateau – à seulement quelques heures, mais elles furent interrompues le à cause de l'altération physique du câble. Il faut attendre un nouveau câble, posé en 1866, pour réduire à quelques minutes le délai d'envoi d'un message. Les câbles télégraphiques transatlantiques n'ont été remplacés qu'au milieu du par des câbles de télécommunications sous-marins dédiés à la téléphonie (TAT-1) puis à la transmission de données (Internet).
Études préliminaires Avant la pose des premiers câbles transatlantiques, les communications entre l'Europe et les Amériques se faisaient uniquement par bateau et les violentes tempêtes hivernales retardaient parfois les navires pendant des semaines. Les câbles transatlantiques ont considérablement réduit la latence des communications, permettant l’envoi d’un message et la réception d'une réponse le même jour. Ces câbles ont permis les premières télécommunications internationales à longue distance (bien avant celles par téléphone).
William Cooke et Charles Wheatstone avaient construit le premier télégraphe électrique terrestre opérationnel en 1839 : le télégraphe de Cooke et Wheatstone. Dès 1840, Samuel F. B. Morse avait déclaré sa conviction de la faisabilité d'une ligne télégraphique sous-marine à travers l'océan Atlantique.
Dans les , plusieurs personnes proposèrent la construction d'un câble télégraphique à travers l’Atlantique, dont Edward Thornton et Alonzo Jackman ..
Cinq tentatives pour poser des câbles transatlantiques eurent lieu sur une période de neuf ans : la première en 1857, deux en 1858, une en 1865 et une en 1866. Des liaisons durables ont finalement été réalisées avec le câble de 1866 et avec le câble de 1865 (réparé fin 1866), posés par le d’Isambard Kingdom Brunel, commandé par Sir James Anderson.
Cyrus West Field et la société furent à l'origine de la construction du premier câble télégraphique transatlantique entre Terre-Neuve et l'Irlande (environ , marins)Sites du patrimoine mondial au Canada - Lieu historique provincial du poste du câble de , Terre-Neuve-et-Labrador pc.gc.ca, .. Les études préalables à la pose de ce premier câble ont débuté en 1854 et ce projet a abouti en 1858. Ce câble de 1858 n'a fonctionné que pendant trois semaines, mais c'était le premier projet de ce genre à donner un résultat concret. Le premier télégramme officiel transmis entre les deux continents fut un message de félicitations de la reine Victoria du Royaume-Uni au président des États-Unis James Buchanan, le .
Premier câble transatlantique (1858) Pose du câble thumb|left|Un timbre-poste américain commémorant le câble transatlantique de 1858.
Cyrus West Field a dirigé l’étude puis la pose du premier câble transocéanique avec Charles Tilston Bright comme ingénieur en chef. Une première étude a été faite pour choisir le tracé, elle a montré qu'un câble entre l’Irlande et l'île de Terre-Neuve (Canada) était réalisable. Ce câble était conçu pour prolonger les câbles sous-marins qui existaient depuis 1856 entre Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse (Canada) (via le détroit de Cabot) 1856 atlantic-cable.com, le (consulté le ). et entre l’Irlande et la Grande-Bretagne. Le but était de permettre une liaison télégraphique entre le Royaume-Uni, le Canada et les États-Unis. Des fonds provenant de sources américaines et britanniques ont été levés par la vente des actions de l'. Cyrus Field lui-même fournit le quart du capital nécessaire.
Le câble se composait de sept fils de cuivre, pesant chacun ( par mille marin) ; il était recouvert de trois couches de gutta-percha, pesant ( par mille marin), et enroulé dans du chanvre goudronné, autour duquel une gaine de composés chacun de sept fils métalliques, était posée en spirale. L'ensemble pesait près de ( par mille nautique), était relativement souple et pouvait résister à une traction de plusieurs dizaines de kilonewtons (plusieurs tonnes). Il a été construit conjointement par deux sociétés anglaises - Glass, Elliot & Co. de Greenwich, et R. S. Newall & Co. de Birkenhead. Plus tard, après la fabrication on a découvert que les avaient été fabriquées avec des brins torsadés dans des sens opposés.
thumb|upright=1|alt=Bateau H.M.S. Agamemnon.| posant le câble de 1858. La première tentative de pose, en 1857, fut un échec. Les navires câbliers étaient des navires de guerre reconvertis : le et l’USS Niagara ; chacun des n'avait la capacité de transporter que la moitié du câble. La pose du câble commença à la rive blanche près du château de Ballycarbery dans le comté de Kerry, sur la côte sud-ouest de l'Irlande, le .. Le câble cassa dès le premier jour, mais il put être récupéré au grappin et réparé. Il cassa une seconde fois, à près de de profondeur, et l'opération de pose fut abandonnée pour l'année 1857.
thumb|upright=1|alt=Bateaux ayant participé à la pose du câble.|Les 4 navires ayant participé à la pose du câble de 1858 : USS Niagara et H.M.S. Agamemnon au premier plan L'été suivant, après des tests dans le golfe de Gascogne, l’Agamemnon et le Niagara ont fait une nouvelle tentative. Les navires se sont rencontrés au milieu de l'Atlantique pour y commencer la pose du câble. Les deux moitiés du câble ont été épissées ensemble, et pendant que l'Agamemnon allait vers l'est vers l'île de Valentia, le Niagara faisait route vers l'ouest, vers Terre-Neuve. L'épissure centrale a été faite le , et la pose du câble sur le fond a pu commencer. Le câble cassa une première fois après moins de (trois milles marins), une seconde fois après environ ( marins) et une troisième fois quand environ ( marins) de câble étaient posés.
L'expédition revint en Irlande à puis repartit le avec des équipages peu enthousiastes. L'épissure centrale fut achevée le . La pose du câble se déroula cette fois facilement. Le Niagara arriva à Trinity Bay (Terre-Neuve) le et le lendemain matin, le câble atteignait la côte. L’Agamemnon réussit également son trajet de pose vers l'Irlande. Le , il arrive à l'île de Valentia, et le câble atteint la rive à proximité de sur un site qui sera dénommé « »..
Premier échange de messages à travers l'Atlantique
thumb|upright=1.2|right|« » sur l'île de Valentia en Irlande fut le site d'envoi du premier message télégraphique depuis l'Irlande vers l'Amérique du Nord. En , un monument commémorant la pose du câble transatlantique vers Terre-Neuve a été dévoilé au sommet de la falaise Foilhommerum. Construit avec de l'ardoise de Valentia et conçu par le sculpteur local Alan Hall ; ce mémorial marque l'histoire de l'industrie télégraphique sur l'île à partir de 1857.
Le , un premier message, en dehors des messages techniques envoyés par les électriciens qui établissaient le système, fut envoyé par le câble. Le message, envoyé depuis l'Angleterre, était : « L'Europe et l'Amérique sont unies par la télégraphie, Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix et bonne volonté aux hommes sur Terre ». La reine Victoria envoya ensuite un télégramme de félicitations au président James Buchanan dans sa résidence d'été à l'hôtel en Pennsylvanie et exprima l'espoir que le câble constituerait « un lien supplémentaire entre les nations dont l'amitié repose sur leur intérêt commun et leur estime réciproque » .. Le président lui répondit que et . Ces premiers messages, codés en Morse ont été difficiles à déchiffrer.
Ces messages ont engendré une explosion d'enthousiasme. Le lendemain matin, un tir de salut de retentit à New York, les rues étaient décorées de drapeaux, les cloches des églises sonnaient, et la nuit la ville était illuminée.. Le , il y eut un défilé suivi d'une procession aux flambeaux et de feux d'artifice, qui provoquèrent un incendie dans l'hôtel de ville..
Échec et abandon du premier câble
Le fonctionnement du nouveau câble fut compromis par le fait que les deux principaux ingénieurs électriciens de la société avaient des idées très différentes sur la façon dont le câble devait fonctionner. Lord Kelvin et le se trouvaient aux extrémités opposées du câble, ne communiquant que par le câble lui-même.
Lord Kelvin, situé à l'extrémité ouest (Terre-Neuve), pensait qu'il était suffisant d'utiliser une tension basse et de détecter seulement le front montant du courant qui sortait du câble et qu’il était inutile de surveiller la suite du signal (le code Morse utilisait un courant électrique positif pour un « point » et un courant négatif pour un « tiret »). Lord Kelvin avait inventé un galvanomètre à miroir précisément optimisé pour détecter rapidement le changement de sens du courant.
À l'extrémité est du câble (en Irlande) se trouvait Wildman Whitehouse. Il était l'électricien en chef de la compagnie et docteur en médecine – c’était un autodidacte dans le domaine de l’électricité. Whitehouse estimait que, pour que la détection du changement du sens du courant en réception soit la plus rapide possible le câble devrait être alimenté à partir d'une source à haute tension (plusieurs milliers de volts venant de bobines d'induction).
La situation a été aggravée par le fait qu'alors que du code Morse intelligible était vu sur le galvanomètre à miroir à l'extrémité coté est, Whitehouse insistait pour que le galvanomètre de Kelvin soit déconnecté et remplacé par son propre enregistreur télégraphique breveté qui était beaucoup moins sensible. Les conséquences de ces mauvaises manipulations et de la conception imparfaite du câble, conjuguées aux tentatives répétées de Whitehouse d’alimenter le câble sous haute tension, ont compromis l'isolation du câble ; il fallait de plus en plus de temps pour envoyer les messages. Vers la fin, l'envoi d'une demi-page de texte de message prenait jusqu'à un jour.
En , après plusieurs jours de détérioration progressive de l'isolant et de corrosion du câble, le câble tomba en panne. Dans l'enquête qui s'ensuivit, le fut jugé responsable de l'échec et la société n'a pas échappé aux critiques pour avoir employé un ingénieur électricien sans qualifications reconnues.
Certains ont aussi fait valoir que la fabrication, le stockage au soleil et la manipulation défectueuse du câble de 1857/1858 auraient de toute façon conduit à une défaillance prématurée..
La défaillance rapide () de ce premier câble mina la confiance du public et des investisseurs et retarda les efforts pour établir une nouvelle connexion transatlantique. La guerre de Sécession, entre 1861 et 1865 contribua aussi à retarder les projets de nouveaux câbles. La tentative suivante ne fut entreprise qu’en 1865 avec des matériaux très améliorés ; après quelques échecs, la liaison fut achevée et mise en service le . Ces nouveaux câbles s'avérèrent plus durables.
Second et troisième câbles transatlantiques (1865-1866) thumb|upright=0.8|alt=Photographie d'un monument commémorant la pose des premiers câbles transatlantiques à sur l'île de Terre-Neuve) |Stèle dressé à (Terre-Neuve) et commémorant la pose des premiers câbles transatlantiques en 1858 et 1866.
Construction des nouveaux câbles