Guillaume de Toucy () est un ecclésiastique du , évêque d'Auxerre de 1167 à 1181.

Biographie Origines D'après Lebeuf, son père est Girard de Narbonne, patronyme des premiers seigneurs de Toucy... Sa mère s'appelle Agnès selon Lebeuf.

Guillaume est le frère de l'archevêque de Sens Hugues de Toucy.

Début de carrière Guillaume de Toucy est d'abord archidiacre de l’Église de Sens, puis prévôt de la même Église où il a été remarqué pour sa générosité et sa magnificence — Lebeuf remarque qu'aucun ecclésiastique en France n'avait un si grand train que lui à son époque. En 1163, c'est sur sa sollicitation que son frère Hugues invite le pape Alexandre III à séjourner à Sens — un séjour qui s'étend finalement sur un an et demi ; en cette affaire, Guillaume va à l'encontre de la méfiance générale envers ce pape affligé d'un compétiteur et pour lequel même la plus haute noblesse appréhende de s'engager à ses côtés.

En 1165 ou 1166, Guillaume de Toucy est nommé trésorier de l'Église d'Auxerre.

En 1167 (selon Lebeuf)La date de 1167 pour l'arrivée d'Alain de Larrivour à Clairvaux est celle de Lebeuf. D'autres pensent qu'il n'y est arrivé qu'en 1182, après avoir rédigé son testament. Voir ., l'évêque d'Auxerre Alain de Larrivour († 1182) se retire à l'abbaye de Clairvaux. Le clergé d'Auxerre, désappointé de ce que leur évêque les ait quitté de cette manière (sans être appelé à d'autres charges ou pour raison de décès) cherche un remplaçant qui soit de renom mais aussi possède des racines locales. Le choix se porte sur Guillaume de Toucy.

Épiscopat d'Auxerre Il est sacré évêque d'Auxerre le , et fait son entrée accompagné de présents pour l’Église et pour le chapitre. Mais, premier évêque de France à accomplir cette démarche, il part presque aussitôt pour Rome afin de reconnaître Alexandre III pour pape..

L'écrivain de sa vie représente Guillaume amendant sa prodigalité une fois installé à Auxerre, assidu à la prière et aux services liturgiques, et sachant se concilier le peuple aussi bien que les grands ; il va jusqu'à le créditer de guérisons miraculeuses.Cette affabilité en fait un bon diplomate. Par exemple en 1171, œuvrant conjointement avec Étienne évêque d'Autun, il met d'accord Odon abbé de Saint-Père et Aſcelin abbé de Reigny à propos d'une portion de la dîme de Sougères. En 1168 il accorde Saint-Marien avec Letheric Bailledard et son frère chevalier Milon, pour des biens situés à Saint-Georges proches de l'église de l'abbaye ; en 1176 il fait un autre accord, toujours pour Saint-Marien, avec le chevalier Pierre de Gurgy et son fils Hugues pour leurs moulins situés sur sa terre de Gurgy..

Mais son historien le décrit ferme aussi, quand les circonstances le requièrent. Ainsi Guillaume s'oppose à Guy comte d'Auxerre (1168-1175) quand ce dernier veut faire hiverner des troupes à Pourrain et Chichery, terres appartenant au chapitre. Quand le même Guy veut lever une dîme de vin sur les gens bâtissant des pressoirs, Guillaume va jusqu'à l'excommunier et jeter l'interdit sur les terres de Guy, ce qui fait capituler le comte juste avant que le pape ne s'en mêle.. Il confronte Guy encore quand ce dernier veut créer une commune sans l'accord de l'évêque ; dans cette affaire Guillaume obtient le soutien même du roi Louis VII, qui l'appelle « mon ami » lorsqu'il confirme les prétentions de l'évêque. et le considère comme l'un des meilleurs prélats du royaume..Cependant Guillaume n'est pas rancunier. Lorsque Guy tombe malade à Clamecy, les évêques d'Autun et de Nevers lui refusent de le réconcilier avec l’Église à cause des spoliations de Guy sur l'abbaye de Vézelay ; Guillaume se porte caution pour lui, forçant ainsi les autres barons à faire de même, et lui donne l'absolution. Le comte se rétablit et voue de ce temps une extrême estime à Guillaume, allant jusqu'à faire plusieurs donations et se rendre à Sens reconnaître devant la cour qui y siège à l'époque les traités faits entre ses prédécesseurs et les évêques Hugues de Mâcon et Alain de LarrivourLes traités auxquels Guy de Nevers comte d'Auxerre agrée sont celui de 1145 négocié par Bernard de Clairvaux, et deux accords passés avec l'évêque Alain de Larrivour. Voir ..Quand son propre parent Étienne de Pierre-Pertuise s'empare de terres appartenant à l'évêché, Guillaume de Toucy le fait comparaître devant la cour ecclésiastique de Sens où Étienne est condamné à restituer les biens ; et pour prévenir de futurs outrepassements il fait planter une grande croix en limite des terres de l'évêché pour servir de borne avec Bassou.Il tient jusqu'au bout aux prérogatives épiscopales : sur son lit de mort il contraint Hervé de Donzy, seigneur local assez puissant pour forcer le comte d'Auxerre à lui donner sa fille en mariage, à venir lui rendre hommage de la seigneurie de Gien.

Voyages Guillaume sort peu de son diocèse. Son plus long voyage l'emmène au troisième concile du Latran à Rome. Ensuite il assiste au sacre de Philippe Auguste en 1179 dans la cathédrale de Reims. Il va aussi de temps en temps, plutôt rarement, à Sens pour les affaires de son diocèse.

Mais même sédentaire il est occupé par les affaires extérieures. Témoin la négociation délicate qu'il entreprend lorsque Étienne évêque d'Autun (1171-1189), souhaite prendre la succession de l'abbé de Château-Censoir, à l'encontre des souhaits du pape Alexandre III qui veut y voir un nommé Seguin, chanoine de Château-Censoir et neveu de l'abbé de Saint-Germain-des-Prés. Or Alexandre III écrit à Guillaume de Toucy et à Matthieu, évêque de Troyes de 1169 à 1180, pour leur demander d' « éclaircir le fait », ce qui signifie probablement un rappel que la volonté du pape passe avant celle d'un évêque car il ajoute que si l'élection d'Etienne a déjà été faite elle est « contraire aux saints canons ». Toujours pour cette affaire mais après l'élection de Seguin à la charge convoitée, le cardinal diacre Jacques écrit lui aussi à Guillaume de Toucy en lui demandant de maintenir Seguin en place « contre les poursuites de l'évêque d'Autun qui devrait être content de l'évêché qu'il a »..Il écrit aussi au pape Alexandre III pour lui demander de réprimer saint Thomas de Canterbury évêque de Londres, responsable selon lui de la division entre ce dernier et le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt..

Donations, fondations, constructions Guillaume de Toucy est généreux envers toutes les maisons conventuelles du diocèse, et même hors diocèse puisque l'abbaye de Vézelay, du diocèse d'Autun, reçoit de lui selon un titre de 1180 la moitié des dîmes des deux Mailly. (Mailly-le-Château et Mailly-la-Ville ?). Il fait de très nombreuses donations, la plupart léguées par testament.

Cathédrale Saint-Étienne Il fait revêtir l'extérieur de la cathédrale d'un entablement de pierre, en fait refaire à neuf les pignons ouest et est avec leurs vitraux. Il en fortifie la tour sud, dont il fait remplacer la toiture de bois par des tuiles. Toute la cathédrale reçoit un toit neuf, charpente y compris ; il fait poser des tuiles plombées, moins faciles à soulever contre le vent. Il accroît le trésor de la cathédrale avec un beau parement et un vase en argent de 8 marcs (un peu moins de 2 kg) pour l'eau bénite.

Plusieurs autels sont fondés dans la cathédrale Saint-Étienne sous son épiscopat.Le plus important de ceux-là est celui placé devant le crucifix et dédié à la Croix, à saint Jean, saint Laurent, saint Gilles, saint Cyr et sainte Julitte — il y ajoute des reliques de sainte Julitte., y établit deux chapelains tenus de dire chaque jour une messe pour le repos de l'âme du comte Guy et de ses prédécesseurs, et dote confortablement cet autelHugues de Toucy dote l'autel dédié à la Croix et à cinq saints, de un muid de froment sur la terre de Gy-l'Evêque, douze muids de vin sur le cellier de la maison épiscopale, dix livres sur les droits de Varzy et dix livres de cire pour le luminaire de l'autel à prendre sur les foires d'Auxerre..Le second autel est dans les cryptes, sous le chœur de l'église, du côté de l'évêché ; il est dédié à saint Paul, saint Cyr et sainte Julitte dont les reliques y sont abritées, saint Germain et sainte Marie-Madeleine. Les chanoines de Notre-Dame-de-la-Cité sont chargés de desservir cet autel dans la crypte, et d'y prier pour Guillaume de Toucy et pour son clerc Fromond, qui avait le premier attribué des fonds à l'autel.Il dote également un troisième autel, lui aussi dans les cryptes, dédié à saint André. À l'autel de saint Nicolas et saint Martin il donne 40 sous de rente et dix livres de cire à prendre sur l'église de BriareBriare est cité déjà au dans la règle de saint Aunaire. Voir .. Il a une dévotion particulière pour saint Martin : dès le début de son épiscopat il ordonne que la fête d'hiver de ce saint soit célébrée solennellement dans la cathédrale et que l'on y sonne les grosses cloches ; dans ce but il attribue au chapitre de la cathédrale la moitié du bénéfice de l'église de Bazerne.

Notre-Dame-de-la-Cité Guillaume de Toucy donne l'église de Merry-le-Sec et des droits sur l'église de Bléneau au chapitre de chanoines de Notre-Dame-de-la-Cité., qu'il charge de desservir un autel décrit au paragraphe suivant, dans Saint-Étienne.

Cette église est reconstruite par Étienne Olland, ancien serrurier de la maison épiscopale, du temps de Guillaume de Toucy qui a fourni l'argent nécessaire, en fait la dédicace et lui alloue 60 sous à percevoir sur l'église de Saint-Bris.

Abbaye Saint-Marien d'Auxerre Saint-Marien reçoit la moitié de la cense de Vincelles, le droit de présentation pour les cures de Vincelles, de Saint-Martin proche de leur abbaye, et de Taingy ; également des terres achetées par Guillaume sur Taingy et plusieurs biens dans le proche voisinage d'Auxerre.

Église Saint-Père d'Auxerre En 1171 le chapitre de l'église Saint-Père d'Auxerre reçoit l'église de Venouse, qui à partir de ce moment commence à être desservie par des chanoines résidents ; et la chapellenie de Rouvret, sauf la part réservée à l'église Saint-Germain d'Auxerre.

Abbaye Saint-Germain d'Auxerre L'abbaye Saint-Germain d'Auxerre reçoit 50 sous de rente que Guillaume lui fait sur l'église de Blaigny.

Abbaye Saint-Laurent-lès-Cosne, prieuré Saint-Eusèbe L'évêque Alain de Larrivour (1152-1167) avait autorisé à Saint-Eusèbe, dépendant de l'abbaye Saint-Laurent depuis environ 1090, des droits sur les nouveaux chanoines ; mais Saint-Eusèbe avait depuis perdu ces droits. En 1180, Geoffroy abbé de Saint-Laurent obtient de Guillaume de Toucy le rétablissement de ces droits pour Saint-Eusèbe.

Guillaume de Toucy donne l'église de SiezÉglise de Siez : le dictionnaire topographique de la Nièvre (1865) indique que Ciez, Cieux ou Seulx est un hameau et un étang sur la commune de Saint-Honoré (voir ) Un "bois de Sceu" est aussi mentionné en 1427 dans les archives du château de la Montagne (lui aussi sur Saint-Honoré) (p. 175). Selon la même source, en 1689 Siez est inscrit au registre des fiefs en tant que fief de la châtellenie de Donzy (p. 51). Voir : . à Saint-Laurent et acquitte l'abbaye des dîmes dues à l'évêché pour les environs du ruisseau de Baulche, reconnaissant que ces dîmes sont dues à Notre-Dame hors des murs ; et en 1178 il confirme le don de l'écoulement des eaux de l'écluse des moulins de Mi-l'eauLe moulin de Mi-l'eau, parfois appelé Millot (voir carte postale « L'ancien moulin Millot »), se trouvait sur une petite île au milieu de l'Yonne (d'où son nom), entre le port actuel (rive droite) et l'ancien évêché (voir description de son emplacement sur echo.auxerre.free.fr ; et une carte postale avec le moulin Mi-l'Eau et la cathédrale Saint-Étienne). Les îles sont encore visibles vers ~1850 Elles sont arasées entre 1907 et 1909 en même temps que le moulin est détruit (voir « Document d’évaluation du patrimoine archéologique des villes de France - Auxerre », p. 103).