Un pseudonyme est un nom d'emprunt adopté par une ou plusieurs personnesQuand il est utilisé par plusieurs personnes, on parle de pseudonyme collectif (cas soit des co-auteurs d'une même œuvre, soit de la succession d'auteurs dans une même série). pour exercer une activité sous un autre nom que celui de leur identité officielle.

Il se distingue du surnom en ceci qu'il est choisi par la personne qui le porte au lieu de lui être attribué par un tiersPaveau M.-A., 26 août 2012, Linguistique et numérique 4. Les écritures de Protée : identités pseudonymes, La pensée du discours [carnet de recherche], http://penseedudiscours.hypotheses.org/?p=10057.. Son usage est fréquent dans certains milieux, tels que le milieu littéraire, artistique (auteurs, acteurs, etc.) ou scientifique.

L'usage du pseudonyme peut avoir plusieurs motivations : substitution à un nom jugé imprononçable, trop marqué ethniquement ou « peu glamour », protection de l'identité réelle, même patronyme dans le même domaine (l'acteur Stewart Granger a travaillé sous ce pseudonyme à la place de son nom réel, James Stewart, pour ne pas être confondu avec l'acteur vedette James Stewart), motivation artistique, etc. Un mode assez courant de formation de pseudonymes est d'utiliser une anagramme de son nom réel (certaines œuvres de François Rabelais sont parues sous le pseudonyme dAlcofribas Nasier).

Dans les arts Pour les arts du spectacle (acteurs, humoristes, chanteurs, etc.), on parle de nom de scène ou nom d'artiste.

Le cas le plus connu reste sans doute celui de Molière, dont le vrai nom était Jean-Baptiste Poquelin. Citons aussi Bourvil, Dalida ou Arletty.

Dans le cinéma d'exploitation américain, bon nombre d'acteurs et réalisateurs d'origine étrangère ont pris un pseudonyme à consonance anglophone afin de rendre leurs films plus vendeurs, comme Cary Grant, qui se nommait Archibald Leach dans la vie. Dans ce même milieu, certains réalisateurs prennent un certain nombre de pseudonymes.

En France, la mode des pseudonymes anglais s'est répandue du cinéma aux chanteurs « yéyés » dans les années 1960 : Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Sheila, etc.

Le monde de la musique moderne est rempli de pseudos et de noms de groupes.

Pendant la Renaissance artistique, beaucoup d'artistes italiens se nomment par rapport au métier de leur père ou par son lieu d'origine : par exemple, le Caravage (issu du village de Caravaggio), les Da Sangallo (travaillant à la porte Saint-Gall de Florence), les Pollaiolo (du métier du père, éleveur de poules), Jacopo del Sellaio (le Sellier) par le métier de son père.

Au début du , les historiens de l'art attribuent des surnoms aux artistes dont il ne connaissent pas (encore) le nom, qu'ils baptisent maîtres anonymes. Certains ouvrages de la littérature antique, dont le véritable auteur est inconnu, ont été attribués faussement à un auteur connu. Quand l'erreur a été reconnue, le nom de cet auteur est précédé du suffixe Pseudo- et l'on parle de pseudépigraphe.

En littérature Le pseudonyme d'un écrivain ou d'un journaliste est appelé son « nom de plume »..

Le phénomène apparaît dès la Renaissance, mais ne se répandra vraiment qu'à partir du avec Voltaire (Molière est un nom de scène plus qu'un nom de plume).

Gérard Labrunie a pris pour pseudonyme Gérard de Nerval en 1830Pierre Petifils, Nerval Julliard, 1986, coll. Biographie, . et Henri Beyle signe ses écrits Stendhal.

D'autres écrivains signaient avec l'anagramme de leur nom : Alcofribas Nasier fut le pseudonyme de François RabelaisFrançois (orthographié « Françoys » dans la plupart des premières éditions) Rabelais publia ses premières œuvres de fiction sous son pseudonyme anagrammatique Alcofrybas (ou Alcofribas) Nasier ; il est possible aussi qu'il ait utilisé son autre pseudonyme, également anagrammatique, pour certains de ses opuscules astrologiques, celui de Serafino Calbarsi (ou Calbarsy) ; c'est ce que semblent dire Madeleine Lazard (dans Rabelais, Hachette Littératures, coll. Pluriel, 1993, ) et Raymond Lebègue (Les anagrammes de Villon à Malherbe, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, , N. 2, 1969, ).. Le nom de Voltaire est en fait l'anagramme de « Arouet L.J. » (Arouet Le Jeune), le u étant pris comme un v et le j comme un i. Honoré de Balzac signait Lord R'Hoone (anagramme d'Honoré) certaines œuvres de jeunesseAndré Maurois, Prométhée ou la vie de Balzac, Hachette, 1965 . Deux ans après la mort de son père, l'écrivain rajoute une particule à son nom lors de la publication de L'Auberge rouge, 1831, qu'il signe « de » Balzac : Anne-Marie Meininger, Introduction à L'Auberge rouge. La Pléiade, 1980, t. XI, ..

Les femmes écrivains de l'époque victorienne ont souvent choisi un nom de plume masculin pour être agréées dans le milieu de l'édition. Les sœurs Charlotte, Emily et Anne Brontë ont ainsi d'abord publié sous les noms de Currer, Ellis et Acton Bell. George Eliot s'appelait Mary Evans. En France au et au début du , Aurore Dupin signe George Sand, mais on trouve aussi Daniel Lesueur (Jeanne Loiseau), Daniel Stern (Marie d'Agoult), Gérard d'Houville (Marie de Heredia-Reignier), Max Lyan (Berthe Serres)

Une vingtaine de pseudonymes de Frédéric Mistral ont été relevés, notamment dans la signature de ses articles dans L'Aiòli, tous à consonnance provençale : Mèste Franc, Gui de Mount-Pavoun, Cousinié Macàri, Michèu Gai, Lou Cascarelet, Grand la Borgno, Lou Felibre de Bello Visto, Un Maianen, Lou Felibre dóu Mas, Antoine Chansroux, Lou Canounge de N-D. de Casten, Lou Felibre de Bèuvezet, Lou Felibre Calu, Jan Chaplo Verne, Un Jouine Felibre, Lou Medecin di Torro, Tounin Clapo, Lou Tout-Obro, Ambròsi Boufarel .

Georges Simenon est connu principalement pour son personnage du commissaire Maigret. Ses amateurs ont recensé une trentaine de pseudonymes au total, utilisés dans des contextes précis : Georges Sim, Luc Dorsan, La Déshabilleuse, Plick et Plock -(d'après la bande dessinée de Christian Christophe, auteur du Sapeur Camember), Georges d'Isly, Germain d'Antibes, etc.. Il eut même un pseudonyme involontaire lorsque deux de ses œuvres à thème maritime (Les Gens d'en face et Le Passager du Polarlys) furent traduites en anglais et publiées en un seul volume intitulé Danger on Land/Danger at Sea par les éditions Doubleday qui choisirent le pseudonyme de Victor Kosta, estimant que le nom de Georges Simenon était trop peu connu du public anglo-saxon..

Fernando Pessoa quant à lui utilisa au cours de sa carrière de nombreux hétéronymes et autres pseudonymes : Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Alvaro de Campos, Bernardo Soares et au moins soixante-douze alias en incluant les simples pseudonymes et les semi-hétéronymes. T.R. Lopes, Pessoa por conhecer, Estampa, Lisbonne, 1990..

Nombre d'écrivains ont choisi de signer leurs œuvres d'un pseudonyme, parfois pour des raisons de sécurité : Jean Bruller avait pris le nom de Vercors aux Éditions de minuit pendant la Seconde Guerre mondiale ; François Mauriac, chez le même éditeur, publiait sous le nom de Forez. Les écrivains résistants avaient tous des noms de régions de France comme pseudonymeJean Lacouture, François Mauriac, biographie, Éditions du Seuil, 1980, ..

Pour se donner le « genre » américain, très à la mode dans les années 1940, Boris Vian signe « Vernon Sullivan » son roman « américain » J'irai cracher sur vos tombes, tandis que l'« Américain » James Hadley Chase n'était autre que le Britannique René Brabazon Raymond, qui écrivait ses romans avec un dictionnaire d'argot américainNote de l'éditeur à Pas d'orchidées pour Miss Blandish, Orchid enterprise/Gallimard/Le Livre de Poche, 1962, ..

L'écrivain Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew, obtint une première fois le prix Goncourt en 1956, puis une seconde fois sous le pseudonyme d'Émile Ajar en 1975, alors qu'un auteur n'est pas autorisé à recevoir ce prix plus d'une fois. La supercherie ne sera découverte qu'après sa mort.

Kierkegaard initie un genre nouveau, ramifiant la pseudonymie en polynymie. Fernando Pessoa oppose l'hétéronymie de ses personnages à l'orthonomie de son nom, qui signifie « personne ».

Certaines personnalités politiques ou certains hauts magistrats tenus au devoir de réserve ont eu recours à l'édition sous pseudonyme, que ce soit pour publier de la littérature de divertissement (Edgar Faure et ses romans policiers publiés sous le pseudonyme Edgar Sanday) ou des essais sérieux (le juge Serge Fuster qui publiait ses livres et donnait des interviews sous le nom de Casamayor), ou pour parler de leur métier, comme le blogueur et avocat Maître Eolas (dont la véritable identité n'est pas connue du grand public).

Dans la bande dessinée Dans la bande dessinée, les pseudonymes ont été nombreux, à la suite des « fondateurs » Christophe et le plus connu, Georges Remi, dont le pseudonyme « Hergé » vient des initiales RG de son vrai nom. « Jijé » (Joseph Gillain), « Jidéhem », « Achdé », reprennent le procédé.

Des auteurs tels que Morris (Maurice de Bevere), Peyo (Pierre Culliford), Tibet (Gilbert Gasquard) et Didgé (Didier Chardez Jr.) utilisent une prononciation enfantine de leur prénom. « Lambil » (Willy Lambillotte) « Watch » (Wattier) ou « Mitacq » (Michel Tacq) sont directement inspirés des vrais noms.

Cas original, Jean Giraud a utilisé plusieurs signatures : Giraud, Gir et Mœbius parce que, disait-il, « je dessine des bandes tordues »..

Caricatures et dessin de presse Dans le domaine de la caricature et du dessin de presse, l'usage de pseudonymes est fréquent. C'est une tradition qui remonte aux premières mesures de censure de la presse de grande diffusion sous Louis Philippe et (voir la caricature Les Poires qui valut moult ennuis judiciaires à Charles Philippon et Honoré Daumier). Le pseudonyme peut ainsi servir de mesure (très illusoire) de protection contre les abus d'un pouvoir autoritaire. D'autre part, l'adoption d'un pseudonyme concis (une ou deux syllabes) était une façon de créer une signature percutante et facilement reconnaissable par le public. Comme pour la bande dessinée (voir supra), c'est souvent une variation sur le nom ou les initiales prononcées phonétiquement : Cabu (alias Jean Cabut), Jean Effel (François Lejeune), Piem (Pierre de Montvallon), Lap (Jacques Laplaine). Mais on trouve aussi des pseudonymes tels que Chaval (Yves Le Louarn) ou, dans un passé plus lointain, Sem (Marie Joseph Georges Goursat), Emile Cohl (Emile Courtet), Gill (André Gosset de Guines), Cham (Amédée de Noé), etc.

Cette tradition n'est pas limitée à la sphère francophone : en Grande-Bretagne, on peut citer Kem (l'Anglo-Égyptien Kimon Marengo), Fougasse (Cyril Kenneth Bird), grand blessé à Gallipoli en 1914-1918, dont le pseudonyme se réfère au surnom d'une mine antipersonnel particulièrement meurtrière, Jon (WJP Jones), Acanthus (Frank Hoar, architecte en temps de paix et caricaturiste durant la guerre de 39-45). Raff. (Bill Hooper, aviateur dans la RAF puis les FAFL et créateur du calamiteux officier-pilote Percival Prune et de son alter ego l'aspirant Lapraline).

En Union soviétique, le pseudonyme Koukriniski dissimule trois mousquetaires de la caricature anti-nazie (Kouprianov, Krylov et Sokolov), travaillant en étroite collaboration et dont le talent éclectique va largement au-delà du dessin politique.

Dans l'Argentine du , qui connut bien des épisodes de dictature, le créateur de Mafalda, l'Argentin Joaquín Salvador Lavado Tejón utilisait le pseudonyme de Quino.

En politique ou en situation de guerre On trouve plusieurs appellations possibles : nom de guerre, nom de code, nom de résistance, nom de clandestinité. Pour diverses raisons (guerre, résistance, opposition politique, clandestinité ou sécurité de la personne concernée ou celle de la famille), il est parfois nécessaire de coder les messages et les noms d'état civil des protagonistes.

La plupart des révolutionnaires de l'Empire russe prirent un pseudonyme :