Franjo Tuđman (souvent orthographié Franjo Tudjman) , né le et mort le , est un homme d'État croate. De 1990 à sa mort, il est président de la république socialiste de Croatie puis de la Croatie indépendante. Avec Slobodan Milošević, il est un des principaux artisans de la disparition de la Yougoslavie et du renouveau du nationalisme.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il combat au sein du mouvement des Partisans. Il devient ensuite général de l'Armée populaire yougoslave. Après sa carrière militaire, il est universitaire et historien.
Il prend part au Printemps croate, qui appelle à des réformes dans le pays. En 1972, il est emprisonné pour ses activités de dissident. Il se fait ensuite discret jusqu'à la fin du régime communiste.
En 1989, il entre en politique en fondant le parti conservateur Union démocratique croate (HDZ), qui remporte les premières élections post-communistes. L'année suivante, il est désigné par le Parlement président de la république socialiste de Croatie, l'une des six républiques fédérées de la république fédérative populaire de Yougoslavie.
Franjo Tuđman instaure une nouvelle Constitution et milite pour l'indépendance de la Croatie, qui est proclamée à la suite du référendum de 1991, où le « oui » obtient 93 % des suffrages exprimés. Cette initiative provoque une guerre d'indépendance, avec le soulèvement des régions à majorité serbe, soutenues par l'armée yougoslave.
En parallèle éclate la guerre croato-bosniaque, lors de laquelle Franjo Tuđman soutient la république croate d'Herceg-Bosna, un choix qui suscite les critiques de la communauté internationale. Ultérieurement, le TPIY condamnera son projet de création d'une entité ethniquement homogène sans toutefois le reconnaître coupable d'un crime spécifique.
En 1994, il signe l'accord de Washington avec le président bosniaque, Alija Izetbegović. L'année suivante, il autorise une offensive majeure, appelée « opération Tempête », qui met fin à la guerre en Croatie. Il est également signataire des accords de Dayton, qui mettent un terme aux combats interethniques en Bosnie.
Franjo Tuđman est élu président de la Croatie indépendante au suffrage universel en 1992 (58 % des voix au premier tour), puis est réélu en 1997 (61 % au premier tour). Il meurt en fonction à l'âge de 77 ans, des suites d'une hémorragie interne et des années après la découverte d'un cancer.
Alors que ses partisans soulignent son rôle dans l'obtention de l'indépendance croate, les critiques qualifient sa présidence d'autoritaire. Les enquêtes d'opinion conduites après sa disparition indiquent qu'il bénéficie d'une cote de popularité élevée au sein de la population croate.
Origines Franjo Tuđman est né à Veliko Trgovišće, un village de la région croate du Zagorje, au nord de la Croatie. Son frère aîné sera tué dans les rangs des Partisans au printemps de 1943Encyclopédie Universalis 2008 article Franjo tudjman.
Sous le régime communiste
Combats pendant la Seconde Guerre mondiale Pendant la Seconde Guerre mondiale, Tuđman se bat du côté des Partisans de Tito. C’est là qu’il rencontre sa future femme Ankica Tuđman.
Jeune communiste, il rejoint les délégués croates au sein du Quartier général de l'armée populaire yougoslave de libération en . À la libération, il intègre la nouvelle armée de Tito et est affecté au bureau du personnel du Quartier général.
Général de l’armée yougoslave Il devient dans les années 1950 l’un des plus jeunes généraux de l’Armée populaire yougoslave. Il existe une polémique au sujet de ses qualités militaires, certains estimant qu’il doit son grade à sa région d’origine (le Zagorje) dont peu de partisans étaient originaires, la plupart de ses habitants ayant collaboré (avec l’occupant nazi). D’autres réfutent ces accusations et estiment que Tuđman était certainement un des généraux de Tito les plus éduqués. Son livre de 1957 Rat protiv rata (La Guerre contre la guerre), couvrant différents événements militaires d’Hannibal aux partisans en passant par Napoléon, fut le sujet d’étude de nombreux futurs généraux de l’Armée populaire yougoslave.
Tuđman quitte le service actif en 1961 et fonde l'Institut pour l’histoire du mouvement des travailleurs croates (Institut za historiju radničkoga pokreta Hrvatske), dont il est le directeur jusqu’en 1967.
Dissident thumb|left|Franjo Tuđman en 1971. En plus de son livre sur la guérilla, Rat protiv rata, Tuđman écrit un certain nombre d’articles critiquant le Parti communiste de Yougoslavie dont il est exclu. Son œuvre la plus importante de cette époque est Velike ideje i mali narodi (Grandes idées et petites nations) à propos de l’histoire politique et le dogme de l’élite politique yougoslave.
En 1972, il est condamné à deux ans de prison pour sa participation au printemps croate (il est libéré après neuf mois). Le printemps croate est un mouvement réformiste prônant de plus grands droits et une plus grande reconnaissance de la Croatie au sein de la république fédérative socialiste de Yougoslavie. La contestation est réprimée par la police et l'armée.
À cette période, Tuđman critique le rôle du centralisme en Yougoslavie et aussi l’idéologie à la base de l’État. L’idée romantique de nation panslave née au a été, selon lui, pervertie dans l'État yougoslave par la prépondérance serbe au niveau de la culture, de l’économie, de l’administration et de l’armée. Il critique aussi le dénombrement des victimes du camp de concentration de Jasenovac, ce qui constitue le début d’une longue polémique divisant les historiens nationalistes serbes et croates.
À propos du communisme et de l’idée de parti unique, Tuđman reste cependant dans la ligne du parti.
Tuđman est condamné à trois ans de prison, en 1981, pour activités nationalistes après un entretien donné à une télévision suédoise dans lequel il parle de la position de la Croatie au sein de la république fédérative socialiste de Yougoslavie. Il est libéré après onze mois de détention.
Accusations de négationnisme
Plusieurs personnalités juives, dont le prix Nobel de la paix Elie Wiesel, ont dénoncé le négationnisme de Franjo TuđmanL'inauguration d'un Musée de l'Holocauste à Washington Des personnalités juives dénoncent la présence du président croate Article paru dans l'édition du 23 avril 1993 LE MONDE. Israël n'a jamais envoyé d'ambassadeur en Croatie tant que Franjo Tuđman fut chef de l'État croate, malgré les excuses de celui-ciCROATIE: excuses de Franjo Tudjman pour son livre négationniste, article paru dans l'édition du Monde le 16 février 1994.
En 1989, Tuđman publie son livre le plus connu, Les Horreurs de la guerre, dans lequel il remet en question le nombre de victimes en Yougoslavie pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce livre, qui mélange méditations sur le rôle de la violence dans l’histoire du monde et expérience personnelle, dénonce une hyperinflation du nombre de victimes serbes dans l'État indépendant de Croatie (NDH).
vignette|redresse|Franjo Tuđman, membre des Partisans yougoslaves. Selon Tuđman les historiens annonçaient que le nombre de Serbes tués dans le camp de concentration de Jasenovac se situait entre et . Comme les recherches du Croate Vladimir Šerjavić, dont les résultats concordent avec ceux du Serbe Bogoljub Kočović, l'ont montré, ces chiffres sont inexacts et auraient été utilisés par la propagande pour dénoncer les Oustachis, un des ennemis de la Seconde Guerre mondiale, vaincus par les Partisans communistes. Franjo Tuđman affirme que ces chiffres, clamés comme scientifiques, notamment par l'intelligentsia serbe, avaient pour but de justifier la domination serbe sur la Yougoslavie post-Tito. Tuđman affirme que le nombre de l'ensemble des victimes du camp de Jasenovac (Serbes, Juifs, Tsiganes, Croates, et autres) se situait entre et , ce qui était bien inférieur aux chiffres officiels et déclenche alors de grandes polémiques. D’après Le Monde diplomatique, sous la présidence Tuđman, la Croatie commence à s'éloigner de l’héritage de la résistance antifasciste de la Seconde Guerre mondiale et à réhabiliter les Oustachis.
Une autre polémique concerne le supposé antisémitisme de Tuđman. Dans son livre, s’appuyant sur les chiffres de l'historien allemand Weitlinger, il affirme que le nombre de victimes juives de la Shoah se situe aux alentours de 4 millions, et non entre 5 et 6 millions, chiffre fréquemment cité. Le , le New York Times annonce que Tuđman affirmerait que seulement Juifs ont péri dans l’Holocauste. D’autres passages de son livre sont interprétés comme antisémites, dont une courte description du rôle des Juifs dans l'histoire, et un passage, fondé sur le livre de Ante Ciliga Sam kroz Evropu u ratu (1939-1945) (trad. fr. Seul à travers la guerre en Europe (1939-1945)) décrivant la vie d'un détenu au camp de Jasenovac et ses relations avec son compagnon de chambrée juif. Il décrit les Juifs comme la « nation la moins heureuse du monde, toujours victime de ses ambitions et de celles des autres », et ajoute que « quiconque essaie de montrer qu’ils sont la source même de leur tragédie est rangé parmi les antisémites et est l’objet de haine de la part des Juifs ». Plus tard, Tuđman émet l'idée d'exhumer les restes d'Oustachis et de les placer dans le camp de concentration de Jasenovac, pour forcer une réconciliation des victimes avec leurs bourreaux et en 1990, Tuđman déclare : « Dieu merci, je suis content que ma femme ne soit ni serbe, ni juive »La Croatie face à ses fantômes oustachis. L'extradition d'un commandant de camp nazi réveille le passé, liberation.fr, 18 juin 1998TUDJMAN VEUT ENTRER EN BOSNIE, humanite.fr, 26 juin, 1992. Il est d'ailleurs par la suite considéré comme un écrivain révisionniste minimisant les crimes croates de la Seconde Guerre mondialehttp://www.universalis.fr/encyclopedie/franjo-tudjman/ Encyclopédie Universalis. Le journal de centre-gauche israélien Haaretz a admis que le chiffre de six millions n'a jamais été supposé être un chiffre exact.
En 1998, l'arrestation en Argentine de Dinko Šakić, l'ancien commandant du camp de concentration de Jasenovac, a suscité l'embarras du gouvernement croate, ce dernier étant réticent à demander son extradition, qui serait allée à l'encontre de la politique de réhabilitation des Oustachis..
Programme politique
À la fin des années 1980, alors que la république fédérative socialiste de Yougoslavie avance vers sa dislocation, Tuđman écrit un programme nationaliste que l’on peut résumer ainsi : la création d'un État-nation croate ; même si le but de Tuđman était la Croatie indépendante, il pensait que cela devait passer par une confédération yougoslave avec une grande décentralisation et une démocratisation ; Tuđman voyait l'avenir de la Croatie dans un État capitaliste plus proche de l’Europe centrale et éloigné des Balkans ; il affirmait que la JNA (Armée populaire yougoslave) avait été mise sous contrôle des Serbes nationalistes en moins de quatre ans, à la fois ethniquement et idéologiquement. Les Serbes qui constituaient 40 % de la population représentaient 80 % des officiers de l’armée yougoslave ; concernant la Bosnie-Herzégovine, Tuđman affirmait que les Bosniens musulmans, ou Bosniaques, étaient des Croates de confession musulmane, et qu'une fois libérés du communisme, ils s’affirmeraient comme Croates, faisant de la Bosnie un pays majoritairement croate (avec 44 % de Bosniaques, 17 % de Croates, et 33 % de Serbes). Cela ne se produisit pas.
Président de la République
Les tensions au sein du Parti communiste de Yougoslavie amènent le gouvernement fédéral à organiser les premières élections multipartites depuis 1945. Élection