La bataille d'Alep () est une bataille de la Première Guerre mondiale qui a lieu fin . Elle fait partie de la campagne du Sinaï et de la Palestine et oppose les forces alliées du royaume hachémite du Hedjaz, proclamé en 1916, et de l'Empire britannique à celles de l'Empire ottoman soutenu par l'Allemagne. Les forces ottomanes, défaites en Palestine et sur le front d'Irak, tentent de se regrouper dans le nord de la Syrie ottomane. Elles sont battues par les insurgés arabes, commandés par le chérif Fayçal ibn Hussein et soutenus par les troupes rapides britanniques et australiennes, qui s'emparent d'Alep. C'est la dernière bataille importante sur le front du Moyen-Orient avant la capitulation ottomane.

Contexte vignette|gauche|150px|Poursuite des troupes ottomanes par l'armée d'Allenby du au 30 octobre 1918, Falls, 1930 Les forces britanniques de l'Egyptian Expeditionary Force, commandées par Edmund Allenby, ont remporté la bataille de Jérusalem en et occupé le sud de la Palestine. Cependant, Londres retire à Allenby une grande partie de ses forces pour les transférer sur le front français. L'avance des Britanniques est aussi limitée par la faible capacité du chemin de fer traversant le Sinaï et la Palestine, construit pendant le conflit et qui relie le port d'El Qantara sur le canal de Suez, leur principale base logistique, à Gaza et Jaffa (plus tard à Jérusalem et Tulkarem). Ce n'est qu'après l'échec des offensives du printemps 1918 menées par l'armée allemande en France que l'Egyptian Expeditionary Force reçoit des renforts importants pour poursuivre ses opérations en Syrie ottomane. Entre-temps, les forces des insurgés arabes, commandées par Fayçal ibn Hussein, fils du chérif de La Mecque Hussein qui s'est proclamé souverain du royaume du Hedjaz avec l'appui des Britanniques, continuent leur guérilla entre le Jourdain et Médine contre la ottomane de Mehmed Djemal Pacha (surnommé Küçük Djemal, « Djemal le petit », pour le distinguer du triumvir ottoman Djemal Pacha).

En face, les forces ottomanes regroupées dans le , sous le commandement du général allemand Liman von Sanders, connaissent des problèmes encore plus graves de ravitaillement sur un réseau ferroviaire incomplet et saturé (chemin de fer transanatolien, chemin de fer de Damas à Alep et chemin de fer du Hedjaz). Les ottomane, commandée depuis le par Mustafa Kemal Pacha (le futur « Atatürk »), et de Djevad Pacha sont minées par les maladies et les désertions. Leur effectif en état de combattre ne dépasse pas , y compris les Allemands de l'Asien-Korps, au début de 1918. En , toutes les unités, sauf celles de la , sont très en dessous de leur effectif théorique.

Le chef d'état-major impérial Robertson demande à Allenby de reprendre l'offensive, avec des renforts venus de l'armée des Indes, avant que les Ottomans n'aient le temps de rétablir leurs défenses avec les troupes venues du front du Caucase. En , lors de la bataille de Megiddo près de Naplouse, les forces britanniques enfoncent les lignes ottomanes, faisant prisonniers. D'autres troupes ottomanes sont capturées au cours de l', lors de la bataille d'Amman () et de la prise de Damas (). Les et ottomanes sont pratiquement anéanties, seule la parvenant à se replier en relatif bon ordre. Les Britanniques prennent Damas le et Homs le .

Bataille vignette|gauche| régiment de cavalerie légère britannique près de Homs, décembre 1918 vignette|Troupes ottomanes à Alep, 1914-1918 Allenby veut confier au général australien Harry Chauvel le commandement d'une force rapide destinée à s'emparer d'Alep, la plus grande ville de la Syrie ottomane, important carrefour routier et ferroviaire. En raison des difficultés de ravitaillement et d'une épidémie de grippe, Chauvel ne dispose que de la de cavalerie anglo-indienne (général MacAndrew) dont l'effectif opérationnel est réduit à , et d'une force arabe de envoyée par le chérif et commandée par Nouri Saïd, le reste de la cavalerie étant épuisé et inutilisable. Chauvel, craignant d'être encerclé, refuse de poursuivre son avance. Mais MacAndrew, ayant appris que la ville de Hama venait d'être prise par les Arabes et que le terrain entre Hama et Alep était vide de troupes ottomanes, réclame de continuer.

Les forces rapides britanniques et arabes, placées sous commandement du chérif Fayçal, se mettent en marche le . Elles se composent de deux colonnes : Colonne A : l'état-major de la , la , 24 voitures blindées britanniques et australiennes et les volontaires arabes de Nouri Saïd ; Colonne B : et brigades de cavalerie et les Arabes du chérif Nassir ibn Hussein, cousin de Fayçal..

Les forces ottomanes, réorganisées dans la sous le commandement de Mustafa Kemal Pacha, comptent environ . Elles ont leur état-major à , au nord d'Alep, et comprennent 4 divisions, les , , et , installées dans des tranchées autour d'Alep, plus les et autour d'Alexandrette, sur la route qui relie Alep à l'Anatolie, la et les restes de l'Asien-Korps allemand en réserve autour de Tarse ainsi que la dont la localisation est incertaineSpencer Tucker ne compte que deux divisions, les et , autour d'Alep, plus des unités improvisées dans la ville : .

Le soir du , les automitrailleuses, plus rapides que les cavaliers, arrivent à Khan Touman, à au sud d'Alep, où elles dispersent une troupe de cavalerie ottomane. Vers 19h00, elles se replient vers une plaine ouverte où elles sont à l'abri d'une attaque nocturne. Dans la journée du 24, elles partent en reconnaissance vers le nord-ouest et cherchent, sans succès, une voie praticable vers la route d'Alexandrette. Elles constatent que les tranchées ennemies sont bien pourvues en fusils et mitrailleuses.

vignette|Plan d'Alep en 1912 vignette|gauche|Cavaliers arabes entourant l'épave d'un avion britannique, 17 septembre 1918 vignette|150px|Un bazar syrien en 1910

Dans la journée du 25, les Arabes de Nouri Saïd tentent une attaque de la ville par le sud mais sont repoussés. Cependant, les Arabes du chérif Nassir, ayant avancé rapidement le long du chemin de fer de Damas à Alep, contournent la ville par le sud et commencent à se déployer vers l'est, ayant l'intention d'attaquer par ce côté. Le soir du 25, la brigade fait sa jonction avec les automitrailleuses et le général MacAndrew commence à préparer un assaut général : la brigade doit contourner Alep par l'ouest pour l'attaquer le lendemain matin tandis que les automitrailleuses attaqueront par le sud et les Arabes par l'est.

Dans la nuit du 25 au 26, les Arabes du chérif Nassir, bénéficiant de complicités locales, entrent dans la ville sans plus attendre. Ils affrontent les Turcs dans les rues, au corps à corps, et les battent complètement. Vers 10h00, la ville est entre leurs mains : leurs pertes sont estimées à alors que celles des Turcs sont beaucoup plus importantes. Les troupes ottomanes évacuent Alep en abandonnant sans combat leurs positions au sud. La brigade, qui s'est mise en marche vers 7h30, atteint la route d'Alexandrette vers 10h00 et s'aperçoit que les Ottomans sont en train de s'en aller. La brigade tente alors de leur couper la route lors de la mais les forces ottomanes, supérieures en nombre, lancent une énergique contre-attaque et les Britanniques doivent se retirer en laissant .

Les Ottomans se replient vers une ligne de défense improvisée à au nord-est de la ville. Aucune opération n'est tentée par eux ni par les Britanniques les jours suivants. Le , les Arabes s'emparent de Mouslimiié, station de chemin de fer à au nord d'Alep : cette action mineure est le dernier combat de la campagne de Syrie.

Conséquences vignette|gauche|La gare d'Alep dévastée pendant la retraite ottomane ; un soldat sikh de l'armée indienne britannique monte la garde. Dessin de James McBey, 9 novembre 1918 vignette|Partage du Moyen-Orient au traité de Sèvres, 1920 vignette|Rencontre entre deux anciens adversaires : Fayçal, devenu roi d'Irak ( rang à droite), et Mustafa Kemal Atatürk, devenu président de la république de Turquie (au centre), 4 mai 1931 La bataille d'Alep n'a pas de conséquences directes sur l'issue de la guerre : en raison de l'effondrement du front de Bulgarie qui fait peser une menace directe sur Constantinople, le gouvernement du sultan a déjà décidé de se retirer du conflit. Le , une délégation est envoyée aux Britanniques, et l'armistice de Moudros est signé le , prenant effet le lendemain. Liman von Sanders est rappelé en Allemagne. Mustafa Kemal prend la direction du groupe d'armées Yildirim avec la mission d'organiser l'évacuation des troupes ottomanes vers l'Anatolie. Ce retour dans un pays ruiné et dépeuplé, par des voies de communication en partie détruites, marque la fin de la domination ottomane au Moyen-Orient.

Le général Allenby, après avoir organisé son administration à Damas, fait son entrée solennelle à Alep le . Il met en place un gouverneur arabe mais lui fait immédiatement savoir, dans un langage énergique, que le gouverneur civil n'aura qu'un rôle consultatif et que le pays est soumis à la loi martiale sous l'autorité militaire britannique. Le , il organise une cérémonie d'action de grâce de toutes les confessions représentées dans son armée, suivie de jeux et concours sportifs. Les Britanniques ne prévoient pas de s'attarder en Syrie du nord qui, en vertu des accords Sykes-Picot de 1916, est destinée à passer sous administration française.

La prise d'Alep est beaucoup plus importante pour les Arabes à qui elle permet de figurer parmi les vainqueurs de la guerre. Le , François Georges-Picot, représentant français au Levant, note que . Le , Fayçal se rend à Alep et y prononce un discours où, se référant à la déclaration franco-britannique du , il revendique la création d'un grand royaume arabe incluant la Syrie. C'est dans ce discours qu'il affirme son respect des minorités religieuses : . Il se rend ensuite en France, sur proposition des Britanniques, pour y défendre la cause arabe devant les alliés mais les Français, qui ont occupé le Liban et espèrent étendre leur autorité en Syrie du nord, le reçoivent avec méfiance et veillent à ôter à sa visite toute portée politique. Le traité de Sèvres (1920) ne tiendra guère compte des revendications arabes.

Notes et références dans sa version du .

Voir aussi Articles connexes Révolte arabe de 1916-1918 Campagnes de la Révolte arabe

Bibliographie

Catégorie:Front du Moyen-Orient Catégorie:Révolte arabe de 1916-1918 Alep, bataille d' Alep, bataille d' Alep, bataille d' Jérusalem, bataille de Catégorie:Alep Catégorie:Octobre 1918