vignette|300px|Plusieurs auteurs espérantophones, dont William Auld, assis au centre. La poésie en espéranto a toujours eu une présence importante dans cette langue. Louis-Lazare Zamenhof fut le premier poète espérantiste, puisqu'il s'y exerça dès le premier livre Langue internationale (1887), avec les deux poèmes Mia penso et .

Au départ présente sous la forme de traductions d’auteurs déjà présents dans leurs pays respectifs, la poésie en espéranto a su au fil du temps attirer des œuvres originales. L’une des premières est Nevola Mortiginto (1896) de Au cours du , des poètes se sont fait remarquer et sont connus internationalement par les espérantophones pour leurs œuvres : Julio Baghy, Kálmán Kalocsay, William Auld, Marjorie Boulton.

De nos jours, il s’agit d’un pan de la littérature espérantophone toujours présent, récompensé notamment par l’association mondiale d’espéranto lors des . Il est représenté ces dernières années notamment par les poètes Jorge Camacho et Baldur Ragnarsson.

Anthologies vignette|redresse|La Nova Esperanta krestomatio La Fundamenta Krestomatio est un recueil des premières œuvres publiées jusqu’en 1902, notamment dans la revue La Esperantisto et dans La Liro de la Esperantistoj de Grabowski. Compilé pour une publication en 1903 par Zamenhof, il contient en fin d’ouvrage de nombreux poèmes.

Sous l’impulsion de Kalocsay, les écrits de douze poètes espérantophones originaires d’Europe et des États-Unis sont rassemblés en 1934, dans l’anthologie : 105 poèmes censés montrer la diversité présente en espéranto dans ce domaine de la littérature. Kalocsay profite de l’ouvrage pour présenter ses pairs et donner sa vision de leur travail et son ressenti quant à leurs écrits.

L’ouvrage le plus représentatif est l’ de William Auld qui, sur les 888 pages de sa seconde édition de 1984 présente écrites entre 1887 et 1981 par originaires de . Des poèmes sont également compilés dans la de 1991, toujours par William Auld.

Prolifique dans sa volonté de rendre accessibles des œuvres impactantes au plus grand nombre, Auld a aussi proposé en 1988 une liste des lectures de base en espéranto, mise à jour en 1997, contenant des œuvres en prose et de la poésie.

Histoire de la poésie en espéranto 1887–1920 : romantisme primitif Zamenhof fonda la Bibliothèque de la langue internationale en 1894 et fut ensuite très vite rejoint par des hommes de grand talent, parmi lesquels Antoni Grabowski, ingénieur de son état, amoureux de la poésie et grand polyglotte. Parmi les poésies célèbres de Zamenhof figurent La Espero, devenu l'hymne de la collectivité espérantophone ou encore sa Prière sous le drapeau vert lue lors du congrès mondial d’espéranto de Boulogne-sur-Mer en 1905. À la suite de ce congrès deux recueils de poèmes originaux sont parus : Versaĵareto (1905) de Adomas Jakštas et Verdaj fajreroj (1908) de .

vignette|redresse|Antoni Grabowski La poésie de l’avant-guerre a connu des contributions de la part des Polonais et (Unuaj Agordoj, 1910), du tchèque (Per Espero al Despero, Kion la Vivo Alportis, 1911; Aŭtunaj Floroj, 1912), du suisse Edmond Privat (, 1912), du polonais (Melodioj de l' Nokto, 1914) et de Clarence Bicknell, un Anglais habitant en Italie. Ces poètes se sont montrés inspirés, malgré un manque technique dans leurs écrits, qui retire un peu à l’efficacité de leur poésie. Marie Hankel fut la première femme poète en espéranto avec (1911). Des traductions d’œuvres originales vers l’espéranto sont également apparues à cette époque, notamment (1912) depuis le croate, des traductions du « poète du Caucase » Mikhaïl Lermontov par dans (1912), et (1914) depuis l’allemand, enfin surtout le recueil de poèmes (1913) de Grabowski, depuis 30 langues et avec des poèmes originaux de sa main.

Pendant la Première Guerre mondiale, peu d’écrits sont parus de manière générale en espéranto, mais on peut citer le recueil de poèmes La Dorna Karesilo (1917) de Boris Mirski.

1921–1930 : romantisme mature Le poète ukrainien produit de nombreux poèmes à partir de 1918, toutefois les premiers commencent à être publiés en 1922. (1929) est le premier recueil de ses poèmes emplis d’enthousiasme, d’amour, de passion, construits en rhapsodie et qui laissent paraitre des idées socialistes. D’autres poèmes publiés notamment dans le recueil (1932) indiquent clairement des idées sociopolitiques et des louanges au régime stalinien.

En 1921 apparait le premier recueil de poèmes de Kálmán Kalocsay, . Il est évident dès cet ouvrage qu’il s’agit d’un poète ne s’intéressant pas seulement à la poésie en tant que technique d’écriture. Kalocsay publie de nombreux poèmes pendant une dizaine d’années et en 1931 est publié le recueil complet avec des formes de poèmes variées : on y trouve des poèmes chantant les valeurs chères aux espérantophones, la désillusion de la maturité, l’amour, la nature, la tristesse.

vignette|redresse|Julio Baghy Hongrois lui aussi, Julio Baghy se fait connaitre avec le recueil (1922, œuvre couronnée par l’Académie d'espéranto). On trouve dans ses poèmes une expression des émotions davantage romantique. Ses écrits montrent sa profonde compassion pour toutes les victimes oppressées par la vie. Ses sentiments, sa mélancolie, son romantisme, peuvent lui être attribués par son héritage et les étapes de sa vie : il était comédien mais la guerre a laissé des impressions reconnaissables sur ses poèmes, notamment son emprisonnement en Sibérie, source d’inspiration pour son premier roman, Viktimoj (1925).

Pendant ces années d’après-guerre sont également apparus d’autres poètes, comme (Versaĵaro, 1922), (, 1924 et , 1927), Theodor Jung (, 1927), (, 1928), et Nicolas Hohlov (La Tajdo, 1928). Parmi ces écrits, ceux de Hohlov sortent du lot, car ils laissent l’aspect lyrique originel de côté pour se diriger vers une littérature révolutionnaire. La poésie de Hohlov a un côté enchanteur et on sent que le poète maitrise son matériau et la technique de l’expression.

Le recueil de poèmes (1926) de Raymond Schwartz fait intervenir pour la première fois en espéranto l’esprit français, basé sur une philosophie épicurienne et une acceptation des hommes tels qu’ils sont. Schwartz se sert de la langue comme d’un outil inattendu pour faire passer des jeux et traits d’esprits et des jeux de mots au travers de parodies malicieuses. En 1932, son deuxième recueil de poèmes, , rend honneur à la grande crise.

vignette|redresse|Hilda Dresen Simple télégraphiste, l’estonienne Hilda Dresen devint un grand talent de la poésie par sa description de la nature nordique. Grâce à ses traductions, le lectorat de poésie a pu connaitre des recueils de Marie Under (, 1929) et de Johannes Vares (, 1931). Elle a également participé à la rédaction du premier volume d’une anthologie de poèmes estoniens, (1932). Toujours dans le domaine des traductions, après une anthologie de Kálmán Kalocsay intitulée en 1931, dans laquelle sont rassemblés des poèmes de pas moins de 115 auteurs dans 22 langues et époques différentes, une grande anthologie hongroise de poèmes et nouvelles, , apparait en 1933 sous sa direction grâce au travail collectif de nombreux auteurs.

1931–1951 : mouvement parnasse vignette|redresse|Kálmán Kalocsay En 1932, c’est sous le nom de plume de Peter Peneter que Kálmán Kalocsay propose ses , « sonets secrets » érotiques écrits dans un style qui le trahit par l’habileté de ses rimes et une maitrise de la langue sans reproche. il publie avec Gaston Waringhien et Roger Bernard un ouvrage intitulé où ils développent leurs théories de la métrique en espéranto, des exemples et un dictionnaire de rimes, contenant toutefois de nombreux néologismes mal perçus notamment par dans son deuxième volume de .

Julio Baghy publie en 1933, dans lesquels ses poèmes laissent apparaitre son cœur chaleureux, sans artifice, spontané et mélancolique. Tantôt sérieux, tantôt drôles, remplis d’humour, de sarcasme, d’amour, d’ironie, de satire, ils décrivent des expériences de vie et une philosophie teintée d’humanisme.

En 1934, fait publier de nouveaux poèmes dans le recueil .

Le letton apparait comme maitre des formes courtes, par lesquelles il dépeint crûment la réalité sans artifice poétique. Ses comparaisons sont fortes et révélatrices. Un recueil de ses nouvelles, Mia spektro est publié en 1938 par Literatura Mondo.

vignette|redresse|Gaston Waringhien En 1939, sous le nom de plume Georges E. Maŭra, le français Gaston Waringhien fait paraitre des poèmes rédigés entre 1933 et 1936 dans , traitant d’humour, d’amour et de la Guerre d'Espagne.

Pour les traductions, on peut citer dans cette période (1939) avec des poèmes du prête belge néerlandais Guido Gezelle traduits par et (1946) de Vilho Setälä, recueil de dix poèmes idéalistes du finlandais Juhana Heikki Erkko.

Le néo-zélandais développa une théorie originale de la métrique en espéranto, y dédiant un article en aout 1946 dans la revue , puis en 1949 dans son ouvrage Kien la Poezio?. On y trouve, outre sa théorie, des poèmes originaux et traduits par lesquels il montre l’application de ses idées. Ses principes couvrent de nombreux éléments, notamment la question de faire rimer ensemble rimes masculines et féminines, mais le plus connu et cité est le fait que selon lui, les mots ne doivent pas être trop « amputés » par l’élision de la terminaison des substantifs ; Clark s’y montre clairement opposé. Son traitement est clairement romantique.

1952–1974 : du post-parnasse au modernisme vignette|redresse|John Francis en 2011 Pendant la Seconde Guerre mondiale, la publication de littérature espérantophone en général s’est arrêtée fortement. Après la fin de la guerre, elle a refleuri ensuite, non seulement en Europe mais aussi en Asie, où ne nombreuses revues notamment de belles-lettres commencent à être publiées. En 1952, l’œuvre marquante est de William Auld, , John Francis, et Reto Mario Rossetti, qui marque l’arrivée dans le post-parnasse avec l’« école écossaise ». La même année, la mise en marche de la maison d’édition , qui a produit une série de plus de 90 livres de belles lettres jusqu’en 1975, est un évènement important pour la poésie en espéranto.

En 1953, Gaston Waringhien traduit depuis le persan des poèmes d’Omar Khayyam (Poemoj de Omar Kajam). William Auld publie en 1955 ce qui est encore aujourd’hui considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la poésie en espéranto, (« La Race infantile »), poème en 25 chapitres. C’est pour cet ouvrage qu’Auld a été proposé au prix Nobel de littérature en 1999.

L’Anglaise Marjorie Boulton, professeure de littérature anglaise diplômée d'Oxford, excelle tant dans l’histoire de l’espéranto que dans une poésie et une prose (biographie de Zamenhof, nouvelles, pièces de théâtre) non dépourvues d’originalité et d’humour. En poésie, mentionnons de sa main Kontralte (1955), Cent ĝojkantoj (1957) et Eroj (1959).

Dans l’école écossaise, Reto Mario Rossetti propose (1959), en trois parties : des poèmes dédiés aux auteurs les plus renommés de l’époque, où il leur rend hommage, et dont il copie et parodie le style ; un long poème de plus de trente pages sur l’histoire des langues, les soucis linguistiques, et l’espéranto, qu’il a composé pour le congrès mondial d’espéranto à Bologne ; enfin des poèmes de même métrique.

Parmi les traductions, la publiée en 1960 par la se démarque. Elle contient prose et poésie, où transparait la lutte entre le sentiment collectiviste et l’égoïsme individuel. Les poèmes traitent de sujets variés : guerre de Corée, les progrès industriels et différences avec la société antique, des chants d’amour, des chants patriotiques.

vignette|Baldur Ragnarsson en 2005