La relation culturelle entre la France et la Géorgie s’est élaborée au rythme des civilisations méditerranéennes, probablement de manière informelle à l’époque des premiers siècles lors de rencontres entre religieux ou au V siècle avec Pierre l'Ibère : les historiens ont proposé de multiples hypothèses, parfois s’appuyant sur des légendes entretenues par une tradition géorgienne ancienne, parfois sur des textes retrouvés..Lors des Croisades les combats communs en Palestine structurent cette relation autour du christianisme. Les premiers contacts d’État à État s’établissent sous les règnes de François Ier et de Louis XIV, et éveillent un intérêt. Plus tard, aux XVII, XVIII et XIX siècles, les voyageurs français diffusent leur compréhension de la culture géorgienne auprès des milieux savants. Fin du XIX et début du XX siècles les libéraux et les révolutionnaires géorgiens font connaître dans leur pays les lumières politiques à la française. Après l’implantation d’ambassades à Tbilissi et à Paris (années 1990), les échanges culturels entre la France et la Géorgie se développent ; les facteurs liés à la mondialisation (libéralisation du commerce, facilitation du tourisme, internationalisation de l’art, accentuation des flux migratoires, …) contribuent à formater la relation culturelle avec une nouvelle dimension.
Les légendes
Selon l’historien Zourab Avalichvili (1876-1944), ancien secrétaire d’État aux Affaires étrangères de la République démocratique de Géorgie, un morceau de la vraie croix aurait été donné aux Croisés français à la bataille de Didgori en 1121 et aurait été envoyé à la Cathédrale Notre-Dame de Paris.. Selon une autre légende Louis IX aurait fait confectionner au siècle un reliquaire pour la Sainte-Chapelle de Paris par les orfèvres mingéliens à Zougdidi ..
Ainsi sous les règnes des différents rois de France la Colchide était connue autrement que par les textes anciens. Des émissaires géorgiens ont fréquenté les cours royales françaises, en particulier celles de Charles VII, François et Louis XIV : le moine-savant Saba Soulkhan Orbéliani reste pour les Géorgiens le découvreur de la culture française en 1714. thumb|120px|left|Saba Soulkhan Orbéliani, moine-savant à la cour de Louis XIV. thumb|120px|right|Louis XIV L’élite géorgienne se tourne vers d’autres horizons, Saint-Pétersbourg ou Berlin, afin de trouver le chemin de son identité : si Paris est porteur d’idées d’émancipation nationale, il faut attendre le pour que des Géorgiens ne foulent à nouveau le territoire français. La relation entre les deux pays s’approfondit par l'intermédiaire des voyageurs porteurs de culture française et rapporteurs des cultures rencontrées au cours des périples ; en situation, ils utilisent auprès des clercs locaux une langue tierce, ancienne ou moderne, latin et grec, arabe et perse ; la langue russe apparaît comme véhicule de communication à partir du .
Aux Jean-Baptiste Tavernier (1605-1689), Jean Chardin (1643-1713) et Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) découvrent le Caucase. De 1631 à 1668, Jean-Baptiste Tavernier voyage en Orient à plusieurs reprises ; s’il atteint l’Inde, il s’arrête à Constantinople, au Caucase et en Perse ; il est l’auteur des Six Voyages en Turquie, en Perse et aux Indes, publié en 1676. et écrit : "Les Géorgiens ont une merveilleuse adresse à tirer de l’arc et sont en réputation d’être les meilleurs soldats de toute l’Asie.… Outre leur grande beauté, les Géorgiennes ont un autre avantage, elles se peuvent vanter surtout à Tiflis d’avoir plus de liberté que les femmes n’en ont dans tous les autres endroits d’Asie".. Entre 1665 et 1680, Jean Chardin se rend en Inde et en Perse à plusieurs reprises, et séjourne en Géorgie ; il est l'auteur du Voyage en Perse et aux Indes, par la mer Noire et la Colchide, dont la publication en plusieurs volumes commence en 1686 et se termine en 1711 à Amsterdam, ayant émigré comme nombre de protestants. et réédité en 2007. ; il écrit à propos du vin en Géorgie "Il n'est pas de pays où l'on boive plus et mieux".. Du au , Joseph Pitton de Tournefort effectue un voyage en Méditerranée, en mer Noire, en Géorgie, en Arménie et en Turquie ; il rapporte des notes très précises en termes d'archéologie, de botanique, de défense militaire, d'ethnologie, de géographie, de religion et de sociologie; il est l'auteur de Relation d’un voyage au Levant fait par ordre du roy, publié à titre posthume en 1717. et écrit "La Géorgie est un pays fort tranquille aujourdh‘hui, mais elle a servi plusieurs fois de théâtre à la guerre entre les Turcs et les Perses"..
Le voit l’approfondissement des échanges entre les cultures française et géorgienne. Napoléon Ier en est le premier acteur involontaire : en attaquant l’Empire russe, il donne l’espoir d’une défaite de Saint-Pétersbourg - et d’une libération de la Géorgie.
Une série de voyageurs français s’intéressent ensuite au Caucase, de Frédéric Dubois de Montperreux (1798-1850) au baron Joseph de Baye (1853-1931), en passant par Marie-Félicité Brosset (1802-1880), Ernest Chantre (1843-1924) et Théophile Deyrolle (1844-1923), sans oublier Alexandre Dumas (1802-1870), qui par leurs publications, leurs livres et leurs photographies, contribuent à la connaissance de la Géorgie en France, consulté le 21 novembre 2017.. L’archéologue, et photographe, Joseph de Baye visite le Caucase chaque année de 1897 à 1904, en particulier Tiflis et les régions de la Géorgie ; il se lie d'amitié avec quelques intellectuels de l'époque (David Saradjichvili, Théko Sakhokia, Ekvtimé Takhaïchvili, Ilia Tchavtchavadzé, Alexandre Tsagréli, Akaki Tsérétéli…) ; il publie textes et photographies en France, mentionnant "Comme je l’ai dit maintes fois, il faut se hâter d’étudier ces races appelées à perdre leur originalité ou à disparaitre, en face de l’œuvre d’extension, de pénétration, d’assimilation opérée par les Russes"..
Marie-Félicité Brosset, membre de la Société asiatique à Paris et de l’Académie des sciences de Russie à Saint-Pétersbourg, locuteur en langue géorgienne –, a été l’un des premiers linguistes à pouvoir établir des ponts entre les cultures française et géorgienne ; en 1841,il publie une version françaises du poème de Chota Roustavéli Le Chevalier à la peau de panthère ; il publie ensuite une monumentale Histoire de la Géorgie constituée à partir de documents consultés dans les bibliothèques et les archives, rapportés de Géorgie par d’autres voyageurs ou par lui-même (1847 et 1848)..
À contrario, de jeunes aristocrates et révolutionnaires, comme Niko Nikoladzé (1843-1928), Georges Dekanozichvili (1867-1910), consulté le 18 janvier 2016. ou Joseph Davrichachvili (1882-1975)., viennent chercher les lumières françaises à Paris. Nikoloz Nikoladzé, écrivain et journaliste, séjourne à Paris durant les années 1860 ; il acquiert la conviction que le mouvement de libération nationale de la Géorgie est inévitable et qu’à l’image de l’Europe occidentale il faut le préparer par une économie libérale ; après son retour en Géorgie et son élection comme maire de Poti, il s’investit dans le développement économique , chemin de fer, infrastructure portuaire, oléoduc et commerce.. Georges Dekanozichvili, ingénieur des mines, visite la France en 1899 et le Brésil en 1902, où il est sensibilisé aux conditions de vie des mineurs et au progrès social. De retour en Géorgie, il est l’un des fondateurs du Parti socialiste fédéraliste révolutionnaire, non marxiste, défendeur d’une fédération de Russie laissant une large autonomie aux nations associées. Joseph Davrichachvili, révolutionnaire et détrousseur du Trésor public russe, gagne la France en 1912 où il devient français ; aviateur, membre du contre-espionnage et résistant durant la Seconde Guerre mondiale, il contribue au mythe de l’aventurier géorgien, magnifié en littérature française par l’une de ses descendantes, Kéthévane Davrichewy.. Le mouvement socialiste international, réunissant ou opposant selon les époques, sociaux-démocrates, sociaux-révolutionnaires, sociaux-fédéralistes, bolcheviks et mencheviks géorgiens, est vecteur de diffusion de la culture française auprès d'une partie des révolutionnaires géorgiens, lors des Congrès ou lors des périodes de proscription à l'étranger.
Au , durant la période soviétique, la relation culturelle franco-géorgienne est réduite, ou objet de propagande. En France, dès les années 1920, l'immigration politique géorgienne contribue à diffuser certains aspects de la culture géorgienne, l'Association géorgienne en France en particulier, mais également des professeurs d'université d'origine géorgienne comme Michel Mouskhély (1903-1964) et Alexandre Manvelichvili (1904-1997), consulté le 7 novembre 2017. à l’université de Strasbourg, Georges CharachidzéLa transcription en langue française des patronymes géorgiens a été stable jusqu’à la fin du : les règles constituées par l’intermédiation de la langue russe, confirmées par la Légation de la République démocratique de Géorgie en France (1921-1933) et proches de la prononciation en langue géorgienne, étaient utilisées sans exception ; elles le sont encore aujourd’hui par le ministère français des Affaires étrangères et par la plupart des universitaires français s’intéressant à la Géorgie. L’usage a progressivement changé avec l’intermédiation de la langue anglaise et la définition d’une translittération latine proche de la transcription anglaise (2002). Ainsi გიორგი ჯავახიძე donne Guiorgui Djavakhidzé en transcription française et Giorgi Javakhidze en transcription anglaise (et en translittération latine). La transcription en langue française des noms de villes a obéi à une évolution similaire, ოზურგეთი devient Ozourguéti en transcription française et Ozurgeti en transcription anglaise (et translittération latine), avec une difficulté supplémentaire liée au changement de nom de certaines villes durant l’époque soviétique (Ozourguéti s’est appelée Makharadzé durant 70 années). à l'INALCO ou des historiens (Kalistrat Salia, consulté le 7 novembre 2017.). Après la Seconde Guerre mondiale, le retour en Géorgie de quelques-uns des descendants d'émigrés (la musicienne Ethery Dajkéli., l'écrivain et traducteur Serge Tsouladzé. ou la traductrice et professeur Thina Sardjévaldzé, consulté le 7 novembre 2017.) suscite un intérêt pour la culture française.
En 2002, Mireille Musso, ambassadrice de France, crée le Centre culturel français Alexandre Dumas de Tbilissi.. . L'Institut français de Géorgie, consulté le 6 novembre 2017. lui succède en 2011 et constitue une institution de promotion de la culture française sur tout le territoire géorgien : il est d'abord dirigé par Gilles Carasso, puis par Jean-Yves Lavoir.. L'institut participe à la scène culturelle géorgienne en créant des évènements à dimension nationale, régionale ou locale, en créant des échanges entre la France et la Géorgie, et en développant des partenariats avec d'autres entités culturelles, gouvernementales ou non-gouvernementales. Il dispose d'une salle de conférence convertible en salle de cinéma, d'une galerie d'exposition, d'un club de lecture ainsi que d'un espace pour les plus jeunes. Il abrite une médiathèque disposant de plus de documents et revues francophones accessibles au grand public, ainsi que d'une culturethèque en ligne proposant quelques milliers de documents supplémentaires.. Sa bibliothèque est abritée par la Bibliothèque nationale de Géorgie. Il propose un service de traduction professionnel français-géorgien.. Outre son activité culturelle, l’Institut français a pour mission de promouvoir la langue française par la formation auprès d’un public aussi large que possible, l’organisation des examens et la délivrance des certifications internationales associées. Il soutient également des filières universitaires francophones.). Art lyrique et musique classique